Incertitudes

Je me remets à la tâche en abordant l’immense question du Covid-19. Je la traiterais brièvement et à des échelles politiques différentes, ce qui peut lui donner une dimension novatrice.

Ayant quitté le territoire national, mon vol a atterri dans la nuit du 10 au 11 mars dans un pays pauvre où chaque passager.e débarqué.e était contraint.e de subir une prise de température. Ce n’était pas un test, certes (il n’y en a quasiment pas de disponible dans ce pays) mais c’était un poil plus décent que la déclaration, 4 jours plus tôt  de notre petit président : « La vie continue. il n’y a aucune raison sauf pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie », omettant que ces populations, à risque ou non, n’ont pas d’habitude de sortie car elles n’ont pas de quoi sortir (rappelons que Jupiter Macron était à l’Opéra avec sa femme lors de cette déclaration)

Pressé par ma famille, sensible à l’inquiétude de mes enfants même si elle n’était pas objectivement justifiée, sachant que l’assistance respiratoire était proche de zéro dans ce pays …. et malgré, à ce moment, un nombre de cas répertorié limité à 30 (vrai, faux ?), je suis revenu, bien malgré moi, le 22 mars, arrivé au bas de la bretelle du Cannet le 24.

J’ai réellement eu un mal fou à trouver un taxi qui, pour la modeste somme de 40 euros m’a conduit à mon domicile, à Mouans Sartoux.

Un membre de ma famille, contacté, a refusé de venir me chercher en voiture en dépit des précautions nécessaires que je lui suggérais.

Le mari d’une amie, militant, habitant à 200 m de mon domicile, a répondu à ma demande en téléphonant à la gendarmerie. Malgré le contenu de la fameuse attestation (déplacements autorisés pour l’assistance aux personnes vulnérables – ce que je suis et était encore davantage après 48H de trajet dont 24 indépendant de ma volonté), il a refusé, se prévalant de l’avis des gendarmes.

Au travers de ces deux exemples, ce qui m’inquiète, c’est le poids de la crainte dans la population, le poids de la méfiance que peut accentuer le déconfinement, trop tôt décrété dans notre pays. La rentrée dans les écoles, dans des conditions à la fois peu rassurantes et peu productives sur le plan pédagogique, y contribuera aussi. Des millions de personnes ont intégré des gestes de proximité pour signifier la sympathie, l’empathie, le respect ou l’opposition, gestes qui entrent en contradiction avec les exigences technocratiques d’immobilité qui déshumanisent la socialisation des petit.es dont notre gouvernement n’a que faire, trop libéral pour immobiliser du stock sous forme de masques/capital et, partisan de la stratégie du laisser faire pour laquelle les tests sont inutiles.

Ce poids, ajouté au désir addictif de consommation, ne me paraît pas favorable à de grandes mobilisations populaires susceptibles de mettre en difficulté Macron et sa clique dans les quelques mois à venir. Sauf, et c’est mon voeu le plus cher, si les personnels soignants, y compris les médecins qui ont aussi payé un lourd tribut, donnent le là et enclenchent une dynamique qui peut aller jusqu’à remettre en cause le 49-3 sur les retraites.

Dans la rue où donne mon balcon, il y a précisément 40 appartements, 18 d’un côté et 22 de l’autre. A 20H, 6 d’entre nous sortent, tapent dans leurs mains, font du bruit avec différents objets malgré les sirènes des pompiers qui saisissent sans doute l’occasion – en quoi ont-ils été socialement utiles comme les infirmier.es, les brancardiers ou les éboueurs ? – pour que leur reconnaissance sociale soit enfin reconnue ? Nous avons aussi des flics, ici des gendarmes, qui incarnent une institution répressive d’Etat contribuant au racisme, à la violence dans les quartiers populaires et à la stricte séparation entre nationaux et étrangers, entre nous et eux. Je ne les applaudis pas, bien au contraire car tout changement social et politique sérieux suppose une transformation totale du rôle de celles et ceux à qui l’Etat donne l’ordre de nous confiner en permanence dans un univers de surveillance généralisée.

Alors, quelle conclusion provisoire ? D’abord, et c’est encore d’actualité, tout faire – je ne sais pas comment – pour empêcher le traçage électronique de ceux et celles qui vont être reconnu.es comme contaminé.es et dont on va suivre le cheminement. Si tu as fait un câlin avec ta/ton voisin/e, mefi ! ça me rappelle un morceau de Barbara sur le sida. Mais là, ce ne sont pas les émotions qui peuvent tuer. Ce sont les institutions du capitalisme.

J’ai laissé de côté – je n’y pense que maintenant – les possibles mouvements de contestation dans les autres pays d’Europe les plus touchés, étant entendu que nos camarades allemands resteront sages car leur putain de gouvernement n’a pas, comme les nôtres, assassiné le secteur de la santé détenu en partie par des fonds spéculatifs dont la majorité des actionnaires sont des vieux/vieilles.

Au-delà du green-washing et d’éventuels arbitrages à droite et dans la bourgeoisie pour « tenir » les classes populaires, Pourquoi le « jour d’après » serait-il différent et plus favorable que le « jour d’avant » ?

Si on pense que des mouvements sociaux de grande ampleur sont en mesure de dépasser le cadre national, le jour d’après a de beaux jours devant lui. Si on craint que ce cadre, dont la vitalité est à la fois étonnante et néfaste pour l’autogestion socialiste généralisée, a encore quelques belles années devant lui, le « jour d’après » risque d’être pire que le « jour d’avant ».

Oui aussi, si les organisations politiques qui disent s’inscrire dans une transformation totale de la société, plus jute, plus égalitaire, moins addictive, moins bétonnée, plus agro-paysanne, plus dédiée à la santé et à la recherche s’y engagent réellement plutôt que de faire illusion en priant Macron d’humaniser le capitalisme.

Non, si les entreprises politiques de la gauche de gauche, incapables d’incarner les mouvements sociaux et de leur donner un sens général, continuent de se livrer à une concurrence qui se traduira par un échec en 2022 et par la victoire de la nation contre les peuples qui la pervertissent

Guy Giani

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