Le travail à l’épreuve du prisme carcéral (premier chapitre du livre : Le travail incarcéré)

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

La prison n’est pas une île coupée du monde. Tout au contraire, elle constitue un véritable observatoire de questions communes à toute société, comme à tout individu.

Loin de l’exotisme carcéral qui consiste à aborder le monde pénitentiaire en le déconnectant de son contexte, notre projet ici est bien celui d’une inversion des regards : que peuvent nous apprendre cette institution, et ceux qui y vivent, sur les évolutions sociétales et les enjeux de l’existence, de l’« être au monde » ?

Au-delà des tableaux saisissants régulièrement rapportés d’excursions au-dedans des enceintes pénitentiaires, il s’agit de se demander si la prison est bien une excroissance de la société, sa reproduction exacerbée. Y a-t-il une différence de nature entre ceux du dehors et ceux du dedans ? Les relations entre l’institution, ses personnels et les « usagers » sont-elles les mêmes qu’ailleurs ? C’est dans cette perspective que nous nous sommes engagés sur la piste du travail incarcéré.

Qu’en est-il du travail en prison ?

L’attention portée à cette question est rare. Pourtant, elle ne peut être considérée comme anecdotique si on en juge par la place occupée par le travail dans notre vie, dans notre émancipation et nos représentations, dans la construction du lien social. Si la prison semble quitter la place qu’elle occupe le plus souvent, celle des oubliettes d’antan, faisant l’objet de vives critiques et de propositions de réformes, elle reste toujours exposée au risque d’un retour aux coulisses. Le travail, par contre, est au centre de préoccupations communes et de débats de plus en plus nombreux. Qu’il s’agisse de controverses autour de calcul des chiffres du chômage, de la réduction du temps de travail, ses modalités et ses effets, des transformations du travail dans un contexte de mondialisation, des liens entre formation et gestion prévisionnelle des emplois, de l’impact du travail sur la santé somatique et psychique, des enjeux qualitatifs mobilisant ou dévalorisant des compétences, des relations, des luttes…, le travail occupe le devant de la scène.

Parfois, d’ailleurs, pour contester la prédominance de la valeur travail dans nos sociétés, celle-ci laissant à la marge du social ceux qui sont dépourvus d’emploi et maintenant sous son emprise ceux qui craignent de le perdre. Le caractère aliénant du travail est aussi dénoncé, ce qui n’est pas sans rappeler le mouvement des années 1970 sur le thème du « perdre sa vie à la gagner », ou ce précurseur de la contestation du travail, Paul Lafargue, gendre de Marx, qui dans son ouvrage au titre évocateur, Le Droit à la paresse, évoque « cette étrange folie qui possède les classes ouvrières… le travail, le travail sacro sanctifié ».

A contrario, on ne peut, par ailleurs, ne pas entendre une massive aspiration à l’entrée dans le monde du travail, une inquiétude généralisée de ne pas trouver, retrouver du travail, comme nombre de propositions articulées à l’affirmation d’un droit au travail. Faut-il voir là l’expression d’une aliénation collective dans une idéologie néoconservatrice de l’effort et de la peine ? Idéologie dont la concrétisation en prison s’affirmerait alors au service de visées punitives et coercitives. Si les temps du bagne et des galères sont révolus, les conceptions et usages du travail en prison peuvent rester arrimés à cet héritage.

Ou peut-on penser que si le travail donne accès à la sphère publique et à la reconnaissance, à une immersion dans les réseaux de relations et d’échanges, aux conditions nécessaires à la construction identitaire…, on peut entendre le risque de perdre ou de ne pas trouver du travail comme celui d’une chute dans un trou, dans les interstices des systèmes de places qui constituent la société productive. Ici, l’absence de travail en prison viendrait redoubler la relégation ; le « chômage » derrière les murs serait en quelque sorte une exclusion au carré.

Les représentations du travail apparaissent le plus souvent comme clivées : ses valeurs positives en termes de contribution à la vie commune, de conditions d’accès à l’accomplissement de soi dans le champ social se concilient mal avec sa version négative qui fait de lui une malédiction attachée au pêché originel ou la sphère par excellence de l’hétéronomie et de l’exploitation.

Le prisme carcéral amplifie les questions sur le sens, les fonctions du travail. Encore faut-il, dedans comme dehors, ne pas confondre emploi et travail. Les lancinants « trouver du travail », « risquer de perdre son travail » indiquent bien le risque d’une confusion qui fait du travail une coquille vide du point de vue de l’activité, sa signification étant réduite à la place occupée.

Le travail, tel que nous l’entendons ici, n’est pas réductible aux formes d’emploi, ni une tâche seulement fonctionnelle. C’est une activité spécifiquement humaine et proprement culturelle, mobilisant savoirs et savoir-faire mais aussi sens, valeurs, normes et affects.

Il nous faut toutefois, pour entrer dans « le monde du travail » intra-muros, préciser dans un premier temps son organisation, avant d’engager l’analyse. Car il existe différentes formes de travail en prison et celles-ci ont une influence non négligeable sur les rémunérations, les conditions de travail, les types d’activités, et donc fatalement sur sa culture et sa représentation…

Les configurations de l’emploi pénitentiaire

On distingue tout d’abord ce qu’on appelle « le service général » qui concerne les travaux liés au fonctionnement quotidien des prisons, tels que l’entretien des parties communes de l’espace carcéral, la cuisine, la buanderie, la maintenance des installations, les fonctions de bibliothécaire, de coiffeur ou de distribution des produits cantinés ou loués tels que la télévision…

Les détenus affectés à ces activités sont rémunérés sur les crédits budgétaires du ministère de la justice et leur rémunération varie en fonction de la technicité des travaux qu’ils réalisent, comme du temps qu’ils y consacrent (224 euros mensuel en moyenne en équivalent temps plein en 2008)

Le service général est organisé et encadré par du personnel pénitentiaire (technique ou de surveillance) ou du personnel appartenant aux groupements privés dans les établissements à gestion mixte.

Les activités de production sont quant à elles organisées et gérées dans d’autres cadres.

La régie industrielle des établissements pénitentiaires (RIEP) est un service de l’administration créé initialement pour vendre aux organismes de droit public les produits qu’elle fabrique avec le concours des détenus. Les produits en question sont par exemple le mobilier et articles de détention (lits, armoires, chaises, tables, mais aussi serrures, tenue d’intervention des surveillants…), ou encore la papeterie-correspondance des administrations ou les imprimés à l’usage du ministère de la justice. Elle a ensuite élargi sa clientèle dans des champs de production plus variés et référencés dans un catalogue, comme elle a développé des services de sous-traitance dans les secteurs de la menuiserie, de la métallerie, de la confection, du conditionnement à façon. Implantée principalement dans des établissements pour peine, la RIEP n’est qu’exceptionnellement présente en maison d’arrêt. Elle gère une quarantaine d’ateliers implantés dans 26 prisons (le « parc pénitentiaire » en compte 194). En 2000, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros, dont 44% auprès de clients privés. La rémunération des détenus varie là aussi en fonction de la technicité des activités : elle est en moyenne de 520 euros par mois en 2008.

La concession est une autre forme d’emploi des personnes incarcérées : elle consiste à offrir à des entreprises privées la possibilité d’employer des travailleurs détenus pour réaliser des travaux de production, en atelier ou en cellule, et ce à partir du matériel et des outils fournis par l’entreprise. Les conditions d’organisation du travail font l’objet d’un « contrat de concession » entre la prison et le concessionnaire, contrat qui fixe notamment le montant des rémunérations rétrocédées aux détenus concernés. La précarité de l’emploi, la variabilité des temps de travail comme des rémunérations, la faible technicité des activités confiées (essentiellement des travaux de production dits « de main d’œuvre ») caractérisent le plus souvent ce système. L’administration pénitentiaire assume ici le rôle d’employeur : non seulement, comme pour toutes les formes d’emploi en prison, l’affectation des détenus, appelée « classement », est de la responsabilité du chef d’établissement, mais ici l’administration se charge de la détermination et de la gestion des rémunérations des détenus (370 euros mensuels en équivalent temps plein, 2008), elle fournit les locaux, l’effectif de « travailleurs » nécessaires à la production, les surveillants en charge de l’encadrement sécuritaire de ces activités. En retour, le concessionnaire s’acquitte de cette « prestation » en réglant la « facturation » de la main d’œuvre mais aussi, normalement, de l’eau, du gaz et de l’électricité.

Le contrat de concession de main d’œuvre est aussi la formule utilisée en gestion déléguée. Dans les prisons à gestion mixte, privée-publique, la gestion dite déléguée concerne les fonctions qui ne relèvent pas des missions régaliennes de l’Etat (direction, surveillance, greffe). Le travail pénitentiaire est une de ces fonctions déléguées. Dans ces prisons, l’organisation du travail des détenus est confiée à un groupe privé qui s’occupe aussi du service général, qui peut développer des productions pour son propre compte, ou qui peut faire appel à des entreprises privées et établir avec elles des contrats de concession.

L’entrée du « privé » dans la pénitentiaire, lors du « programme 13 000 » dans les années 1990, a constitué une sorte de révolution ébranlant la prison comme institution d’Etat. Et pourtant, les premiers contrats d’entreprise générale signés entre l’Etat et les industriels datent de 1801 ! Moyennant un prix de journée donnée à l’entrepreneur, celui-ci doit fournir tout ce qui est nécessaire à la vie des prisonniers, de la nourriture jusqu’à l’enterrement, en passant par le chauffage et les médicaments (Petit, 1991). La concession est bien « l’héritage » de cette délégation au privé. Elle constitue une illustration, parmi beaucoup d’autres, des processus de changements de la prison, le plus souvent fondés sur un paradoxe : mettre en place du « nouveau » pour reconduire l’ancien, entre permanence et rémanence (Veil, Lhuilier, 2000).

Pour compléter cet inventaire des différentes configurations de l’emploi pénitentiaire, il faut encore évoquer les situations d’entre-deux : des mesures dites d’aménagement de peine visant à préparer la réinsertion sociale et professionnelle des détenus. Ces mesures de semi-liberté, ou « placements extérieurs » leur permettent de travailler, au moyen d’un contrat de travail (CDD, CDI, CES…) pour des collectivités locales, des associations ou des entreprises. Ceci ne concerne qu’une infime minorité de condamnés qui travaillent ainsi à l’extérieur des prisons.

Au-delà de ces différentes formes d’emploi, la question posée est bien sûr celle de leur accessibilité et répartition. La réforme de 1987 supprime l’obligation de travail des condamnés. Mais ce même texte insiste sur l’obligation, pour l’administration, d’assurer une activité professionnelle à ceux qui le souhaitent.

Dans les faits aujourd’hui, moins d’un détenu sur deux a accès au travail. Le taux d’emploi, calculé par l’administration pénitentiaire, recouvre une hétérogénéité de situations, et leurs modes de calcul n’ont rien à envier avec le calcul du nombre « d’actifs » et de chômeurs en France aujourd’hui. Ainsi, sont intégrés dans la comptabilité des « travailleurs-détenus » ceux qui, de fait, n’effectuent que quelques heures de travail en fonction de la fluctuation de l’offre privée. Une offre qui dépend, intra-muros comme dehors, du marché, un marché exposé à la concurrence notamment internationale, en particulier pour les industries de main d’œuvre. Les effets de la crise économique se manifestent aussi en prison. La recherche de concessionnaires est délicate ; les ateliers connaissent nombre de périodes de chômage technique, certains ferment purement et simplement.

Le taux d’activité des détenus a connu des fluctuations : il est passé de 41,4% en 1993 à 46,5% en 2000. Cette progression peut être imputée à l’action volontariste menée par l’administration pénitentiaire dans le cadre du plan PACTE (plan d’action pour la croissance du travail et de l’emploi en milieu pénitentiaire). L’objectif visé est « d’apporter une réponse adaptée aux demandes d’emploi des détenus, soit en leur proposant une activité de production ou au service général ou en formation ».

Cette progression, comme la régression qui a suivi (36,4% en 2008), s’explique surtout par les fluctuations de la population carcérale qui produit mécaniquement amélioration ou détérioration du taux d’activité. Il existe aujourd’hui un très fort taux de chômage en prison, même si cette notion n’a pas cours intra-muros. On distingue les « classés » et les « inoccupés ». Cette dernière catégorie regroupe ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas travailler (pour faire des études par exemple ou pour raisons de santé, ou du fait de leur âge, quand ils ont plus de 65 ans, mais aussi tous ceux qui sont en attente d’un « classement », d’un accès à une activité rémunérée). Ce taux d’activité, calculé par l’administration pénitentiaire sur la base des données fournies par les chefs d’établissement, est très variable selon les prisons. La disparité des situations en maisons d’arrêt et en établissements pour peine est saisissante : 32,4% et 56,7% en 2003. La comparaison des conditions de vie dans chacune de ces catégories d’établissement conduit à un constat plus général et pour le moins paradoxal : les prévenus, c’est-à-dire ces personnes en attente de jugement, connaissent les conditions les plus difficiles. Essentiellement du fait de la surpopulation qui y est particulièrement concentrée et de la carence en espaces et équipements. Aussi, les seuls emplois offerts dans les maisons d’arrêt sont bien souvent les postes du service général. En nombre limité, ils sont aussi les moins rémunérés.

Le taux d’emploi des détenus varie aussi en fonction des modes de gestion, mixte ou publique, et des zones géographiques dans lesquelles sont situés les établissements. Les bassins d’emploi sinistrés ou l’implantation de prisons dans les champs de betteraves ou la garrigue constituent à l’évidence des freins à l’offre de travail intra-muros.

À quoi sert le travail ?

Curieusement, le travail pénal est fort peu étudié et reste marginal dans les nombreuses publications sur la prison. Pourtant, les réflexions et débats, voire les réformes en préparation, doivent sans doute prendre en compte cette question centrale tant au regard des finalités de l’institution pénitentiaire que du sens de la peine pour les personnes incarcérées. En effet, le travail est à la fois une réalité et une nécessité : si on souligne le plus souvent le fort taux de « chômage » en prison, la demande étant supérieure à l’offre, on doit aussi interroger ce que recouvre le taux d’activité et ses disparités importantes en fonction des catégories d’établissement et des régions, ses visées et modes d’organisation, sa contribution à l’aménagement de la vie quotidienne derrière les murs et au projet de réinsertion.

On perçoit d’emblée, à la lecture de ces différentes formes d’emploi, que de nombreuses questions se posent ou restent en suspend : qu’en est-il du droit au travail en prison ? Comment comprendre, alors que le travail est exclu du périmètre de la sanction pénale « limitée » à l’incarcération, qu’il y ait tant de personnes incarcérées « inoccupées » et donc sans moyen de subsistance ? Comment expliquer les multiples dérogations au droit du travail et les justifications données ? Qu’en est-il du rapport au travail des personnes détenues ? Que disent-ils de leurs expériences intra-muros et des liens qu’ils établissent entre celles-ci, leurs expériences antérieures et leurs projets de sortie ? Que font-ils du temps et d’eux-mêmes pendant la durée de l’incarcération ?

L’expérience du travail en prison n’est pas indépendante des caractéristiques des personnes incarcérées : il s’agit d’une population jeune, même si la moyenne d’âge a tendance à s’élever, majoritairement masculine et présentant un niveau d’instruction générale faible conjugué à une absence de qualification professionnelle. Souvent sans emploi ou sans activité déclarée, les personnes incarcérées ont néanmoins une expérience du travail, souvent marquée par la précarité. Il s’agit ici de se demander comment elles peuvent se saisir des offres de travail intra-muros et de leurs caractéristiques en termes de types d’activités, de rémunérations, d’organisation… Le travail en prison est-il susceptible de transformer le rapport à la peine, à la prison, à la société et à soi-même, et ce à quelles conditions ?

Différentes catégories d’acteurs sont impliquées ici, les prisonniers bien sûr, mais aussi les surveillants, les travailleurs sociaux, les directions des établissements, les « donneurs de travail », les magistrats… Quelles sont leurs visions et pratiques respectives ? Les conceptions et les usages du travail de part et d’autre des murs de la prison sont-ils contradictoires, concordants ? Comment se renforcent, se percutent ou se concilient logiques productive, économique et logiques sécuritaire et réhabilitative ?

Finalement, l’ensemble de nos interrogations peut se résumer autour d’un même projet : cerner, au-delà des discours, la réalité du travail en prison et ses fonctions économique, sociale et psychique. A quoi sert le travail ? Voilà bien une question qui n’est pas propre à cet univers clôt et relégué. Mais les réponses dégagées ici pourraient bien nous éclairer sur le sens du travail dans nos vies et nos sociétés, sur « la crise du travail », ses modalités et ses effets.

Ce projet est collectif : c’est en croisant la diversité de nos regards respectifs que nous avons tenté de répondre à cette question centrale. Diversité et complémentarité des places et des grilles de lecture disciplinaire : l’équipe qui s’est réunie autour de ce projet comprend : Patrick Bellenchombre est incarcéré. Il a travaillé dans un atelier en maison centrale et parallèlement a réalisé une recherche en sociologie sur le travail en prison ; Rémi Canino, psychologue qui exerce lui aussi, depuis plusieurs années, dans un service spécialisé de la « pénitentiaire » ; Nicolas Frize, auteur-compositeur, est aussi « donneur de travail » : il offre et organise intra-muros des activités de restauration d’archives sonores appartenant à des institutions publiques, des activités de création musicale et de formation aux métiers du son ; Dominique Lhuilier est universitaire, chercheuse en psychologie du travail et enseignante en milieu carcéral.

Au de là de nos expériences et analyses respectives mises en partage, nous avons aussi réalisés des entretiens auprès de personnes incarcérées sur leurs rapports au travail avant et depuis leur incarcération. Cette investigation n’a pu se faire que dans des prisons pour hommes, ce qui explique que les extraits de ces entretiens ne donnent pas la parole aux femmes incarcérées qui pourtant auraient sans doute fort à dire, notamment sur la division sexuelle du travail et sur la détention dans cet univers massivement masculin.

L’investigation proposée dans cet ouvrage est double : repérer comment l’étude du travail pénitentiaire éclaire le travail et ses fonctions dans le monde libre, et comment les caractéristiques contemporaines du « monde du travail » se déploient dans l’enceinte des prisons.

Nous partirons d’un retour sur l’histoire du rapport entre le travail et la peine, avant et depuis la naissance de la prison. Cette ouverture, écrite par Patrick Bellenchombre, permet de mettre en perspective les permanences comme les évolutions repérables, le poids de l’héritage comme les tentatives de renouvellement de la place du travail dans la prison.

La contribution de Dominique Lhuilier, explore ensuite la double face du travail contemporain en prison et l’ambivalence toujours associée au rapport au travail ici. L’attention est portée sur les fonctions psychologiques et sociales du travail mais aussi ses empêchements par le désœuvrement forcé ou par l’imposture du travail pénal qui n’est souvent qu’une pauvre contrefaçon de l’activité professionnelle.

Patrick Bellenchombre s’attache encore aux dimensions juridiques qui encadrent le travail dans cet univers et leur distance au droit du travail.

Nicolas Frize revient sur son expérience et son engagement dans l’offre de travail en prison. Il s’attache à la restauration du travail dans un contexte de droit, de culture et de perspective sociale. Ce qui passe par une analyse critique de l’usage pénitentiaire du travail en milieu carcéral et la promotion d’une conception du travail qui associe activités professionnelles, formation, création et développement culturel.

Enfin, Rémi Canino, à partir de sa pratique de psychologue, traite des dimensions thérapeutiques du travail comme des résistances à celles-ci. Les potentialités de l’activité dans le champ du travail de métier, tant en matière de remaniements psychiques que de médiation à la relation à autrui ouvrent des pistes de réflexion sur la place à accorder au travail dans cette institution… et au-delà.

Chacun de ces chapitres est relié par des entretiens de personnes incarcérées conviées à dire leurs expériences du travail hors comme derrière les murs. Et l’ensemble de ces contributions visent à explorer comment, à quelles conditions la question du travail peut ouvrir des perspectives alternatives dont on peut se saisir pour penser et débattre du sens de la peine et du « traitement pénitentiaire». La restauration des fonctions psychologiques, sociales, économiques et culturelles du travail a une portée générale susceptible de transformer et le « travailleur » et le « système » dans lequel il s’inscrit. En prison comme dans le monde libre.

Dominique Lhuilier, Patrick Bellenchombre, Rémi Canino, Nicolas Frize : Le travail incarcéré. Vues de prison

Edition Syllepse, Paris 2009, 160 pages, 16 euros

https://www.syllepse.net/le-travail-incarcere-_r_46_i_448.html

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