Après la pandémie, plaidoyer pour une société résiliente // « Cinq propositions pour un monde meilleur après la pandémie »

Frappés par la pandémie de COVID-19, des pans entiers de l’activité économique sont à l’arrêt soudain et presque total. Pertes de revenus, endettement, faillites d’entreprises appréhendées : l’effondrement rappelle les pires semaines du krach de 1929. Ainsi, le premier ministre François Legault annonçait récemment que son gouvernement réoriente ses priorités afin de préparer la relance de l’économie suivant la crise sanitaire. Au palier fédéral, où les dépenses liées à la pandémie se comptent en centaines de milliards de dollars, le gouvernement de Justin Trudeau devra se livrer au même exercice.

Mais de quelle relance parle-t-on ? Là est la question.

La situation « normale » pré-pandémie était une crise climatique, sociale et écologique en développement, annonciatrice à court terme d’une crise économique et humanitaire sans précédent. Les racines de cette situation sont bien connues : l’exploitation débridée des ressources de la planète et des populations moins nanties, la surconsommation effrénée.

Une relance qui viserait un simple retour à cette situation « normale » n’est pas envisageable car elle ne ferait qu’aggraver les crises déjà en cours. Aussi, nous joignons nos voix à toutes celles qui se lèvent pour réclamer que les efforts de relance s’inspirent des projets de transition dans leurs diverses incarnations, notamment la Feuille de route vers un Québec ZéN du Front commun pour la transition énergétique, les 101 idées pour le climat du Pacte pour la transition et les Chantiers de la Déclaration d’urgence climatique, afin de créer une richesse durable : notre résilience collective, qui ne peut fleurir que dans un environnement physique, économique et social sain.

Pour créer de la résilience, les fonds de la relance doivent servir à accélérer une transition juste vers une économie carboneutre, affranchie des énergies fossiles, soucieuse du vivant et réparatrice des dommages déjà infligés à la nature, solidaire, respectueuse des droits humains et du droit à l’autodétermination des peuples autochtones, capable de répondre aux besoins de base de la population sans dépendre des humeurs des marchés financiers mondialisés. Ils doivent soutenir les travailleurs et travailleuses qui en ont besoin dans tous les secteurs, mais non les activités qui accélèrent le réchauffement climatique et la perte de biodiversité comme l’extraction et le transport de pétrole et de gaz, l’aviation ou la construction d’autoroutes.

Dans cette optique, nous proposons que Québec et Ottawa ciblent les chantiers suivants comme tremplins pour amorcer les transformations profondes qui s’imposent tout en relançant l’activité économique et l’emploi après la pandémie :

1. Mise en place de critères d’écoconditionnalité et de justice sociale pour toutes les mesures de relance

2. Restauration des milieux naturels et protection de la biodiversité

3. Transition juste pour les travailleurs, les travailleuses et les communautés touchés par la migration de l’économie vers les secteurs faibles en carbone

4. Renforcement des services publics, notamment en petite enfance, en éducation et en santé, ainsi que des programmes sociaux et du secteur communautaire

5. Priorisation des initiatives d’économie sociale, solidaire et de proximité

6. Programmes d’efficacité énergétique et infrastructures de production électrique sans énergies fossiles et sans nucléaire partout au Canada

7. Accélération du déploiement des infrastructures de transport actif, collectif et partagé

8. Chantier de souveraineté alimentaire, d’écologisation de la production agricole et de régénération des sols

9. Rénovation écoénergétique des bâtiments et conversion aux énergies renouvelables des systèmes de production de chaleur au mazout ou au gaz

10. Relocalisation industrielle et diversification manufacturière conjuguées à la décarbonation de l’industrie et à la réduction à la source des déchets par l’écoconception, les processus circulaires et les procédés zéro émission

11. Soutien au remplacement des produits, contenants et emballages à usage unique par des solutions axées sur le réutilisable et la consigne
12. Soutien à la culture

13. Infrastructures de tourisme local écologique

14. Éducation à l’écocitoyenneté

L’urgence d’agir ne nous dispense pas de planifier le rebond après-pandémie avec clairvoyance. Ne ratons pas ce rendez-vous avec l’histoire : l’avenir des générations montantes et futures en dépend.

1. Eric Pineault, professeur, Institut des sciences de l’environnement, UQAM
2. Diego Creimer, Fondation David Suzuki
3. Carole Dupuis, Mouvement écocitoyen UNEplanète
4. Marjolaine Mercier Dt.P., APSAV.org
5. Alexandre Warnet, Laval en transition
6. Claude Vaillancourt, ATTAC-Québec
7. Louise Morand et Mireille Asselin, architecte, L’Assomption en transition
8. Jean-François Boisvert, Coalition climat Montréal
9. Benoit St-Hilaire, Prospérité sans Pétrole, Rimouski
10. Jonathan Théorêt, GRAME
11. Maude Prud’homme, Réseau québécois des groupes écologistes
12. Frédérique Hamel, Transition Capitale nationale
13. Joseph EL-Khoury, Demain Sud-Ouest
14. Laure Waridel, Le Pacte pour la transition
15. André-Yanne Parent, Le Projet de la réalité climatique Canada
16. Caroline Toupin, Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA)
17. Emmanuel Cosgrove, Écohabitation
18. Denise Laprise, Montmagny en transition
19. Haroun Bouazzi, militant pour les droits de la Personne
20. Éric Ferland, Foire ÉCOSPHÈRE
21. Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ)
22. Pascal Bergeron, Environnement Vert Plus
23. Alice-Anne Simard, Nature Québec
24. Catherine Gauthier, ENvironnement JEUnesse (ENJEU)
25. Valérie Gilker Létourneau, L’R des centres de femmes du Québec
26. Denis Bourque, professeur, Département de travail social, Université du Québec en Outaouais (UQO)
27. Marie-Josée Renaud, Union paysanne
28. Anne Dionne, deuxième vice-présidente, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
29. Christian Daigle, président général, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)
30. Patrick Provost et Thierry Lefèvre, co-coordonnateurs du regroupement Des Universitaires
31. France Levert, Groupe Écosphère
32. Anouk Nadeau-Farley, Coalition Fjord
33. Michel Lambert, Alternatives
34. Anne Rufiange, Extinction Rebellion Ville de Québec (XRVQ)
35. Guy Boudreau, Comité vigilance hydrocarbures de Lavaltrie
36. Sylvie Berthiaume, Solidarité environnement Sutton
37. René Lachapelle, Groupe d’économie solidaire du Québec
38. Normand Beaudet Centre de ressources sur la non-violence
39. André Bélisle, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)
40. Catherine Lussier, Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
41. Anne Plourde, Coalition solidarité santé
42. Joyce Renaud, Mobilisation climat Trois-Rivières
43. Patrick Bonin, Greenpeace Canada
44. Monique Hains, Ciel et Terre
45. Hélène Crevier, Alerte Pétrole Rive-Sud
46. Réal Lalande, Action Climat Outaouais (ACO)
47. Olivier RIffon, professeur en éco-conseil, Université du Québec à Chicoutimi
48. Paul Cassavant, TerraVie
49. Lena Zotova, La planète s’invite en santé
50. Nicholas Ouellet, Gazoduq, parlons-en !
51. Margie Mendell. Institut Karl Polanyi. Université Concordia
52. Mélanie Busby, Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville
53. Lucie Massé, Action Environnement Basses-Laurentides
54. Vania Wright-Larin, Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches
55. Bertrand Fouss, Solon
56. Elisabeth Gibeau, Union des consommateurs
57. Marianne Taillefer, AmiEs de la Terre de Québec
58. Dominic Vézina, Lab22 – Laboratoire d’innovations sociales et environnementales
59. Elsa Beaulieu Bastien, Carrefour de participation, ressourcement et formation (CPRF)
60. Pascal Huynh, Le Villageois – Création de cohabitats
61. Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
62. Doris Provencher, Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ)
63. Marie-Chantal Vincent, ECOsystemIE
64. Michel Jetté, Déclaration d’Urgence Climatique (DUC)
65. Jacques Benoit, GroupMobilisation (GMob)
66. Martin Poirier, NON à une marée noire dans la Saint-Laurent
67. Patricia Posadas, Prospérité Sans Pétrole
68. Maxime Baril, QUiNTUS Création
69. René Audet, Chaire de recherche UQAM sur la transition écologique
70. Polémos, groupe de recherche indépendant sur la décroissance au Québec
71. Yves-Marie Abraham, HEC Montréal
72. Louise Royer, pastorale sociale, Église catholique à Montréal
73. Sara Maranda-Gauvin, Cultiver Montréal
74. Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES)
75. Lucie Sauvé, Directrice du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’UQAM (Centr’ERE)
76. Louis Marion, UDM Montréal
77. Angela Carter, associate professor, Department of Political Science, University of Waterloo
78. Marc Séguin, artiste.
79. Caroline Voyer, Réseau des femmes en environnement
80. Jane Barr, Transition NDG, Montréal

https://www.pressegauche.org/Apres-la-pandemie-plaidoyer-pour-une-societe-resiliente


« Cinq propositions pour un monde meilleur après la pandémie »

La déclaration suivante, signée par 162 universitaires de huit universités des Pays-Bas, a été largement diffusée dans la presse néerlandaise, devenant ainsi un point de débat sur la manière d’éviter de répéter les erreurs du passé lors de la planification de l’avenir.

***

Le Covid-19 a secoué le monde. Il a déjà entraîné la perte ou la ruine d’innombrables vies, tandis que de nombreuses personnes exerçant des professions vitales travaillent jour et nuit pour soigner les malades et empêcher que la maladie ne se propage davantage. Les ravages personnels et sociaux, et la lutte pour y mettre fin, exigent notre respect et notre soutien continus. En même temps, il est essentiel de replacer cette pandémie dans son contexte historique afin d’éviter de répéter les erreurs du passé lorsque nous planifions l’avenir.

Le fait que le Covid-19 ait déjà eu un impact économique aussi important est dû, entre autres facteurs, au modèle de développement économique qui a dominé à l’échelle mondiale au cours des 30 dernières années. Ce modèle exige une circulation toujours plus importante des biens et des personnes, malgré les innombrables problèmes écologiques et les inégalités croissantes qu’il génère.

Au cours des dernières semaines, les faiblesses de la machine de croissance néolibérale ont été douloureusement exposées. Nous avons notamment vu : de grandes entreprises plaider pour un soutien immédiat de l’État dès que la demande effective diminuera, même pour une courte période ; des emplois précaires être perdus ou suspendus ; une pression supplémentaire sur des systèmes de santé déjà sous-financés.

Les personnes qui ont récemment affronté le gouvernement dans leurs luttes pour la reconnaissance et des salaires décents sont maintenant, de manière remarquable, considérées comme ayant des « professions vitales»  dans le domaine des soins de santé, des soins aux personnes âgées, des transports publics et de l’éducation.

Une autre faiblesse du système actuel, qui n’est pas encore très présente dans les discussions sur la pandémie, est le lien entre le développement économique, la perte de biodiversité et les fonctions importantes des écosystèmes, ainsi que la possibilité pour des maladies comme le Covid-19 de se propager parmi les humains. Ces liens sont mortels et pourraient le devenir encore plus. L’OMS a déjà estimé que, dans le monde, 4,2 millions de personnes meurent chaque année à cause de la pollution de l’air extérieur et que les effets du changement climatique devraient causer 250 000 décès supplémentaires par an entre 2030 et 2050. Les experts avertissent qu’avec la poursuite de la grave dégradation des écosystèmes – un scénario auquel il faut s’attendre dans le cadre du modèle économique actuel – les chances de voir se produire de nouvelles épidémies de virus, encore plus fortes, en plus de ces catastrophes en cours, sont réalistes.

Tout cela exige une action drastique et intégrée et rend essentiel de commencer à planifier dès que possible un monde post-Covid-19. Bien que la crise ait eu des répercussions positives à court terme sur le plan social et environnemental, telles que le soutien des communautés, l’organisation et la solidarité locales, la réduction de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre, ces changements seront temporaires et marginalisés en l’absence d’efforts concertés en vue d’un changement politique et économique plus large. Il est donc nécessaire d’envisager comment cette situation actuelle pourrait conduire à une forme de développement (économique) plus durable, plus juste, plus équitable, plus saine et plus résistante pour l’avenir; une forme qui reconnaît les pressions structurellement instables du modèle néolibéral sur les personnes et les environnements, et qui établit des politiques et des stratégies politiques pour parvenir à un changement significatif, durable et équitable.

Ce bref manifeste, signé par 162 universitaires basés aux Pays-Bas et travaillant sur des questions liées au développement, vise à résumer ce que nous savons – grâce à nos recherches et à nos écrits collectifs – être des stratégies politiques critiques et efficaces pour aller de l’avant pendant et après la crise.

Nous proposons cinq propositions politiques clés pour un modèle de développement post-Covid-19, qui peuvent toutes être mises en œuvre immédiatement et soutenues après la fin de cette crise particulière :

 s’éloigner d’un développement axé sur la croissance globale du PIB pour faire la distinction entre les secteurs qui peuvent croître et ont besoin d’investissements (les secteurs publics dits critiques, et les secteurs de l’énergie propre, de l’éducation, de la santé, etc.) et les secteurs qui doivent radicalement décliner en raison de leur insoutenabilité fondamentale ou de leur rôle dans la stimulation d’une consommation continue et excessive (notamment le pétrole, le gaz, les mines, la publicité, etc. du secteur privé) ;

 un cadre économique axé sur la redistribution qui établit un revenu de base universel ancré dans un système de politique sociale universel, une forte imposition progressive des revenus, des bénéfices et des richesses, une réduction du temps de travail et le partage des emplois, et qui reconnaît le travail de soins et les services publics essentiels tels que la santé et l’éducation pour leur valeur intrinsèque ;

 la transformation de l’agriculture vers une agriculture régénératrice basée sur la conservation de la biodiversité, une production alimentaire durable et principalement locale et végétarienne, ainsi que des conditions d’emploi et des salaires équitables dans le secteur agricole ;

 la réduction de la consommation et des voyages, avec un changement radical de la consommation et des voyages de luxe et de gaspillage au profit d’une consommation et de voyages de base, nécessaires, durables et satisfaisants ;

 l’annulation de la dette, en particulier pour les travailleurs et les propriétaires de petites entreprises et pour les pays du Sud (tant de la part des pays riches que pour les institutions financières internationales).

En tant qu’universitaires, nous sommes convaincus que cette vision politique conduira à des sociétés plus durables, plus égalitaires et plus diversifiées, fondées sur la solidarité internationale, et qui pourront mieux prévenir et gérer les chocs et les pandémies à venir. Pour nous, la question n’est plus de savoir si nous devons commencer à mettre en œuvre ces stratégies, mais comment nous y prendre.

Tout en honorant les groupes les plus durement touchés par cette crise particulière aux Pays-Bas et ailleurs, nous pouvons leur rendre justice en prenant l’initiative de faire en sorte qu’une future crise soit beaucoup moins grave, cause beaucoup moins de souffrance ou ne se produise pas du tout.

Par-dessus tout, nous devons travailler sur ces visions positives pour contrer les réponses « capitalistes de catastrophe » qui visent à tirer (encore) plus de profit de la misère des autres et à renforcer les politiques qui ont rendu la planète non durable. Avec de nombreuses autres communautés, aux Pays-Bas et dans le monde, nous pensons que le moment est venu d’adopter une vision aussi positive et significative pour l’avenir. Nous invitons les politiciens, les décideurs politiques et le grand public à commencer à s’organiser pour leur mise en œuvre le plus tôt possible.

Article publié sur le site Climate&Capitalism, le 20 avril 2020 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ecologie/debat-manifeste-neerlandais-cinq-propositions-pour-un-monde-meilleur-apres-la-pandemie.html

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.