COVID-19 UN VIRUS TRÈS POLITIQUE (Edition augmentée du 13 avril 2020)

Un livre téléchargeable gratuitement : un-virus-tres-politique 3

13 AVRIL 2020, 28E JOUR

C’est devenu une obsession. De toute part, on entend ce cri de détresse : « Que le travail reprenne, quoi qu’il en coûte ! » Apeurés, les actionnaires craignent de voir leurs dividendes s’échapper. Les capitalistes, saisis dans un premier temps de vertige devant l’ampleur de la crise économique s’emboîtant dans la crise sanitaire, se reprennent et annoncent que « plus rien ne sera comme avant ». Les conditions générales de l’exploitation de la force de travail doivent être repensées. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, l’explique clairement : « Il est important de réfléchir à une meilleure organisation des chaînes de valeur », comprenez du profit.

Partout, le capital reprend l’offensive, même s’il reste inquiet sur les solutions sanitaires à apporter à cette crise qu’il ne maîtrise pas. De leur côté, certains États pour trouver des solutions à leur approvisionnement en masques n’hésitent pas à recourir à des actes de piraterie. Au diable les sacro-saintes règles de l’OMC !

À l’instar d’autres pays, Macron a annoncé la reprise de la production à partir du 11 mai. Sans attendre,et sans que l’État y trouve à redire, l’usineToyota deValenciennes (4500 salariés) a annoncé la reprise de ses activités dès le 21 avril, indiquant par là l’impatience de nombreux patrons quant à la reprise des activités. Cependant, cette reprise généralisée voulue par la classe dirigeante butait sur le verrou scolaire : la garde des enfants des salarié·es. C’est pourquoi la réouverture des portes des écoles a été dans la foulée annoncée. Le gouvernement devrait cependant prendre garde à la défiance des parents d’élèves à l’égard de cette mesure inconsidérée, alors que l’Italie, l’Espagne ou l’Autriche, par exemple, maintiennent à cette heure leurs écoles fermées. Au Québec, le gouvernement, qui avait décidé la reprise des cours le 11 mai, a dû y renoncer en raison de la mobilisation massive via une pétition des parents d’élèves.

Quoi qu’il en soit, par touches successives, la reprise en main est là. Les déclarations du patron des patrons sur « la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés » faisant office de feuille de route pour le gouvernement car, poursuit Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, « l’important, c’est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse ». La restauration des taux de profit sera impitoyable.

Au Canada, les conventions collectives des enseignant·es sont suspendues. En France, le Code du travail, déjà bien piétiné, subit des derniers coups de butoir avec l’allongement de la durée du travail, même le dimanche. En Afrique du Sud, Waco, fabricant et distributeur de produits électriques industriels, se propose de réduire les salaires de 17%. Aux États-Unis, sans embarras, on licencie 10millions de salarié·es. En Turquie, pour avoir exercé un droit de retrait, des travailleur·euses sont bastonné·es. L’OIT estime que 1,25milliard de travailleur·euses sont exposé·es à des licenciements. Ce ne sont là que quelques exemples.

De l’autre côté de la barricade, le camp du travail résiste avec force. Car dans l’immédiat, c’est la vie de millions de travailleur·euses qui est en danger en raison de l’absence de protection suffisante face au virus sur les lieux de travail, et dont la présence est souvent injustifiée compte tenu de la nature de leur secteur de production.

Des grèves, des droits de retrait, des protestations se multiplient et parfois obtiennent satisfaction. C’est à une mobilisation sociale mondiale sans précédent à laquelle nous assistons. De Chicago à New Dehli en passant par Johannesbourg, partout on retrouve les mêmes revendications sur la nécessaire protection individuelle et collective face au virus ou celle de la cessation immédiate de la production lorsque les travailleur·euses ne jugent pas celles-ci essentielles.

Cette mobilisation, forte par son étendue planétaire, affiche des faiblesses par son éparpillement, là où il faudrait une alliance internationale face aux capitalistes et aux États qui, eux, disposent de leurs instruments de coordination.

Au premier rang de ces luttes on retrouve souvent celles du personnel soignant, dont notre « Éphéméride » se fait largement l’écho. Ces femmes, car ce sont souvent des femmes, sont en première ligne et presque toujours mal équipées en termes de protections individuelles. « Vous nous envoyez à la mort », crient-elles aux criminels gouvernants, mais elles font preuve d’un courage admirable et assurent leur poste de travail. C’est aussi le cas d’autres fractions du salariat mondial qui sont les plus exploitées et méprisées : caissières, domestiques… Là aussi, ce sont souvent des femmes. Dans cette révolte, les salarié·es et leurs organisations cherchent des solutions, puisque l’ordre des choses a fait faillite. C’est le personnel de deux sites de production de General Electric aux États-Unis qui exigent que leur entreprise convertisse ses usines de moteurs d’avion pour fabriquer des ventilateurs, dont la pénurie est mondiale. Ce sont les coopératives autogérées argentines qui fabriquent des masques. C’est aussi cette entreprise textile française qui décide de fabriquer des masques et dont le patron avoue benoîtement que « les chefs d’atelier sont confinés, alors les filles [les couturières] sont pratiquement en autogestion et cela se passe bien ». Ce sont aussi, hors de l’entreprise, les brigades de solidarité populaire en France qui organisent un réseau de solidarité et d’entraide ou encore les associations basques qui construisent et proposent des alternatives.

Cette nouvelle édition offre bien d’autres exemples, sous toutes les latitudes, de ces formes de résistance qui mettent à l’ordre du jour le contrôle et la question d’une gestion socialement utile des entreprises par les salarié·es. Il serait dommage que tous ceux et celles qui en appellent à tue-tête à la construction d’alternatives ne les voient pas, ils et elles les ont pourtant sous leurs yeux, car il y a dans l’activité concrète des exploité·es et des opprimé·es matière à élaborer des propositions immédiates d’organisation de la société qui rompent avec le système capitaliste.

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