Jazz à lire et à écouter

A lire

Charlie Parker ? Il en est qui ne connaissent pas. Ne savent pas que cet oiseau bizarre, « Bird », est capable de tutoyer les cimes, les cieux et même le soleil. Il sait s’envoler vers des contrées inexplorées, vers une jungle qu’il est seul à reconnaître comme si ces paysages s’offraient à lui pour lui éviter toute répétition. « Je l’ai déjà joué demain » lui faisait dire Julio Cortazar dans « L’homme à l’affût » pour illustrer la volonté de Charlie Parker de ne jamais se copier, même dans le futur. Cortazar avait bien cerné le génie et l’impossibilité de se faire comprendre par d’autres sinon de se laisser transporter dans ces contrées étranges que personne n’avait visitées avant lui. Et ne les visiteras après lui. Elles restent inaccessibles. Le Bird aurait 100 ans cette année. Un âge canonique qui ne l’empêche pas d’être un fantôme actif et vivant.

Découvrir Parker, au-delà du film de Eastwood, est un grand moment. S’il fallait une figure au génie, il faudrait le choisir. Coule du saxophone alto des vies, des rêves, un temps spécifique accéléré dans un espace toujours redéfini. Un univers en constante permutation, ouverture. Parker est le créateur du nouveau langage du jazz, après la deuxième guerre mondiale, le be-bop. Alain Tercinet, avec « Parker’s Mood » (Parenthèse) avait tenté l’aventure. Franck Médioni, dans « Charlie Parker », tente une autre approche en croisant les témoignages pour le faire surgir des ténèbres, le rendre actuel. Il arrive, même pour les connaisseurs du saxophoniste, à donner envie de l’entendre encore et encore. Jazz Magazine a raison de souligner tous les manques, les répétitions dues sans doute à la volonté d’être le premier sur ce créneau. Il n’empêche, l’empathie qui se dégage de l’écriture ouvre la porte à la connaissance de cette œuvre fondamentale. Les 13 volumes – sous forme de coffrets – de « L’intégrale Charlie Parker » présentée par Alain Tercinet (Frémeaux et associés) permette,t d’entrer de plein pied dans cet univers de liberté et de créativité.

Franck Médioni : Charlie Parker, Fayard.


A écouter : deux chanteuses

Anne Ducros fait la preuve dans « Something » de la plénitude de ses moyens. Elle n’en fait ni trop ni pas assez en compagnie de Adrien Moignard, guitariste à la touche manouche et de Diego Imbert, contrebassiste au rythme élastique et sûr. Le titre éponyme des Beatles, de l’album « Abbey Road » (1969) est retravaillé pour accéder à un nouveau statut, celui de « standard ». Tout est ici transfiguré par les arrangements et la voix.

Sarah Lancman poursuit sa route en revenant à ses racines. « Parisienne » est – elle et reste. En compagnie de Giovanni Mirabassi, piano, Laurent Vernerey, contrebasse et Stéphane Huchard, batterie notamment, elle propose ses compositions pour un parcours amoureux. Une voix toujours aussi sensuel qui ne renie pas ses influences et se permet des échappées vers d’autres cieux.

Anne Ducros : Something, Sunset Records/L’autre distribution ; Sarah Lancman : Parisienne, Jazz Eleven.

Nicolas Béniès

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