L’après-épidémie : ne pas redémarrer pour tout recommencer comme avant

Pour signer : https://framaforms.org/signature-du-texte-ne-pas-redemarrer-pour-tout-recommencer-1586102766

En 1971 commence à être publiée une bande-dessinée qui devient un film en 1973 : L’an 01. Dans ce récit haut en couleurs des utopies de cette période, la population décide de tout arrêter – production, travail, école, etc. – et de se mettre à réfléchir à ce qui doit être redémarré ou pas. Les usines de voiture ? Les fabriques de pâtes ? Les grands magasins ? les grandes fermes industrielles ? Dès les premières pages de la bande-dessinée, le ton est donné : il faut arrêter ce mode de vie qui n’a plus de sens et qui mène la planète à la catastrophe.

Aujourd’hui, nous n’avons pas choisi de nous arrêter. Mais, comme au début des années 1970, le non-sens – ou plutôt le contre-sens – de ces modes de vie et de production, la catastrophe vers laquelle ils nous amènent, nous invitent à notre tour à ne plus vouloir redémarrer sans savoir ce qu’il faut redémarrer, ce qu’il faut transformer et ce qu’il faut arrêter absolument.

La tentation – en particulier d’une réponse « de gauche », mais pas seulement – est, comme dans l’après seconde guerre, d’une grande « relance ». La tentation est d’autant plus grande qu’elle apparaitrait comme une victoire face à l’orthodoxie européenne austéritaire qui impose aux Etats de ne pas dépasser les 3% de déficit budgétaire annuel.

Si la crise du Covid-19 va être le drame de millions de morts, de blessés, de chômeurs dans le monde, la reprise économique pourrait être un nouveau drame : celui, après une baisse massive des émissions de CO2 pendant la pandémie, d’un effet rebond où la relance de l’économie ferait exploser les émissions de gaz carboniques. Pour autant, cette relance – parce qu’elle resterait dans le cadre d’une économie mondialisée dans un sens ultra-libéral et productiviste – reproduirait les mêmes impasses qu’avant la crise. Elle ne prendrait pas à bras le corps combien – comme l’a encore montré cette crise – le souci de l’autonomie individuelle va de pair avec la consolidation des liens sociaux et institutionnels. Elle pourrait s’accompagner, pour « lever les freins » à la croissance, de nouvelles remises en cause du droit du travail, des dispositifs de solidarités collectives, des contraintes environnementales, sans compter les limitations aux libertés publiques. Elle serait anti-sociale, anti-écologique et liberticide. Nous refusons d’être mis devant ce fait accompli.

Pendant l’épidémie des millions de travailleurs se sont très concrètement interrogés sur l’utilité de leur travail, des millions de personnes se sont interrogés sur l’absence de sens de leur vie d’avant, même si la vie pendant le confinement était difficile. Il nous appartient de faire que ce questionnement s’approfondisse et débouche sur des reconversions très concrètes elles aussi.

Dès à présent, à rebours de l’individualisme égoïste et concurrentiel promu par le néolibéralisme comme des modèles alternatifs soit disant « collectivistes », mais en réalité étatistes et bureaucratiques qui ont failli hier, ce qu’il faut discuter ce n’est pas comment tout va redevenir comme avant mais comment, dans un monde nécessairement interdépendant, rien ne doit être comme avant si nous voulons vraiment tirer les leçons de la pandémie actuelle.

Pendant le confinement, il nous faut continuer ces débats, ces prises de positions, ces échanges sur ce qui ne doit pas continuer comme avant. Il faut trouver les formes pour faire converger ces réflexions.

Avec un nouvel agir, mû par le désir de vie et de solidarité nous devons mettre en débat la question de comment terminer le confinement général.

Ne pas retourner au travail mais dans nos lieux de travail pour y tenir des assemblées où décider de ce que nos productions doivent devenir : être arrêtées ? Ré-orientées dans un sens soutenable écologiquement, socialement, moralement ; relocalisées en mondialisant autrement, via le développement des coopérations et des solidarités internationales ?

Ne pas retourner dans les cafés et les restaurants pour relancer la consommation mais pour y tenir aussi des assemblées et en faire les nouveaux « clubs » révolutionnaires de quartier où nous inventerons concrètement le nouveau monde ? Le confinement général doit-il se terminer par une grève générale ? Sortir de chez nous pour ne pas retourner au travail mais dans les rues pour obtenir la démission des pouvoirs en place ?

Ce dont il faut discuter avant que la folie de nos vies ne nous emprisonne à nouveau est cela : comment ne pas redémarrer pour tout recommencer ?

Premier.e.s signataires :

Geneviève Azam, essayiste, membre d’ATTAC ; Christophe Aguiton, altermondialiste ; Paul Ariès, directeur de l’Observatoire International de la Gratuité (OIG) ; Clémentine Autain, députée La France Insoumise ; Ludivine Bantigny, historienne ; Olivier Besancenot ; Christophe Bonneuil, historien ; Jacques Boutault, maire écologiste du 2e arrondissement de Paris ; Thierry Brulavoine, Co-fondateur de la Maison commune de la décroissance ; Leïla Chaibi, députée européenne La France Insoumise ; Yves Citton, philosophe ; Patrice Cohen-Séat, président honoraire d’Espaces-Marx ; Alain Coulombel, EELV ; Philippe Corcuff, sociologue et militant libertaire ; Thomas Coutrot, économiste ; Jean-Luc Debard, militant associatif, Alternatives et Autogestion de Gardanne (13) ; Marel Cunin, Alternatives et Autogestion ;Véronique Dubarry, élue écologiste de l’Île-Saint-Denis (93) ; Guillaume Faburel, géographe ; Patrick Farbiaz, co-fondateur de PEPS ; Jean Fauché, militant associatif, syndicaliste ; Elsa Faucillon, députée PCF ; Yves Frémion, écrivain ; Pierre-François Grond, membre d’Ensemble ; Emilie Hache, philosophe, Université Paris Nanterre ; Jean-Marie Harribey, économiste (Université de Bordeaux), conseil scientifique d’Attac ; Ingrid Hayes, Ensemble ; Pierre Khalfa, économiste ; Marjorie Keters, Acides (Alliance contre les crimes industriels et pour le droit à un environnement sain) ; Jean Lafont, militant écologiste, cofondateur de PEPS ; Stéphane Lavignotte, théologien protestant, pasteur, militant écologiste ; Michel Lepesant, Co-fondateur de la Maison commune de la décroissance ; François Longérinas, journaliste, militant du mouvement coopératif ; Michael Löwy, chercheur émérite CNRS ; Elise Lowy, militante écologiste, cofondatrice de PEPS ; Noël Mamère, écologiste ; Philippe Mangeot, enseignant ; Philippe Marlière, politologue ; Bénédicte Monville, coseillère régionale d’Île-de-France, PEPS ; Laura Morosini, présidente de Chrétiens unis pour laterre ; Nathalie Palmier, PEPS; Willy Pelletier, sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic ; Paul Poulain, PEPS/Emancipation Collective ; Claude Rossignol, militant Associatif, Alternatives et Autogestion de Castres (51) ; Yvette Rossignol, PEPS/Alternatives et Autogestion ; Pablo Servigne, agronome, biologiste, auteur ; Yves Sintomer, sociologue ; Christian Sunt, Décroissance Occitanie ; Jacques Testart, biologiste, essayiste, Roger Winterhalter, PEPS/Alternatives et Autogestion

Pour signer : https://framaforms.org/signature-du-texte-ne-pas-redemarrer-pour-tout-recommencer-1586102766

4 réponses à “L’après-épidémie : ne pas redémarrer pour tout recommencer comme avant

  1. INVITATION

    « Ne pas redémarrer pour tout recommencer »:
    meeting en ligne jeudi 30 avril à 18h
    Meeting en ligne des signataires de l’appel « Ne pas redémarrer… » paru dans Le Monde le 14 avril. Lien de l’appel :
    https://framaforms.org/signature-du-texte-ne-pas-redemarrer-pour-tout-recommencer-1586102766

    Ce jeudi 30 avril à partir de 18h.
    Lien de l’événement facebook sur lequel se connecter pour assister au meeting et échanger avec les invités via le tchat:
    https://www.facebook.com/events/2512510332412554/

    ***
    1.Un meeting en ligne

    Trois débats de 25 minutes, échanges entre les invités et les internautes.

    Premier débat :
    Ce qui doit redémarrer ou pas (et changer) dans l’organisation de la société ?
    Paul Ariès, directeur de l’Observatoire International de la Gratuité (OIG), membre de PEPS
    Xavier Ricard Lanata, ethnologue, philosophe et Haut-fonctionnaire, membre fondateur de la revue Terrestres

    Deuxième débat :
    Ce qui doit redémarrer ou pas (et changer) dans nos modes de consommation et de production ?
    Geneviève Azam, essayiste, membre d’ATTAC
    Pablo Servigne, ingénieur agronome, auteur et conférencier. Co créateur du concept de collapsologie

    Troisième débat :
    Quelle stratégie pour une transformation de la société ?
    Ludivine Bantigny, historienne
    Clémentine Autain, députée de la Seine-Saint-Denis, La France Insoumise

  2. Ils vont refiler 20 milliards aux industries de l’avion et de la voiture… Il va falloir désobeir si l’on ne veut pas que demain ressemble à hier !

  3. JE SUIS TELLEMENT EN COLERE !

    … »rien ne doit être comme avant si nous voulons vraiment tirer les leçons de la pandémie actuelle…. »
    … »Pendant le confinement, il nous faut continuer ces débats, ces prises de positions, ces échanges sur ce qui ne doit pas continuer comme avant. Il faut trouver les formes pour faire converger ces réflexions…. »

    Ma première proposition dans ces débats et réflexions bienvenues sera :
    de ne plus jamais ignorer que les systèmes que nous honnissons et qui nous détruisent nous les humain-e-s, les animaux et les éco-systèmes dont nous dépendons, sont fondés sur les dominations et appropriations des un-e-s au détriment des autres. Qui dit « abolition des dominations » dit « abolition du patriarcat, des néo-colonialismes, racismes et discriminations de tous poils qui aujourd’hui hiérarchisent les relations humaines.
    Une société véritablement démocratique donc autogérée pleinement et entièrement par l’ensemble de ses citoyens sera féministe et antiraciste ou ne sera pas. Il s’agit simplement de quelques exigences fondamentales concernant les droits humains.

    Question : pas un mot sur ces questions dans cette pétition, auriez-vous encore oublié (par inadvertance et tout à fait par hasard) de vous référer à ces luttes là ?
    Je crains donc que votre « immense culture et intelligence  » n’ait pas encore réussi à intégrer ces apports. Aucune écriture inclusive, tout votre texte « neutralisé » dans ce masculin (qui l’emporte sur le féminin, dit-on dans la langue française).
    Je désespère de ma génération de « camarades » de gauche  » si brillants  » et tellement sûrs et contents d’eux-mêmes qu’ils s’auto autorisent à nous montrer la voie « , ceux-là mêmes qui continuent de copieusement ignorer les débats des femmes, leurs luttes et celles des personnes dites « racisées » dans l’élaboration de ce merveilleux projet émancipateur de société.

    Je ne comprend pas que des femmes aient accepté de porter leurs signatures sur un texte qui ne dit rien de nous. Encore une fois, bonnes petites soldates soumises et généreuses, nous accepterions de mettre nos énergies au service de ce « neutre si masculin » qui soit disant engloberait nos revendications et notre cause, par priorité et urgence de la lutte mixte !
    Sauf qu’on sait ce que cela veut dire : la lutte mixte c’est quand on se fout pas mal de l’abolition des dominations ! Donc de la situation des femmes !

    Ok il est urgent de tout changer, rien ne doit continuer comme avant, à commencer par vos majoritairement masculines et blanches toutes puissances.

    Michèle,
    Féministe tant qu’il le faudra !

  4. De multiples textes, vidéos, slogans et pétitions témoignent d’une crise de confiance envers ce qui s’est fait jusqu’à présent.
    Les solidarités populaires, sous des formes multiples, montrent une voie : d’autres relations sociales que la défiance et la concurrence sont possibles et nécessaires ; elles préfigurent aussi la volonté de la population de prendre ses affaires en mains, sans reproduire les solutions du passé ni attendre que l’État et les professionnel.le.s de la politique, discrédité.e.s comme jamais, ne s’en mêlent.
    Comment répondre à ces colères sans être en-deçà de l’urgence ? 
    N’est-ce pas le moment d’explorer ensemble comment dépasser la dénonciation et la colère pour aller vers l’élaboration commune de solutions alternatives ?

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