Sexisme, médias et société

« Ces questions concernent aussi bien nos médias d’informations que nos contenus de divertissement ou de fiction qui peuvent innover en représentant des modèles plus nuancés de féminités mais aussi de masculinité » (Jean-Paul Philippot, administrateur générale de la RTBF)

S’il ne faut pas oublier que le système de genre organise la catégorisation et la hiérarchisation des hommes et des femmes, l’invention et l’imposition du masculin et du féminin, il ne faut pas dédaigner les travaux, y compris institutionnels, visant à rendre public ce qui est justement invisibilisé et/ou naturalisé dans rapports sociaux de sexe.

A quand une telle démarche dans les médias publics et privés dans ce pays nommé France ?…

Du sexisme ? Chez nous ?

« Il existe un continuum entre le harcèlement de rue, les remarques sur la tenue d’une collègue au travail et l’objectification des femmes dans le cinéma »

Le sexisme ce n’est pas d’abord chez les « autres », l’égalité n’est pas un déjà-ici, « toutes les analyses et les statistiques crient le contraire ». Dans le premier chapitre l’autrice présente, entre autres, le sexisme dans les médias, les places assignées aux hommes et aux femmes, la beauté comme machine à discriminer, la nécessite de mettre à nu la mécanique sexiste et de nommer les inégalités, le genre et les processus de socialisation – la fabrication sociale des hommes et des femmes -, les idées de binarité et de complémentarité des sexes, l’imbrication des discriminations, le concept d’intersectionnalité, le pluriel du féminisme…

Hommes et femmes : à chacun sa place ?

« Ce sont donc les apprentissage, la socialisation, la culture et les interactions avec l’entourage qui vont former les cerveaux des hommes et des femmes et leurs éventuelles différences »

Dans ce chapitre sont analysés, les cerveaux « pas si différents », les significations sociales des tâches assignées, l’expertise acquise (ni naturelle ni innée) des femmes, les gestes et les réflexes quotidiens, le travail domestique assumé très majoritairement par les femmes, le plafond de verre, les temps de parole des hommes et l’idée que les femmes sont bavardes, une « femme qui parle est bavarde, un homme qui parle est un leader », le double standard, les interruptions, « dans 96% des cas d’interruption dans une conversation, ce sont les hommes qui interrompent les femmes », la virilité, « des privilèges au prix d’un carcan » (sur ce point en complément possible, Préface au livre de Pinar Selek, Devenir homme en rampant, jules-falquet-2013-preface-au-livre-de-pinar-selek-devenir-homme-en-rampant-paris-lharmattan/), le privilège masculin et la responsabilité des hommes dans son maintien…

L’autrice discute de la place des femmes dans les médias, les hommes visibles, la répartition « très stéréotypée et inégalitaire des rôles attribués », la sous-représentation des femmes dans l’industrie du film, « les résistances à financer les réalisatrices et les histoires qui dépeignent les minorités autrement », l’obsession d’un foulard, « une combinaison entre un sous-traitement médiatique et le racisme », le « principe de la Schtroumpfette », l’usage ou non du prénom et du nom, la co-construction de la sociétés dans ses représentations, les seuls hommes pour discuter des droits des femmes…

Des propositions sont mises en avant, dont « le congé paternité obligatoire et équivalent à celui de la mère », des grilles de salaire transparentes, les stratégies de répartition équitable de la parole, le bâton de parole, la mixité dans les panels d’expert·es, les 50% de femmes dans les médias, les initiatives…

La beauté une machine à discriminer

L’autrice parle du corps comme objet de regard, des injonctions à la beauté, de la focalisation sur l’apparence des femmes, des cheveux et des « commentaires désobligeants sur les coiffures afro », de la grossophobie, des poils et des normes dépilatoires, « Les injonctions à l’épilation constituent un puissant outil de contrôle du corps féminin », de la saleté et de la bestialité, des compliments et du sexisme ordinaire, du sexisme bienveillant, des médias et de l’apparence, « dans les médias, seuls les hommes ont le droit de vieillir », des hommes entiers et des femmes en morceaux, « Les gros plans sur les jambes ou le visage [des femmes], ou les mouvements de caméra remontant le long de la silhouette imitent la pulsion scopique [le plaisir de posséder l’autre par le regard] et morcèlent le corps féminin », des dispositifs voués « au plaisir visuel masculin et à l’objectivation sexuelle de la femme », du désir tout-puissant des hommes et de la négation de la place du désir des femmes, des êtres animés et les objets inanimés, des corps découpés des femmes…

Elle aborde aussi le sport, les hommes forts et les femmes gracieuses, la division sexuée des activités, les sportives professionnelles et les sponsors, le soutien public principalement aux mâles activités sportives, les espaces publics, « Ces espaces publics favorisent des pratiques socialement associé au genre masculin », la télé et le sport masculin « par défaut », les mots du combat, le football féminin, « En sortant de l’ombre, le football féminin entre dans l’économie de marché, où les droits télés et les sponsors donnent le ton »…

Le patriarcat, terreau des violences entre hommes et contre les femmes

Il est important de rappeler les bases matérielles des violences exercées par des hommes sur des femmes, la construction de l’« identité masculine » de pair avec la violence. Dans ce chapitre sont présentés, l’occupation inégalitaire des espaces, « Garçons et filles n’occupent pas de la même manière l’espace d’une cour de récréation », la violence comme fait social majoritairement masculin, la volonté de contrôler et dominer les femmes, « La violence dans les relations intimes recouvre « un ensemble de comportements, d’actes, d’attitudes, de l’un des partenaires ou ex-partenaires, qui visent à contrôler et dominer l’autre », les féminicides, « Je l’ai quitté, il m’a tuée », l’homicide volontaire d’une femme « au simple motif qu’elle est une femme », le continuum des violences « de la blague au meurtre »…

Si la féminité est associé à la fragilité, de nombreuses féministes ont souligné « l’importance pour les femmes d’apprendre à se défendre verbalement et physiquement afin de pouvoir s’affirmer et éviter de vivre dans la peur ».

Les lieux de travail ne sont pas non plus des espaces sûrs pour les femmes, elles y subissent des violences verbales et visuelles, des pressions psychologiques et sexuelles, des agressions physiques, des agressions sexuelles. Elles sont souvent obligées de porter des tenues « montrant leurs formes, leur poitrine ou leurs jambes » (en complément possible, Nouvelle questions Féministes : Le physique de l’emploi, corps-sexues-et-division-sexuelle-du-travail/), le consentement comme « zone pas si grise », la culture du viol, les idées fausses sur le viol, le « non » d’une femme ne peut-être en fait un « oui », Céder n’est pas consentir

J’ai notamment apprécié les paragraphes sur « les violences faites aux femmes dans les journaux », l’abstraction des concepts lorsqu’ils sont utilisés, les actions sans auteurs, le processus de psychologisation, les expressions dépolitisantes et falsificatrices, « Le crime passionnel n’existe pas », – « On ne tue jamais par amour », l’utilisation du rire, « L’humour serait donc une arme de pouvoir qui permet de réaffirmer la norme en se moquant de ce qui est considéré comme anormal », les blondes et matières à blagues, le sexisme derrière la « liberté d’expression » (en complément possible, Catharine A. MacKinnon : Le féminisme irréductible. Discours sur la vie et la loi, legalite-des-femmes-est-incompatible-avec-une-definition-de-la-liberte-des-homme-sexercant-a-nos-depens/), le harcèlement sexiste de femmes journalistes pour les réduire au silence…

Qu’est-ce qu’on y peut ?

« Dans la société en général ou dans les médias, le constat est amer et sans appel : les femmes restent encore majoritairement cantonnées à des rôles stéréotypés. Athlètes de haut niveau, journalistes aguerries, professionnelles accomplies, les femmes sont constamment renvoyées à l’apparence, à la sexualité, à la maternité ou au ménage. Elles subissent dans tous les domaines de leurs vies des formes multiples de violences verbales, psychologiques, symboliques et physiques. »

En conclusion, sont soulignés, l’importance des mots et des histoires racontées, le rôle des médias pour rendre visible les inégalités et l’injustice que constitue le sexisme, la responsabilité des médias dans ce qu’ils diffusent, les changements nécessaires dans l’organisation et la mixité du travail… les nouveaux rapports égalitaires que nous souhaitons construire.

Cette brochure, au delà de certaines formulations et vocabulaires, donne à voir ce que les médias font et sont pour les femmes et les hommes, le sexisme ordinaire et bienveillant des hommes, des assignations douloureuses et destructives des possibles pour chacun·e d’entre nous, la violence masculine systémique déployée contre les femmes…

Sexisme, médias et société

Une brochure de Média Animation réalisée à la demande et avec le soutien de la RTBF et de Safia Kessas, responsable de la diversité.

Rédaction Cécile Goffard

https://media-animation.be/Sexisme-medias-et-societe.html

Bruxelles  2019, 156 pages

Didier Epsztajn


Parmi les auteurs et autrices nommées, les ouvrages cités, et d’autres :

Catherine Vidal : Le sexe du cerveau : au delà des préjugésle-sexe-du-cerveau-au-dela-des-prejuges/ et Nos cerveaux, tous pareils tous différents !histoire-evolutive-specifique-des-etres-humains/

CEMEA : Pour une éducation à l’égalité des genres

Guide survie en milieu sexiste (tome 1) : explications-fallacieuses-et-caracteristiques-projetees-sur-un-groupe-humain/

Guide survie en milieu sexiste (tome 2) : mythes-et-cliches-sexistes-contre-legalite/

Nadege Beausson-Diagne, Mata Gabin, Maïmouna Gueye, Eye Haïdara, Rachel Khan, Aïssa Maïga, Sara Martins, Marie-Philomène Nga, Sabine Pakora, Firmine Richard, Sonia Rolland, Magaajyia Silberfeld, Shirley Souagnon, Assa Sylla, Karidja Touré, France Zobda : Noire n’est pas mon métier. Stéréotypes, racisme et diversité : 16 actrices témoignent, les-refus-de-la-boite-a-cliches/

Axelle : revue/axelle/

#EnquêteEpilation : les premiers résultats de notre grande enquête sur la norme du glabre, effets-psychologiques-et-physiques-de-la-norme-du-glabre/

Francine Sporenda : Beauté, la prison des femmesbeaute-la-prison-des-femmes/

Mona Chollet : Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, lomnipresence-de-modeles-inatteignables-enferme-nombre-de-femmes-dans-la-haine-delles-memes/

Noémie Renard : En finir avec la culture du viol, les-violences-sexuelles-un-phenomene-massif-et-tolere-socialement/

Le viol, instrument de contrôle des femmes. Interview de Noémie Renard par Francine Sporenda, le-viol-instrument-de-controle-des-femmes/

Valérie Rey-Robert : Une culture du viol à la française. Du « troussage de domestique » à la « liberté d’importuner », ne-nous-dites-pas-comment-nous-comporter-dites-leur-de-ne-pas-violer/

Sous la direction de Patrick Chariot : Le viol conjugal, lautonomie-du-desir-propre-a-chacune/

Suzanne Zaccour : Pour en finir avec la culture du viol, pour-en-finir-avec-la-culture-du-viol/

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