Une épidémie prévisible


Le SRAS (SARS, Severe Acute Respiratory Syndrome CORona Virus) est un syndrome d’atteinte respiratoire grave, observé pour la première fois en 2002 avec SRAS-1, virus à ARN apparu en novembre 2002 en Chine dans le Guandong. L’alerte avait été chaude mais, 
in fine, sans rentrer dans les détails, il n’aurait infecté « que » 8 096 personnes dans environ 30 pays, ne causant « que » 774 décès, principalement en Asie. La contamination se faisait par voie respiratoire. Ce bilan est « faible » comparé, par exemple, aux virus grippaux H1N1, dont les plus connus sont la grippe espagnole – environ 50 millions de morts ! – et le variant H1N1 de 2009 (estimation 2012 : 280 000 morts). Cela « peut » expliquer au tout début un certain retard de perception de la gravité de la maladie.

La pathologie actuelle, de même que la contagiosité extrême, n’a rien à voir avec le SRAS ni avec le H1N1. Au 25 mars 2020 à 14 heures (on est obligé de dater les chiffres), on avait 416 916 cas confirmés dans le monde et 18 865 décès (Europe : 216 298 dont 69 176 en Italie ; France 25 233 cas et 1 331 décès). Ces chiffres sont sous-estimés, par exemple, en France où l’absence de dépistage systématique sous-estime le développement et où les morts dans les EHPAD et autres maisons de retraite ne sont pas comptabilisés comme tels.

SRAS-Coronavirus 2 est très souvent appelé Covid-19 (Corona Virus Disease est le nom de la maladie). C’est un nouveau virus de la famille des ribovirus (virus à ARN) appelés « corona » parce que leurs protéines d’attache ressemblent à des pics, ce qui en coupe donne un aspect rappelant une couronne. Il est officiellement apparu en Chine le 31 décembre 2019, date à laquelle a été signalé un nouveau virus causant une nouvelle variété de syndrome respiratoire aigu (SRAS, rappelons-le). Le signalement a été fait avec un certain retard ; aujourd’hui, la plupart des articles faisant remonter le « cas 0 » au ou aux alentours du 8 décembre 2019. C’est donc un virus « émergent », comme ceux évoqués plus haut, et il n’est nul besoin d’imaginer un complot de l’armée US ou des laboratoires chinois, etc., comme certains le prétendent. En fait, l’isolement puis l’analyse extrêmement rapide du virus par les chercheurs chinois ont montré que le « nouveau virus » pour l’homme était présent depuis longtemps chez la chauve-souris puis chez le pangolin. La transmission vient plutôt de la chauve-souris. La séquence du génome l’a montré. L’analyse suggère une recombinaison entre un virus de la chauve-souris et un virus du pangolin. Des transmissions de ce genre sont connues : par exemple, pour Ebola et pour le sida, les complotistes s’étaient déjà déchaînés alors que les équipes de l’Institut Pasteur, notamment en France et au Cameroun, avaient démontré une présence antérieure chez le chimpanzé ou le singe vert. De telles transmissions sont historiquement prouvées (la « grippe espagnole », apparue en Chine dans la région de Canton, est partie du canard et est arrivée à l’homme via le porc). De tels phénomènes ne sont pas limités à la Chine (le fameux « virus chinois » de Trump). Tant Ebola que le sida ont une origine africaine. H1N1 a son origine au Mexique, probablement à Perote (Veracruz), dans l’élevage industriel de la Gloria.

Une épidémie prévisible et des réseaux d’alerte

La multiplication des épidémies et des pandémies à intervalles plus ou moins rapprochés est pour beaucoup d’écoscientifiques liée à la mondialisation. Les transports aériens nous transportent n’importe où en quelques heures là ou les galions mettaient plusieurs semaines ; les routes transforestières désenclavent des zones et des villages auparavant isolés – ce qui limitait la propagation. Ces deux phénomènes se surimposent à l’envahissement et à la destruction d’écosystèmes qui se développent à des fins de profit immédiat (plantations, bois, etc.). Cela provoque inévitablement une « confrontation » de l’homme à des virus avec lesquels il n’a eu aucun contact antérieur et donc pas d’immunité protectrice (1). Le risque est similaire avec les marchés d’animaux vivants ou les élevages.

La survenue d’une nouvelle épidémie émergente était inévitable, d’où les réseaux d’alerte internationaux. Pouvait-on avoir une action préventive ? Si on prend l’exemple de la grippe, on « prévoit » les mutations à venir, de sorte que l’on vaccine chaque année contre l’épidémie qui va survenir. Cela n’exclut pas une mutation inattendue. Ça a été le cas du H1N1 (2009-2010), mais l’existence d’équipes en alerte continue sur le sujet a permis de produire très vite un vaccin et de vacciner en masse. Toutefois, la mortalité possible en Europe et aux États-Unis a été estimée de façon excessive, ce qui a nourri les soupçons de collusion entre OMS et industrie pharmaceutique pour écouler une surproduction vaccinale.

Pour les virus SRAS, c’est un peu le contraire et il est difficile de répondre oui à la question de la possibilité d’une action préventive dans la mesure où les travaux ont été arrêtés avant d’aboutir. La structure du virus étant connue et bien caractérisée, il était logique de chercher un « pan-vaccin » actif sur tous les virus SRAS connus ou à venir. Un des meilleurs spécialistes français, Bruno Canard, mérite d’être longuement cité :

« On venait alors de lancer de grands programmes de génomique structurale sur les virus pour essayer de ne pas être pris au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus. Un projet européen lancé à cette fin à l’époque a été suivi d’autres programmes. L’irruption du SRAS-CoV en 2003 a illustré la pertinence de cette démarche. Cela nous a conduits à décrire une première structure cristallographique dès 2004. […] Je pense qu’énormément de temps a été perdu entre 2003 et aujourd’hui pour trouver des médicaments. En 2006, l’intérêt pour le SRAS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. Nous avons alors eu du mal à financer nos recherches. L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela. Cela prend du temps et de la réflexion. […] J’ai pensé à tous les projets ANR (Agence nationale de la recherche) que j’ai écrits, et qui n’ont pas été sélectionnés. J’ai pensé à ce projet ANR franco-allemand, qui n’a eu aucune critique négative, mais dont l’évaluation a tellement duré qu’on m’a dit de le redéposer tel quel un an après, et qu’on m’a finalement refusé faute de crédits. » (2)

Financements réduits et recherches stoppées

Les travaux sur des « pan-vaccins » ont donc cessé faute de financements. On retrouve ici le problème de la subvention des recherches sur « appels d’offres » qui correspondent aux sujets « en pointe », « prioritaires », « susceptibles de débouchés importants »… On voit aussi ici le danger de la collusion public-privé. Ça prend du temps de rédiger des projets et de les soumettre pour ne pas survivre qu’avec de maigres projets sur crédits récurrents, le financement de base d’un laboratoire qui, en biologie représentait 80 à 90% de son financement, quand j’ai débuté dans la recherche. Ensuite, il faut attendre et, en France, les projets retenus par l’Agence nationale de la recherche ne sont qu’une fraction des projets soumis, et c’est la même chose au niveau européen (3).

Il faut rappeler que les crédits récurrents – hormis les grands instruments (4) et les programmes spatiaux – ont été rognés systématiquement d’année en année après Mitterrand, en dépit des promesses d’atteindre le niveau, défini par l’Europe, de 2% puis 3% du PIB (5). Est venu aussi le temps des financements privés, de la fondation Arc pour la recherche sur le cancer, de la Ligue nationale contre le cancer, des legs à Pasteur ou à Curie, financement privé qui a reçu une nouvelle impulsion avec les téléthon et autres sidaction. Le slogan syndical « La recherche ne doit pas vivre de quêtes », reste d’actualité ! Puis ce furent les fameux projets ANR (Agence nationale de la recherche). Au départ, caricature, il n’y avait que des appels à projets sur thèmes définis. Ils se sont rendu compte du ridicule et ont introduit 20 à 25% de « projets blancs », c’est-à-dire ne rentrant pas dans un cadre défini. Or, comme disaient les manifestants de « Sauver la recherche » sous François Fillon, « l’ampoule électrique n’a pas été inventée en faisant des programmes sur la prolongation de la vie et l’amélioration de la luminosité de la bougie ». Quant aux postes statutaires, ils n’ont pas cessé de chuter. Le développement de la précarisation est très net en biologie.

Donc, avec une structure misant sur le long terme on aurait peut-être déjà un vaccin ou des traitements prêts… Ça, c’était parier sans certitudes sur l’avenir. Investir sur l’avenir, ce n’est pas toujours à fonds perdu et parfois oui.

La stratégie de la pénurie

Parlons des machines à amplification génique (PCR pour Polymerase Chain Reaction) qui permettent de détecter le virus. En avoir un nombre apparemment surdimensionné aurait en fait permis une stratégie à la coréenne ou à la taïwanaise, à savoir un dépistage à grande échelle. C’est ce que Jean-François Delfraissy (6) a implicitement reconnu en déclarant que la stratégie actuelle était due à l’absence de machines en nombre suffisant. Ça a irrité Macron… C’est comme la pénurie de masques : ils ne s’usent que si l’on s’en sert…

Alors, bon, comme dit Bruno Canard, des chercheurs vont être mobilisés en urgence sur un crash program… Trop peu, trop tard ! Comme promettre des millions à la recherche pour dans… cinq ans ou un chiffre indéterminé pour les hôpitaux.

On n’a aucun traitement antirétroviral. On en est réduit à la ventilation, aux antibiotiques pour les cas graves comme légers et au Doliprane. Une grande variété de traitements ont été essayés en Chine, y compris contre le Covid-19 pédiatrique, comme le lopinavir ou la fameuse chloroquine. Un article détaille la procédure « Four-Anti and Two-Balance strategy included antivirus, anti-shock, anti-hyoxemia, anti-secondary infection, and maintaining of water, electrolyte and acid base balance and microecological balance (7) ». Il est possible, mais pas prouvé, que certains autres antiviraux soient actifs, ainsi que la fameuse hydroxychloroquine. Au stade actuel, un essai européen et français est lancé sur plusieurs antiviraux comme le remdesivir, le kaleatra, l’interféron alpha, ainsi que sur l’hydroxychloroquine (8). Puisqu’il faut consacrer du temps à ce produit, l’auteur assume la responsabilité de dire que tant la première étude chinoise que celle princeps de Didier Raoult ne sont pas statistiquement significatives en raison de la taille des échantillons et de divers biais méthodologiques. Une étude récente (6 mars 2020) (9) ne montre pas d’effet additionnel par rapport aux autres traitements (antiviraux/infectieux classiques) ; et en fait, pour un patient – mais un, ça ne veut pas dire grand-chose vu la taille du groupe – cela a aggravé le syndrome. D’autres études chinoises en cours de publication devraient donner la même chose mais il faut attendre. La non-significativité est confirmée sur France Inter par Philippe Klein, qui travaille à Wuhan depuis cinq ans où il a suivi in situ l’épidémie. Ce qui ne veut pas dire que ça ne marchera pas en Europe mieux qu’en Chine : c’est possible pour toute une série de raisons génétiques (HLA), environnementales, etc. Un test rigoureux est donc absolument nécessaire (les tests in vitro et chez la souris sont positifs). L’existence d’effets aggravants doit, elle aussi, être recherchée. Il est regrettable que la polémique actuelle retarde paradoxalement l’essai (10).

Le confinement et les tests

En effet, c’est le traitement préventif et un confinement strict et de longue durée qui a permis en Chine de localiser et apparemment de juguler l’épidémie. Le tout au prix de mesures drastiques que l’on voit mal pouvoir être appliquées en France, particulièrement là où des familles entières vivent dans 20m2, voire moins… Avec un retard important – le premier cas chinois remonte à début décembre – et le maintien d’un grand banquet (!) le 19 janvier, les autorités provinciales du Hubei, sur injonction de Xi Jinping qui déclare la situation grave, ont bloqué Wuhan, Huanggang et Ezhou (22 millions d’habitants). Le 25 janvier, les autorités élargissaient la quarantaine à presque toute la province de Hubei (56 millions d’habitants) avec confinement strict dans les maisons (cela ira jusqu’à fermer /souder les serrures des appartements de contaminés…).

Mais il faut noter que la reprise du travail expose à présent à une deuxième vague, hors Hubei, dans les zones non infectées, Pékin et Shanghai, par exemple. Pour Benjamin Cowling, épidémiologiste à l’université de Hong Kong, « du fait que la majeure partie de la Chine n’a pas vraiment eu un nombre important d’infections au cours de la première vague, la population demeure très vulnérable et peut être touchée par une épidémie importante. Tôt ou tard, une seconde vague est inévitable. Totalement inévitable » (11).

Cette stratégie n’est pas celle qui a été mise en place en Corée, où il a été choisi, dès la première vague de contamination (7 755 cas au 11 mars), de pratiquer un très grand nombre de PCR (12) : les proches de toutes les personnes contaminées sont ainsi recherchées de façon systématique, avant de se voir « proposer » un test de dépistage. Les déplacements des malades avant qu’ils ne soient testés positifs sont reconstitués au travers des images de vidéosurveillance, de l’utilisation de leur carte bancaire ou du bornage de leur smartphone, puis rendus publics… On peut douter que ça « passe » en France, mais ce qui compte (comme à Taïwan, autre modèle), ce sont les tests (plus de 10 000 par jour) et plus de quarante cliniques ambulantes. Les foyers ont été isolés, et masques et gants diffusés massivement. Enfin, des désinfections ont lieu dans les bâtiments, les rues, etc.

Car la contamination se fait entre humains par des contacts avec des contaminés ou par les aérosols produits en respirant, que l’on soit symptomatique ou non. Le dépistage puis l’isolement des foyers sont cruciaux (Corée, Taïwan en sont les meilleurs exemples, mais aussi le Hubei) et ce sera forcément le cas en sortie de crise. Les mesures de protection aussi : les masques, en premier. Citons la Société française d’hygiène hospitalière : « Ne pas dépasser un maximum de quatre heures pour le port d’un même masque chirurgical antiprojection, huit heures pour le type FFP […], ne pas utiliser d’autres types d’écrans à la place des masques chirurgicaux (ex. masques en tissu, masques en papier, chiffons noués derrière la tête) ». On en est loin… sachant que pour la très grande majorité des EHPAD, ce n’est pas peu, c’est rien pour le personnel, et idem pour beaucoup de médecins de ville. Quant aux blouses jetables en papier… Quant aux caissières (pour lesquelles les protections plastiques ont été tardives et souvent artisanales…), ou aux livreurs…

Rappelons aussi le rôle joué par les élections municipales du 15 mars, alors que, par exemple dans le 20e arrondissement de Paris, elles se sont tenues avec deux bouteilles de gel hydroalcoolique par bureau de vote sans masques ni gants…

Certes, le gouvernement n’a pas forcément été « aidé » et il faut peut-être rappeler les déclarations de Didier Raoult : « Il y a trois Chinois qui meurent et ça fait une alerte mondiale, l’OMS s’en mêle, on en parle à la télévision et à la radio. Tout cela est fou, il n’y a plus aucune lucidité. » (14)

« Ce virus n’est pas si méchant, ce n’est pas un meurtrier aveugle. Le taux de mortalité, estimé aujourd’hui aux environs de 2% c’est-à-dire équivalent à celui de toutes les pneumonies virales présentes à l’hôpital, va probablement diminuer une fois que les cas qui n’ont pas donné de symptômes seront pris en compte. Sans être devin, je doute que le virus chinois fasse augmenter de manière très significative, chez nous tout au moins, les décès par pneumonie. Mais on ne peut pas ne pas tenir compte de l’état de notre société, très émotive. À l’heure de l’hyper-réactivité des réseaux sociaux, les responsables politiques ont peur de ne pas en faire assez, alors ils en font parfois trop. » (15)

Dès janvier, les informations étaient suffisantes pour mettre en œuvre des décisions urgentes. Il fallait vérifier les stocks de masques, de blouses, de gants, de gel, commander des appareils PCR et de la Taq polymérase (produit nécessaire à la pratique de la PCR) et relancer la production de respirateurs. Il fallait alerter toutes les structures les plus à risques, les doter des moyens pratiques pour faire face à cette possible épidémie.

« Si nous disposions de médicaments à l’efficacité démontrée, il serait possible d’appliquer en France une politique testant et traitant immédiatement toutes les personnes chez lesquelles l’infection est découverte. Mais il reste beaucoup d’inconnues scientifiques et de questions sociétales posées. Pourquoi ne pas avoir mis en œuvre sans attendre cette stratégie ? Parce que nous en sommes incapables et que ce n’est pas l’enjeu dans la phase de montée de l’épidémie. Nous ne possédons pas les capacités de tester à la même échelle que la Corée du Sud. En France, environ 8 000 tests sont réalisés chaque jour. Les laboratoires privés vont s’y ajouter mais nous avons un énorme problème avec les réactifs utilisés dans les tests. Ces réactifs de base proviennent de Chine et des États-Unis. La machine de production s’est arrêtée en Chine et les États-Unis les gardent pour eux. » (16)

Tout est dit (ce paragraphe de l’interview n’a pas été apprécié par l’Élysée… Quelle surprise !)

Et nous ne reviendrons pas sur la politique des lits, sinon que fermer plus de 11 800 lits et réduire les personnels n’était pas la bonne politique, et que les manifestants et manifestantes du personnel hospitalier ont été gentiment gazé·es et matraqué·es. Une partie du bilan de la ministre Buzyn…

Tout au long de cet article, j’ai voulu montrer les manques, les retards (matériels, confinement, tenue des élections municipales…) et l’absence de tout, dans les EHPAD, par exemple, n’en déplaise au Premier ministre, provoqués par une politique à courte vue qui n’a cessé de multiplier les impairs : on se souvient de la ministre de la santé déclarant que le corona ne se manifesterait pas en France, laquelle était de toute façon « prête ». Une France prête à vivre sans masques, puisque d’ailleurs, selon le nouveau ministre de la santé, ils ne servent à rien.

La Chine et Corée le montrent, une sortie de crise ne peut pas se faire sans masques chirurgicaux généralisés et sans une surveillance par tests faits – y compris faits au hasard – pour vérifier la non-diffusion par des « porteurs sains » et l’isolement rapide de tout nouveau foyer possible. Il faudra établir une surveillance (prise de température, dépistage lors des vols revenant de régions « sensibles », veille contre une deuxième vague à l’automne…) en attendant vaccin et pan-vaccin. La gestion de cette crise est un scandale exemplaire de la politique du profit immédiat. À la sortie de crise et la veille post-crise, plus rien ne doit être comme avant !

Addendum du 6 avril

La stratégie choisie (le confinement généralisé) par rapport à un dépistage précoce de tout foyer, son analyse (tests larges du foyer et son entourage immédiat, et quarantaine des contaminants éventuels, laissant le reste de la société fonctionner quasi normalement a plusieurs conséquences : a) psychologiques : l’enfermement devient difficile à supporter et en témoignent certaines sorties dans les parcs le week-end, qui, même en respectant la consigne de distance de sécurité, sont une erreur épidémiologique ; b) économiques, évidemment, pour des tas de petits commerces et pas que pour les grosses boîtes… et, en miroir, le manque de marchandises auxquelles on s’est habitué dans la société de consommation ; c) et surtout, en fait, une grande partie de la société n’est pas immunisée car n’ayant jamais été en contact avec le virus.

Dans ce cadre, imposé, lui aussi, par le faible nombre de dépistages, qui même si on ne peut se comparer à la Corée, reste très bas par rapport à celui de certains pays européens, l’Allemagne par exemple, la levée du confinement ne peut même pas se faire après le pic de l’épidémie ou après un plateau. Idéalement, on tombe sur la phrase de Juvin (infectiologue de renom à l’hôpital Georges- Pompidou, à Paris) : « L’épidémie sera derrière nous quand il se sera passé 14 jours sans aucune hospitalisation après le dernier nouveau cas. […] On en est loin… »

Dans la pratique, force est de constater que le confinement subit de fortes entorses, des gens étant envoyés travailler sans aucune réelle protection dans des secteurs non essentiels. Des usines bien connues en sont l’exemple, des secteurs de services aussi…

Néanmoins, on peut d’ores et déjà phosphorer sur la levée du confinement général… Et sur plusieurs scénarios : a) levée suivant les régions – les régions les plus atteintes étant paradoxalement les plus proches de l’immunité naturelle, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit atteinte : 60 à 75% de la population devrait avoir fait un Covid, aigu ou latent ; b) levée par tranches d’âge ? Les jeunes étant théoriquement moins à risque ; c)  levée globale avec tests et suivi…

Dans tous les cas, les insuffisances actuelles sont manifestes : tests en quantités trop faibles pour des screenings larges et l’isolement des foyers potentiels ou en redémarrage, ce qui est un minimum nécessaire, absence d’un nombre suffisant de masques pour leur dissémination à la population et assurer leur renouvellement.

En sortie comme en entrée de crise, les choix gouvernementaux depuis dix ans se révèlent catastrophiques…

Se profile, en outre, une alternative additionnelle : le traçage à la coréenne. Outre que dans une société « à la française » on voit mal comment obliger les gens à sortir smartphone allumé, cette option rationnelle du point de vue épidémiologique suppose communication des données médicales à un opérateur et la mise en place d’un fichier de traçage en coopération avec les forces de justice/police. Disons-le clairement : la menace pour les libertés individuelles est réelle, avec des gestionnaires tels Belloubet et Castaner…

Addendum du dimanche 12 avril

Une très mauvaise nouvelle… Plusieurs rapports venus d’abord de Corée signalent une réapparition du virus chez des patients auparavant infectés.

Deux hypothèses non nécessairement exclusives. Soit dans la population (ou dans une partie de la population) il existe des « non-répondeurs » qui ne développent pas d’immunité contre le virus. Dans cette hypothèse, la levée du confinement pourrait se révéler plus problématique que prévue. Soit, encore plus ennuyeux, le virus se cache dans des « cellules réservoir », comme c’est le cas du sida sous trithérapie (charge virale circulante nulle, non contaminant, réapparition et retour au statut contaminant à la levée de la trithérapie). Là encore, la levée de confinement est compliquée.

D’autant que peu de choses émergent sur l’immunité humorale et a fortiori cellulaire. Rappelons que c’est cette dernière qui est essentielle dans la grippe. L’immunité humorale est le fait des anti- corps qui vont se fixer sur le virus pour l’empêcher de fonctionner. Elle agit en fait surtout sur les bactéries, mais peut agir sur des virus: on parle d’anticorps neutralisants. L’immunité cellulaire procède des cellules T (pour thymus, d’où elles dérivent) qui tuent les cellules infectées. Un bon vaccin réussit à mobiliser ces deux bras.

Par contre (autre mauvaise nouvelle), les séquelles diverses de l’infection chez une partie des malades – indépendamment des sorties de réanimation avec coma – commencent à être connues : diminution des capacités respiratoires (10 % des cas) et, mais c’est mal quantifié, atteinte du foie, du myocarde, des reins.

La bonne nouvelle vient de Gantzel, en Allemagne. Après un dépistage systématique dans ce village témoin, la mortalité ne concernerait finalement que 0,37% des infectés… Chiffres très similaires à ceux de la Corée…

Je ne saurais terminer cet addendum sans ajouter cette photo… De l’hôpital où est mon labo.

Addendum du 17 avril

Tout d’abord, quelques précisions sur la sortie du confinement annoncée pour le 11 mai.

Il est évident que – beau temps et problèmes psychologiques obligent – le confinement devient de plus en plus dur à supporter. Pour autant, et la non-mention du conseil scientifique par Macron lors de son allocution télévisée du 13 avril, en est un signe, il n’y a pas d’accord scientifique et clinique sur la réouverture des écoles. L’étonnement de l’Ordre des médecins (entre autres) est très significatif, car il va être impossible d’empêcher les enfants de se toucher dans les cours de récréation et donc de se contaminer mutuellement… et de transmettre tout ça à maman, papa, mamie et papy. Et, bien sûr aux enseignant·es. Ajoutons que le nombre de points d’eau et de savons mis à disposition dans une école rend le lavage des mains collectif long et, de plus, il est impossible de mettre en pratique un tel lavage de mains de manière efficace dans une école.

Chacun le sait, il s’agit d’envoyer les enfants à l’école pour faire reprendre le boulot aux travailleur·euses. Le tout, d’ailleurs, avec peu de précautions réelles. Le premier mort chez PSA en témoigne : le patronat/Medef s’en fout largement. On se rapproche de la fameuse séquence « Moloch » de Metropolis, le film de Fritz Lang (1927).

Le tout avec des masques et des tests qui n’en finissent pas d’arriver !

À quoi il faut ajouter la petite chanson sur l’immunité de groupe, seule « alternative » à un vaccin actuellement inexistant. Eh bien, c’est très simple : au maximum 10 à 15% de la population ont été infectés, alors qu’une immunité de groupe suppose qu’au moins 60 à 70% de la population l’aient été… Avec bien sûr une mortalité en conséquence.

S’ajoutent à cela de mauvaises nouvelles sur la faible durée de vie des anticorps. Et donc sur les récidives possibles (17)…

Il y a plusieurs explications possibles. Elles tournent toutes autour du fait que la mémoire immunitaire ne serait pas activée. La réponse anticorps nécessite en effet une « coopération » (en fait une communication grâce aux interleukines – molécules de signalisation entre globules blancs et autres cellules dont essentiellement les globules blancs – ou lymphocytes eux-mêmes) entre des cellules dites B, qui produisent les anticorps, et des cellules dites T. La première partie de la réponse immunitaire, « grossièrement visible », est faite d’anticorps ou immunoglobulines produites par les cellules B activées par la reconnaissance directe du matériel étranger. La cellule sécrète dès le jour 5 après la rencontre une « grosse » immunoglobuline, l’Ig (pour Immunoglobuline) M, ou IgM pentamérique, c’est-à-dire répétant cinq fois la même molécule anticorps de base, ce qui lui permet de s’engager contre plusieurs « corps étrangers » à la fois, d’où un fort pouvoir agglutinant et neutralisant. Elle n’est secrétée que temporairement et a elle-même une faible durée de vie. Dans le même temps, les cellules T activées elles aussi par la reconnaissance de l’agent étranger sécrètent une interleukine (l’interleukine 2) aux cellules B, pour les faire activer en cellules mémoires et faire basculer leur sécrétion d’IgM à des anticorps dits IgG, dotés d’une longue durée de vie, et activent la « mémoire » B. Ainsi, en cas de nouvelle rencontre avec le même étranger, la cellule B sécrétera immédiatement de fortes quantités d’IgG.

Un taux anticorps faible évoque soit une réponse insuffisante IgG, soit une réponse IgM seule (au pire, on a une réponse bloquée en IGM seule, dite « T indépendante », cas de la réponse à certains sucres bactériens ou viraux).

Le pire du pire, c’est quand les virus ou les bactéries hyperactivent en plus une catégorie cellulaire particulière, les « T suppresseurs » (ou Ts), ainsi nommés parce qu’ils régulent normalement l’amplitude de la réponse immunitaire pour éviter, par exemple, un emballement inflammatoire, mais qui, comme leur nom l’indique, sont capables de l’empêcher et de supprimer totalement une réponse immunitaire, sécrétion d’IgM comprise et, y compris la réponse des cellules (T) tueuses, cellules indispensables en immunité antivirale car elles détruisent les cellules infectées; l’exemple le plus connu est le pneumocoque SIII qui n’induit qu’une réponse Ts et IgM, d’où le caractère grave de son infection avant l’utilisation de la pénicilline.

Cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas induire une réponse vaccinale en couplant l’antigène microbien ou viral à une protéine porteuse qui peut être d’ailleurs un autre virus inactivé… le tout avec un « adjuvant » (dont les antivaccins parlent beaucoup).

Il est beaucoup trop tôt pour parler de succès ou d’échec d’un vaccin, pour la bonne raison que ceux-ci sont encore tout simplement à l’étude, ou d’immunité non existante à distance de l’infection, même si les rapports commencent à signaler une très courte durée de la réponse anticorps et l’existence de réinfections.

Mais une chose est sûre: un déconfinement mal conduit, c’est le risque d’une deuxième vague ! Le gouvernement Macron-Philippe, de ce point de vue, n’inspire aucune confiance.

PS. On reparlera de la chloroquine la semaine prochaine, une fois une étude quasi randomisée menée à Détroit – et d’autres sans doute – officiellement publiée. Et du P4 de Wuhan et de Luc Montagnier.

Addendum du 24  avril

Commençons brièvement par la Chine. Il est extrêmement peu probable que le virus Covid-19 soit une fabrication humaine, a fortiori aux fins de guerre, tant sa structure mixte pangolin/chauve-souris conforte un évènement naturel, alors que fabriquer une arme biologique est infiniment plus simple à partir d’un virus homogène connu par une mutation dirigée unique.

Mais, hélas, depuis son prix Nobel (et même avant), « saint Luc » Montagnier (un de ses surnoms dans plusieurs labos de l’Institut Pasteur) n’a cessé de dériver de la papaye pour le pape à la mémoire de l’eau revisitée. L’insertion de séquences du VIH dans la séquence du Covid-19 a été réfutée par le laboratoire indien qui l’avait lui-même suggérée. Rideau.

Ce qui, par contre, est important tient en plusieurs études. Il apparaît à présent évident que Covid ne touche pas seulement le poumon en tant que tel. Il y provoque aussi des micro, voire des macro-embolies. Ce qui conduit à l’utilisation d’anticoagulants en phase pulmonaire aiguë, et – désolé, c’est très technique – à la « réalisation d’un scanner pulmonaire avec visualisation des artères par injection d’un produit de contraste au lieu du scanner thoracique simple, sans injection actuellement recommandé » afin de visualiser les micro ou macro-embolies. De façon générale, Covid-19 apparaît donc comme plus qu’une simple affection pulmonaire en ayant comme cibles additionnelles foie, rein, cœur, système nerveux…

Autre avancée : l’étude épidémiologique du lycée de Crépy-en-Valois (Oise) réalisée par l’Institut Pasteur. Les tests de détection du virus, associés à trois tests sérologiques développés par l’Institut Pasteur, révèlent que 26% de la population étudiée a été infectée par le SRAS-CoV-2 et possèdent des anticorps contre celui-ci. Plus précisément, parmi les personnes fréquentant le lycée, 41% ont été infectées, alors que parmi leurs proches, elles ne sont que 11% (MedRxiv). Notez la différence entre la population (26 % de prévalence) et un milieu plus collectivisé (41%). Le taux d’hospitalisation dans cette population jeune (âge médian de 37 ans) est de 5,3%, sans décès, et la proportion de personnes infectées sans symptômes pendant la période d’étude est d’au moins 17%. Cette étude qui montre aussi que les sujets fumeurs semblent moins infectés par le virus : 7,2% des fumeurs de l’étude sont infectés, contre 28% des non-fumeurs (18)

L’étude de Crépy-en-Valois pose bien la question des risques que l’on va prendre. Nous y reviendrons en détail la semaine prochaine, à propos du déconfinement dans les transports, les usines, les magasins et, comme on s’en doute, les écoles.

Nous reviendrons également la semaine prochaine sur les positions syndicales et associatives, mais disons tout de suite que sur ce dernier point : « Blanquer confiance », c’est une nouvelle fois raté. À signaler de surcroît pour tout arranger que, selon un article récent de Nature Medecine, Covid-19 pourrait être plus contagieux encore en période asymptomatique post-infection !

D’autant que le cafouillage continue au niveau des masques (de leur prix, de leur distribution payante et non de leur gratuité !), et que d’autres anomalies pour le moins ahurissantes se dévoilent. Comme ces 8 500 respirateurs T 60 destinés au transport se révélant inadaptés à la réanimation… « L’heure n’est pas à la polémique », selon le ministre de la santé… Mais quand même. Interrogé par Le Quotidien du médecin, le Pr Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR), confirme les informations des enquêteurs. Selon lui, les respirateurs Osiris sont de « mauvais ventilateurs de transport pas adaptés » à la prise en charge des patients atteints du Covid-19 et dangereux pour les soignants. Le gouvernement aurait contacté la SFAR « mi-mars » pour lui demander de valider la commande, relate-t-il. « Le ministère nous a dit : “C’est ça ou rien !” », raconte le Pr Jean-Michel Constantin. Sous pression, à un moment où « il aurait été déraisonnable d’estimer le nombre de patients en réanimation que nous allions avoir », la SFAR a fini par accepter la proposition. « On a finalement signé la demande à la condition que les ventilateurs soient utilisés en dernier recours et sous certaines conditions », explique l’anesthésiste-réanimateur. Depuis, la SFAR a publié un certain nombre de recommandations d’utilisation des respirateurs Osiris à destination des soignants.

Tout cela tombant alors que les vaccins n’en sont, au mieux, qu’en phase 1 (essai d’innocuité) et que nous n’avons aucun traitement confirmé. Pour ne pas être accusé de servilité macronienne, je poste ici d’abord les recommandations du panel d’experts du NIH américain. On notera qu’il dézingue aussi pas mal de médicaments « Big Pharma ». (On m’a accusé d’être vendu : j’ai, par exemple, eu droit à ce post : « Mais bon, on est en droit de s’interroger sur qui a financé votre longue et belle carrière ? », ce qui insinue que j’ai été – grassement – payé par le privé pour en arriver à être, par exemple, dans ma carrière active membre du conseil de l’International Union of Immunological Societies. Or, je suis, ou plutôt j’étais – étant à présent émérite – fonctionnaire CNRS et n’ai jamais touché de fonds du privé, ni pour moi ni pour ma recherche.)

Options thérapeutiques pour COVID-19 actuellement à l’étude

À l’heure actuelle, aucun médicament ne s’est avéré sûr et efficace et aucun n’a été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA). Bien que des rapports, parus dans la littérature médicale et dans la presse profane, fassent état de traitements efficaces avec divers agents, des données d’essais cliniques définitives sont nécessaires pour identifier les traitements optimaux pour cette maladie. La prise en charge clinique recommandée pour les patients atteints de Covid-19 comprend des mesures de prévention et de contrôle de l’infection et des soins de soutien, y compris l’apport d’oxygène supplémentaire et l’assistance respiratoire mécanique lorsque cela est indiqué. Comme pour la gestion de toute maladie, les décisions relatives au traitement incombent en dernier ressort au patient et à son fournisseur de soins de santé.

Les données cliniques sont insuffisantes pour recommander ou non l’utilisation de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine pour le traitement de Covid-19. Si la chloroquine ou l’hydroxychloroquine est utilisée, les cliniciens doivent surveiller le patient pour détecter les effets indésirables, en particulier l’allongement de l’intervalle QT (19).

Il n’existe pas non plus suffisamment de données cliniques pour recommander ou non l’utilisation de l’antiviral expérimental, le remdesivir. Celui-ci fait actuellement l’objet d’essais cliniques et est également disponible par le biais d’un accès élargi et de mécanismes d’utilisation compassionnelle pour certaines populations de patients.

Sauf dans le cadre d’un essai clinique, le groupe d’experts sur les directives de traitement de Covid-19 recommande de ne pas utiliser les médicaments suivants : la combinaison d’hydroxychloroquine et d’azithromycine (risque de toxicité), le lopinavir/ritonavir et les autres inhibiteurs de la protéase du VIH (pharmacodynamique défavorable et essais cliniques négatifs), les modificateurs de l’hôte, la thérapie immunitaire (données cliniques insuffisantes pour recommander ou non l’utilisation de plasma de convalescence ou d’immunoglobuline hyper-immune), inhibiteurs de l’interleukine-6 et 1 (données cliniques insuffisantes). Enfin, sauf toujours dans le cadre d’un essai clinique, le groupe d’experts recommande de ne pas utiliser les immunomodulateurs, tels que les interférons, en raison de leur manque d’efficacité dans le traitement du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRM) et de leur toxicité.

Pour la suite, opinion personnelle qui n’engage que moi

a) Il existe une série de données mélangeant études sur hydroxychloroquine seule, hydroxychloroquine + azythromycine, à des stades divers y compris précoces qui ne montrent aucun effet sur la mortalité finale, sinon au contraire une aggravation, qui dans le cas extrême (Brésil) a conduit a un arrêt d’urgence.

b) Chaque étude a sa faiblesse (en attendant celle de Détroit soumise au New England Journal of Medicine), mais hormis celle faite en Chine, sur laquelle s’appuyait Didier Raoult au départ, elles vont toutes dans le même sens. Hydroxychloroquine seule ou hydroxychloroquine plus azytromycine n’ont pas d’effet significatif sur la maladie, voire augmentent les complications, essentiellement mais non exclusivement cardiaques.

c) Les hôpitaux suédois ayant arrêté hydroxychloroquine seule ou hydroxychloroquine plus azytromycine en raison de ces complications ne manifestent pas d’intention de revenir sur cette décision. Au contraire, car ils ont une amélioration de leurs statistiques de succès.

d) En l’absence de « bras contrôle » – c’est-à-dire un groupe sans hydroxychloroquine seule ou hydroxychloroquine plus azytromycine, et de randomisation de l’étude de Raoult, on ne peut que constater qu’il teste tout le monde puis traite tous les positifs précoces. Le contrôle en l’absence de « bras contrôle » de l’étude auquel on peut se référer devient donc de facto le taux de mortalité spontané (en l’absence de tout traitement) mondial. Je cite Axel Kahn pour « la seconde étude sans groupe témoin », elle « porte sur 80 personnes recevant 600 mg d’hydroxychloroquine et de l’AZT. Onze développent une forme sévère, trois vont en réanimation, une meurt. Ce sont là à peu près les statistiques mondiales ». Autrement dit, le traitement Raoult produit le même résultat que l’évolution spontanée.

e) Très récemment, une petite ville d’Allemagne, Gangelt, a été testée sur une large partie de sa population et les positifs systématiquement suivis : le taux de mortalité de l’étude est de 0,37 % à comparer aux 0,4 % de Raoult.

Autrement dit, on n’a pas de drogue miracle, big pharma ou pas (pas plus que de vaccin).

Voilà. Croyez bien que ça ne me plaît guère que scthroumpfonavir ou machinchloro, on n’ait pas de traitement autre que symptomatique…

Addendum du 15 mai

Nous en sommes au début du déconfinement. Nous savons que cela s’accompagne de mesures qui n’ont rien de médical et il faut rappeler que l’état d’urgence sanitaire permet, par ordonnances, de prendre des dispositions et des sanctions qui n’en rien a voir avec la recherche et la santé.

Côté épidémie, le virus reste en veille y compris là où celle-ci était apparemment jugulée, comme en Chine et en Corée, où des mesures de reconfinement ciblé sont en cours. Le rebond de l’épidémie en Corée ayant débuté dans une boîte gay, un déploiement de mesures ciblées sur la communauté gay, que rien ne justifie ni médicalement ni épidémiologiquement, a déclenché une poussée homophobe. Quant à la Chine, le projet de tester toute la ville de Wuhan, déjà sous reconfinement total, est jugé inutile et irréaliste par rapport à des tests ciblés par les autorités centrales elles-mêmes. Il faut peut-être y voir de la part de certaines autorités provinciales sous le feu de critiques pour leur gestion en décembre dernier une volonté de se dédouaner de l’accusation de laisser-aller.

Côté progression de la pandémie, au moment même où on s’interrogeait sur la protection dont semblait jouir l’Afrique, une poussée importante de « morts inexpliquées » démarrait au Nigeria… Il faut toujours garder à l’esprit les retards de démarrage, surtout quand on compare deux pays : en Suède, par exemple, le pic est loin d’être atteint, mais les chiffres de ce pays où il n’y a pas eu de confinement sont d’ores et déjà beaucoup plus élevés que chez ses voisins nordiques.

De telles comparaisons sont aussi possibles à l’échelle d’un pays, quand existe une structure fédérale. C’est le cas des États-Unis, où la stratégie du confinement, là où elle est mise en place, a des effets indiscutables. Elle se heurte toutefois aussi aux actions d’opposition de la part de complotistes et de fascisants, telles celles que nous avons vues dans le Michigan. Toutefois, les différences de stratégie n’expliquent pas tout, comme en témoignent les chiffres effarants recensés à Montréal, deuxième ville la plus touchée en Amérique du Nord après New York, sans que cette effrayante particularité ne soit bien expliquée…

Ces incertitudes et l’existence de clusters réapparaissant ici et là, en Allemagne par exemple, justifient la plus grande prudence et les alarmes lancées par l’OMS pour qui l’épidémie n’est pas terminée. On observera avec attention l’apparition de tels clusters dans les deux à trois semaines à venir, particulièrement dans les écoles et chez les salariés prenant le métro et le bus aux heures d’affluence, tant le contraste esthénaurme entre la cérémonie de ministres et de préfets dans une gare, chacun·e dans son cercle, et la réalité des lignes 7 et 13 du métro parisien, pour ne parler que ce celles-ci, aux heures d’affluence.

Clairement, un risque a été pris par les politiques, ce alors que des syndromes de Kawasaki sont apparus chez de jeunes enfants avec le(s) premier(s) décès.

Il faudrait évidemment pratiquer un très grand nombre de tests PCR et de tests sérologiques, mais on est très loin des objectifs annoncés par le gouvernement. Quant aux masques, la pénurie est toujours réelle, et une honteuse spéculation se fait dans les grandes surfaces et supérettes, voire, oh honte, dans certaines pharmacies.

S’il faut saluer la volonté de certains maires, dont Anne Hidalgo, de procéder à la distribution – avec 24 heures de retard – de masques gratuits, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, hélas, et l’exigence d’un séchage mécanique et non à l’air libre pose problème à beaucoup…

De toute façon, la revendication de la gratuité des masques de qualité pour tous, de gel sur les lieux de travail, de contrôle indépendant sur la sécurité sanitaire dans les écoles et les lieux de travail constitue avec raison une exigence des syndicats et de divers mouvements. Il est intéressant de noter qu’une instance aussi peu gauchiste que l’Ordre des médecins s’est opposée à Jean-Michel Blanquer (lui-même en butte à une forte contestation dans son ministère), à Édouard Philippe et à Emmanuel Macron.

Lesquels n’en loupent pas une… Ainsi, l’annonce de la « médaille des soignants » a été ressentie comme une provocation par un personnel épuisé qui va devoir désormais gérer les innombrables consultations, examens et interventions retardés pour faire de la place au Covid-19. En espérant que la deuxième vague, que d’aucuns jugent inévitable (dont moi), ne survienne pas de suite. Alea jacta est côté déconfinement.

D’autant que malgré quelques essais thérapeutiques encourageants venus de Hong Kong (Kaletra – Interferon 1b -Ribavirine) et d’une suspicion d’efficacité du Favipiravir (Japon, Israël et Italie), la vérité nue est que hors le traitement symptomatique en phase, nous n’avons pas de traitement… La bonne nouvelle, ce sont les études sur l’immunité humorale et cellulaire et le passage en phase 1 – sans garantie de succès – de candidats vaccins ; la Chine ayant quelques semaines d’avance (mais en la matière toujours l’inattendu est possible). Le tout, évidemment, au milieu du scandale Sanofi-USA… Côté recherche fondamentale, beaucoup travaillent… dans un silence relatif.

Donc, comme on disait pour le sida en son temps : « sortez couverts », sortez (qu’ils ouvrent sous contrôle les espaces verts et les plages) mais sortez masqués… voire gantés de latex. (Mais, SVP, ne jetez pas les déchets au hasard.)

Pour les vacances d’été… on verra. Humour noir ou réalisme, le fait que Philippe annonce qu’il n’y a « pas de problème » ne m’incite pas à la sérénité, au contraire !

Gérard Chaouat


(1) L’exemple historique est la variole introduite en Amérique du Sud par les Espagnols et qui la répandaient avec des couvertures conta- minées, pratique, notons-le, qui se poursuivait parfois encore au siècle dernier en Amazonie.

(2) Bruno Canard, « Face aux coronavirus, énormément de temps a été perdu pour trouver des médicaments », lemonde.fr, 29 février 2020.

(3) La loi innovation recherche permet de créer une start-up à côté de son laboratoire et dans certains cas, les start-up et les laboratoires pharmaceutiques deviennent de fait codirecteurs du laboratoire public. Quant au crédit-impôt recherche, il a permis le don de milliards d’euros au privé sans retour vérifié, selon la Cour des comptes elle-même.

(4) Par exemple, le synchrotron soleil, la participation au collisionneur du CERN ou les observatoires.

(5) Actuellement, un labo Inserm – favorisé par rapport au CNRS – ne fonctionne qu’à 25-30% sur crédits récurrents.

(6) Immunologiste, président du Comité consultatif national d’éthique en 2016. Il est nommé le 11 mars 2020 président du conseil scientifique auprès du gouvernement.

(7) « Quatre thérapeutiques (antivirus, antichoc/stress, antihypoxie [ventilation/oxygène/intubation] et anti-infection surajoutée et deux maintiens [maintien des constantes ioniques et équilibre acide-base]) ». « Management of coronavirus disease-19 (Covid-19) : the Zhejiang experience », en chinois.

(8) Il faut noter toutefois pour les prescriptions « sauvages » et les autoprescripteurs que selon l’étude même de Didier Raoult, il faut pour un effet optimal associer l’hydroxychloroquine à de l’azithromycine. C’est plus à ce médicament (mais sans exclure la chloroquine elle-même) que certains collègues pensent en premier pour les effets cardiaques. « Les antibiotiques de la famille des macrolides exposent à un risque de torsades de pointes. La prudence s’impose dans certaines situations : anomalie de l’électrocardiogramme appelée « allonge-t ment de l’intervalle QT », association avec d’autres médicaments susceptibles de donner des torsades de pointes, hypokaliémie, rythme cardiaque lent (bradycardie) ou irrégulier (arythmie cardiaque), insuffisance cardiaque » entre autres (fiche Teva).

(9) Chen Jun et col., « A pilot study of hydroxychloroquine in treatment of patients with common coronavirus disease-19 (Covid-19) », Journal of Zhejiang University, 26 mars 2020.

(10) Libération, 27 mars 2020.

(11) Benjamin Cowling, interview au The Globe and Mail.

(12) On a pratiqué en Corée du Sud 220 000 tests au 11 mars dans 500 cliniques dont 40 ambulantes. Ce dispositif a été mis en place à titre préventif après l’épidémie de MERS (Middle East Respiratory Syndrome), un coronavirus apparu en 2012 en Arabie saoudite et en Corée en 2015). Un investissement important pour 186 cas et 35 décès mais typique de choix de prévention ad hoc. Si cette alerte de 2015 a été faiblissime en France (deux cas, un décès), cela aurait pu servir de signal, ne serait-ce que pour relancer la recherche.

(13) Au passage, le savon est très et aussi efficace sur le virus… Mais même de ça,on manquait dans de nombreux endroits, dont énormément d’écoles.

(14) Vidéo complète hallucinante sur YouTube, 21 janvier 2020.

(15) Didier Raoult, entretien au Journal du dimanche, 1er février 2020.

(16) Jean-François Delfraissy, Le Monde, 20 mars 2020.

(17) Voir « Addendum » du 12 avril, « Une épidémie prévisible », Covid-19, un virus très politique, vol.

(18) Autre étude,bien involontaire,en milieu « de travail » celle-là… les centaines de marins contaminés du Charles-de-Gaulle…

(19) L’intervalle QT sur l’électrocadiogramme correspond à la durée électrique de la contraction du cœur. Son allongement traduit un trouble du calcium circulant pouvant être en rapport avec la prise d’un médicament et entrainer une fibrillation venticulaire mettant en jeu le pronostic vital.


Publié dans : COVID-19 UN VIRUS TRÈS POLITIQUE

Un livre téléchargeable gratuitement : un-virus-tres-politique-n-8

2 réponses à “Une épidémie prévisible

  1. Merci pour cet article, mais pourquoi éluder le cas allemand ? Dans ce pays (où j’ai de nombreux ami(e)s qui s’inquiètent pour moi compte tenu de la gestion désastreuse du gouvernement français), le taux de mortalité lié au coronavirus est d’environ 0,5 %, alors qu’en France il y est de 7 %… ? Pourquoi ? En amont, une diversité de la médecine qui favorise mieux la prévention en amont (les médecines ‘douces’ sont remboursée en Allemagne. Elle sont enseignées dans environ 50 écoles post bac reconnues par l’État). Concernant l’épidémie actuelle, l’Allemagne a tout de suite pratiqué des tests à très grande échelle, et isolé principalement les personnes testées positives. Le confinement dans ce pays est minime. Mais il y a en Allemagne 5 fois plus de lits d’hôpitaux qu’ici, et 3 fois plus de médecins… Et qui parle du président allemand a tenu un discours le 11 où il a dit : ‘Non, nous ne sommes pas en guerre. Nous n’avons pas d’ennemis étrangers qui nous bombardent. Au contraire, ce temps est un temps de paix et de solidarité.’ Dan

  2. Jean-Luc Picard-Bachelerie

    Il faut aussi citer les virus qui vont certainement être libérés par la fonte des glaces et du permafrost.

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