Covid-19 : Brésil, Chili, Euskal Herria, Afrique du Sud, Palestine, Antilles, monde arabe, Chine, Argentine, Italie, Ontario, Usa

Quand la nature répond

J’écris depuis longtemps pour Journalisme et citoyenneté sur ce qui a été diffusé comme une urgence climatique. La plupart des gouvernements ont écouté le grave problème. Les alertes des experts liés au COPS (Conférence des Parties, réunion de près de 200 pays font partie de la Convention de base des Nations Unies sur les changements climatiques. Etudes scientifiques – menées par le GIEC, le groupe d’experts conseil des Nations Unies – et les différents organes Les internationaux liés à l’ONU avertissent que les pays ne sont en aucun cas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de Paris.

Eh bien, la COP 25, tenue en décembre 2019 à Madrid, avait pour objectif principal la réitération de l’Accord de Paris : que l’augmentation de la température moyenne de la planète ne dépasse pas deux degrés centigrades par rapport aux niveaux préindustriels, et dans la mesure où possible qu’il ne dépasse pas 1,5. C’est la limite établie par la science pour éviter les effets les plus catastrophiques d’un réchauffement qui ne peuvent plus être inversés.

Avec l’épidémie dramatique de CoronaVirus – COVID-19 en Chine en décembre 2019, en se concentrant sur la ville de Wuhan, nous avons une nouvelle urgence, ce qui aggrave le tableau précédent.

Ce bref article a deux points centraux : le premier est d’articuler l’émergence du virus Corona avec la crise environnementale; et le second montre que la crise est liée à la façon dont le système capitaliste a accéléré ses tendances perverses : privilège de la financiarisation ; l’oligopolisation de l’économie mondiale par les multinationales ; des États capturés par une grande capitale ; politique et processus électoraux définis par un grand capital; augmentation des inégalités économiques; accélération de la destruction de l’environnement, entre autres facteurs. Ici, nous soulignerons le fait que la crise a eu un impact dramatique sur les plus pauvres et les travailleurs.

Anthropocène et Capitalocène

Les maladies transmises des animaux aux humains sont en augmentation et s’aggravent à mesure que les habitats sauvages sont détruits par l’activité humaine. Les scientifiques suggèrent que les habitats dégradés peuvent inciter et diversifier les maladies, car les agents pathogènes se propagent facilement au bétail et aux humains.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) signale qu’un animal est la source probable de transmission du coronavirus 2019 (COVID-19), qui a infecté des milliers de personnes dans le monde et fait pression sur l’économie mondiale.

Pour l’un des érudits de la crise environnementale, l’historien et sociologue Jason W. Moore (1), coordinateur du groupe de recherche sur l’écologie mondiale au Fernand Braudel Center et au Deptº de Sociología de l’Université de Binghamton, nous vivons aujourd’hui à la croisée des chemins dans l’histoire de notre espèce – et la vie planétaire.

Ce qui viendra ensuite est une grande question. Mais ce à quoi nous pouvons déjà assister n’est pas beau. La théorie et la recherche environnementales nous renseignent aujourd’hui sur les graves problèmes : changement climatique majeur, acidification des océans, destruction des forêts, accumulation industrielle de déchets toxiques, que ce soit sur terre ou en mer, sécheresses fréquentes et sévères, inondations, agriculture à base de pesticides, qui augmentent le cancer; l’élévation du niveau de la mer, la fonte dans l’Arctique et l’Antarctique, des incendies hautement destructeurs, entre autres calamités. Et bien que le sentiment collectif de « conséquences environnementales » (2) n’ait jamais été aussi grand, les mesures structurelles visant à maintenir une globosphère équilibrée ne se sont pas concrétisées.

Le terme Anthropocène a été nommé en 2000 par le chimiste néerlandais et lauréat du prix Nobel Paul Crutzen, à savoir que la biosphère et le temps géologique ont été transformés par l’activité humaine. Par conséquent, nous vivons dans un nouveau concept de temps géologique, qui inclut l’humanité comme une force géologique majeure, aujourd’hui un facteur décisif.

Jason Moore, bien qu’il considère le concept d’Anthropocène comme pertinent, n’est pas d’accord avec lui à bien des égards, en plaçant une force et une croyance excessives dans la science et la technologie. Tout problème humanitaire majeur serait résolu par les scientifiques. Moore dit que ce concept réduit la mosaïque de l’activité humaine à une dimension abstraite, une humanité homogène, qui réduit au silence les inégalités, la commercialisation, l’impérialisme, le patriarcat et bien plus encore le problème de la relation humanité-nature, car, cartésien, il sépare l’homme et la nature. Moore appelle cette nature humaine, et non humaine, les travailleurs, les forêts, les rivières, les minerais, l’air – LA NATURE PAS CHÈRE (3). Ainsi, l’histoire du capitalisme est une relation de capital, de pouvoir et de prédation. Ce n’est pas pour rien que la militante politique canadienne Naomi Klein (4) a déclaré : « Oubliez tout ce que vous pensez savoir sur le réchauffement climatique. La vérité vraiment gênante est qu’il ne s’agit pas de carbone, mais de capitalisme ».

Pour le capitalisme, la nature est « bon marché » dans un double sens : elle rend les éléments de la nature « bon marché » en prix; et aussi pour les déprécier, les dégrader ou les rendre inférieurs au sens éthique et politique. Mais ils oublient que, comme l’a dit Kate Jones, chef du département d’écologie et de biodiversité à l’University College de Londres, ces maladies zoonotiques sont de plus en plus liées aux changements environnementaux et au comportement humain. L’intrusion dans des forêts vierges, motivée par l’exploitation forestière, l’exploitation minière, la construction de routes dans des endroits reculés, l’urbanisation rapide et la croissance démographique rapprochent les êtres humains d’espèces animales auparavant éloignées.

Les écosystèmes naturels jouent un rôle crucial dans le maintien et l’alimentation de la vie, y compris celle de nos espèces, mais également un rôle fondamental dans la régulation de la transmission et de la propagation des maladies infectieuses. La destruction des habitats et de la biodiversité provoquée par l’homme perturbe l’équilibre écologique, capable de contenir les microorganismes responsables de certaines maladies et de créer des conditions favorables à leur propagation (5).

Le spectre injuste des inégalités socio-économiques

Ces inégalités se creusent et s’accélèrent en raison du néolibéralisme. Les statistiques sont là pour le prouver (6). Sur le plan politique, les gouvernements ont en général privilégié les riches et les très riches et, comme le dit le philosophe Bruno Latour : « Si la politique a été vidée de sa substance, c’est parce qu’elle combine la plainte inarticulée des exclus, avec une représentation dans le dôme si concentré que les deux semblent être sans aucune mesure d’équivalence, sans aucune mesure commune. C’est ce qu’on pourrait appeler un déficit de représentation » (7).

Au Brésil, la main-d’œuvre est marquée par le taux élevé d’informalité, alors que 40% du total des employés appartiennent à cette catégorie. En 2019 et début 2020, plus de 38 millions de personnes travaillaient sans inscription. Dans le même temps, le travail de la plupart des travailleurs informels dépend à lui seul de la circulation dans les rues et de l’exposition qui en résulte à une éventuelle contagion. En effet, une partie considérable de ces services ne peut pas être fournie à distance. La baisse de la demande, l’absence d’une journée de travail fixe et la nécessité de travailler plus dur pour atteindre les objectifs de revenu individuels peuvent augmenter la journée de travail et augmenter le risque d’être infecté par le virus.

La directrice exécutive d’Oxfam au Brésil, Katia Maia (8), dit que la moitié de la population brésilienne vit avec un revenu moyen d’environ R $ 400,00, en plus de vivre dans des conditions de logement précaires, des installations sanitaires de base, des égouts et de l’eau traitée. Ces facteurs aggravent la situation avec l’arrivée du Covid-19, selon elle « une bombe à retardement pour des millions de personnes ».

Ces personnes n’ont également aucune protection juridique pour garantir un revenu stable. Cela signifie que si la personne tombe malade, elle sera sans travail et sans source de revenus (9).

La grande question qui se pose aujourd’hui est : – Comment protéger l’humanité de la barbarie, soit des dégâts d’un système économique injuste, soit d’un système climatique dans une tendance de destabilisation profonde ? Ce sont des questions urgentes. Cette pandémie peut être le début d’un vaste processus de changement, capable de créer une autre dimension de vie, qui protège les plus fragiles, qui change les modes de vie destructeurs. Il est encore temps.

Marcos Costa Lima (mars 2020)

Para Jornalismo e Cidadania nº 35


(1) Moore, Jason W. Anthropocène ou Capitalocène? Nature, histoire et crise du capitalisme, édité par Jason W. Moore, Oakland: Kairos: PM PRESS.

(2) Costa Lima, Marcos (2020), voir Journalisme et citoyenneté nº 34 

(3) Nature bon marché.

(4) Naomi Klein (2014), Cela change tout. Capitalisme contre le climat. Toronto: Alfred A Knopf.

(5) « Coronavirus, le WWF: la destruction des écosystèmes est une menace pour notre santé« . IHU, 16 mars 2020.

(6) The Credit Suisse Global Wealth Report 2017https://www.credit-suisse.com/about-us-news/en/articles/news-and-expertise/global-wealth-report-2017-201711.html acessado em 22/03/2020 consulté à 22 / 03/2020

(7) Bruno Latour, 2017, Où Aterrir ? Commentaire s’orienter en politique, p.120

(8) Les inégalités rendent le Brésil plus vulnérable aux épidémies telles que le coronavirus.https://www.ecodebate.com.br/2020/03/20/desigualdades-deixam-o-brasil-mais-vulneravel-a-epidemias-como-a-do-coronavirus/consulté le 23/03/2020.

(9) Marcelo Roubicek, « Emplois informels : les plus vulnérables à la crise pandémique », 17 mars 2020.https://www.nexojornal.com.br/expresso/2020/03/17/Empregos-informais-os-mais-vulner%C3%A1veis-%C3%A0-crise-da-pandemia, consulté le 22/03/2020


Chili. Le virus est aussi le modèle privatisé

2019 a été l’année de l’épidémie pour le Chili. En près de 30 ans depuis le retour à la démocratie, le pays n’a jamais connu une crise comme celle qui a éclaté dès octobre dernier. La société chilienne a mis le système politique en échec et, pour la première fois depuis longtemps, les citoyens et citoyennes se sont organisés et n’ont exigé – au travers de l’exigence d’une nouvelle Constitution [avec des orientations différentes à ce sujet] – rien de moins que la fin d’années d’abus dans les domaines de l’éducation, de la santé et des retraites.

Les premiers jours d’octobre 2019 ont été marqués par de grandes manifestations pacifiques et aussi violentes, par des pillages et par l’incendie de bâtiments emblématiques qui ont conduit le président Sebastián Piñera [président de 2010 à 2014 et à nouveau depuis mars 2018] à décréter l’état d’urgence et à déléguer la sauvegarde de l’ordre public aux Forces armées. Ce qui, comme prévu, a ramené les fantômes de la dictature et une recrudescence des mobilisations.

Le mois de mars 2020 est arrivé et le peuple est à nouveau descendu dans la rue et face à une forte répression. C’est dans ce contexte qu’apparaît la crise mondiale du coronavirus. Le gouvernement de Piñera ne vit plus seulement avec la crise sociale interne: la crise sanitaire s’y ajoute maintenant.

Alors que la progression du virus se renforce dans le monde et que les premiers cas commençaient à apparaître au Chili, un ministre de la Santé, sous pression, a déclaré que la tenue du plébiscite – pour décider de l’élaboration d’une nouvelle constitution – prévue pour la fin avril risquait de provoquer une éventuelle épidémie grave de coronavirus et, par conséquent, un faible taux de participation le jour du vote. De quoi le ministre s’inquiétait-il ? De la légitimité du processus ou de l’augmentation de la contagion ? Au départ, le report de la tenue du plébiscite était, selon l’opinion citoyenne la plus répandue, l’excuse parfaite pour le gouvernement de retarder ce processus. Il en va de même pour la proclamation de l’état d’urgence et le retour des militaires dans les rues.

Le Chili a connu une augmentation rapide des cas d’infection par le coronavirus [1610 déclarés le 27 mars, avec accélération dès le 15 mars]. Ce qui a abouti au report du plébiscite au mois d’octobre 2020 et au décret instaurant l’état d’urgence en raison d’une situation de catastrophe. Pour un gouvernement déjà affaibli politiquement, cette situation de crise sanitaire semblait être une chance, mais elle a fini par être tout le contraire. Avant l’explosion sociale, le gouvernement de Sebastián Piñera n’avait qu’un mot à la bouche: la gestion (la gouvernance). Cela fut souligné, en particulier durant les situations de crise. En fait, la première présidence de Piñera en 2010 a commencé par la gestion d’un méga tremblement de terre (février 2010). Le déploiement de « vestes rouges », qui caractérisait la présence du gouvernement dans les rues, lui a permis de se présenter comme une équipe efficace qui agissait rapidement. Puis vint la crise des 33 mineurs coincés dans la mine où ils travaillaient [en août 2010, « emprisonnés»  durant 69 jours, puis extraits]. Très médiatisé internationalement, cet accident a permis à Piñera de parcourir le monde en racontant l’histoire de cet exploit. Mais qu’en est-il du gouvernement chilien ? Qu’offre-t-il face à la crise ? Comment fait-il face à ce défi sanitaire ? Quel rôle attribue-t-il à l’Etat ?

Sebastián Piñera n’est pas parvenu à un consensus, ni au sein de sa coalition, ni avec l’opposition. Personne n’est à la hauteur : le « filtrage politique » dure longtemps avant qu’un sujet ne soit établi et que des réunions ne soient organisées au Palacio de la Moneda (présidence) avec des personnalités de l’opposition (modérée). Après s’être serré la main, les représentants reviennent à la logique partisane et ne parviennent pas à une orientation unifiée face à la crise. Sebastián Piñera tente de faire comprendre que tous les efforts sont faits pour lutter contre le virus, mais son ministre de la Santé, Jaime Mañalich, spécule sur la dangerosité du virus et sur la possibilité qu’il puisse muter et devenir « une bonne personne ». Il y a quelques jours encore, le détenteur de ce portefeuille s’inquiétait de la tenue du plébiscite, aujourd’hui il déclare que le virus pourrait devenir inoffensif. Il faut ajouter à cela les divergences au sein même de la coalition gouvernementale. Certains maires du parti de Piñera ont choisi de prendre leurs propres mesures, d’abord en fermant les écoles, puis en décrétant des confinements locaux.

Mais la source la plus dangereuse liée au manque de coordination dans cette crise est constituée par les divergences entre le gouvernement et l’Association médicale chilienne, pour laquelle les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) devraient prévaloir. Les déclarations flexibles et changeantes du ministre de la Santé devant les avertissements du président de l’Ordre des médecins suscitent l’inquiétude des citoyens. Face à la situation actuelle, les principales autorités sanitaires viennent toutefois de surmonter « leurs différences ».

Il y a un retard évident dans l’instauration d’une quarantaine nationale obligatoire par rapport au nombre de personnes infectées. Ce retard n’est pas dû, avant tout, à la relativisation des effets virus, mais à une logique économique. Le gouvernement pense d’abord à « ce que cette crise coûte au pays », il pense à « ce que coûte » le fait d’avoir toute la population confinée. Voilà la logique sous-jacente au déroulé de ses décisions. Une fois de plus, le débat confronte deux visions : l’une qui privilégie le modèle économique et l’autre qui privilégie les droits essentiels ; l’une qui met l’accent sur l’économie et l’autre sur la santé publique (lorsque la droite chilienne parle d’économie, elle ne parle pas des moyens de subsistance des plus pauvres). Mais le gouvernement résiste également à prendre des mesures confinement total par crainte des pillages et des protestations, comme un élément de la crise que traverse le pays depuis 2019.

Au Chili, le système de santé est « régulé » par le marché et donc ceux qui ont plus d’argent bénéficient de meilleurs soins médicaux. Il en va de même pour l’éducation ou le système de retraite : ce sont des droits qui ne sont pas soustraits à la logique du marché. La droite chilienne est à l’aise avec cela. En ces temps où l’enjeu est l’effondrement du système de santé, le gouvernement agit lentement, en essayant de réduire autant que possible l’impact sur l’économie. La mesure de quarantaine nationale progressive ne satisfait pas la population.

La grande majorité des Chiliens savent que face à une épidémie incontrôlée de coronavirus ils n’ont pas les moyens financiers d’assurer leur santé. Ils ont donc dû prendre eux-mêmes des mesures de précaution. Ceux qui le peuvent se sont mis en quarantaine volontaire. Pendant ce temps, les grandes entreprises, celles qui gagnent le plus d’argent, continuent à fonctionner. Cependant, des fissures apparaissent. « Nous devons protéger les gens et non l’économie », a récemment déclaré un maire pro-gouvernemental.

Les Chiliens ne savent pas qui les soutient dans cette crise. Le manque de coordination s’ajoute au modèle socio-économique privatisé et à l’énorme fracture sociale. Les voix les plus importantes du gouvernement envoient des messages désastreux. Ils ne proviennent pas seulement du ministère de la Santé. Le ministre de l’Economie, Lucas Palacios, a également tenté de minimiser la crise, lorsqu’il a critiqué comme étant « hâtive » la quarantaine nationale obligatoire que le président Alberto Fernandez, lui, a instaurée en Argentine.

Le Chili fonctionne comme un miroir inversé de l’Argentine. Le rôle que les deux gouvernements attribuent à l’Etat est diamétralement opposé, quelles que soient les limites de l’orientation en Argentine. Le Chili vit dans des conditions anormales depuis des mois, mais l’Argentine, qui va de crise en crise et qui se caractérise comme le pays de l’épidémie, est aujourd’hui l’exception au plan des mesures gouvernementales prises dans la région. Le gouvernement d’Alberto Fernandez, malgré le contexte économique, a changé l’axe avec lequel il a commencé son mandat et a engagé toute la puissance de l’Etat pour faire face à cette crise sanitaire. De la sorte, il renoue avec le discours politique tenu lors de son élection, en octobre 2019 [la coalition victorieuse avait pour nom : le Front de tous] : « c’est avec tout le monde », « nous prenons soin les uns des autres ». L’Argentine – qui traverse une forte crise économique et est un pays pauvre – fait face à cette crise sanitaire avec plus d’Etat que les autres pays de la région. Les Argentins semblent savoir que le premier devoir de l’Etat est de protéger ses citoyens et que « l’économie » – en tant que telle – peut attendre. Et cela, parce que le confinement implique un soutien de l’Etat pour les plus vulnérables, surtout dans un continent caractérisé par l’économie informelle.

Tout le débat de fond propre aux mobilisations d’octobre 2019, qui a commencé autour de l’éducation, est relancé ces jours-ci au Chili. Il se centre maintenant sur le système de santé. Le gouvernement et les secteurs de droite les conçoivent tous les deux (éducation et santé) comme des biens marchands. Certes, après les mobilisations de 2019 le gouvernement fit mine d’écouter les Chiliens et de vouloir garantir des droits. Aujourd’hui, la réalité frappe à la porte: la santé de la population est en jeu de manière visible, or le gouvernement se penche sur la situation de « l’économie ». Les progrès concernant des mesures concrètes comme le confinement obligatoire – qui protégeraient une grande majorité de salarié·e·s, en particulier ceux qui travaillent dans de grandes entreprises – sont lents. Et, en fait, jusqu’à présent, le gouvernement ne considère pas que cela est vraiment faisable.

Les Chiliens sont passés de l’individuel au collectif pour s’organiser et revendiquer leurs droits et s’affrontent à un modèle qui les pousse à penser leur vie en stricts termes individuels. Aujourd’hui, face cette logique installée depuis longtemps, ce sont les citoyens et les citoyennes qui ont commencé, eux-mêmes, à prendre des précautions face au retard des mesures gouvernementales. Ce sont eux qui prennent soin d’eux-mêmes, car ils savent qu’ils ne sont pas protégés. Et ils savent aussi que dans quelques mois, ils devront nécessairement revenir à des questions plus fondamentales telles que l’accès effectif pour tous aux soins de santé, un accès aujourd’hui obéissant à la loi de la privatisation. La réalité les appelle une fois de plus à parler d’inégalité et de redistribution de la richesse.

Le problème sous-jacent que le virus met en relief dans le monde entier, et en particulier dans des pays comme le Chili, est le rôle assigné à l’Etat, aux services publics. Dans la politique chilienne, la phrase « autant d’Etat que nécessaire, autant de marché que possible » est répétée sans cesse. C’est sur ce terrain que se joue (et se jouera) la vie des Chiliens.

Barbara Godoy

Article publié dans Nueva Sociedad, en mars 2020; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/chili/chili-le-virus-est-aussi-le-modele-privatise.html


Euskal Herria : Movilizaciones en los centros de trabajo en defensa de la salud, el empleo y las condiciones laborales

https://vientosur.info/spip.php?article15754


Afrique du Sud : la crise imminente

Le verrouillage anti-viral est un début de distanciation sociale – mais l’avarice budgétaire et une politique monétaire stricte risquent de provoquer une rébellion née d’un désespoir extrême

La guerre totale contre le virus Covid-19 que soutient la SAFTU vient de s’arrêter. Ce que nous, les masses, sommes invités à sacrifier, par rapport à ce que l’État demande aux riches et aux sociétés sud-africaines de contribuer à la cause, est tellement hors de proportion que cela ne fonctionnera tout simplement pas. Collectivement, alors que les riches peuvent se réfugier dans leurs refuges et que les classes moyennes peuvent fuir vers des maisons de banlieue bien approvisionnées, notre société dans son ensemble sera vaincue. La Fédération sud-africaine des syndicats exige une approche très différente, pour notre survie.

Dans cette crise, non seulement la société doit respecter les sciences de la santé et promouvoir l’entraide d’urgence. En outre, il est urgent de déplacer la discussion vers des stratégies socialistes de soins de santé, de bien-être social, d’interventions économiques autonomes, de réindustrialisation écologiquement rationnelle, de socialisation des hauteurs dominantes et de solidarité de classe entre les vastes masses pauvres et actives de notre pays.

Le verrouillage presque total annoncé du 26 mars au 16 avril – et probablement plus long – sera extrêmement perturbateur pour notre peuple. Nous assisterons à une période d’inconfort extrême pour les Sud-Africains pauvres et ouvriers, en particulier les femmes responsables de la reproduction de nos communautés et de nos ménages, et celles qui sont vulnérables à l’infection Covid-19, étant donné le système de santé de l’apartheid qui semble empirer progressivement.

L’État ajoute au fardeau de survie de notre peuple ce que les responsables de la santé publique considèrent comme une distanciation sociale nécessaire, avec laquelle nous sommes d’accord en principe, afin de limiter la propagation du virus au cours de ces semaines et mois critiques. Cependant, la manière symbolique dont l’État accorde une compensation à tous ceux qui sont actuellement au bord de la survie doit être repensée d’urgence.

L’État et les entreprises ne sont prêts à engager que 12 milliards de rands en financement de programmes et de projets au-delà du budget 2020-2021 existant. Les montants promis sont :

  • 8 milliards de rands pour « une subvention fiscale pouvant atteindre 500  rands par mois pendant les quatre prochains mois pour les employés du secteur privé gagnant moins de 6 500 rands » – pour seulement 4 millions de travailleurs, en oubliant que plus de 10,5 millions sont officiellement au chômage, pour lesquels il existe c’est rien ;

  • 3 milliards de rands de la Société de développement industriel, 500 millions de rands du ministère du développement des petites entreprises et 200 millions de rands du ministère du tourisme pour les entreprises en détresse ou celles qui apportent une contribution essentielle au secteur de la santé ;

  •  1 milliard de rands chacun des familles Rupert et Oppenheimer pour aider les petites entreprises;

  •  150 millions de rands versés dans un fonds de solidarité volontaire « pour lutter contre la propagation du virus, nous aider à suivre la propagation, à soigner les malades et à soutenir ceux dont la vie est perturbée »; et

  •  un soutien non spécifié de la Caisse d’assurance chômage et du Programme de secours aux employés temporaires, pour les personnes exerçant un emploi formel non rémunéré, et un « filet de sécurité non spécifié est en cours d’élaboration pour soutenir les personnes du secteur informel ».

Ces mesures sont totalement insuffisantes. L’imposition d’urgence des riches et des sociétés, et la répression attendue depuis longtemps de la criminalité des entreprises ne sont pas mentionnées. Les appels pour une allocation de revenu de base, et pour les colis alimentaires en cette période de crise, n’attirent aucune attention. Mais c’est la nature limitée de la relance budgétaire à ses propres conditions, qui est si choquante. L’offre des classes dirigeantes sud-africaines est de 12 milliards de rands (0,23% du PIB). Comparez cela à ce que proposent des pays dirigés par des gouvernements notoirement conservateurs, comme en Angleterre, les dépenses proposées représentent 16,3% du PIB.

De plus, les masses endettées souffrent désormais de taux d’intérêt extrêmement élevés. L’économie tire de l’arrière par suite de la sortie de capitaux. Entre 10 et 25 milliards de dollars de flux financiers illicites annuels en provenance d’Afrique du Sud ont été estimés par les agences officielles à la fin de l’année dernière.

Ramaphosa a déclaré dans son discours : « Le Gouverneur m’a assuré que la Banque est prête à faire » tout ce qu’il faut « pour assurer le bon fonctionnement du secteur financier pendant cette pandémie. » Pourtant, la SARB n’a pas fait ce qu’il fallait pour abaisser les taux d’intérêt à des niveaux raisonnables.

Depuis cette semaine, la mère qui survivait en vendant des marchandises dans le secteur informel n’aura aucun revenu. Le jeune qui, dans l’esprit de vuk’uzenzele, coupait les cheveux au coin de la rue, est prié de rester à la maison et de ne gagner aucun revenu ! Le récupérateur qui survit en se réveillant à 3h du matin pour ramasser les déchets ne sera plus en mesure de gagner un revenu. Les sous-classes qui travaillent à la récupération dans les décharges vont maintenant rester à la maison pendant trois semaines. Il y a des centaines de milliers des plus pauvres parmi les pauvres qui ne seront pas pris en charge par la non-intervention du gouvernement. Ces travailleurs impliqués dans l’économie de survie, sont normalement comptés comme employés et ne font même pas partie des 10,5 millions de Sud-Africains trop découragés pour aller chercher des opportunités d’emploi.

South African Federation of Trade Unions (SAFTU), 26 mars 2020

http://alter.quebec/afrique-du-sud-la-crise-imminente/


Palestine : contre le Coronavirus, l’UAWC met ses équipes et ses locaux à la disposition du gouvernement et des paysan·ne·s :

Akram Al-Waara : Les Palestiniens détenus en Israël en péril : 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/03/20/palestine-contre-le-coronavirus-luawc-met-ses-equipes-et-ses-locaux-a-la-disposition-du-gouvernement-et-des-paysan·ne·s-et-akram-al-waara-les-palestiniens-detenus-e/  


Gaza : un peuple enfermé depuis 14 ans

L’arrivée du covid-19 au Gaza pourrait être catastrophique et entraînerait un désastre sanitaire et humanitaire sans précédent. Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme !

Le monde entier va bientôt être confiné, mais s’il y a un endroit au monde qui nécessite plus de contacts avec le monde extérieur, c’est bien à Gaza, car cela fait bien trop longtemps qu’elle est coupée de tout.

Avec plus de 5 000 habitants au km², Gaza constitue l’une des zones les plus densément peuplées au monde et ainsi un enfer virologique.

La situation humanitaire à Gaza ne permet pas d’affronter le Covid-19, surtout lorsque l’on voit que les pays plus développés n’arrivent toujours pas à contenir ce virus. Le système de santé de Gaza est défaillant depuis des années et les citoyens y dépendent d’Israël pour les cas médicaux critiques. L’aquifère de Gaza étant pollué à 97%, ils n’ont pas accès à l’eau potable. Impossible de se confiner à la maison car la moitié de la population parvient à peine à vivre de petits boulots qui lui permettent de nourrir l’autre moitié. Huit Gazaouis sur dix dépendent déjà de l’aide humanitaire. Avec plus de 5 000 habitants au km², Gaza constitue l’une des zones les plus densément peuplées au monde et ainsi un enfer virologique.

Gaza compte deux premiers cas officiels, des Palestiniens revenant du Pakistan placés en quarantaine à leur arrivée. Là encore, tous les efforts sont déployés pour éviter la contagion. A chaque fois que nous entendons parler de nouveaux patients atteints du Covid-19 en Israël et en Cisjordanie, notre inquiétude grandit. Nous suivons de près la manière dont Israël gère la pandémie. Les citoyens à Gaza essaient de renforcer leur préparation, avec de modestes moyens, pour combattre le virus. A Gaza, volontaires, organisations sociales et entreprises sont en alerte, prêts à se serrer les coudes.

« Nos ressources sont tellement limitées et notre système de santé tellement fragile. Nous nous attendons au pire. Mais nous nous préparons comme nous pouvons dans nos centres de santé et notre hôpital » – Haneen J. Wishaw, responsable des programmes de l’Union of Health Work Committees

« Le système de santé de la bande de Gaza est très faible et fragile à cause du blocus illégal imposé par Israël. Lever le blocus permettrait d’éviter la propagation massive du Covid-19 dans la bande de Gaza » explique Amjad Shawa, directeur du réseau des ONG palestiniennes PNGO et partenaire du CNCD-11.11.11 et Oxfam. Les agressions récurrentes de l’armée israélienne laissent les structures de santé de Gaza surchargées par les blessés. À cela s’ajoutent les nombreux blessés par balle des rassemblements liés à la Grande Marche du Retour qui ont lieu tous les vendredis depuis 2 ans. Le blocus empêche l’approvisionnement nécessaire et plus de 40% des médicaments essentiels sont introuvables selon l’ONU. Depuis des années, les structures de soins font également face à une pénurie en électricité, les obligeant à dépenser des sommes astronomiques en fuel pour faire fonctionner les générateurs d’électricité. « Nos ressources sont tellement limitées et notre système de santé tellement fragile. Nous nous attendons au pire. Mais nous nous préparons comme nous pouvons dans nos centres de santé et notre hôpital pour répondre à la fois à la crise du Covid-19 et pour prendre en charge les patients quotidiens qui ont besoin de soin et ne savent pas se les payer » raconte Haneen J. Wishaw, responsable des programmes de l’Union of Health Work Committees, structure médicale partenaire de l’ONG belge Viva Salud.

Pour l’instant, les rassemblements publics sont interdits dans l’enclave et des chambres d’isolement sont construites au checkpoint de Rafah, seul point d’entrée encore ouvert. Des milliers de volontaires s’organisent pour désinfecter les rues et les établissements de soins et d’autres font du porte-à-porte pour expliquer aux communautés les gestes à appliquer pour éviter la propagation du virus. Les entreprises de télécommunications ont augmenté la capacité Internet. « Nous expérimentons le théâtre en ligne et l’animation vidéo. La maison de notre réalisateur est devenue un studio de cinéma. Nous essayons de faire participer les enfants et les jeunes autant que possible ». déclare Jackie Lubeck de Theatre Day Productions, un partenaire de Broederlijk Delen. « Nous sommes inventifs et nous travaillons, mais nous sommes aussi très inquiets. La communauté internationale doit être consciente de notre situation difficile ».

13 ans de blocus et d’agressions armées laissent des traces sur la santé mentale de la population. Enfermés, bombardés avec un futur de plus en plus sombre, le poids de la réalité devient de plus en plus dur à porter. Pour faire face à cela, les Gazaouis ont eu recours à des systèmes d’entraide communautaire et de vivre-ensemble. Les familles se sont regroupées: grands-parents, oncles, parents, enfants, petits-enfants, tous cohabitent dans une même maison. Au total, 8 camps de réfugiés s’étendent du nord au sud de l’enclave. Les maisons y sont entassées les unes sur les autres et les rues extrêmement étroites voire insalubres.

Bien que cela ne soit pas du tout la même chose, les conséquences du confinement auxquelles nous sommes actuellement confrontés nous permettent d’appréhender sous un autre jour la réalité vécue en permanence par les deux millions de femmes, d’enfants et d’hommes qui vivent en confinement quasi total depuis 13 ans à Gaza.

Aujourd’hui, nous expérimentons pour la première fois en Europe un confinement quasi total. Les politiques d’austérité imposées à nos systèmes de soins de santé depuis des années ont diminué leurs capacités pour répondre à une crise d’une telle ampleur. Nous manquons de matériel, de personnel médical et de réponses collectives cohérentes. L’économie risque de s’effondrer et les classes sociales les plus vulnérables en sont les premières victimes. Bien que cela ne soit pas du tout la même chose, les conséquences du confinement auxquelles nous sommes actuellement confrontés nous permettent d’appréhender sous un autre jour la réalité vécue en permanence par les deux millions de femmes, d’enfants et d’hommes qui vivent en confinement quasi total depuis 13 ans à Gaza.

Si d’énormes efforts sont déployés en Europe pour essayer de limiter les effets du coronavirus, rien n’est fait pour changer la réalité des Palestiniens de Gaza, sous blocus depuis 13 ans. Nous ne sommes pas égaux face au coronavirus, à plus forte raison dans un endroit comme Gaza que l’ONU avait prédit comme invivable en 2020.

Plus que jamais, la Belgique devrait exiger la levée du blocus illégalement imposé par Israël sur Gaza. Il faut laisser entrer les fournitures médicales nécessaires : respirateurs, lits de soins intensifs, kits de dépistage et tout le matériel restreignant les risques de contaminations. Nous appelons également à  l’entrée de vivres mais aussi de personnel médical étranger pour aider à dépasser la crise. Une fourniture complète d’électricité est également importante afin que les structures de soins puissent faire fonctionner correctement leurs services. La communauté internationale doit en outre veiller à ce que l’aide humanitaire soit renforcée dans le territoire durant la crise.

Broederlijk Delen, CNCD-11.11.11, Oxfam-Belgique, Solsoc et Viva Salud, 27 mars 2020 

Cette lettre, paru sur Le Soir, est signée par : Broederlijk Delen, CNCD-11.11.11, Oxfam en Belgique, Solsoc et Viva Salud, organisations de la société civile belge actives à Gaza.

http://alter.quebec/gaza-un-peuple-enferme-depuis-14-ans/


COMMUNIQUÉ DU LKP : Coronovirus en Guadeloupe : assassins-criminels :

Communiqué de presse UGTG et UEC-UGTG, le 20 mars 2020 :

Raphaël Constant : Se confiner pour se battre contre le coronavirus en attendant de demander des comptes :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/03/22/coronovirus-en-guadeloupe-assassins-criminels/


Des associations tunisiennes appellent à la libération des prisonniers d’opinion arabes et mettent en garde contre le danger de la transformation des prisons arabes en foyers de propagation du coronavirus

Les associations de défense des droits de l’homme  soussignées, expriment leur solidarité avec les familles des milliers de prisonnières et prisonniers d’opinion et avec les activistes détenus sans jugement dans des établissements pénitentiaires arabes. Ces prisons sont fortement surpeuplées et les normes minimales dans le domaine des soins de santé y font défaut le plus souvent, à un moment crucial, qui requiert beaucoup de vigilance, de prévention et de soins médicaux pour limiter la propagation de la pandémie de coronavirus (Covid-19) dans les pays arabes.

Les associations signataires appellent les organisations internationales, parmi lesquelles l’Organisation mondiale de la santé et les consciences vives dans le monde, à soutenir les revendications  de ces familles, visant à mettre un terme rapidement à l’emprisonnement injuste et préjudiciable, à la santé de leurs filles et de leurs fils et à les prémunir contre cette épidémie mortelle.

Elles attirent l’attention sur la détérioration progressive des services publics de santé et l’exode croissant des cadres médicaux, que  les sociétés arabes connaissent malheureusement depuis des décennies.

Elles condamnent également l’arrestation par la police égyptienne, le mercredi 18 mars courant, à proximité du siège du Conseil des ministres égyptien au Caire, de la professeure Leila Soueif, mère de l’activiste égyptien Ala Abdelfattah, en détention préventive depuis six mois, de sa fille Mona Seif, de sa sœur, la romancière Ahdaf Soueif et de la professeure Rabab Al Mahdi. Ces femmes ont été arrêtées,  pour avoir manifesté en brandissant des pancartes, exigeant la libération des prisonniers détenus dans des établissements pénitentiaires menacés par l’épidémie de corona.

Laila Soueif a d’ailleurs souligné, dans une lettre adressée le 16 mars au Procureur général égyptien, pour demander la libération des prisonniers d’opinion, dont son fils Ala Abdelfattah, que « la seule façon efficace de réduire le risque de voir les centres de détention se transformer en  des lieux de propagation de la pandémie […] est de relâcher autant de prisonniers que possible ».

Selon des informations diffusées par des militants des droits de l’homme et des médias, Ahmed Zefzafi, le père de Nasser Zefzafi, le leader du Hirak du Rif ayant secoué le Maroc en 2016 et 2017, condamné à 20 ans de prison, à la suite d’un  procès décrit par des organisations arabes et internationales des droits de l’homme comme injuste, a confirmé la semaine dernière, à l’occasion d’une rencontre de solidarité avec les détenus du Hirak que son fils et de nombreux détenus avaient entamé une grève de la faim depuis plus de trois semaines, en raison de la détérioration de leurs conditions de détention.

Les mêmes sources ont ajouté que le comité de solidarité avec les détenus du Hirak, qui a organisé cette rencontre à Rabat, avait blâmé dans un communiqué de presse « la délégation générale des prisons au Maroc et les autres institutions officielles concernées par la vie et la santé des grévistes de la faim, pour leur comportement, particulièrement en ces circonstances difficiles liées à la propagation du coronavirus ». Le comité a affirmé que ces circonstances imposaient la libération immédiate de tous les prisonniers d’opinion et de tous les détenus politiques au Maroc.

Les associations soussignées craignent que les gouvernements arabes despotiques ne persistent, dans cette situation grave engendrée par l’épidémie de corona, dans leur ressentiment à l’égard des prisonnières et des prisonniers d’opinion, ne restent sourds aux demandes légitimes exigeant leur libération et ne relâchent uniquement qu’un grand nombre de  prisonniers de droit commun, à l’image du gouvernement du Bahrein, qui a libéré le 11 mars courant 1486 prisonniers.

Le Centre du Golfe pour les droits de l’homme a d’ailleurs déclaré, dans un communiqué publié le 17 mars, que la libération n’avait pas concerné  les prisonniers d’opinion et les détenus politiques comme Abdulhadi al-Khawaja, le directeur fondateur du Centre de Bahrein pour les droits de l’homme et l’autre directeur co-fondateur Nabil Rajab.

Le centre précité a également remarqué que les prisons au Bahrein, en Arabie saoudite, aux Emirats arabes Unis, en Egypte, en Syrie et en Iran étaient surpeuplées et que l’hygiène, l’eau potable et les soins médicaux décents y faisaient la plupart du temps défaut.

 

Les organisations signataires

  • Association des femmes tunisienne pour la recherche sur le développement

  • Association tunisienne de défense des libertés individuelles

  • Association tunisienne de défense des valeurs universitaires

  • Association tunisienne des femmes démocrates

  • Association Vigilance pour la démocratie et l’Etat civique

  • Centre de Tunis pour la liberté de la presse

  • Coalition tunisienne pour l’abolition de la peine de mort

  • Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie

  • Fondation Ahmed Tlili pour la culture démocratique

  • L’association Perspectives el Amel tounsi

  • Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme

  • Organisation contre la torture en Tunisie

  • Réseau Doustourna

  • Syndicat national des journalistes tunisiens

  

Pour plus d’informations, merci de contacter Taoufik Yacoub:

Tel: (216) 95 037 894

email: tayacoub@yahoo.fr


Chine : « Les femmes travailleuses en première ligne dans la lutte contre le coronavirus »

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/03/23/les-femmes-travailleuses-en-premiere-ligne-dans-la-lutte-contre-le-coronavirus/


Coronavirus en Argentine : des mesures gouvernementales pour éviter les meurtres de femmes confinées

https://www.axellemag.be/argentine-violences-femmes-confinees-coronavirus/

Femmes italiennes confinées au temps du coronavirus : « L’urgence a amplifié les inégalités et les oppressions »

https://www.axellemag.be/femmes-italiennes-confinees-coronavirus-inegalites-oppressions/


ALERTE : L’Ontario suspend les règles protégeant les résidentes vulnérables des établissements de soins de longue durée.

Le gouvernement de l’Ontario apporte des changements de grande envergure aux foyers de soins de longue durée en éliminant les règles établies de longue date pour protéger les résidentes et résidents vulnérables.

Rédigée en réponse à la pandémie de la COVID-19, l’ordonnance d’urgence « temporaire » déposée par le ministère des Soins de longue durée est une tentative de faire face à l’épidémie, qui infecte les personnes âgées fragiles et le personnel soignant.

L’ordonnance supprime également les exigences de formation des travailleuses, permet aux foyers de faire appel à des bénévoles et élimine la nécessité pour les administrateurs de signaler la plupart des plaintes au Ministère.

« Ça va être un désastre », a commenté Jane Meadus, avocate à l’Advocacy Centre for the Elderly (Centre de défense des droits des personnes âgées).

« Nous constatons les niveaux élevés de COVID dans les soins de longue durée, et que faisons-nous ? Nous allons envoyer dans ces foyers les personnes les moins formées. »

« Tout d’abord, le contrôle de l’infection va être très angoissant si les gens ne sont pas correctement formés. Ces patientes et patients présentent des risques d’étouffement et des besoins complexes en matière de blessures (cutanées), et si le personnel n’a pas la formation adéquate, cela va également poser un problème pour les soins permanents » a expliqué Madame Meadus.

Les nouveaux règlements relèvent de la Loi sur la gestion des urgences et la protection civile. Le « décret-en-Conseil » adopté modifie la législation existante et ne nécessite pas de débat à l’Assemblée législative ontarienne.

Le décret ne précise pas combien de temps les nouvelles règles dureront. Une déclaration du Ministère envoyée en réponse aux questions du Star précise : « Cela durera 14 jours et le Ministère dispose toujours de la surveillance réglementaire des foyers de soins de longue durée. » Des inspecteurs du ministère seront redéployés dans les maisons de retraite, ont précisé les autorités dans une deuxième déclaration.

L’Ontario Long Term Care Association (Association ontarienne des soins à long terme), qui représente principalement les foyers à but lucratif, a émis un courriel qualifiant l’ordonnance gouvernementale de « mesure audacieuse ». Ce lobby a déclaré que les foyers pourraient désormais « répondre rapidement aux besoins de leur communauté, comme l’embauche d’aides-soignants résidents pour combler les lacunes créées par cette pandémie, afin que le personnel puisse se concentrer sur les soins et moins sur une documentation onéreuse à préparer. »

Vendredi soir, Candace Rennick, cadre supérieure du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) en Ontario, a participé à une conférence téléphonique avec le président du syndicat, Fred Hahn, et la ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton. Le SCFP représente 35 000 travailleuses et travailleurs de première ligne dans le secteur des soins de longue durée en Ontario.

Mme Rennick a déclaré que les détails de la nouvelle réglementation l’ont profondément ébranlée.

« Je sais que le système est en crise et que les opérateurs cherchent un certain répit, surtout dans un moment comme celui-ci, mais ce répit ne peut se produire au détriment de la santé et de la sécurité des résident-e-s et du personnel », a déclaré Mme Rennick.

« C’est une situation de vie ou de mort. Je n’essaie pas d’être dramatique, mais c’est le cas. »

L’ordonnance d’urgence énumère plus d’une douzaine de règlements modifiés. Le premier autorise les foyers à prendre « toute mesure raisonnablement nécessaire … pour répondre, prévenir et atténuer l’apparition de coronavirus (COVID-19) dans un foyer de soins de longue durée ». Selon Mme Meadus, cela donne aux foyers une très grande marge de manœuvre dans la prise de décision.

Dans la section sur la dotation en personnel, l’ordonnance stipule que les opérateurs peuvent pourvoir tout poste de personnel avec la personne qui, « à leur avis raisonnable », possède les compétences, la formation et les connaissances adéquates pour remplir les fonctions requises par ce poste.

De plus, les opérateurs n’ont plus à satisfaire aux exigences antérieures de formation et d’orientation « à condition qu’ils s’assurent que le personnel et les bénévoles prennent des mesures pour garantir les soins et la sécurité des résidents ».

La plupart des employés de première ligne sont des travailleuses et travailleurs de soutien personnel qui ne sont pas réglementés par un collège mais doivent être diplômés d’une école certifiée.

Mme Rennick a déclaré qu’elle se demandait maintenant si les foyers allaient embaucher des travailleuses très mal payés ou, selon la formulation du règlement, faire appel à des bénévoles. Elle dit que le SCFP souhaite obtenir du ministère des détails précis sur le personnel. Ces personnes seront-elles embauchées en tant que préposées aux services de soutien à la personne ? Seront-elles rémunérés au salaire minimum ? Ou seront-elles recrutées en tant que bénévoles ?

Moira Welsh, le samedi 28 mars 2020

Moira Welsh est une journaliste primée du Toronto Star.

Version originale : Province suspends rules protecting vulnerable, long-term care residents

https://tradfem.wordpress.com/2020/03/29/alerte-lontario-suspend-les-regles-protegeant-les-residentes-vulnerables-des-etablissements-de-soins-de-longue-duree/


États-Unis : La pandémie accélère la crise et
dessine les contours de l’affrontement de classe qui se prépare

Comme il était à prévoir, la pandémie de coronavirus fait des ravages aux États-Unis, et se faisant elle agit comme révélateur et surtout, comme accélérateur de la crise – déjà historique – que traverse la société nord-américaine ces 3-4 dernières années. Révélateur, parce que c’est évidemment maintenant, à l’heure où la pandémie balaie le pays, qu’apparaît aux yeux de tous tant l’état tragique de son système de santé, que l’extrême cruauté inhumaine et classiste de sa direction politique. Et accélérateur, parce qu’en exacerbant – au point de les rendre mortelles – les crises sociale, économique et politique déjà existantes, la pandémie démultiplie leur charge explosive et les fait converger vers une crise cataclysmique dont l’issue intéresse directement toute l’humanité !…

Une des conséquences de cet état de choses est que parler de campagnes électorales et d’élections (primaires ou autres) est désormais totalement déplacé et en dehors des priorités de la population américaine. D’ailleurs, la progression foudroyante de la pandémie aux États-Unis et la foule de situations de tout genre inédites et catastrophiques qu’elle génère en cascade, rendent pour le moins aléatoire la tenue de l’élection présidentielle en novembre prochain. En mots simples, les nord-américains et surtout ceux d’en bas, ont désormais d’autres chats à fouetter en toute priorité…

En effet, avec 86 millions de citoyens nord-américains dépourvus totalement ou en partie d’assurance maladie, la propagation exponentielle de la pandémie semble assurée d’avance, d’autant plus que le refus du patronat de consentir des congés payés oblige des millions de travailleurs et de travailleuses (peut être contaminées) d’aller travailler pour ne pas mourir de faim. Et comme si tout ça ne suffisait pas, ce raciste délirant, inculte et fou à lier qu’est Donald Trump (1) persiste dans son intention criminel de « faire retourner au travail » juste après Pâques (!) des dizaines de millions de travailleurs… car même les vies de ceux d’en bas ne valent absolument rien devant les sacro-saints profits de ses très chers milliardaires. Mais attention : le pire est que Trump n’est pas du tout seul dans ses projets dignes des meilleurs traditions génocidaires du 20e siècle. Il est secondé par une fraction non négligeable du patronat nord-américain, encouragé par les éditoriaux du vénérable Wall Street Journal, le premier à avoir lancé l’idée du « retour au travail » en pleine explosion de la pandémie !

C’est alors dans ce contexte cauchemardesque que la classe capitaliste américaine ensemble avec Trump et ses acolytes, mais aussi avec la complicité de l’Establishment Démocrate, tentent de réaliser leur rêve de classe séculaire : Annuler d’un coup la totalité des droits sociaux et démocratiques que les travailleurs ont pu conquérir grâce à leurs luttes souvent héroïques ! Profitant du désarroi de ceux d’en bas confinés chez eux, dépourvus de couverture maladie, licenciés de leur travail (presque 4 millions en une semaine, du jamais vu dans l’histoire du pays !), et terrorisés par la perspective d’un chômage de masse, les Républicains de Trump appuyés par la grande majorité des élus Démocrates sont en train de lancer une de plus ambitieuses offensives anti-ouvrières de l’histoire. Et pour commencer, ils ont déjà fait voter ce qu’ils appellent « le plus grand plan de sauvetage de l’économie américaine », mais qui en réalité n’est que le plus grand hold-up de l’histoire commis par les ultra-riches au dépens de l’écrasante majorité de la population ! (2)

Aucune surprise si cette véritable contre-révolution de ceux d’en haut est complétée par leurs tentatives – de plus en plus directes et importantes – de restreindre sinon de faire disparaître ce qui reste des droits démocratiques des citoyens nord-américains. D’ailleurs, Trump n’a jamais caché ni son admiration pour les dictateurs de tout poil, ni son désir de gouverner les États-Unis… éternellement, ni son penchant pour les « solutions » anti-démocratiques ou carrément autoritaires. Et c’est pourquoi commence maintenant à faire tache d’huile aux États-Unis l’inquiétude concernant l’éventuelle tentation de Trump de prendre pour prétexte la situation actuelle pour proclamer quelques chose comme l’état d’exception ou même la loi martiale afin de se débarrasser – de fait – définitivement des derniers oripeaux démocratiques…

Alors, va-t-on vers un triomphe historique annoncé de Trump et des ses milliardaires ? Et aussi, vers une écrasante défaite non moins historique des travailleurs et autres laissés-pour-compte du néolibéralisme ? Notre réponse est catégorique : Rien de moins sûr. Car « ceux d’en bas » nord-américains ne sont plus en 2020 aussi désarmés qu’ils étaient en 2015. Pourquoi ? Mais, parce que l’irruption de Bernie Sanders sur le devant de la scène politique nord-américaine a laissé des traces, bouleversant profondément le paysage politique, radicalisant comme jamais auparavant la jeunesse, transformant sérieusement la réalité sociale du pays et inspirant une nouvelle génération de (jeunes) dirigeants et surtout dirigeantes populaires, combatives et socialistes !

Mais, c’est évidemment le mouvement de masse sans précédent qui se réfère au combat politique de Bernie Sanders qui constitue la plus grande et la plus précieuse nouveauté dans le panorama politique et sociale nord-américain. Malgré ses faiblesses manifestes, son inexpérience et son – très compréhensible – passage à vide actuel, ce mouvement est condamné non seulement à se ressaisir mais aussi à jouer pleinement son rôle dirigeant. De quelle manière ? Mais, en fournissant l’ossature, la coordination et la direction aux diverses initiatives de résistance et d’auto-organisation qui ne manqueront pas de surgir des tréfonds de la société américaine. En somme, en prenant la tête des mouvements et réseaux populaires qui sont déjà en train de naître, car plus que jamais ce qui est désormais directement menacée n’est plus seulement le salaire et l’emploi mais la vie même des dizaines de millions de citoyens américains ! Et ceci étant dit, l’issue de l’affrontement gigantesque de classe qui vient tout juste de commencer, s’annonce ouverte et incertaine. Tout est possible, le pire mais aussi le meilleur…

Yorgos Mitralias

Notes

1. Il est à noter que la protection scandaleuse de la part des médias internationaux dont jouit Trump se traduit en l’autocensure qu’ils s’imposent quand ils ignorent systématiquement les innombrables énormités hallucinantes et autres déclarations menaçantes que le Président américain lance par rafales quotidiennement. Si le public européen arrivait à prendre connaissance même du dixième de ces déclarations, il aurait sûrement froid au dos et serait plus à même de se préparer pour la très effrayante suite des événements…

2. Des milliers de textes, vidéos et images de première main venant des États-Unis et concernant tout ce qui se passe au sommet mais surtout à la base de la société nord-américaine, sont postés heure après heure sur le Facebook « Europeans for Bernie’s Mass Movement » que nous avons lancé il y a 4 ans et que nous conseillons vivement aux lecteurs de gauche : https://www.facebook.com/EuropeansForBerniesMassMovement/

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