Léopold Louis-Philippe Marie Victor de Saxe-Cobourg-Gotha, le criminel roi des Belges

« on organisa, pour le divertissement de toute l’Europe la plus grande chasse au trésor de tous les temps ».

Il y a pour moi dans l’écriture d’Eric Vuillard des complicités avec la peinture d’Otto Dix ou les dessins de George Grosz. Un mélange réussi de caricatures et de descriptions précises, de poésie et d’acerbe dénonciation. Une littérature contre la barbarie de ceux qui se disent grands…

« On n’avait jamais vu ça. On n’avait jamais vu tant d’Etats essayer de se mettre d’accord sur une mauvaise action »

Dans ce paysage, nous trouvons, entre autres, celui « qui devait donner son nom à une manière d’accommoder le hareng », Alphonse Chodron de Courcel bien habile dans tous les métiers de salive, Edward Malet, « un portefeuille et un œil énorme parcourant les bords du monde, un œil dans une loupe », des experts en tous genres, « Regardez ces hommes en costume, assis sur leur cul de singe, contrefaisant leur propre voix, parlant au diable »… et bien sûr Léopold « en tant que titulaire d’un compte courant et de quelques moyens de paiement », celui qui veut « une colonie personnelle… un bien foncier, dont il serait le propriétaire »…

Le palais Radziwill, « le rococo est en somme l’addition effarante de tous nos rêves, miroitement ininterrompu où, du même coup, le vie s’efface et se pétrifie », un grand salon pour ceux « qui ne sommes pas de la culture du tapis »…

Le crime au nom de la liberté de commerce et le libre-échange, la « communion de marchandises, de nègres et de mélasse », la traite et les négriers, la dure définition du bassin du Congo, « C’est de savoir où ça s’arrête le paradis », Léopold encore et toujours, « Il était décidé à devenir propriétaire d’une colonie, envers et contre tout, contre les intérêts des puissances coloniales, contre le souhait du gouvernement belge lui-même ; et pour cela, il lui faudrait coloniser tout seul, en nom propre, en tant que simple citoyen »,

Il ne faudrait pas oublier Henry Morton Stanley, celui qui fonda une ville à la place d’un village au nom de Kintambo et qui « lui donna le nom de son employeur : Leopoldville », la redéfinition du mythe des rois mages, « les rois mages ne vont rien donner, ils vont prendre », les rideaux de brume derrière lesquels les crimes se dissimulent, le dénommé Charles Lemaire et ses expéditions punitives, le fleuve et la forêt, la volonté d’avoir du caoutchouc, le bourgeois pharaon, les mutilations, « la main coupée devint la loi, la mutilation une habitude », la trime, « Mais trimer, au Congo, ce n’est pas exactement ça, c’est un plus. On est forcé de travailler au Congo », le pillage sous-traité, les Goffinet, cette forme particulière de vulgarité qu’ont les grandes familles, l’haleine de la gueule de Dieu…

« L’aveuglement est un espérance horrible ».

Il y a toujours une avenue Léopold-II à Paris, une marque infâme du parti colonial, un exemple de la toponymie qui tue (une-toponymie-qui-tue/)

Eric Vuillard : Congo

Actes Sud 2012, réédition Babel, 100 pages, 6,70 euros

Didier Epsztajn


De l’auteur

La guerre des pauvres, limmuable-brise/ et les-mots-qui-brulent/

L’ordre du jour, vingt-quatre-machines-a-calculer-aux-portes-de-lenfer/

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