Assemblée de riposte aux violences d’État

Violences policières, violences judiciaires, acharnement administratif : les violences d’État s’abattent depuis des années et nous le savions – parce que nous connaissons ce qui se passe dans bien des quartiers et que révèlent avec courage et ténacité les collectifs qui exigent justice et vérité ; parce que nous connaissons la violence féroce qui pourchasse les migrantes et migrants, que l’on traque, enferme, expulse, ou bien qu’on laisse mourir – une indignité.

Ou nous ne le savions pas, pas assez – parce que nous découvrons la répression implacable des mouvements sociaux, depuis la loi « Travail » jusqu’au soulèvement des gilets jaunes et à la mobilisation contre la casse des retraites, comme une révélation.

La violence policière, mais aussi administrative et judiciaire, sociale et politique humilie, matraque, mutile, condamne et incarcère; elle tue aussi parfois, d’abord dans les quartiers populaires. Parce que nous lui disons non, elle voudrait nous briser.

Qu’arrive-t-il, désormais ?

La prise de conscience s’est aiguisée dans des proportions considérables. On peut regretter qu’elle n’ait pas surgi bien avant, ou que nous n’ayons pas toujours lutté ensemble. Mais c’est le moment. En une année, la violence d’État a atteint une telle intensité que nous ne pouvons pas en rester aux constats, ni à l’égrenage des témoignages, ni même à l’analyse d’une situation. Il est urgent de passer à l’offensive collective.

Comment faire face au rouleau compresseur qui entend gouverner par la peur ? Puisque tout est fait pour réprimer et criminaliser nos résistances, nous avons bien conscience que cette peur-là nous travaille, traverse nos corps et nos mouvements. Comment la conjurer ?

Nos oppositions n’y suffisent pas parce qu’il ne suffit pas de dire « halte » ou de dire « non ». Et d’ailleurs, nous les dépassons, parce que nous avons aussi des espoirs et des projets : de justice, de démocratie et d’égalité. La situation inédite que nous connaissons en a accru l’urgence et la détermination.

Pour dépasser le cadre de tribunes et des meetings, nous proposons une assemblée de lutte. Non pas une addition de prises de parole, collectif par collectif, organisation par organisation, témoin par témoin, mais un moment où partager des pistes pour résister, forger l’autodéfense et la solidarité : pour nous organiser de manière durable.

Nous pensons qu’il y a une force singulière de l’assemblée : un moment où peut advenir, à partir de nos expériences, de nos savoirs et de nos pratiques, de quoi proposer une riposte commune. Nous voudrions faire de ce moment un temps fort, qui ait de puissants échos sociaux, politiques et aussi médiatiques, non seulement pour que cesse l’invisibilité – de plus en plus battue en brèche – de cette violence, mais pour faire de ce « nous » une force stratégique.

Le 14 mars sera la journée internationale de lutte contre les violences policières : nous en soutenons pleinement les victimes et leurs familles ; nous appelons à cette marche. En écho, le 15 mars sera celle de l’assemblée de riposte aux violences d’État.

© Fred Sochard

[L’assemblée se tiendra aux Grands Voisins, 74 avenue Denfert-Rochereau Paris 14e, salle de la Pouponnière à partir de midi ; elle commencera par un déjeuner convivial et solidaire, chacune et chacun apportant de quoi partager].

Les Signataires :

Jean Aboudarham, Thibaut Ackermann, Sébastien Agusti, Camille Al Dabaghy, Jean-Michel Arberet, Mehdi Arfaoui, Arié Alimi, Amin Allal, Bruno Alonso, Fabrice Andreani, Pascal Anger, Jean-Pierre Anselme, Franck Antoine, Sihame Assbague, Noëlle Audejean, Tayeb Ayari, Mehdi Azda, Brigitte Azéma-Peyret, Bernard Baissat, Étienne Balibar, Ludivine Bantigny, Franc Bardou, Natalie Barsacq, Michel Barthélémy, Christophe Baticle, Laurent Bazin, Louiza Belhamici, Josée Bellomo, Bertrand Berche, Emmanuelle Bernard, Judith Bernard, Arno Bertina, Fabienne Besse, Eric Beynel, Maria Bianchini, Laurence Bidoire, Mathieu Billière, Malika Birig, Charlotte Blanchard, Philippe Blanchet, Julien Boelaert, Jean-Paul Boire, Matteo Bonaglia, Véronique Bontemps, Thierry Borderie, Yannick Bosc, Martine Boudet, Ali Boulayoune, Alima Boumediene, Aicha Bourad, Houria Bouteldja, Julien Brachet, Raymond Branchet, Mohamed Bridji, Vincent Bruand, Nicolas Bué, Noëlle Burgi, Philippe Büttgen,

Dominique Cabrera, Cécile Canut, Catherine Chabrun, Grégory Chambat, Gerard Chaouat, Maureen Chappuit, Yves Chassin, Francis Chateauraynaud, Luc Chelly, Vanessa Codaccioni, Christian Courtois, Déborah Cohen, James Cohen, Yves Cohen, Françoise Corgier, Annie Couëdel, Patrice Coulon, Pierre Cours-Salies, Marie Cuillerai, François Cusset, Nadège Daventure, Marielle Debos, Véronique Decker, Laurence De Cock, Frédéric Delarue, Marc Deleplace, Gilles Deloustal, Monique Demare, Ouardia Derriche, Marina Deslaugiers, Sophie Desrosiers, Serge D’Ignazio, Paul Dirkx, Pierre Douillard-Lefebvre, Jonathan Doutre, Marnix Dressen-Vagne, Laurence Dufresne Aubertin, Alexandra du Moulin, Philippe Enclos, Didier Epsztajn, Annie Ernaux, José Espinosa, Jules Falquet, Éric Fassin, Jean-Michel Faure, Pascale Fautrier, Hélène Ferron, Renaud Fiévet, Yann Fiévet, Maeva Fillion, Bernard Fischer, Marianne Fischman, Patrick Flécheux, Muriel FromentMeurice, Bruno Gaccio, Alexandra GalitzineLoumpet, Isabelle Garo, Franck Gaudichaud, Jean-Luc Gautero, Pascal Gassiot, Praline GayPara, Philippe Gigon, Anne Gincel, Boris Gobille, Barbara Glowczewski, Catherine Gousseff, Daniel Gostain, Carmen Grabuschnig, Fabien Granjon, Lena Grigoriadou, Laurent Grisel, Nacira Guénif, Michelle Guerci, Sabine Guez, Caroline GuibetLafaye,

Christelle el Youri Halberstadt, Jean-Pierre Halfort, Éric Hazan, Benoît Hazard, Samuel Hayat, Odile Hélier, Odile Henry, Thomas Hippler, Patrick Homolle, Geoffroy Huard, Amparo Ibanez, Sabina Issehnane, Brice Ivanovic, Pauline Jarroux, Raymond Jousmet, M’hamed Kaki, Enrique Klaus, Michel Kokoreff, Magali Kordjani, Stathis Kouvelakis, Pierre Jacquemain, Magali Jacquemin, Hugues Jallon, Raymond Jousmet, Lama Kabbanji, Dominique Kasten,

Rose-Marie Lagrave, Xavier de Larminat, Mathilde Larrère, Perrine Leclercq, Michelle Lecolle, Olivier Le Cour Grandmaison, Cécile Lefèvre, Claude Legros, Pierre Lemaître, Benjamin Lemoine, Emeric Lendjel, Frédéric Le Plaine, Yann Leredde, Simon LeRoulley, Michalis Lianos, Marc Lievre, Olivier Long, David Lopez, Frédéric Lordon, Olivier Trocquer, Marius Loris, Camille Louis, Michael Löwy, Victoria Lussich,

Pascal Maillard, Christian Mahieux, Léopoldine Manach, Philippe Marlière, Jean Malifaud, Micheyle Marlier, Guillaume Martine, Gilles Martinet, Gustave Massiah, Valerie Massadian, Corinne Mazel, Philippe Mazereau, Eliane Meillier, Nadia Menen, Vincent Millou, Noufissa Mikou, Virginie Mobillion, Adèle Momméja, Andrés Monteret, Christian de Montlibert, Bénédicte Monville De Secco, Christelle MorelJournel, Danièle Mornas, Cécile Morzadec, Marie Hélène Mourgues, Alain Munier,

Corinne Nativel, Rose Ndengue, Toni Negri, Alex Neumann, Jacob Matthews, Olivier Neveux, Veronica Noseda, François Nowakowski, Paul Obadia, Bertrand Ogilvie, Emmanuel Ollivier, Julien O’Miel, Renaud Orain, Valérie Osouf, Ugo Palheta, Alain Parrau, Ricardo Parreira, Anne Peden, Antoine Peillon, Irène Pereira, Marie-Odile Perret, Évelyne Perrin, Elsa Peyronne, Roland Pfefferkorn, Jean-Vincent Pfirsch, Olivier Piazza, Myrtille Picaud, Geoffrey Pleures, Patrick Pion, Emmanuelle Posse, Karine Prévot, Jean Puyade,

Serge Quadruppani, Martine Quebre, Nathalie Quintane, Guillaume Quintin, Gaël Quirante, Montserrat Rangel Vicente, Gianfranco Rebucini, Josiane Rodriguez, Jean-Pierre Roussel, Rahar Saeidnia, Isabelle Saint-Saens, Sarah Sajn, Louise Scalbert, Thierry Schaffauser, Jean Segura, Michel Seigneuret, Arthur Serret, Michel Soudais, François Spinner, Alessandro Stella, Barbara Stiegler, Céliane Svoboda, Julien Talpin, Emmanuelle Tixier du Mesnil, Julien Théry, Jean-Baptiste Thomas, Stéphane Thuault, Ariane Tillenon, Béatrice Turpin, Jérôme Valluy, Françoise Vergès, Olivier Vinay, Fanny Vincent, Jean Baptiste Vidalou, Nicolas Voisin, Christiane Vollaire, Sophie Wahnich, Philippe Zarka

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/070320/assemblee-de-riposte-aux-violences-d-etat

Une réponse à “Assemblée de riposte aux violences d’État

  1. L’assemblée de riposte aux violences d’État est reportée, son urgence reste la même

    Notre assemblée de riposte aux violences d’État est reportée, comme la marche contre les violences policières initiée et organisée depuis des mois par les collectifs des familles. C’est d’abord vers elles que nos pensées se tournent, avec tout notre soutien. Cette double décision est un crève-cœur. Nous la prenons comme une responsabilité d’évidente solidarité collective. Et pour n’exclure personne: il est impossible de maintenir une assemblée où les personnes à risque, fragilisées, celles qui seraient venues avec des enfants, les personnes inquiètes tout simplement, pour les autres, pour leurs proches et pour elles-mêmes, seraient dans l’impossibilité d’y participer. Il est impensable d’ajouter à la prévisible catastrophe hélas « en marche ».

    Les services d’urgences et de soins, nos hôpitaux, le service public de la santé sont attaqués depuis des années par une politique de destruction massive au nom d’une logique de marché. Le management néolibéral qui leur est imposé, obsédé par la compétition et le profit, est un contresens absolu en matière de santé publique, contresens que la crise sanitaire actuelle révèle dans sa cruelle réalité. Cette crise doit susciter un vaste mouvement d’opposition frontale à cette logique abominable qui nous met toutes et tous en danger, et d’abord celles et ceux parmi nous qui sont les plus vulnérables. Cette vulnérabilité, la nôtre, face à l’épidémie, n’est pas une fatalité naturelle : elle est entretenue et aggravée par un gouvernement qui ne s’est pas contenté de fragiliser la recherche et les services publics, dont celui, crucial, de la santé, mais qui a aussi fait preuve d’une spectaculaire irresponsabilité par sa gestion erratique de l’épidémie, au nom d’intérêts économiques ou électoraux obscènes. Quant au cynisme du 49.3, il ne doit jamais se revoir. Pas plus que l’indécence qui met sciemment de côté la vraie urgence : débloquer massivement des fonds pour les hôpitaux publics. Nous ne laisserons pas le pouvoir profiter de l’aubaine de notre confinement pour poursuivre ses politiques destructrices ; nous ne cesserons pas de les combattre, par toutes les formes d’action qui resteront à notre disposition.

    Notre assemblée est reportée, certes, mais nous ne cèderons pas un pouce de riposte aux violences d’État. Le temps que cette décision nous laisse, nous le rendrons dense. Et par toutes sortes de voies : textes, vidéos, émissions, réunions à distance par les moyens techniques adéquats, liens à nouer et consolider, organisation plus collective encore de nos prochaines marches et assemblées, construction dans la durée. Notre détermination est intacte contre les violences d’État : dans cette situation qui révèle plus encore les failles d’un système, elle est plus grande que jamais.

    Les organisatrices et organisateurs de l’Assemblée de riposte aux violences d’État

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