LOVERBOYS PROXENETES : « je croyais qu’il m’aimait »

Interview de Sandra Norak par Francine Sporenda

Sandra Norak a été en prostitution pendant 6 ans. Alors qu’elle était encore mineure, elle a été trafiquée en prostitution par la méthode du « loverboy ». Elle travaille maintenant pour contribuer à la prise de conscience collective du système prostitutionnel et des différentes formes de trafic, en particulier la méthode loverboy et elle a parlé devant des parlements allemands et italiens sur ce sujet. Elle fait aussi un travail de prévention dans les écoles pour apprendre aux jeunes filles à identifier les loverboys et à s’en protéger. Elle est apparue plusieurs fois dans des émissions télé et dans des médias et a participé au documentaire allemand « Bordel Allemagne – le business en milliards de dollars de la prostitution » qui a été nommé pour le « Prix Europa » 2018. Sa page est https://mylifeinprostitution.wordpress.com/. Elle fait partie de l’ONG allemande Sisters e.V., qui fait un travail de pédagogie sur la prostitution et offre des services aux femmes qui veulent en sortir.

FS : Vous êtes entrée en prostitution quand vous étiez encore au lycée. La façon dont vous êtes entrée en prostitution est par l’intermédiaire d’un loverboy,  autrement dit un proxénète. Pouvez-vous expliquer où et comment il vous a approchée et piégée ?

SN : Quand j’étais mineure et encore à l’école, j’avais beaucoup de problèmes avec ma mère qui souffrait de troubles mentaux, tandis que mon père a quitté la famille rapidement, donc je passais beaucoup de temps sur internet, et c’est là où je l’ai rencontré. Mais avant de le rencontrer, j’ai rencontré une femme avec qui je chatais beaucoup, elle semblait s’intéresser à mes problèmes, elle m’écoutait, puis elle m’a mise en contact avec cet homme. Plus tard, j’ai découvert qu’elle était une ex-prostituée trafiquée par lui, et que quand je l’ai rencontrée, ils cherchaient une « nouvelle fille ».

FS : Est-ce que vous dites que, sans cette femme, vous n’auriez pas été piégée par cet homme ?

SN : Je n’en suis pas sûre mais c’est ce que je pense, parce qu’elle a créé une relation de confiance entre nous, je discutais de mes problèmes avec elle, c’était la seule personne à qui je pouvais parler au début, alors oui, sans elle, je pense que je n’aurais pas fait confiance à cet homme qui avait 20 ans de plus que moi – elle aussi avait 20 ans de plus que moi.

FS : Vous dites que ces loverboys sont à la recherche d’une « proie facile ». Qu’est ce qui fait d’une fille une proie facile pour ces hommes ?

SN : La vulnérabilité bien sûr. Quand vous venez d’une famille brisée, quand vous avez connu la violence ou l’abandon – ce sont les conditions de l’entrée en prostitution en général – mais ce n’est pas limité à ça. En Allemagne, il y a des femmes qui ont été victimes de loverboys qui viennent de familles où il n’y a pas d’abus ni de violence mais elles ont rencontré leur loverboy quand elles étaient très jeunes, c’était la première fois qu’elles tombaient amoureuse, c’était des adolescentes typiques en révolte contre leurs parents…

FS : Elles étaient dans cette phase de l’adolescence où on rejette ses parents, et le loverboy incarne cette rébellion, il leur vend de l’amour romantique, il leur dit « tes parents ne te comprennent pas », c’est comme ça qu’il les piège ?

SN : Oui, c’est comme ça que ça se passe, au moins parfois. J’ai entendu parler de cas en Allemagne où ces filles ne viennent pas de familles vulnérables, donc  en fait, aucune fille n’est en sûreté, ça peut arriver potentiellement à n’importe quelle fille.

FS : Pouvez-vous nous dire qui était votre loverboy-proxénète ? J’ai lu qu’environ ¼ des proxénètes sont des loverboys ; de quels milieux viennent-ils ?

SN : Oui, dans le rapport allemand officiel, « Bundeslagebild Menschenhandel und Ausbeutung 2017 », on peut lire que 1 victime de trafic proxénète sur 4 est recrutée par la méthode loverboy. Mon expérience dans la prostitution me dit que cela arrive à encore plus de femmes que le nombre qui est mentionné dans ce rapport. Un officier de police d’Augsburg l’explique très bien, il dit que les loverboys sont les proxénètes les plus intelligents, parce que quand un proxénète bat une fille, tout le monde peut voir qu’elle souffre et qu’elle a été battue, on sait ce qui lui est arrivé quand on la regarde. La conséquence est que c’est bien plus facile de poursuivre en justice et de faire condamner un tel homme que s’il prétendait qu’il a une relation avec cette femme et utilise les liens émotionnels qu’il a établis avec elle pour la pousser dans la prostitution. On ne va pas voir ce qui se passe dans cette situation, parce que les loverboys s’arrangent pour que tout ait l’air normal : ces filles continuent d’aller à l’école, elles ont même parfois de bonnes notes – personne ne peut voir ce qui se passe, et c’est très difficile pour la police de prouver qu’il s’agit de traite et de proxénétisme : est-ce que la fille se prostitue de son plein gré, où est-ce qu’elle est manipulée et trafiquée ? C’est très difficile de faire condamner ces hommes.

FS : C’est l’inspecteur de police Helmut Sporer qui le dit : « le loverboy-proxénète est plus intelligent que le proxénète brutal qui utilise la violence physique parce que c’est bien plus difficile de prouver qu’il est un proxénète ». D’après lui, les enquêtes et les interrogatoires de police ne marchent pas, parce que la fille est présentée comme étant en prostitution parce que c’est son choix. Vous êtes d’accord avec ce point de vue d’Helmut Sporer ?

SN : Oui, parce que, quand vous êtes dans cette situation, quand vous êtes la victime et que vous croyez que cette personne vous aime, quand vous êtes très jeune et que vous n’êtes pas consciente qu’il y a des hommes méchants qui recrutent sur internet où qui attendent à la sortie des écoles pour trouver des filles et les faire entrer dans la prostitution, vous n’avez jamais entendu parler de ça, donc vous pensez que cette personne vous aime, qu’elle est en danger, et que c’est votre responsabilité de l’aider. Vous ne vous conduisez pas comme avec un proxénète, vous vous comportez comme s’il s’agissait d’une relation. Les victimes de loverboys – et c’était le cas pour moi – n’ont pas conscience d’être une victime pendant très longtemps. En Allemagne, c’est possible de faire condamner un proxénète sans le témoignage de la victime, si le tribunal a assez de preuves, comme des sources de surveillance de télécommunications, mais en fait les condamnations sans témoignage de la victime sont très rares.

FS : Vous dites aussi qu’il a créé chez vous une dépendance émotionnelle, il vous a coupée de vos amis et de votre famille, vous a fait croire qu’il était « votre sauveur, votre seul ami », la seule personne qui vous comprenait et vous aimait. Pouvez décrire cette dépendance émotionnelle ?

SN : Dans mon cas, je n’avais aucune véritable amitié dans la vie réelle, à cause de ma situation dans ma famille. J’étais très seule, mais quand il est entré dans ma vie, je me sentais moins seule. C’était la seule personne à qui je pouvais parler et qui m’écoutait. Il savait ce dont j’avais besoin émotionnellement, et il a joué sur mes besoins émotionnels. Il me disait qu’il pouvait m’aider avec mes problèmes avec ma mère : « si tu veux partir de chez toi, tu peux venir t’installer chez moi ».

FS : Il vous a dit aussi qu’il avait des dettes et vous a fait comprendre que, s’il ne pouvait résoudre ses problèmes financiers et que vous ne l’aidiez pas, si quelque chose lui arrivait, ça serait de votre faute. Etait-il vraiment lié aux Hells Angels ? Est-ce que ces proxénètes sont habituellement liés à des gangs de motards ou à d’autres formes du crime organisé ?

SN : Dans mon cas, au début de notre relation, la question de la prostitution n’a pas été abordée, et c’est typique des loverboys-proxénètes : le lien émotionnel doit être établi d’abord, et c’est seulement quand ils savent que la fille les aime, qu’elle est émotionnellement dépendante d’eux qu’ils commencent à parler de leurs dettes qui doivent être remboursées. Avant qu’il me demande de me prostituer et de lui ramener de l’argent, il m’a emmenée dans un bordel – juste pour boire un café, c’est ce qu’il m’a dit quand il m’a emmenée dans ce bordel pour la première fois – le propriétaire du bordel était un de ses amis. C’était très étrange pour moi de me trouver dans ce bordel, je lui ai demandé : « qu’est ce qu’on fait ici ? » et il m’a dit : « ah, allons, il n’y a pas de problème, c’est un travail comme un autre, regarde la façon dont l’Etat traite la prostitution, c’est parfaitement légal, les propriétaires de bordels sont des businessmen ordinaires, les femmes prostituées sont des travailleuses du sexe, ne sois pas si prude ! »

Comme vous pouvez le voir, mon proxénète a utilisé l’argument que la prostitution est légale en Allemagne quand il m’a recrutée. La loi l’a aidé à me prostituer parce que la loi dit la même chose que lui : que la prostitution, c’est juste un job. Plus tard, j’ai réalisé qu’il était lié à des individus appartenant à ce milieu criminel, les Hells Angels et des gens comme ça, qu’il était en affaires avec eux, mais je n’avais pas la moindre idée du type d’affaires que c’était. Et un jour, il m’a demandé de me prostituer, parce que ça rapporte beaucoup d’argent – c’est ce qu’il m’a dit. Je lui ai dit : « non, je ne veux pas me prostituer, d’accord pour venir ici, boire un café et voir tes amis, mais je ne veux pas faire ça ». Et c’est alors qu’il a commencé à me parler de ses dettes. Si vous aimez une personne, vous vous souciez de sa sécurité, de ses problèmes et de votre avenir ensemble, et c’est comme ça que ça a commencé. J’ai vu beaucoup de crime organisé durant mon passage en prostitution. La prostitution est organisée majoritairement par des réseaux criminels, et de ce fait, on y rencontre beaucoup de victimes de proxénètes et de prostitution forcée.

FS : Vous avez cru qu’il était vraiment en danger et que vous étiez la seule personne qui pouvait le sauver ?

SN : Je ne sais pas s’il était vraiment en danger suite à des dettes envers des gens comme les Hells Angels mais c’est ce qu’il disait, et que s’il ne pouvait pas les rembourser, il aurait des problèmes, et que si je ne l’aidais pas, il serait obligé de se lancer dans des affaires dangereuses avec ces gens ou d’autres.

FS : Quand votre loverboy-proxénète vous a emmenée dans ce bordel où vous avez été vendue quatre semaines plus tard à plus de 500 clients, il vous a dit et répété que « la prostitution, c’est normal, c’est juste un travail,  c’est la loi qui le dit, c’est l’Etat lui-même qui le dit ». Considérez-vous que l’Etat allemand a une responsabilité dans votre entrée en prostitution pour avoir fait voter des lois qui disent que la prostitution, c’est normal ? Vous dites : « si l’Etat m’avait dit que la prostitution était une violence, j’aurais agi différemment ». Pouvez-vous commenter sur la responsabilité de l’Etat allemand ?

SN : Oui, parce que, quand je jette un regard en arrière sur ma situation, la première fois qu’il m’a emmenée dans un bordel, j’ai eu un mauvais pressentiment dans le ventre. Je voulais m’en aller, j’ai vu ces filles en talons hauts et tous les clients, les acheteurs de sexe, ils étaient tous nus, c’était une impression très bizarre, je n’avais jamais vu autant de gens nus à la fois, et j’étais jetée là-dedans. Mais de la même façon que j’ai été manipulée par la propagande des proxénètes, j’ai été manipulée par l’Etat : « la prostitution, c’est juste un travail, c’est un service, ne soyez pas prude, vous devez l’accepter ». Essentiellement, l’Etat disait la même chose que mon proxénète, l’Etat l’a aidé à me prostituer. Notre législation aide les proxénètes à pousser les jeunes filles dans la prostitution, parce que prétendre que la prostitution est un travail ordinaire rend la violence et le crime organisé invisibles.

Quand on vous dit « c’est juste un travail, pas de problème », les jeunes filles ne sont pas mises en garde, et cette invisibilisation du danger sert les proxénètes. Si l’on vous dit « c’est une activité dangereuse où il y a de nombreuses violations des droits humains et de la dignité humaine, et il y a des liens étroits avec le crime organisé », alors vous seriez beaucoup plus prudente que je l’ai été dans cette situation.

FS : Son emprise sur vous était si forte que vous n’avez pas témoigné contre lui, vous avez dit initialement à la police que tout était ok. Pourquoi avez-vous refusé de témoigner contre lui et est-ce que c’est vraiment possible pour une femme en prostitution de témoigner contre son proxénète ?

SN : Ca s’est passé très peu de temps après que je me sois installée chez lui, quand j’allais encore à l’école. Au début, je voulais finir mes études, mais deux ou trois mois plus tard, j’ai quitté l’école, parce que je ne pouvais pas être une prostituée la nuit et aller à l’école dans la journée. Donc deux ou trois mois plus tard environ, la police a frappé à la porte de l’appartement où je vivais avec lui,  – bien qu’il n’était pas censé vivre avec moi officiellement – ils m’ont demandé s’ils pouvaient entrer, et j’ai dit « non, vous ne pouvez pas entrer ». Je n’ai pas dit pourquoi, mais la raison pour laquelle je ne voulais pas les laisser entrer est que mon proxénète était là, et il y avait aussi deux autres prostituées dans l’appartement. La police m’a dit : « d’accord, mais passez au commissariat dans quelques jours, nous aimerions vous poser quelques questions parce que nous avons été informés que quelqu’un vous a fait entrer en prostitution ». Et la police est partie mais mon proxénète et les deux autres prostituées étaient très en colère après moi, parce qu’ils pensaient que c’était moi qui avais informé la police. Ce n’était pas le cas, mais ils étaient persuadés que c’était moi qui les avais rencardés. Et ils m’ont menacée, une des deux femmes voulait me jeter par la fenêtre, ils m’ont tiré les cheveux et sont devenus très agressifs.

Donc je suis allée au commissariat quelques jours plus tard comme la police me l’avait demandé, mais je ne leur ai rien dit. La raison pour laquelle je ne leur ai rien dit, c’est que j’avais peur de ce que ces gens pouvaient me faire si je leur disais la vérité mais d’autre part – et c’est très difficile à décrire – et comme je vous l’ai dit précédemment, si vous voyez votre proxénète comme votre petit ami, vous ne réalisez pas tout de suite que vous êtes une victime. Certaines personnes m’ont dit : « mais quand ils vous ont menacée, quand une des femmes voulait vous jeter par la fenêtre, comment n’avez-vous pas compris que vous étiez une victime ? » Je leur ai dit : « avoir peur ne signifie pas que vous reconnaissez que vous êtes une victime, parce que ces gens vous disent que c’est votre faute s’ils sont agressifs, que c’est votre faute s’ils vous menacent, et vous les croyez, en particulier si vous êtes très jeune. Mon proxénète et l’une de ces femmes avaient 20 ans de plus que moi. Ils savaient comment me contrôler. J’étais très jeune et vulnérable à cette période de ma vie, à cause de la situation avec ma mère. Ca m’a pris du temps pour réaliser que mon proxénète a juste profité de moi et qu’il ne m’a jamais aimée. Leur stratégie a très bien marché.

FS : Vous dites qu’il a utilisé ce qu’on appelle « communication perverse » avec  vous, le but étant d’utiliser la manipulation psychique pour briser votre résistance sans avoir recours à la violence physique ; et en conséquence, vous vous sentiez comme prise dans une toile d’araignée. Pouvez-vous nous donner des exemples de cette « communication perverse » qu’il a utilisée avec vous ?

SN : Sur la durée, j’ai été confrontée à des menaces et à des avertissements, et parfois je me suis trouvée dans des situations où j’ai craint pour ma vie mais les débuts de ma prostitution pour cet homme sont décrits par la psychologue Marie-France Hirigoyen  dans son livre « Femmes sous emprise » :

« Une agression/communication perverse pousse la victime à douter de ce qu’elle croit. Elle perd la conscience de son identité. Le but du perpétrateur est de la nier et de la paralyser en même temps, afin d’éviter la survenue d’un conflit… C’est opéré par une double pression : quelque chose est dit verbalement et le contraire est exprimé de façon non verbale. Cette expression paradoxale consiste en un message explicite couplé avec un message caché, et le message caché est nié par l’agresseur. C’est une façon très efficace de déstabiliser la victime ».

Pour ce qui est des loverboys, ils essaient souvent de séparer les filles ou  femmes de leurs sentiments réels, et si vous observez le niveau des communications au début d’une relation entre les loverboys et leurs victimes, c’est exactement ce que Marie-France Hirigoyen analyse dans son livre. Il est fréquent que, après avoir soulevé la question de la prostitution et qu’il vous ait poussé à vous prostituer pour payer ses dettes, qu’après il vous dise verbalement qu’il ne veut pas vous brusquer, qu’il vous aime tellement, etc. Mais en même temps, il vous fait passer le message avec des signaux non verbaux que vous êtes coupable si vous refusez de l’aider en vous prostituant pour lui. Ce mélange de communication verbale et non-verbale suscite délibérément des sentiments de culpabilité chez la fille. Le proxénète sait qu’elle acceptera finalement de se prostituer contre sa volonté, et c’est exactement ce dont Sun Tzu (général et stratège chinois du IVème siècle avant J.C. NDLR) parle dans son livre « L’Art de la guerre » (mon proxénète d’ailleurs parlait constamment de ce livre, donc il savait exactement ce qu’il faisait) :

« La résistance de l’ennemi (ici la résistance de la personne qui ne veut pas se prostituer mais qu’il veut exploiter en la prostituant) est brisée sans combat, sans violence physique » – et ce résultat est obtenu grâce à la « communication perverse », comme la nomme Marie-France Hirigoyen.

FS : Que pensez-vous de la loi sur la prostitution de 2017 (ProstituiertenSchutzGezetz) ? Certaines de ses stipulations ne peuvent pas réalistement être appliquées , comme le port obligatoire du préservatif, et cet entretien censé permettre de discerner si la personne prostituée est contrainte ou pas. Et que penser de ces structures de conseil aux personnes prostituées contrôlées par le lobby pro-prostitution, comme les associations Dona Carmen et Kassandra (qui reçoivent des fonds d’Etat) ? Et les gangs bangs et les flat rates sont interdits – mais ont-ils réellement disparu ? Quels sont les pires défauts de cette loi selon vous ?

SN : Il y a des choses dans cette loi qui semblent aller dans la bonne direction, parce qu’elle essaie de réguler davantage la prostitution, comme l’obligation du préservatif pour les acheteurs de sexe, et le fait que les femmes doivent s’enregistrer. Mais ce qui est mauvais dans cette loi est qu’elle ne reconnait toujours pas la prostitution comme une violence, et elle ne reconnait toujours pas qu’il y a une forte présence du crime organisé dans la prostitution. Il y a des paragraphes dans cette loi qui semblent positifs, comme celui qui dit que seuls les individus qui n’ont pas de casier judiciaire peuvent être manager de bordel. Mais ça ne va pas aider parce que, déjà du temps où j’étais en prostitution, et avant que cette nouvelle loi ne soit passée, les propriétaires réels du bordel n’étaient pas ceux figurant sur les papiers officiels. Les vrais propriétaires, ceux qui dirigent vraiment le bordel, ils sont souvent inconnus de la police et opèrent dans l’ombre – cette nouvelle règle n’est donc pas très réaliste. Et cette loi nous emmène finalement dans la mauvaise direction, parce que pour aller dans la bonne direction, nous devons reconnaître la prostitution comme une violence.

Et pour ce qui est du nombre de femmes prostituées en Allemagne, on a des chiffres qui vont de 200 000 à 400 000, voire 1 million. La plupart des femmes prostituées en Allemagne n’y sont pas parce qu’elles rêvaient d’être prostituées toute leur vie, il y a beaucoup de traite, de prostitution forcée, de prostitution de pauvreté. Il y a surtout une demande très importante, et notre législation augmente encore cette demande en renforçant la notion que c’est un travail, qu’acheter du sexe est normal, et que tout ce qu’il faut faire, c’est de réguler davantage. Donc cette loi ne va rien résoudre.

FS : Cette loi n’est que du « harm reduction » (réduction des dommages), et même si elle interdit les flat rates et les gang bangs, les bordels continuent à faire de la publicité pour ces pratiques, ils changent seulement les mots, ils appellent ça « orgie » mais ce sont toujours les mêmes actes.

SN : Bien sûr, ça existe toujours, et pour les flat rates aussi, ils utilisent juste un autre mot pour ça. Depuis que la loi est passée, nous avons davantage de statistiques : maintenant, il y a environ 33 000 personnes qui se sont enregistrées comme prostituées, mais l’estimation admise du nombre de personnes prostituées est de 400 000. Certains disent que, avec le modèle suédois, la prostitution devient clandestine, mais en Allemagne et sur la base de ces chiffres, elle est aussi clandestine.

FS : C’est absurde de dire que la prostitution devient clandestine à cause du modèle suédois. Comme le dit Simon Häggström (l’officier de police chargé de la lutte contre la traite prostitutionnelle à Stockholm), les clients doivent pouvoir trouver les femmes prostituées. Si ces femmes sont tellement clandestines que les clients ne peuvent pas les trouver, il n’y a pas d’achat de sexe, il n’y a pas de prostitution. Les arguments du lobby pro-prostitution sont habituellement absurdes.

https://revolutionfeministe.wordpress.com/2020/02/01/loverboys-proxenetes-je-croyais-quil-maimait/


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