Le coin du polar (février 2020)

Jean Meckert – Jean Amila pour la Série Noire – fait partie des grands auteurs de romans noirs. « Les coups », publié en 1940 a été salué par toute la critique à commencer par Queneau. « Nous avons les mains rouges », 7e volume de ses œuvres, met en scène, en 1947, un groupe de Résistants qui refuse les injustices et les profiteurs. Il se fait justicier en chassant les anciens collaborateurs. Un document, en même temps qu’un vrai polar, sur cette période troublée où tout semble possible alors que, déjà, s’éloignent les rêves d’un autre monde.


Seichô Matsumoto, né en 1909, s’inscrit dans la lignée d’un Simenon pour ses enquêtes qui s’inscrivent dans l’Histoire et souvent des histoires oubliées, enfouies qui refont surface pour conduire aux meurtres et au désespoir. « Le point zéro » se situe à la fin des années cinquante à Tokyo et fait référence à la prostitution de toutes ces jeunes filles qui se trouvent, à la fin de la guerre, sans famille et sans ressources. Elles arriveront à faire leur vie en cachant cette période qui ne fait pas partie des livres d’Histoire. Pour voir le Japon et les conséquences de la guerre. Une découverte.


L’Albanie ? Un petit pays longtemps dominé par la figure du grand timonier Enver Hoxha. Il meurt en 1985 et le régime se perpétue jusqu’en 1993. S’ouvre alors une période « de transition vers le néo libéralisme » qui fait éclater tous les codes, toute moralité, toutes les structures, tous les pouvoirs. C’est le temps des cliques et des mafias. « Les aigles endormis », premier roman de Danu Danquigny, a comme toile de fond cette Histoire qui ne se termine pas 20 ans après le retour du narrateur dans son pays natal après avoir vécu en France. Les « nouveaux riches » se sont installés, les inégalités se sont creusées, la corruption tient le haut du pavé et pervertit la sphère politique. Ne reste-t-il que les armes pour faire le ménage ?


La France de 2016 héritière en partie de celle de 1870 ? Prétexte à une ballade dans les arbres généalogiques d’une grande famille riche via un enfant illégitime reconnu par le fils parti à la guerre de 1871. Hannelore Cayre avec « Richesse oblige » dresse le portrait de cette France de nantis qui se croient au-dessus des lois au 19e comme aujourd’hui. Le mépris des pauvres, l’antisémitisme sont constitutifs de cette caste. Pour conserver leur richesse, tous les coups sont permis. Mais il faut compter sur les justicières, surtout lorsqu’elle s’appelle Blanche de Rigny – un nom étrange dans sa famille -, pour donner des coups de pied dans la fourmilière qui ne sait plus comment répondre. Lorsque la généalogie prend la figure de la revanche sociale, tout est possible.


La Pologne réelle, corruption à tous les étages

Wojciech Chmielarz est un des grands auteurs « noirs » polonais. « La Colombienne », son livre précédent, avait présenté ses deux doubles révoltés Mortka, l’inspecteur chargé des enquêtes – dit le « Kub » -, et son équipière, le lieutenant Suchocka – dite « La Sèche » – que l’on retrouve dans cette nouvelle enquête à tiroirs, inscrite cette fois dans le marigot politique.

Une jeune femme d’origine ukrainienne, journaliste en herbe et baby-sitter d’un politicien retiré, viré par ses pairs pour corruption, un mal très répandu, qui cherche à revenir sur le devant de la scène politique. Le tout se passe dans « La Cité des rêves », qui donne son titre au roman, un ensemble huppé avec gardien et jardin intérieur.

L’auteur dessine une fresque mêlant allégrement le passé – Kochan, l’ancien adjoint de Mortka, a été rétrogradé parce qu’il cogne son épouse et se trouve chargé des vieilles affaires – et le présent pour dénoncer une police qui ne fait pas son travail par bêtise ou fainéantise et la corruption qui s’enroule dans toutes les enquêtes.

Pour le présent le crime se transforme en une recherche d’un ordinateur ou d’une clé USB qui pourrait fournir des données accusant une partie des politiciens dans des affaires troubles et troublées. Les hypothèses s’effondrent les unes après les autres pour terminer en point d’interrogation en forme de feuilleton. Il faudra attendre le prochain pour, peut-être, avoir le mot de la fin.

La Pologne comme il faut la voir avec les yeux de deux policiers décidés à résister face à la pourriture qui envahit apparemment inexorablement notre monde. Le discours « nationaliste » – les guillemets pour souligner qu’il faudrait inventer d’autres termes – n’arrive plus à cacher la sordide réalité des nouveaux riches prêts à tout pour conserver leur pouvoir sans craindre l’alliance avec la pègre. Il n’est pas plus optimiste pour la jeunesse gangrenée par la soif de l’argent facile pour trouver une place dans ce type de société.


« Nous avons les mains rouges », Jean Meckert, Editions Joëlle Losfeld ;

« Le point zéro », Seichô Matsumoto, traduit par Dominique et Frank Sylvain, 10/18 ;

« Les aigles endormis », Danu Danquigny, Série Noire/Gallimard ;

« Richesse oblige », Hannelore Cayre, Métailié/Noir.

Wojciech Chmielarz : La Cité des Rêves, traduit par Erik Veaux, Agullo éditions.

Nicolas Béniès

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