Critique de la féminité et de l’hétérosexualité

Comme l’a mis en évidence la théoricienne féministe française Christine Delphy, la masculinité et la féminité ne sont pas des valeurs humaines universelles et intemporelles. Elles représentent en fait les valeurs d’une hiérarchie de suprématie masculine à un certain moment dans le temps… Produites par une hiérarchie, elles ne devraient pas survivre à la création d’une société non-hiérarchique.

Ce qui est vu comme le comportement féminin archétypique – essentiellement ce qui est reproduit dans le travestisme, le « camp » et le transexualisme – est en fait le comportement appris par les opprimées, appris pour éviter les punitions, ou pour obtenir des faveurs. C’est un comportement qui montre la conscience qu’elles ont de leur statut inférieur, et un respect approprié pour la classe mâle au pouvoir. La féminité est un comportement appris qui est re-acté tous les jours de la vie d’une femme dans son interaction avec les hommes. Le comportement « féminin » exprime la déférence. Les filles et les femmes sont censées prendre peu de place, s’asseoir en croisant les jambes, les bras collés au corps, garder les yeux baissés et ne parler que quand on leur parle …

La masculinité est aussi un comportement appris, qui manifeste la dominance et maintient la place des hommes dans la classe dominante.

La masculinité et la féminité sont érotisées pour créer la sexualité de la suprématie masculine, que j’appelle désir hétérosexuel. Par le terme « désir hétérosexuel », je ne veux pas dire « désir pour le sexe opposé » mais un désir qui est organisé autour de l’érotisation de la domination et de la soumission.

Ce type de désir procède du système politique de l’hétérosexualité, dans lequel la soumission des femmes est vue comme naturelle et comme définissant ce qu’est  » la sexualité ». Le mot « hétéro » dans « hétérosexualité » signifie « autre », dans ce type de désir, un des participants est « altérisé », ou réduit à un statut de subordination par une sexualité objectifiante inscrite dans un rapport dominant/dominée.

La différence entre les sexes qui est censée produire l’excitation dans la sexualité hétérosexuelle n’est pas naturelle, elle est politique, c’est une différence de pouvoir. Le désir hétérosexuel est formé à partir de la soumission des femmes, et celle-ci est requise pour qu’il y ait excitation.

Le désir sexuel est crucial pour le système politique de l’hétérosexualité parce qu’il offre l’excitation et la satisfaction qu’on retire de sensations sexuelles intenses. Mais cette excitation est l’excitation de la cruauté, de l’exploitation sexuelle de l’inégalité…

Ailleurs, j’ai décrit le désir hétérosexuel comme « l’huile qui graisse les rouages de la machine de la suprématie masculine ». C’est le désir hétérosexuel qui érotise pour les hommes l’objectification des femmes, et motive leurs violences sexuelles. La violence sexuelle et le harcèlement que subissent les femmes dans l’enfance, au travail, dans les rues et dans le lit conjugal procure aux hommes la satisfaction de leur soumission.

Par toutes les formes de violences sexuelles, et la peur de ces violences, le désir hétérosexuel contribue au maintien de la suprématie masculine en limitant crucialement les opportunités des femmes dans leurs études, leur travail, leurs déplacements et même leur sécurité chez elles.

Le désir hétérosexuel requiert la construction des différences de genre.

Toutes les marques du genre qui mettent en évidence l’impuissance des femmes et la puissance des hommes sont érotisées dans le système hétérosexuel. Les symboles de masculinité incluent les bottes, le cuir, les uniformes, les épaulettes et les ceintures. Ces symboles de pouvoir et d’impuissance ne sont pas des différences inoffensives mais les uniformes de positions de classe politiques qui sont érotisées dans le désir hétérosexuel. De nombreuses exigences de la féminité semblent conçues spécifiquement pour procurer aux dominants l’excitation quotidienne de la cruauté érotisée, comme les hauts talons, les vêtements serrés et entravants. En respectant ces exigences, les femmes sont censées s’acquitter de leur corvée sexuelle et s’objectifier pour le plus grand plaisir masculin. »

Sheila Jeffreys, féministe radicale et lesbienne

Sheila Jeffreys, article « Heterosexuality and the Desire for Gender » dans le livre « Theorising Heterosexuality », edit. Diane Richardson, Open University Press, 1996, traduction Francine Sporenda.

https://sporenda.wordpress.com/2020/02/02/critique-de-la-feminite-et-de-l-heterosexualite/

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