Pour une Sécu démocratisée et autogérée, accessible à toustes !

« Le choix a été fait de contribuer à la redéfinition d’une ambition collective en matière de sécurité sociale en proposant des outils pour élaborer l’architecture d’une Sécu du XXIe siècle ». Les éditorialistes soulignent que s’il faut partir des conquêtes du siècle précédent, il ne s’agit ni de les enjoliver, ni de les mythifier…

Les textes présentés peuvent être regroupés en trois thématiques : l’histoire de la protection sociale en France ; l’état de la Sécurité sociale et l’offensive néolibérale pour un système assurantiel privé et lucratif ; les approches pour améliorer, renforcer, élargir la Sécurité Sociale. Interventions de syndicalistes et de chercheurs et chercheuses, points de vue d’associations et de médecin·es, positions convergentes ou divergentes (en particulier sur les possibles financements – sur ce point je partage l’axe développé par Christiane Marty « L’universalité des droits ne doit pas s’opposer pas au maintien du lien avec l’activité professionnelle »). Un large choix d’analyses sur l’historique, l’existant et les possibles futurs…

Le texte de Gérard Gourguechon : Construisons une sécurité sociale du XXIe siècle, construisons-une-securite-sociale-du-xxie-siecle/, publié avec l’aimable autorisation de la revue Les utopiques, constitue une bonne introduction. L’auteur rappelle que les conquêtes sociales sont « un des aspects de l’équilibre jamais stabilisé dans la lutte de classes », que les droits obtenus ne furent jamais universels. Il s’attarde, entre autres, sur la longue période de remise en cause, « toujours biaisées et de plus en plus fortes », le transfert du financement vers l’impôt affecté, le refus d’un positionnement conservateur peu à même de répondre aux besoins sociaux actuels et futurs, l’extension des champs des possibles, les dimensions environnementales des risques sociaux, la réinvention de la démocratie sociale, les droits attachés « à la personne en tant que personne »…

Quelques thèmes abordés : l’ambition de 1945, l’histoire du régime spécial des cheminot·es , les avancées et les reculs du droit à la retraite, les évolutions de la Mutualité française, la lutte de 1995, la politique dite familiale, ce que fabrique le système de retraite à points, l’invention du trou de la Sécu, l’importance de la proximité de soins (avec des développements sur des centres de santé autogérés), la prévention, l’actualité de la déclaration de Philadelphie (OIT) dont l’affirmation que « le travail n’est pas une marchandise », la médecine de service public, la prévention des risques professionnels, la santé au travail, la proposition d’une sécurité sociale chômage (en complément possible, Agir ensemble contre le chômage – AC : Pour une sécurité sociale chômage. Des droits nouveaux pour les chômeur-euses et les précaires, pour-que-chacun·e-puisse-mener-des-activites-socialement-utiles-et-librement-choisies/), la perte d’autonomie, les droits inconditionnels à la Sécurité sociale des personnes dites sans papiers…

Des éléments sont fournis sur la situation d’autres pays, la mise en place d’une sécurité sociale en Palestine, la santé publique en Grèce (en complément possible, Christine Chalier, Eliane Mandine, Danielle Montel, Bruno Percebois, Jean Vignes : Les dispensaires autogérés grecs. Résistances et luttes pour le droit à la santé, nous-ne-devons-rien-nous-ne-vendons-pas-nous-ne-payons-pas/).

Je souligne Le Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire, le-manifeste-pour-une-sante-egalitaire-et-solidaire/, publié avec l’aimable autorisation de la revue, un texte de 2011 qui a gardé toute son actualité, dont la nécessaire institution d’un véritable service publique de sécurité sanitaire et de prévention collective, le rappel de la revue Fracture dont le premier numéro a été publié en 1977…

J’ai particulièrement apprécié l’article de Christiane Marty : Quels axes pour une protection sociale dans une perspective féministe ?, quels-axes-pour-une-protection-sociale-dans-une-perspective-feministe/, publié avec l’aimable autorisation de la revue, la construction de la dépendance des femmes à leurs conjoints, la critique des droits subordonnés à un statut familial, l’attribution de droits propres et la modification de l’imposition pour qu’elle soit basée sur les personnes et non les couples, « Chaque personne doit disposer de droits propres à la protection sociale et être reconnue comme une personne à part entière par le système fiscal », la liberté d’avoir un emploi et non celle de « choisir » de travailler à temps partiel, « Curieuse liberté que celle qui enracine la dépendance des femmes mariées, et qui conduit de plus en plus souvent à la précarité ! », l’adoption d’une référence de parcours pour les retraites « conforme à l’objectif d’égalité entre femmes et hommes », la réduction du temps de travail, l’instauration de nouveaux droits « pour la petite enfance et la dépendance », le congé paternité obligatoire et non transférable…

Un très riche numéro qui devrait servir à alimenter des débats, permettre des controverses éclairées, dégager des pistes communes contre la marchandisation du monde. Il ne s’agit pas de limiter les remises en cause des droits mais bien de construire de nouvelles solidarités pour l’émancipation…

Les utopiques (http://www.lesutopiques.org) : Pour une protection sociale du XXIe siècle

N°12 Hiver 2019-2020

Editions Syllepse, Paris 2020, 192 pages, 8 euros

https://www.syllepse.net/pour-une-securite-sociale-du-21e-siecle-_r_37_i_783.html

Didier Epsztajn


Anciens n° : revue/les-utopiques/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.