Mexique : mobilisation après l’assassinat de l’artiste féministe Isabel

Quelques heures plus tard, des centaines de Mexicains descendaient dans la rue autour de l’esplanade du monument à Benito Juarez pour lui rendre hommage, et pour que cessent les féminicides, un fléau dans cette ville du nord du Mexique où des centaines de femmes ont été enlevées ou assassinées ces vingt dernières années. Isabel Cabanillas est la quatrième femme tuée à Ciudad Juarez ce mois-ci et la sixième de l’État de Chihuahua.

Sur les banderoles, des messages : « Isabel Cabanillas, ta mort sera vengée, nous ne sommes pas de la chair à canon » ou « S’ils touchent une de nous, répondons à tous ! », mais aussi #niunasmenas (« pas une de plus ! »), devenu le mot-dièse de ralliement pour toutes les actions contre le féminicide en Amérique du Sud. « Où sont-elles ? Nous voulons qu’elles reviennent. Il n’y a aucune raison de se taire ou d’oublier. Ce n’est pas un chiffre de plus. C’est ma sœur Isabel qui n’est plus avec moi », proclamait une autre pancarte.

Isabel Cabanillas était très active au sein du groupe Hijas de su Maquilera Madre qui lutte pour les droits des femmes et réclame justice pour toutes les disparues et assassinées. « Notre combat est pour vous, soeur, pour vous et pour les milliers de personnes que ce système féminicide assassine quotidiennement », annonce le profil Facebook de l’organisation, dont l’administratrice Lydia Graco rend un vibrant hommage à Isabel Cabanillas : « Je te pleure, Isa. Je te dois tellement, je te dois tout. Tu as combattu le féminicide, le trafic, les disparitions…. Tu étais si pure, tu étais si pleine de vie. Je ne t’ai pas protégée, nous ne t’avons pas protégée. Je ne cesserai jamais d’exiger la justice et de crier ton nom. J’ai perdu une fille. Je n’ai laissé que colère et souffrance. »

Ciudad Juarez, « zone de guerre »

Près de 35 000 meurtres en 2019, plus de 60 000 enlèvements depuis 2006 – le Mexique est rongé par la criminalité qui, en dépit des promesses du président Obrador, ne cède rien. Et Ciudad Juarez est depuis longtemps l’une des villes les plus violentes du pays. Si la criminalité semble y marquer le pas ces dernières années, le trafic de drogues et le crime organisé en font encore, par moments, une « zone de guerre ».

Les manifestants reprochent notamment au maire Armando Cabada de ne pas avoir tenu sa promesse d’améliorer l’éclairage public à Ciudad Juarez, ce qui a contribué à l’augmentation des fémicides au cours de ces quatre dernières années. Le gouverneur de l’État de Chihuahua, Javier Corral, l’assure : « l’homicide de l’artiste et activiste Isabel Cabanillas fait l’objet d’une enquête menée avec le plus grand sérieux et professionnalisme et les responsables seront traduits devant la justice. » 

Pour l’heure, l’enquête n’a donné lieu à aucune arrestation. 

Liliane Charrier, Teriennes, 27 janvier 2020

http://alter.quebec/mexique-mobilisation-apres-lassassinat-de-lartiste-feministe-isabel/

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