Souveraineté alimentaire, agroécologie et féminisme


« 
La présente note analyse les contributions des cinq articles de la présente édition de l’observatoire à travers le nexus femme-violence-nature. Elle montre que dans le système alimentaire dominant, les femmes et la nature sont exploitées, « exclues » et occultées, tout en prouvant qu’il existe d’autres manières de se comporter entre nous et avec la nature. »

Dans le premier texte les auteurs et autrices soulignent, entre autres, le rôle des femmes dans les systèmes alimentaires et les métiers de l’alimentation, les mains invisibles, « Les cinq articles offrent une visibilité sans équivoque aux femmes Noires, dalit, autochtones, migrantes, réfugiées et LGBTTIQ. Ils illustrent également les luttes individuelles et collectives des femmes urbaines et rurales, des paysannes, des travailleuses agricoles, des petites productrices, des gardiennes de troupeaux, des pêcheuses, des consommatrices, des demandeuses d’asile, des réfugiées, des mères, des sœurs, des filles et des épouses », le travail invisible et non rémunéré des femmes, la place de l’alimentation dans « le nexus femmes, violences et nature », la sous représentation et la marginalisation des femmes dans « les politiques, les données et la recherche », l’alimentation comme droit humain, « Le refus de traiter l’alimentation comme un droit humain ébranle notre humanité individuelle et collective », les liens entre changements systémiques et droits humains, « Il est largement admis que des changements systémiques et une approche basée sur les droits humains s’imposent pour s’attaquer simultanément à la crise de l’alimentation, à la crise climatique et à la crise des moyens de subsistance », les politiques d’ajustement structurels et leurs effets sur les femmes, les causes structurelles de « la féminisation de la pauvreté et de la migration », l’imbrication des rapports sociaux (intersectionnalité », le corps, « La revendication du droit inaliénable à l’intégrité corporelle est en soi une forme de politique émancipatrice », des résistances, des luttes et des alternatives pour l’émancipation de chacun·e et de toustes…

 

Table des matières :

Donna Andrews, Kiah Smith et M. Alejandra Morena : En colère : les femmes et la nature

Daryl L. Leyesa : La résistance des femmes contre l’autoritarisme au Brésil, aux Philippines et à Rojava (Syrie du Nord)

Deirdre Woods : Les femmes invisibles : la faim, la pauvreté, le racisme et le genre au Royaume-Uni

Paula Gioia : Coming Out : la diversité de genre dans le système alimentaire (coming-out-la-diversite-de-genre-dans-le-systeme-alimentaire/)

Iridiani Graciele Seibert, Azra Talat Sayeed, Zdravka Georgieva et Alberta Guerra : L’agroécologie n’existe pas sans le féminisme

Andrea Dominique Galeano Colindres et Vanessa Albertina Sosa López : Migrer pour survivre : un dialogue entre femmes du Guatemala, du Honduras et du Mexique

Je reproduis pour les cinq articles suivants, le résumé proposé par les auteurs et les autrices de cette brochure.

* « Aucune reconnaissance du rôle des femmes dans la production alimentaire ne peut suffire à réaliser la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation et à la nutrition, tant que subsistent les menaces pour leur liberté, les obstacles structurels à l’égalité sociale et la discrimina- tion de genre. Les expériences des femmes et des filles vivant dans les zones rurales de Rojava (nord de la Syrie), du Brésil et des Philippines, où elles sont confrontées à un régime autoritaire, à la fois explicite et tacite, pratiquant des politiques de droite, du chauvinisme nationaliste et des politiques néolibérales, sont parfaitement illustratives à cet égard.

Trois militantes – Salima Tasdemir (Kurde basée au Royaume-Uni), Mary Ann Manahan (Philippines), Michela Calaça (Brésil), ont expliqué comment ces régimes autoritaires ont persécuté des peuples et des communautés, maltraité des femmes et des filles, favorisé les entreprises au détriment des systèmes alimentaires communautaires dans leurs pays et régions respectifs. En réponse, les femmes font preuve non seulement de résilience en temps de crise, mais également et principalement de résistance par l’organisation collective.

Les impératifs des femmes sont de défendre la souveraineté alimentaire, de résister au sexisme et de contrer les politiques néolibérales via divers modes d’organisation. Un exemple en est la création d’espaces sûrs et autonomes par et pour les femmes kurdes dans le cadre du confédéralisme démocratique, de la libération des femmes et de la société écologique. Elles ont créé des coopératives exclusivement féminines engagées dans des activités de production alimentaire, ainsi que d’autres espaces pour les femmes touchées par la guerre et la violence. Dans les cas du Brésil et des Philippines, les groupes de femmes sont les premiers à manifester et à former des alliances tactiques et intersectorielles pour combattre la violence croissante contre les femmes, les LGBTTIQ et les autres secteurs marginalisés. S’y ajoutent d’autres initiatives de base qui revendiquent la reconnaissance du droit à la terre et au territoire afin de garantir pleinement les pratiques agroécologiques et la souveraineté alimentaire. »

* « L’insécurité alimentaire au sein des communautés de couleur, en particulier celles de femmes Noires au Royaume-Uni, est le résultat de poli- tiques sociales inadéquates dans de nombreux domaines. Elle est aussi un signe manifeste d’exclusion et de marginalisation.

En n’agissant que dans un seul secteur, on néglige les multiples formes de violence qui frappent les personnes et les communautés à travers la pauvreté, la marginalisation et la discrimination. C’est un appel évident à repenser nos stratégies de plaidoyer ainsi que la représentation des leaders et des voix qui se font entendre dans les mouvements pour le droit à l’alimentation et la souveraineté alimentaire.

De telles lacunes dans la recherche, l‘analyse et la représentation réduisent la capacité de plaidoyer non seulement des organisations traditionnelles, mais aussi du pouvoir législatif et politique et des organisations de femmes Noires ou dirigées par des personnes is- sues des communautés Noires.

Appréhender la justice sociale dans un cadre intersectionnel – façonné par diverses communautés dans le contexte de dynamiques de pouvoir impliquant le genre, la race et la classe – est une approche émancipatrice et éclairante pour les femmes Noires.

Promouvoir l’analyse intersectionnelle du droit à l’alimentation et d’autres problèmes de droits humains auxquels les communautés de couleur sont confrontées au Royaume-Uni, assure un espace de plaidoyer. »

* « Cet article analyse la manière dont les droits des personnes LGBTTIQ sont largement passés sous silence par le mouvement global de défense des droits humains, ainsi que dans le cadre du combat pour la souveraineté alimentaire et pour le droit à une alimentation adéquate et à la nutrition. Il montre que, même en plaidant pour un agenda féministe dans le système de production alimentaire, le mouvement pour la souveraine- té alimentaire basée sur les droits n’est pas épargné par la reproduction des schémas sexistes – renforçant par là même le patriarcat. L’auteure affirme que la marginalisation des personnes LGBTTIQ dans ces luttes est révélatrice des multiples formes de discrimination auxquelles elles sont confrontées de par leurs identités et expériences multiples et entrecroisées (race, classe sociale, identité de genre, orientation sexuelle).

Son objectif est d’encourager un dialogue entre les mouvements féministes, féministes queer et ceux qui luttent pour la souveraineté alimentaire, afin de renforcer le potentiel de compréhension mutuelle et de collaboration entre ces mouvements. Finalement, l’auteure leur demande d’unir leurs forces et d’opter pour la convergence dans leur combat collectif pour la dignité humaine et les droits fondamentaux dans les différents secteurs du système alimentaire. »

* « D’un point de vue féministe, l’agroécologie est et doit être une proposition politique qui reconnaît et promeut les pratiques historiques et sociales des femmes, depuis la domestication de l’agriculture et la production de nourriture saine et de qualité jusqu’à l’élimination de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition. Le rôle important joué par les femmes dans l’avancée de l’agroécologie est un pilier fondamental de la souveraineté alimentaire, et il met en lumière les liens indissolubles qui existent entre les luttes du féminisme et de l’agroécologie. Cet article explore ces questions, soulignant l’importance d’adopter une vision féministe de la promotion de l’agroéco-ogie et de la réalisation du droit humain à une alimentation et une nutrition adéquates, comme moyen de mettre en place des systèmes alimentaires justes et durables. Les rapports de force patriarcaux, féodaux (en particulier dans le contexte asiatique) et capitalistes, ainsi que la division sexuelle actuelle du travail et les politiques agricoles « insensibles au genre », sont parmi les causes profondes des inégalités sexistes, de la discrimination et de la marginalisation des femmes, sur- tout dans les zones rurales. L’agroécologie a le potentiel de remettre en question la dynamique du pouvoir dans le système agroalimentaire actuel, qui exploite et opprime, de réaliser les droits des femmes dans le secteur agricole, d’enrichir les perspectives féministes, de renforcer davantage la volonté politique de recadrer les rôles et les responsabilités des genres. Dans les épreuves traversées lors des crises alimentaires, c’est dans le paradigme de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire que le féminisme est le mieux représenté car la solidarité y est mise en pratique par le biais d’actions collectives qui remettent en cause les rôles de genre ainsi que les paradigmes de l’inégalité, l’oppression et l’exploitation. »

* « Cet article tente de rendre visible la réalité de l’augmentation du nombre de femmes qui migrent en provenance du Honduras, du Guatemala et du Mexique vers les États-Unis, et la relation entre la féminisation de la migration et la violation du droit humain à une alimentation et à une nutrition adéquates. Il analyse les conditions spécifiques aux femmes, celles qui les poussent à émigrer et dans lesquelles leur migration se déroule. Pour elles, la violence sexiste s’ajoute aux causes fondamentales de la migration, à savoir le modèle socio-économique et la violence structurelle. Dans ce contexte, les femmes voient s’amenuiser la possibilité d’avoir accès à la terre et de contrôler la production d’aliments. Si la femme reste et que celui qui migre est l’homme, outre l’obligation d’assumer tous les rôles sociaux et familiaux de celui qui part, elle doit assurer son alimentation et celle de sa famille tout en prenant en charge les responsabilités économiques et sociales, et en gérant tous les impacts émotionnels et psychologiques. Si, au contraire, elle décide d’émigrer, son trajet sera fréquemment émaillé de vols, d’extorsions et d’abus sexuels. Six femmes sur dix qui optent pour la migration se font violer. Malgré tous ces risques, les femmes continuent souvent à assumer les rôles qui leur incombaient au sein du ménage au cours du voyage vers le nord : elles jouent leur rôle de mère, cuisinent, se procurent des aliments et cherchent des lieux où dormir avec leurs enfants. Qu’elles restent ou qu’elles s’en aillent, les femmes sont les premières à subir les impacts des violations de leurs droits, y compris le droit à une alimentation et à une nutrition adéquate. C’est la raison pour laquelle, dans leur vie privée et au quotidien, ce sont généralement elles qui mènent la danse des efforts et des résistances pour une bonne nutrition et une bonne alimentation. »

 

Si certains points d’analyse et de vocabulaire me semblent discutables, l’ensemble des textes fournit un socle bien documenté pour discuter de la souveraineté alimentaire, du droit à l’alimentation et à la nutrition, des liens entre le capitalisme, l’imbrication des rapports sociaux, les relations à l’environnement et les luttes autodétermination des femmes. Les expériences locales fournissent des éclairages sur les réalités mondiales et dépassent le cadre trop souvent étriqué (car national et dans l’oubli du genre et des procès de racisation) des analyses…

Observatoire du droit à l’alimentation et à la nutrition : Le pouvoir des femmes dans les luttes pour la souveraineté alimentaire

2019 / Edition 11, 64 pages

https://www.righttofoodandnutrition.org/fr/
content/observatoire

Didier Epsztajn

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