Le coin du polar (janvier 2020)

Une histoire des Etats-Unis : les sixties.

Les années 1960 sont des années de mort, l’assassinat de John Kennedy en 1963, celui de son frère, Robert le 6 juin 1968 et entre celui de Malcom X le 21 février 1965 et de Martin Luther King le 4 avril 1968 et de créations folles comme la musique soul, celle de James Brown d’abord et le free jazz qui cohabitent pour exprimer la rage, la colère contre cette société raciste et qui veut le rester. Malcom comme Luther King avaient compris le lien qu’il fallait faire pour le combat de classe et de race entre le politique, le social et la lutte contre la guerre du Viêt-Nam. Un programme qui dépassait les droits civiques pour les englober dans la mise en cause d’une société capitaliste embourbée dans la défense de ses intérêts particuliers. La ligne politique s’est incarnée dans le responsable du FBI, Edgar J. Hoover décrit dans toute sa plénitude par Clint Eastwood dans « Edgar J. ». Anti-communiste, raciste, homophobe – pourtant homosexuel -, le directeur du FBI faisait passer ses phobies avant la lutte contre le crime organisé.

Ces années sont marquées, dans les ghettos noirs des grandes ville américaines, par la naissance du « Black Panthers Party », une manière de décliner la fierté noire, « I’m Black, I’m Proud » chantait Nina Simone ou James Brown ou encore Aretha Franklin reprenant « Respect » d’Otis Redding.

Michaël Mention, dans « Power », raconte l’histoire du « Black Power », de ses initiateurs et initiatrices en changeant les noms de telle façon qu’ils sont tout de suite reconnaissables – seule Angela Davis conserve son patronyme comme les assassinés de la prison d’Attica mis en musique par Archie Shepp dans « Attica Blues ».

Comment raconter cette histoire pour en faire un conte de notre temps ? L’auteur a répondu en faisant parler des personnages : un flic perdu, Neil qui passe de la bienveillance au racisme éperdu épousant les folies de Hoover, une militante, Charlène qui devient de plus en plus présente pour raconter cette saga faite de luttes politiques, d’alphabétisation des enfants des ghettos, de marxisme étrange mélangé à un maoïsme bizarre et de la drogue omniprésente pour oublier un environnement trop terrifiant. Le FBI, comme il l’a fait pour le Parti Communiste, infiltrera les Black Panthers. Tyrone sera cet agent double devenu un des responsables du Parti. Un personnage proche de la réalité.

Le tout permet de faire résonner la réalité des affrontements, guerre civile qui ne dit pas son nom. Les brigades policières ont comme objectif d’abattre tous les partisans du Black Panther Party. Le nombre de morts non dénombrés fut à la hauteur de la peur de tous les bien-pensants voulant conserver leur pouvoir. Une histoire sanglante dont les blessures ne sont pas refermées. La situation semble s’être améliorée mais la rhétorique de Trump reste profondément inscrite dans le racisme dont la société étasunienne ne semble pas pouvoir se libérer.

Un vrai polar pour décrire une page d’histoire trop souvent ignorée de ce côté ci de l’Atlantique. Les 500 pages se dévorent au rythme de la musique qui envahit l’espace. Je regrette juste que Mention ne fasse pas référence au free jazz pour privilégier, assez logiquement il faut le reconnaître, le soul, le funk unissant le plus grand nombre. La « Play-List » de la fin permet d’avoir les références essentielles.

Michaël Mention :  Power, 10/18


La guerre de 100 ans vue par des Angles – le nom des Anglais – habitants de Paris.

Jean d’Aillon poursuit les chroniques d’Edward Holmes et Gower Watson inspirées par Conan Doyle – il faut reconnaître l’intrigue – et habillées par les descriptions de la situation politique et militaire de la guerre qui se poursuit entre les armagnacs et les Bourguignons.

« La danse macabre » se situe en 1425 et voit Holmes – un clerc rappelons-le – et Watson s’affronter à leur ennemi redoutable, « le César du crime », James Moriarty qui se présente comme un mage pour faire couleur locale. Jean d’Aillon reprend la double fin de Doyle. Dans un premier temps il avait tué son personnage de détective un peu encombrant pour le réanimer ensuite sous la pression du public et de sa mère.

L’auteur sait réinvestir dans le contexte les intrigues de Doyle et en profite pour décrire vêtements, habitations, environnement tout autant que l’histoire de cette période pour le moins troublée. Jeanne d’Arc arrivera bientôt…

« La maison de l’abbaye », situé un peu avant, fin 1424, tient dans la rationalité de deux assassinats de femmes dans la même maison presque simultanément. Que s’est-il passé ? Qui est coupable ? L’une d’entre elle a été dépecée, l’autre non. Etrange n’est-il pas ? Grâce à une loupe, Holmes expliquera ce double meurtre. Jean d’Aillon se laisse quelquefois aller à un cours d’architecture ou d’histoire du vêtement sans lasser le lecteur qui aime voir reculer la solution pour savourer ses intuitions.

Jean d’Aillon : La danse macabre ; La maison de l’abbaye, 10/18.

Nicolas Béniès

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