Derrière les clics, la destruction de l’environnement et des droits sociaux

Évasion fiscale massive, développement d’entrepôts entièrement robotisés, livraisons par drones, repas fournis en moins de 30 minutes, salarié·e·s sous surveillance, reconnaissance faciale, destruction d’invendus… Le monde selon Amazon, première capitalisation boursière au monde, semble s’inspirer d’une science-fiction. C’est pourtant une réalité chaque jour plus concrète.

Cette position invasive et omnipotente, Amazon a pu l’acquérir en s’affranchissant d’une série de règles et de lois. Jeff Bezos, multimilliardaire à la tête de la firme, a su construire sa suprématie au détriment du respect des normes les plus élémentaires.

Dans ce rapport, Attac France, les Amis de la Terre et l’Union syndicale Solidaires démontrent, chiffres et données à l’appui, l’impunité fiscale, sociale et environnementale dont jouit Amazon depuis de trop nombreuses années. Cette étude présente une série d’indicateurs qui éclairent sur l’impact écologique et économique sur les territoires. Enfin, il met enfin en évidence une série de pratiques illégitimes de la multinationale : du chantage à l’emploi sur des élu·e·s jusqu’à l’organisation de la gentrification de quartiers entiers à Seattle.

Dans ce rapport il est notamment démontré que :

> Amazon dissimule 57% de son chiffre d’affaires réalisé en France, selon nos estimations, ce qui lui permet de pratiquer une évasion fiscale massive en déplaçant une grande partie de ses bénéfices vers l’étranger. Cela a bien sûr des impacts négatifs sur les recettes fiscales des États où est présent Amazon, mais ce recours massif aux paradis fiscaux renforce également la position prédominante d’Amazon vis-à-vis de ses concurrents, plus petits, qui paient en proportion de leur activité davantage d’impôts.

> Le monde selon Amazon n’est pas viable : d’après nos calculs, Amazon Web Services a émis 55,8 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2018, soit l’équivalent des émissions du Portugal ; les pratiques de la firme occasionnent un gaspillage considérable : 3 millions de produits neufs ont été détruits par Amazon en France en 2018.

> Amazon développe sa présence en France en faisant travailler majoritairement des personnes ayant des contrats précaires, notamment en intérim, qui s’épuisent dans des entrepôts gigantesques. En mesurant l’impact net d’Amazon sur l’emploi aux États-Unis où la multinationale est implantée depuis plus longtemps, on constate que pour 1 emploi créé par Amazon, 2 emplois sont détruits.

Mais parce que la marche d’Amazon n’est pas inéluctable, ce rapport s’attache aussi à présenter plusieurs luttes inspirantes, qui, partout autour du globe, s’opposent aux méfaits de la multinationale, avec à la clef, quelques victoires.

En introduction, les auteurs et autrices abordent le développement, les pratiques et la place de cette multinationale, cette puissance économique qui ne dépend d’aucun choix démocratique, « le pouvoir disproportionné et dangereux que les multinationales ont atteint aujourd’hui »… Un modèle non soutenable socialement et écologiquement.

La première partie est consacrée à l’évasion fiscale, les prouesses pour échapper à l’impôt, les choix de localisation des profits, l’utilisation des prix de transfert, la dissimulation du chiffre d’affaires, l’empilement de structures juridiques, « De fait, Amazon tire au maximum profit des marges d’interprétation que laissent les dispositions légales. Ceci se traduit par la mise en place d’un ensemble d’entités juridiques, ainsi que par la réalisation de toute une série de transactions financières ou d’opérations comptables, dont le seul objectif est de faire baisser le montant des impôts et taxes dûs », la baisse de la fiscalité appliquée aux entreprises, les subventions et les exonérations de « charges », la critique de la « taxe Gafa »… Les auteurs et autrices développent des arguments pour mettre fin à l’impunité fiscale d’Amazon.

Dans la seconde partie sont exposés les conséquences sur l’environnement et le climat du modèle et des pratiques de la multinationale. Les auteurs et autrices proposent un décryptage du bilan carbone et des engagement d’Amazon. Iels discutent, entre autres, des impacts climatiques des transports de produits, des nuisances des camions et des avions, de la fabrication et du transports des produits textiles et électroniques, du dumping commercial, de la destruction massive de produits neufs, du Prime et de la livraison ultra-rapide, du stockage des données et des « data centers », de l’énergie nécessaire à leur fonctionnement. Iels soulignent que le cloud n’a rien d’immatériel, « Il s’agit en réalité d’immenses centre de stockage de données, très souvent gérés par des multinationales », des émissions des millions de tonnes de gaz à effet de serre…

Les innovations développées par Amazon sont couteuses écologiquement et sont socialement dévastatrices. L’entreprise privilégie les implantations dans les pays où le droit social est le moins contraignant. Derrière les tarifs les plus bas, des algorithmes prenant en compte à la fois les prix pratiqués par la concurrence et l’état des stocks ; des algorithmes aussi pour surveiller les salarié·es et mesurer en permanence leur travail.

Les auteurs et autrices abordent les statuts des salarié·es, les conventions applicables et appliquées, la précarité des statuts, le bouleversement des conditions du secteur de la livraison, la « rationalisation » du travail des employé·es, les pressions, les délations et les surveillance exercées sur les salarié·es, les objectifs pilotés par des algorithmes, l’automation et l’uberisation, les travailleuses du clic à domicile, la sur-exploitation et les cadences, les espaces sans caisse…

Dans la quatrième partie, « Amazon, économie globale contre économie locale », sont analysés les impacts du développement de l’activité de la firme multinationale sur le tissu économique local, la fermeture de commerces, les clauses abusives appliquées sur la marketplace, les chantages à l’emploi pour obtenir des subventions, les impacts quantitatifs sur l’emploi, le réseau logistique privé construit avec de l’argent public…

La riposte citoyenne s’organise. Des ripostes collectives et syndicales par delà les frontières, des grèves non limitées à un territoire national, Block Black Friday – Make Amazon Pay, Amazon Employees for Climate Justice, la résistance des librairies indépendantes, les Gilets jaunes et des blocages pour la justice fiscale et climatique, des luttes d’habitant·es contre l’implantation d’Amazon, les droits des citoyen·nes face à l’exploitation des données et à la surveillance de masse, le refus de logiciel de reconnaissance faciale…

Les auteurs et autrices présentent leurs revendications sur le plan social, sur le plan écologiste et sur le plan fiscal.

« Nos organisations, dans une perspective de justice fiscale, sociale et écologique, portent collectivement 10 revendications face à Amazon :

1 Le maintien de l’application de la convention collective du commerce et de la distribution pour les salarié·e·s d’Amazon.

2 Le respect du code du travail en termes de temps de traitement de la paie et des arrêts et accidents du travail.

3 L’intégration de tou·te·s les travailleuses et travail- leurs intérimaires dans les effectifs d’Amazon et la fin de la sous-traitance.

4 La réduction progressive des ventes de produits neufs – notamment textiles et électroniques – afin de baisser de moitié d’ici 2030 les émissions de l’ensemble du modèle Amazon, de la fabrication des produits à la livraison, conformément aux recommandations du GIEC.

5 La réduction de l’impact climatique des transports par la diminution des trajets, le passage de l’ensemble des prestataires à des modes moins polluants, à commencer par l’arrêt immédiat du transport des marchandises par avion, du retour gratuit des produits.

6 La réduction de l’impact climatique des data centers, par la réduction progressive des données stockées et l’approvisionnement à 100% en énergies renouvelables.

7 La mise en place du « reporting public pays par pays » soit l’obligation, pour les multinationales, de rendre publiques les informations concernant leur activité dans chaque pays, ce qui permet de les taxer en conséquence.

8 La mise en place d’un système fiscal basé sur la taxation unitaire des multi- nationales, afin qu’Amazon paie sa « juste part » d’impôt.

9 La finalisation et mise en œuvre d’un traité international contraignant destiné à encadrer l’action des multi-nationales et les obligeant à publier des informations concernant les enjeux et les risques de leurs activités en matière d’environnement et de droits humains, ainsi que les politiques mises en place pour y faire face.

10 Dans l’immédiat, pour stopper l’expansion d’Amazon et l’aggravation de son impact écologique, social et économique sur les territoires, nous demandons l’arrêt de la construction de nouveaux entrepôts en France, tant que les mesures assurant le respect de l’Accord de Paris et qu’une étude d’impact sur l’emploi n’auront pas été mises en place. »

Il n’y a aucune utilité sociale à se faire livrer des marchandises dans un délai de 24 heures. Et pour prendre l’exemple des livres, pourquoi ne pas aller dans la librairie la plus proche, pour acheter ou commander, les ouvrages que chacun·e souhaite lire ou offrir. En plus d’éventuels conseils, de la sauvegarde d’emplois et du maintien (ou de la réouverture) de librairies de proximité, les un·es et les autres pourront découvrir et feuilleter des ouvrages qui sont pas réductibles aux images sur lesquelles Amazon et d’autres nous invitent à cliquer…

Une brochure à diffuser, des arguments à faire connaître. Ne laissons pas des algorithmes décider à notre place.

Attac France, Les Amis de la Terre, Union syndicale Solidaires : Impunité fiscale, sociale, environnementale

Immersion dans le modèle Amazon

2019, 60 pages

Télécharger : amazon-pap-vf

Didier Epsztajn


Lettre ouverte aux salarié·e·s, intérimaires et livreurs·livreuses d’Amazon

En ce week-end de Black Friday, nous agissons pour dénoncer les dérives d’Amazon, symbole d’un monde dont nous ne voulons pas. Nous avons conscience que nos actions peuvent générer de l’appréhension, de la colère et du rejet. Pourtant, nous sommes là pour batailler avec vous pour un monde où Amazon ne dicterait plus sa loi et sa vision de notre avenir commun.

« Nous ne sommes pas des robots »

Avec justesse de nombreux salarié·e·s d’Amazon, en Europe et aux États-Unis ont pointé les conditions de travail imposées par Amazon à ses salarié·e·s et nous soutenons ce combat.

En 2017, Amazon ne comptait plus que 4,7 personnes pour 1 robot, contre 7,7 en 2015. Les salarié·e·s d’Amazon deviennent petit à petit des auxiliaires de robots toujours plus nombreuses et nombreux dans ses nouveaux entrepôts. Pire, Amazon finance chaque année un concours de robots dont l’objectif est de remplacer les préparateurs et préparatrices des commandes, un des rares maillons humains dont ils ne peuvent toujours pas se passer.

Nous dénonçons également le refus d’application par Amazon de la convention collective du commerce et de la distribution et ne voulons pas que les seules perspectives offertes, pour obtenir ou garder un emploi, soient des heures de travail toujours plus dégradées, dans le chaud ou le froid extrême, à des cadences imposées par des scanners, entraînant des maladies professionnelles, des accidents du travail et poussant les personnes plus épuisées à la démission.

« Amazon doit payer »

Avec justesse, des salarié·e·s ont dénoncé la politique sociale d’Amazon et nous soutenons ce combat.

Nous dénonçons comme vous des trop faibles rémunérations dans l’entreprise dirigée par l’homme le plus riche du monde, la précarité des CDI interrompus par épuisement ou inaptitude physique, les emplois intérimaires (les « badges verts ») dépourvus de perspectives d’avenir, les prestations de livraison confiées à des livreurs·livreuses ubérisé·e·s, sans protection sociale, à la merci d’un accident ou de vols, et qui seront bientôt concurrencé·e·s par des drones ?

Nous refusons qu’Amazon ne paye pas sa juste part d’impôts, et échappe ainsi à la contribution nécessaire pour maintenir des services publics décents, pour l’entretien d’infrastructures qu’il utilise massivement pour livrer ses produits. En déclarant artificiellement ses profits dans des paradis fiscaux, Amazon minore son bénéfice en France et s’en sert pour justifier les refus d’augmentations de salaires ou de versement de primes.

« Surveiller et sévir »

Nous ne voulons pas que vos emplois soient sous haute et permanente surveillance, qu’on y encourage la délation et qu’on y pourchasse les salarié·e·s syndiqué·e·s poussé·e·s à la démission, comme nous ne voulons pas que la reconnaissance faciale développée par Amazon fasse de nous des citoyen·ne·s sous contrôle.

« S’installer puis détruire »

Pour un emploi créé par la firme de Jeff Bezos, deux emplois sont détruits dans le secteur commercial. Nous ne voulons plus qu’Amazon repère la détresse de territoires minés par le chômage pour créer de tels emplois conduisant inéluctablement à terme, à la disparition de milliers de commerces de proximité pourvoyeurs d’un nombre bien plus important d’emplois de qualité et de lien social partout en France.

Obtenir un travail est une urgence pour beaucoup d’entre nous : alors, combattons ensemble pour obtenir des créations d’activités compatibles avec une vie décente sur une planète vivable. 

Ce n’est pas de ce monde que nous voulons et nous pensons que notre bataille est aussi la vôtre 

C’est pour cela que nous nous mobilisons à l’occasion du Black Friday.

Attac France

https://blogs.mediapart.fr/attac-france/blog/271119/lettre-ouverte-aux-salarie-e-s-interimaires-et-livreurs-livreuses-damazon


En complément possible :

L’appel « Contre Amazon et son monde », lappel-contre-amazon-et-son-monde/

Une réponse à “Derrière les clics, la destruction de l’environnement et des droits sociaux

  1. Il faut en finir avec macron et LREM. Mobilisation générale pour faire sauter ce système !

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