La lune en do mineur

Il y a une certaine magie dans le traitement tout en tendresse des personnages Rose et Pierrot dans le monde cruel du début du XXème siècle au Canada.

Des enfants abandonné·es, des enfances malmenées dans un orphelinat catholique, la violence des « soeurs », le rêve et l’extrême inventivité de celle et celui qui n’ont rien, les relations à d’autres enfants, « Mystérieusement, sa tristesse chassait la leur », les punitions, l’attention de sœur Eloïse et sa pédocriminalité (pour utiliser une formule d’aujourd’hui), le viol répété de Pierrot, « Les personnes les plus dangereuses au monde sont peut-être celles qui croient au bien et au mal, mais qui donnent à ces concepts des définitions insensées »…

Heather O’Neill conjugue la féérie, la fantasmagorie des flocons de neige, les sentiments rayonnants et les âpres événements de celleux qui n’ont rien, si ce n’est leurs sourires et leur ténacité resplendissante à la vie. L’autrice peint, avec des couleurs pastel, les noirs et blancs de l’époque, et en particulier la vie sous la Grande dépression de la fin des années 30.

Iels se perdent. Elle et il vivent enfermé·es dans la force de rapports de pouvoirs, et pourtant les sourires et une cuillerée de rêves… Prostitution, vol, drogue (dépendance et trafic), mépris et possession, « Quel horrible boulot d’être une maîtresse. On ne pouvait jamais être soi-même, il fallait tout le temps être en représentation », les mensonges et les faux semblants…

L’autrice distille des pointes humour féministe. Les titres des chapitres ouvrent des fenêtres au-delà de sinistres situations, Rose et Pierrot, les joies et les chagrins, l’histoire se répète, un bébé, « Le bébé mort n’était pas son bébé, mais le contraire de son bébé. Ce fut qu’une fois qu’elle s’en fut débarrassée qu’elle put commencer à pleurer », la Grande Fantasmagorie des flocons de neige !, les clowns, New-York, le retournement et les vengeances, la revanche, le cœur comme un solo de trompette, fin de partie, Isaac…

Le portrait d’un monde à l’agonie, des enfances malmenées et une femme debout…

Heather O’Neill : Les enfants de cœur

Traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier

Editions Alto, réédition Point Seuil 2018, 480 pages, 8,40 euros

Didier Epsztajn

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