Les femmes des siècles passés, que sait-on d’elles ?

Je suis très choquée de voir que dans les siècles passés, 95% des femmes ayant accompli de grandes choses dans leur vie ont été mises de côté, totalement effacées de l’histoire de l’humanité au profit des hommes.

Les grandes découvertes, l’art, la philosophie, la littérature, la musique, les sciences, les mathématiques, etc. Tout ce que l’humanité a construit, inventé ou créé a historiquement été attribué aux hommes.

C’est faux ! Beaucoup de femmes ont lutté pour exister et accomplir des choses considérables. Elles sont d’autant plus exceptionnelles et méritantes qu’elles devaient se battre pour avoir accès à l’éducation et au savoir uniquement réservés au genre masculin. Tout leur était interdit, pourtant, ces femmes d’un immense talent ont mené leur propre combat pour accéder à la culture, au savoir, à l’art…

Au IVe siècle avant J.-C., le philosophe Aristote déclarait le principe de l’infériorité des femmes par nature. Il aura fallu 2400 ans pour que l’égalité des hommes et des femmes soit enfin reconnue. 2400 ans pendant lesquels des femmes ont lutté pour se réaliser en contournant autant que possible les difficultés qu’elles rencontraient. Malgré tout, au fil des siècles, leurs œuvres ont été scandaleusement mises de côté au profit de celles des hommes. Pourtant, les traces de ce qu’elles ont réalisé, que ce soit dans les domaines artistique ou scientifique existent, et mériteraient sans aucun doute un sursaut de reconnaissance, alors pourquoi n’en parle-t-on jamais et continue t-on à ne citer que les hommes ?

Il est grand temps que l’histoire de l’humanité accueille enfin les femmes, à égalité avec les hommes, dans notre mémoire.

Quelques faits :

– Autrefois, les femmes devaient être invisibles ; chez les Grecs, leur parole publique était indécente.

– Premier épitre de Saint Paul à Timothée : « Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme ; elle doit demeurer dans le silence ».

– Les Sorcières : cent mille femmes accusées de sorcellerie ont été arrêtées et brûlées aux XVe et XVIe siècles, car elles avaient un savoir et une manière de vivre trop libres.

– Les hommes sont des individus, des personnes, ils ont des noms qu’ils transmettent, les femmes n’ont pas de noms propres, seulement un prénom et elles portent le nom de leur père, puis de leur mari.

– Quand vous regardez les noms des rues dans les villes, il n’y a pratiquement aucun nom de femmes et, bien sûr, encore moins pour les avenues et les boulevards.

– Les femmes d’exception sont invisibles, seulement 4 au Panthéon, rares dans les livres d’histoire et les mémoires.

– Les femmes célèbres sont peu présentes dans les manuels scolaires, et l’Histoire n’a pas voulu retenir leurs noms. Une étude menée en 2013 sur les manuels de français n’était guère encourageante : 3,7% de femmes auteures et 6,7% d’artistes et elles sont très peu citées par rapport à leurs homologues masculins (96,3% et 93,3%). Le plus frappant est le très faible nombre de femmes philosophes : 0,7%. À en croire nos manuels scolaires aujourd’hui, nous sommes une société dans laquelle plus de 90% des citoyens et des citoyennes seraient des hommes. Une société dans laquelle les grandes découvertes, la science, l’art, la philosophie, les mathématiques seraient des domaines réservés aux garçons. Une société dans laquelle nous apprenons que toute l’histoire de l’humanité a été réalisée par des hommes !

– L’instruction était un marchepied vers la liberté, c’est aussi pour cela qu’elle était refusée aux femmes. Les hommes voulaient garder le pouvoir et leur interdisaient tout.

– Les femmes se sont aussi dévalorisées elles-mêmes : la société estimant qu’elles n’avaient pas d’intérêt hormis dans le cadre des productions maternelles et domestiques, beaucoup d’entre elles culpabilisaient quand elles avaient un savoir.

Extrait du livre de Marie Meurdrac, chimiste Française, en 1666

« Quand j’ai commencé ce petit traité, ça a été pour ma seule satisfaction, et pour ne pas perdre la mémoire des connaissances que je me suis acquises par un long travail, et par diverses recherches plusieurs fois réitérées. J’ai été tentée de le publier ; mais si j’avais des raisons de le mettre en lumière, j’en avais pour le tenir caché ; je m’objectais à moi-même que ce n’était pas la profession d’une femme d’enseigner, qu’elle se doit de demeurer dans le silence, écouter et apprendre sans témoigner qu’elle sait ; qu’il est au- dessus d’elle de donner un ouvrage au public, et que cette réputation n’est pas d’ordinaire avantageuse, puisque les hommes méprisent et blâment toujours les productions qui partent de l’esprit d’une femme. Je me flattais d’un autre côté que je ne suis pas la première qui ai mis quelque chose sous la presse ; que les esprits n’ont point de sexe, et que si ceux des femmes étaient cultivés comme ceux des hommes, et que l’on employât autant de temps et de dépenses à les instruire, ils pourraient les égaler ».

Certaines femmes, malgré tout, ont fait preuve d’une volonté exceptionnelle pour apprendre, créer et faire progresser l’humanité.

Dans les siècles passés, trois lieux ont été propices à la culture pour les femmes : les couvents, les salons et certaines familles.

Dans les couvents on lisait, on étudiait, on composait, on apprenait.

Dans les salons où se rendaient les femmes, elles avaient accès à la littérature.

Dans certaines familles aisées et ouvertes d’esprit, les femmes pouvaient apprendre auprès de leurs parents.

Parfois aussi, les femmes se déguisaient en hommes pour suivre à l’extérieur des enseignements, se cultiver et réaliser leurs œuvres.

Ces femmes ont laissé une trace de leur génie. Pourtant, malgré les preuves de leurs vies et de leurs œuvres, elles restent encore méconnues. Pour la plupart, encore et toujours effacées de l’histoire de l’humanité.

Tant de vies englouties dans le néant, tant de femmes hors du temps, hors de l’histoire du monde.

Pourtant, elles ont exercé une influence majeure sur leur époque, à l’égal des hommes, mais jamais elles n’ont été reconnues et elles sont toujours reléguées aux oubliettes.

Chaque oubli est une honte ! est-ce de la mauvaise foi ou du déni ? L’ampleur de ce génocide culturel m’a poussée à témoigner et à réparer.

J’ai peint 400 portraits réunis sur une seule peinture de 15 mètres de long (en cinq panneaux). Cette grande peinture, je l’ai réalisée pour sortir les femmes du silence, de l’oubli dans lequel elles ont été plongées depuis tant de siècles.

Pour faire ma peinture, j’ai décidé de mener ma propre recherche et je suis allée de découverte en découverte, stupéfaite de ce que j’apprenais petit à petit sur ces femmes. J’ai été sidérée devant leur vigueur. Jamais je n’aurais imaginé découvrir autant de traces d’œuvres magnifiques et pourtant totalement méconnues.

Je n’ai pas fait un tableau imaginaire : chacune des femmes qui y figure a bel et bien existé. Ce fut donc un énorme travail de recherche historique, parfois difficile, car leur présence est souvent cachée ou gommée, leurs traces effacées, leurs archives détruites. En plus, en cas de mixité, on utilise toujours le masculin.

Mon choix s’est porté sur les femmes qui ont réalisé quelque chose dans le monde scientifique, artistique, philosophique, littéraire ou qui, par leur démarche, ont marqué le monde dans les siècles passés.

Chaque portrait réalisé mesure environ 40 cm sur 50 cm, il se compose au centre d’un médaillon ovale peint à l’ancienne du visage de la femme (j’ai retrouvé la trace des visages de ces femmes grâce à des sculptures, des fresques, des mosaïques, des dessins, des gravures, des peintures anciennes, ou des photos pour le XIXe siècle). Au-dessus du médaillon j’ai inscrit le nom de la femme et, en-dessous, ses dates de naissance, de mort et le pays où elle a vécu. Ensuite, l’ensemble du portrait est peint de façon à ce que l’on voie très rapidement ce qui a fait la force de cette femme, et il est accompagné d’un résumé peint et écrit de sa vie et de ce qu’elle a réalisé.

Je déteste les discriminations, d’où cette recherche pour comprendre pourquoi et comment celle qui concerne ces femmes exceptionnelles a pu durer ainsi depuis des siècles.

Mais je veux surtout, à ma manière, avec ma peinture, rendre hommage à toutes ces femmes oubliées et les remettre à leur place dans nos mémoires.

Marie Morel

Télécharger le document : Les femmes des siècles passés. Une peinture de Marie Morel : Les femmes oubliées des siècles passés peinture de Marie Morel

Télécharger le dossier de presse : Marie Morel. Peintures érotiques : dossier presse Marie Morel- Pascal Quignard – Galerie Béatrice Soulié – paris 2019

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