Prendre soin, c’est ouvrir des portes

Dans sa préface, preface-de-monique-chemillier-gendreau-au-livre-de-stephanie-bossard-accueillir-les-migrants-rien-nest-facile-mais-tout-est-possible/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Monique Chemillier-Gendreau propose d’ouvrir « à la fois votre cœur et votre raison » et indique : « En vous frottant avec l’auteure à la réalité de la présence des migrants dans notre pays, vous prendrez la mesure du fait qu’il n’y a pas trop d’étrangers en France, que leur proportion dans la population n’est pas en augmentation comme on veut le faire croire, que les engagements internationaux pris par notre pays veulent que nous accueillions ceux qui viennent, que de surcroît ils rendent à notre économie des services indispensables. Vous comprendrez le caractère insensé de la conception étroite de la notion de « persécuté » qui permet de soumettre le migrant à des interrogatoires malsains afin de réduire à presque rien le devoir d’accueil de notre pays. Vous aurez la confirmation des violations multiples engendrées par l’obsession du renvoi qui est le moteur de l’action des administrations dans ce domaine ».

La préfacière parle aussi de vivre la fraternité, de solidarité résolue, de geste politique fort, de baptême républicain, de non-assistance aux noyé·es de la Méditerranée, du viol de l’article 98 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, du mot démocratie vidé de son sens « dans la voie périlleuse de la discrimination entre ceux supposés être d’ici (les nationaux) et les autres dont les droits seraient moindres », des rabougri·es dans leurs frontières, « Rivalisant de petitesse, rabougris dans leurs frontières, tous les peuples qui composent cette Europe, s’y ennuient mortellement, en proie à un narcissisme collectif dont seul un regard fraternel porté sur « l’autre » pourrait les sortir »…

Patrick Bourbon, fondateur de RESF -37 présente des activités solidaires et engagées à Tours, l’association Chrétiens-Migrants, le Réseau éducation sans frontières (RESF), l’association Emmaüs cent pour un, les donateurs et donatrices qui permettent de loger des familles, la Table de Jeanne-Marie et les petits déjeuners ou déjeuners gratuits, le Centre d’accueil et d’orientation (CAO), les actions pour obtenir le statut de réfugié, le soutien aux jeunes mineurs non-accompagnés (et la pratique humiliante des tests osseux), l’association Accueil sans frontières en Touraine (ASFT), les parrainages républicains, « Ce petit historique ne rend pas compte de toutes les initiatives individuelles et collectives menées en solidarité avec les migrants »…

Les solidarités actives envers les personnes migrantes sont nombreuses et diversifiées, des accueils aux logements, de l’aide pour les démarches administratives à la présence humaine, du refus de l’exclusion aux ressources partagées… Stéphanie Bossard nous donne à voir quelques facettes du « côte à côte » où le désir de vivre et d’apprendre le « dialogue avec nos émotions », le refus du « Enferment, Expulsion, Rejet », la force du collectif, les actions de différentes associations, les engagements libres « sans limites ni retenues », les rencontres avec l’intime, les voyages des un·es et le refus de visas aux autres, « Quel est ce monde qui permet aux uns de voyager, de faire le tour de la planète et qui refuse des visas à ceux qui fuient la guerre, la misère, l’insoutenable ? ».

L’autrice parle des rêves, de liberté sous surveillance, des politiques d’expulsion alors qu’elles devraient être d’accueil, du soupçon permanent de fraude et de logique de contrôle, des exilé·es « sans papiers aux cent papiers », de récits de personne en migration et en exil, de théâtre (adaptation des Suppliantes), de résistance et de conviction, de crise de l’hospitalité et de non de « crise migratoire », de l’accompagnement de proximité, de dialogues et de rires, du statut de réfugié comme condition de (re)construction de soi, de justification insensée, « Il fallait te justifier d’une fuite que tu n’avais pas décidée mais qui s’était imposée à toi », d’humour, « L’humour est une arme puissante et une force souvent indestructible »…

La clandestinité est une construction. Être sans papiers n’est pas délit, c’est une situation administrative (etre-sans-papiers-nest-pas-delit-cest-une-situation-administrative/). Stéphanie Bossard souligne la clandestinité souhaitée pour certains secteurs industriels non délocalisables. Elle parle d’avenir, « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible », du tissu d’associations locales, de témoignages, « Chacun dévoile son histoire, son parcours, avec pudeur et authenticité », de cuisine et de saveurs, de « tajine, cassoulet et colombo », des oublié·es et des invisibles de la mondialisation, de jugement et de temporalité, du besoin d’écrire, du prix de la liberté…

« Non, la fin de l’histoire ne doit pas être que des mots qui voyagent sur des pages…

Elle est un cri qui refuse, et qui s’oppose.

Elle est l’espoir que des hommes et des femmes ne meurent pas de vouloir vivre »

Reste encore une fois la question, que je pose maintenant à toustes les auteurs et autrices, pourquoi ne pas utiliser une écriture plus inclusive ? – le point médian, l’accord de proximité, les migrants et les migrants, les étranger·es, les habitant·es, les salarié·es pour rendre visibles les unes et les autres, les iels et toustes.

Stéphanie Bossard : Accueillir les migrants

Rien n’est facile mais tout est possible

Editions Syllepse, Paris 2019, 192 pages, 10 euros

https://www.syllepse.net/accueillir-les-migrants-_r_22_i_800.html

Didier Epsztajn


En complément possible :

Hospitalité en France. Mobilisations intimes et politiques, daccueil-en-accueil-les-hospitalites/

L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui, lhumanite-de-demain-se-construit-par-laccueil-des-migrants-aujourdhui/

À rebours du Plan Migrants, la société civile se rassemble autour d’une Conférence nationale citoyenne sur la politique migratoire de la France, a-rebours-du-plan-migrants-la-societe-civile-se-rassemble-autour-dune-conference-nationale-citoyenne-sur-la-politique-migratoire-de-la-france/

Un appel à un changement radical de politique migratoire en Franceun-appel-a-un-changement-radical-de-politique-migratoire-en-france/

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