Une vision utopique ne signifie pas une politique utopique

L’extractivisme a réaffirmé le rôle des pays d’Afrique du Nord en tant qu’exportateurs de nature et fournisseurs de ressources naturelles, en consolidant leur intégration subordonnée dans l’économie capitaliste mondiale. Les cas présentés ici illustrent des schémas plus larges d’accumulation primitive dans le Sud global, où l’accumulation par dépossession prend la forme brutale de l’extraction, du pillage des ressources naturelles et de la dégradation des environnements et écosystèmes par la privatisation et la marchandisation des terres et des eaux. Ceci s’accompagne d’une montée en puissance de forces de résistance et de « l’entrée en scène de nouveaux acteurs » qui exigent le partage et la répartition équitables des richesses. Ces nouveaux acteurs sont-ils principalement environnementaux ou sont-ils fondamentalement anti-systémiques ? S’agit-il d’épisodes circonstanciels de résistance ou plutôt du développement le plus récent dans la trajectoire historique de la lutte de classes contre la dernière offensive capitaliste en Afrique du Nord ?

En introduction, Hamza Hamouchene aborde, entre autres, le colonialisme, l’accumulation par dépossession, l’insertion subordonnée de l’économie de l’Afrique du Nord dans l’économie capitaliste mondiale, le (re)primarisation de l’économie, la perte de souveraineté alimentaire, les protestations et les résistances, « Le présent rapport pose les questions suivantes : doit-on considérer ces protestations, soulèvements et mouvements comme principalement environnementaux, ou s’agit-il de protestations fondamentalement anti-systémiques – anticapitalistes, anti-impérialistes, décoloniales et anti-hégémoniques ? S’agit-il d’épisodes circonstanciels de résistance ou s’agit-il plutôt du plus récent développement dans la trajectoire historique de la lutte de classes contre la dernière offensive capitaliste en Afrique du Nord ? L’article présente une évaluation de la nature de ces mouvements, aux prises avec multiples tensions et contradictions. »

2. Extractivisme, accumulation primitive et impérialisme

Je souligne les analyses du « paradoxe de l’abondance », de l’agro-business de monoculture à forte consommation d’eau et consacrée à l’exportation, des menaces découlant de la pêche industrielle sur la biodiversité et les ressources halieutiques, « Les cinq cas présentés ci-dessous illustrent des schémas plus larges d’accumulation primitive dans le Sud global, où l’accumulation par dépossession prend la forme brutale de l’extraction et du pillage des ressources naturelles, ainsi que de la dégradation des environnements et des écosystèmes par la privatisation et la marchandisation des terres et des eaux », de l’accumulation par dépossession, de la structure centre-périphérie de l’impérialisme…

3. L’économie politique de l’extractivisme dans la région du Maghreb : Afrique du Nord

L’auteur discute, entre autres, de la place des produits agricoles pour l’exportation, de la (re)primarisation des économies, du renforcement de l’extractivisme, et de l’internationalisation, des rôles du « capital extractif transnational » et du capital national (privé et public), du processus de concentration et de centralisation de la richesse, des groupes industriels « locaux » qui participent à des expropriations de terres dans d’autres pays africains, de l’hégémonie néo-libérale, de prédation…

4. Des cas d’étude sur la résistance à l’extractivisme au Maghreb

Cas 1. Sud de l’Algérie : colonialisme énergétique, racisme environnemental et mouvement de chômeurs

« Les résistances montrent que les communautés dépossédées ne souffrent pas passivement de l’extractivisme et sa logique d’aggravation du sous-développement et d’accumulation du capital ». L’auteur parle de la Coordination nationale de défense des droits des chômeurs (CNDDC), de la dimension anti-impérialiste du soulèvement anti-fracking…

Cas 2. Les îles Kerkennah en Tunisie : frontière du changement climatique et résistance contre l’extractivisme

Lire aussi le texte de l’auteur en fin de cette note

Cas 3. L’arrière-pays marocain et tunisien et le phosphate : Khouribga et Gafsa

Les agressions contre des syndicalistes, la multiplication des entreprises en sous-traitance, le phénomène de la harga (migration sans papiers) vers les pays européens, « Les communautés de ces régions souffrent du modèle de développement extractiviste qui ne se régénère que par le pillage des ressources, la paupérisation et la dégradation de l’environnement, en particulier après la reconversion des mines souterraines en mines à ciel ouvert à la fin des années 1990 », l’accaparement des ressources en eau, les emplois fictifs, les interventions de l’Etat pour « maintenir un accès sans entrave aux ressources dont les marchés mondiaux ont besoin »…

Cas 4. Gabes et Safi : Les jumelles du phosphate dans l’enfer de l’extractivisme

La Caravane de solidarité internationale, SOS Gabès, les maladies respiratoires, « la fragilité des os et le jaunissement des dents de ses habitants », les mobilisations locales…

Cas 5. Imider et Jemna : résistance paysanne contre la dépossession

« Depuis près de trois décennies, les paysans et éleveurs quasiment sans terre, les jeunes chômeurs et les travailleurs migrants d’Imider se sont engagés dans divers types de protestation contre la mine : marches, sit-in devant la mine et occupations de cette dernière », l’endommagement du système de kheyyarad’Imider (réseau de canaux souterrains), le Mouvement sur la voie 96 Imider, des tendances culturalistes…

« En occupant et en travaillant les terres qui leur avaient été confisquées depuis longtemps, les militants locaux ont vécu une expérience d’autogestion et de volontariat qui a mis l’accent sur le caractère central du droit d’accès à la terre et aux autres ressources naturelles en période de révolution », l’Association pour la protection des oasis de Jemna (APJO)…

Sur Jemna, en complément possible :

Tahar Etahri : La Commune de Jemna (Tunisie), la-commune-de-jemna/

Aziz Krichen L’affaire de Jemna ; question paysanne et révolution démocratiquelaffaire-de-jemna-question-paysanne-et-revolution-democratique/

Habib Ayeb : Jemna, ou la résistance d’une communauté dépossédée de ses terres agricolesjemna-ou-la-resistance-dune-communaute-depossedee-de-ses-terres-agricoles/

5. Les nouvelles manifestations de lutte de classes et leurs limites

L’auteur détaille certaines mobilisations autour de l’extraction des ressources, la quête « de justice environnementale et sociale et une lutte contre l’exclusion sociale, la violence et l’autoritarisme du néolibéralisme et de ses élites », leurs significations, les divisions crées par le type de développement choisi, le rôle dépolitisant des ONG…

En conclusion/alternatives, Hamza Hamouchene souligne, entre autres, la nécessaire industrialisation « de l’intérieur » comme condition du développement, le Réseau nord-africain pour la souveraineté alimentaire, l’Ecole maghrébine d’éducation populaire pour la justice sociale et environnementale, « La réduction du secteur des industries extractives doit s’accompagner d’une diversification de l’économie, en particulier dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services au niveau national, et d’une réorganisation au niveau régional, pour éviter un étranglement économique par le boycott des acheteurs internationaux. A cet égard, l’intégration régionale, de manière autonome  non subordonnée à la mondialisation) est nécessaire. En Afrique du Nord, ce régionalisme autonome pourrait prendre la forme d’une fédération de ces trois pays : L’Algérie, la Tunisie et le Maroc, où la coopération économique et politique, le partage des ressources et les décisions importantes sur l’avenir du Maghreb se prennent ensemble », le cadre des possibles démocratiques…

Le titre de cette note est empruntée au dernier paragraphe de l’auteur.

Si la lutte contre le patriarcat est bien signalée dans la conclusion, les dimensions genrées des différents processus ne sont pas abordées.

Brochure à télécharger : hamouchene extractivisme et resistance afrique du nord

Hamza Hamouchene : Extractivisme et Résistance en Afrique du Nord

Transnational Institute, Amsterdam 2019, 28 pages

https://www.tni.org/en

Didier Epsztajn


De l’auteur :

Quelques réflexions sur le soulèvement algérien, quelques-reflexions-sur-le-soulevement-algerien/

Algérie : un éveil politique et socialalgerie-un-eveil-politique-et-social/

La question de la justice environnementale et sociale au Maroc passe par le Sahara Occidentalla-question-de-la-justice-environnementale-et-sociale-au-maroc-passe-par-le-sahara-occidental/

Au large de la Tunisie, l’archipel des Kerkennah souffre des effets du changement climatique, de l’industrie pétrolière et de la répressionau-large-de-la-tunisie-larchipel-des-kerkennah-souffre-des-effets-du-changement-climatique-de-lindustrie-petroliere-et-de-la-repression/

La centrale solaire de Ouarzazate au Maroc : le triomphe du capitalisme « vert » et la privatisation de la naturela-centrale-solaire-de-ouarzazate-au-maroc-le-triomphe-du-capitalisme-vert-et-la-privatisation-de-la-nature/

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