Du coté du jazz (décembre 2019)

Thomas Mayeras trio « Don’t Mention It »

Un trio classique qui dépasse les bornes.

Un trio piano, Thomas Mayeras, contrebasse, Nicola Sabato – digne représentant de ses aînés, Ray Brownen particulier -, batterie, Germain Cornet – héritier du batteur Charles « Lolo » Bellonzi -, du déjà entendu pensera-t-on. Ce serait un tort. Les trios d’apparence classique savent receler d’étranges contenus. Lorsque les trois réussissent le tour de force d’être passionnés par la musique en partageant la même esthétique, de se secouer l’un les autres tout en prenant un plaisir visible, essentiel à jouer, le classique se cache pour imposer la joie de l’écoute. Pour outrepasser ses propres limites. La gourmandise est une qualité difficile à contester lorsqu’on entend ce trio. Ils ne se refusent rien même pas de se servir de thèmes connus pour les faire disparaître dans l’énergie dont il font preuve. Ils veulent tout prendre, tout saisir, tout goûter pour se précipiter dans les excès les plus nécessaires.

Ce trio là prend, un peu, beaucoup, à Monty Alexander tout en bouleversant les influences en faisant référence aux pianistes be-bop comme « Sonny » Clark – qu’il faut savoir réécouter – ou à Charlie Parker lui-même (le début de « Devil’s Scare ») ou à d’autres. L’énergie communicative dont ils font preuve est un chaudron qui leur donne la possibilité de dépasser tous leurs affluents en se déversant dans la grande mer du jazz.

Un moment rare.

Thomas Mayeras Trio : Don’t Mention It, Cristal Records, distribué par Sony.


Frédéric Borey « Butterflies trio »

Dites-le avec des fleurs.

Frédérique Borey aime le trio cher au cœur de Sonny Rollins, saxophone ténor/contrebasse/batterie qui suppose une mise en commun pour un engagement de tous les instants. Cette modalité de trio a été aussi utilisée par Warne Marsh, saxophoniste un peu oublié mais du trio, Damien Varaillon à la contrebasse et Stéphane Adsuar à la batterie.

La proposition est explicite : le vol des papillons en escouade serrée pour butiner les fleurs du jazz qui sont autant de « fleurs du mal » pour inviter à la rêverie, pour sortir, de notre routine qui institue le gris comme seule référence. Le trio survole le monde habituel des conventions pour s’affranchir de la pesanteur, voleter autour de nos habitudes, faire semblant de les respecter pour, par l’intermédiaire d’une violente douceur, faire perdre pied, imposer la lévitation.

Pour réussir ce tour de force, il fallait bien un double album. Le premier fait de compositions personnelles du saxophoniste et du batteur pour imposer un univers spécifique, pour faire la démonstration de la capacité du trio de dialoguer, d’explorer de nouvelles pistes en acceptant les propositions des deux autres, tout à tour leader pour instruire des codes déroutants. Le deuxième reprend des « standards », des thèmes connus – ou presque – dont un « Jitterbug Waltz » comme un condensé de la mémoire du jazz, de Fats Waller à Eric Dolphy en passant par Miles Davis avec Michel Legrand, tout en dégageant une inquiétante familiarité. N’hésitez pas à faire le test en écoutant les versions précédentes pour rendre compte du travail effectué par le trio.

L’attention portée à chacun des membres du trio dégage une sorte d’empathie propice à se sortir du quotidien pour aller à la rencontre d’autre chose…

Frédéric Borey Trio : Butterflies, Fresh Sound/New Talent.

Nicolas Béniès

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