PROSTITUTION: pourquoi on se fout de la sexualité libre de contrainte des femmes ?

Interview de Valerie Tender (2ème partie) par Francine Sporenda

FS : Tu soulignes que la prostitution est une activité dangereuse, avec un taux de mortalité record (204 pour 100 000, contre 29/100 000 pour un autre métier à risque, chauffeur de taxi). Et que les personnes prostituées perdent graduellement leurs standards de sécurité quand elles y entrent. Tu racontes avoir été présente dans une fusillade dans un club, mais tu es quand même retournée dans ce club trois semaines plus tard. Peux-tu nous parler des situations dangereuses auxquelles tu as été confrontée et de leur effet dissociatif ?

VT : Notre seuil de tolérance augmente et s’ajuste au gré de notre réalité. Le cerveau humain est expert à s’inventer des rationalisations crédibles. Je suis une personne plutôt routinière qui préfère le connu, donc le stress de retrouver un autre club, de me refaire une place, la peur de tomber sur une place pire, plus compétitive, avec plus de proxénètes à éviter qui amènent des dangers dans le club, font que j’ai réussi à me dire « bah… Les chances qu’il y ait une autre fusillade dans ce même lieu, surtout avec la surveillance policière accrue dans le quartier depuis l’incident, me semblent statistiquement improbable… » et j’y suis retournée. Dans la même loge, avec les mêmes filles, le même gérant « tolérable »… On s’acclimate à tout.

FS : Selon toi, est-il possible de « sécuriser » la prostitution (par la légalisation par exemple), ou la violence fait-elle partie intégrante de cette activité ?

VT : Recevoir des pénétrations non désirées dans notre corps est EN SOI une violence. Tant qu’on ne s’entendra pas là-dessus, au niveau sociétal, on continuera de se poser les mauvaises questions sur la prostitution. Il n’est jamais aussi apparent que l’on se fout totalement de la sexualité des femmes que dans la prostitution. Non seulement nous nous foutons bien que les femmes aient une sexualité joyeuse et libre de contraintes, mais en plus, il semblerait être souhaité par encore trop de gens qu’une classe de femmes défavorisées soit perpétuellement renouvelée et disponible à la sexualité masculine. 

Il faut redévelopper tous les domaines de compréhension du vivant selon les connaissances que nous apporte le trauma-informed care. La psychologie, les soins aux personnes aux prises avec des addictions, notre système médical, le système de justice, les policiers et les différents bureaux gouvernementaux au grand complet doivent impérativement se mettre à jour avec la psychotraumatologie actuelle. La psychotraumatologie n’est même pas une profession ou un domaine d’étude encore au Québec !

FS : Quelles sont les séquelles, psychologiques et physiques, de la prostitution  (« effet cumulatif des pénétrations non désirées ») – après qu’on en soit sortie ?

VT : J’ai survécu à la prostitution en étant hypervigilante, germophobe et très dissociée. Je continue, sélectivement, d’être assez germophobe. Je travaille à la réception des dons dans un magasin de vêtement et d’objets usagés et j’ai longtemps travaillé auprès d’une clientèle itinérante chronique ; ce genre de « saleté » ne me dérange pas mais venant d’une personne qui me dégoûte intellectuellement, tout de cette personne me dégoûtera. Les clients de la prostitution me dégoûtent par le seul fait d’être client.

Le dégoût est resté quelque chose qui est très fort chez moi. Quand j’arrête d’aimer quelqu’un ou que je me fais quitter; c’est triste à dire mais tout de lui me dégoûtera par la suite et j’aurai plein de rituels pour effacer chacune de ses molécules de mon environnement.

Pendant plusieurs années, il y a eu les cauchemars, toujours un genre de labyrinthe dont j’essaie de sortir en sauvant des gens, parfois des chats ; c’est fondamentalement en lien avec la culpabilité d’en être sortie indemne quand des camarades ont été violées, abandonnées sur le bord de la route, d’autres tuées, une mère laissant un enfant orphelin… 

Je me prostituais à la même période où on commençait à entendre parler d’un malade qui tuait des prostituées à l’autre bout du pays, à Vancouver. 

J’ai encore un semi-problème de weed (cannabis). Je dis semi parce que je fonctionne le jour comme un bonne citoyenne prolétaire efficace (lol), mais c’est le soir, dès que la noirceur tombe en fait, et pour dormir que ça se complique. Disons que je renégocie et réfléchis à ma relation avec le weed chaque jour. Le consensus général avec tous ceux qui me connaissent tourne autour de « Valérie, tu es trop dure et exigeante avec toi-même », alors je cherche l’équilibre entre vouloir être fière de moi et ne pas trop m’auto-saboter et faire du doux surplace réconfortant.

Les sons des films pornos sont super traumatiques pour moi… La consommation de porno est une chose qui non seulement est non-négociable mais aussi grave pour moi que si mon partenaire pensait que de battre les enfants est une stratégie d’éducation, au lieu d’être une perte de contrôle du parent. Consommer la prostitution filmée d’autres femmes est inacceptable pour moi, c’est une compartimentation de l’empathie avec laquelle je ne peux pas vivre et me sentir intellectuellement en sécurité. Ou même propre.

J’ai des douleurs, des raideurs importantes et de l’inflammation chronique au niveau des poignets et du cou. Je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec la somatisation des multiples fellations dangereuses dans des centaines de voitures… Ça arrive de moins en moins maintenant mais, à chaque hiver, j’ai quelques épisodes du bas du dos et du nerfs sciatique qui bloquent totalement pendant quelques jours. Sinon, comme presque toutes les personnes ayant vécu avec des hormones de stress élevées pendant des années, j’ai un profil inflammatoire de maladie auto immune (migraine, arthrite, colite ulcéreuse, eczéma occasionnel).

FS : Tu dis: « on casse la fille pour lui faire perdre sa dignité. Après on peut lui faire faire n’importe quoi ». Peux-tu expliquer ce processus de grooming de jeunes filles par les proxénètes pour les amener à se prostituer ?

VT : Je n’ai moi-même pas eu de proxénète et je n’ai jamais été prise dans des dynamiques de violences conjugales. On a toutes nos différentes sortes de problème et ceux-là n’ont pas été les miens. Moi, un gars lèverait la main sur moi une fois et je le quitterais de suite, avec tous les rituels pour me débarrasser de ses germes et de ses molécules dont je suis capable. Il y a une partie de moi qui a toujours eu une grande fierté et qui ne croit pas que l’amour, c’est suffisant. Si quelqu’un m’aime mal, je le quitte. Si on me quitte, je souffre, mais pas d’une manière soumise, plus comme une trahison et me sentir conne de m’être fait avoir.

Dans les clubs par contre, j’ai côtoyé tous les soirs des femmes en couple avec leur pimp ou juste avec un chum paresseux vendeur de pot qui reste à la maison, se fait entretenir et les traite mal, et j’en ai vu les ravages psychologiques, l’emprise et comment les parasites qui vivent à nos dépends maintiennent les femmes dans la prostitution.

Alors imaginez ce que c’est pour une femme qui aurait été violée en groupe ou qui se serait fait entourlouper par un proxénète qui lui a fait vivre le conte de fée avant… Ça la casse tellement psychologiquement que les clients ne sont qu’un irritant et une routine mortifère comparée à la blessure de s’être fait manipuler et casser sa naïveté et sa confiance en l’amour. Imaginez une femme avec une estime de soi blessée, puis une femme aux prises avec un problème de drogue qui se sent « juste une pute », qui se fait répéter qu’elle est « juste une pute »…

Avant, je croyais comme tout le monde que la stigmatisation était le plus grand problème auquel faisaient face les « travailleuses du sexe », au lieu de voir que c’est la violence même de monnayer le consentement sexuel de femmes défavorisées, de nous confiner à cette identité de services sexuels et de nous ramoner comme ils le veulent qui est violent. On ne se demandait pas pourquoi la prostitution existait à l’époque; on le prenait comme un mal inévitable, voire même comme un mal nécessaire, ce qui est horriblement insultant pour ce que ça dit des hommes ! Les croire incapables de mieux, incapables de maîtriser leurs pulsions. Penser que c’est un des privilèges de leur statut de mâle.

Je n’aurai rien d’édifiant à ajouter sur ce sujet qui n’ait pas été superbement expliqué dans le documentaire « Pimp » ( produit par Picbois Production) où un proxénète explique exactement comment il choisit les filles, les casse et ce qu’il cherche là-dedans.

FS : Peux-tu nous parler des comportements des « clients » de la prostitution et des justifications qu’ils se donnent pour payer des personnes prostituées ? Dans quelle mesure la pornographie omniprésente a-t-elle changé les exigences des clients ?

VT : Je veux commencer par préciser que, même s’ils ne sont pas tous méchants ou ne font pas de demandes trop hors norme, il est quand même et toujours question d’un homme qui compartimente son empathie pour monopoliser le temps et le corps d’une femme dont il sait pertinemment que, si l’argent est retiré de cet échange, elle ne veut pas être là. Donc mon premier problème conceptuel de taille avec la prostitution, c’est que ça ne fabrique pas des hommes empathiques qui doivent faire des efforts et plaire pour avoir accès à une femme. De fait, c’est probablement de ceux qui nous paient pour parler longuement, pour nous faire jouer le rôle de thérapeute, pour boire notre urine ou pour nous lécher les pieds sales dont je me souviens le plus, pas que je me souvienne vraiment d’eux mais plus de la charge mentale que ça représentait. Même de jouer à la dominatrice (ce que font en réalité plusieurs des « happy sex workers ») et de ne pas se faire pénétrer, ça vient avec un gros lot de dégoût et de charge mentale. Et le besoin d’escalation, de surenchère et de devoir renouveler les jeux sexuels pour que monsieur resté intéressé et accro et continue de gérer ses bibittes (problèmes) d’enfance avec nous, et pas avec un psy…

Me rappeler leurs confidences d’une fois à l’autre, prendre un air intéressé pour leur demander si tel ou tel problème allait mieux, les écouter me parler de leur femme… blablabla… Je pense que je méprise encore plus ceux qui veulent une thérapeute justement parce qu’ils ne peuvent se montrer tels qu’ils sont que parce que je suis nue, qu’ils m’infériorisent et se placent au-dessus de moi. Seraient-ils capables d’ouverture et de vulnérabilité avec une femme thérapeute diplômée qu’ils ne peuvent pas posséder érotiquement ? Prendre les femmes prostituées pour des thérapeutes est ultra misogyne en fait, car c’est reconnaître notre intelligence émotionnelle, puis s’en foutre en nous pénétrant tout pareil… 

En prostitution, tout est pouvoir sur l’autre. J’ai beaucoup été en contact avec la scène fétiche (les hasards de ma vie auront voulu que mon premier appartement à 17 ans se trouve à l’étage de l’ancien Fetish Café, le premier bar de ce genre à Montréal). Aujourd’hui je suis très critique face à cette scène et je la trouve remplie de personne intelligentes et créatives, oui, mais aussi beaucoup qui ne sont pas trauma-informed et ne font que faire des déplacements traumatologiques intenses et se provoquer des rushes d’adrénaline et d’endorphine.

Je sais qu’aujourd’hui les demandes faites aux femmes prostituées sont bien pires que dans mon temps et totalement influencées par ce que les hommes, et de plus en plus des jeunes hommes aussi, voient dans le porno et veulent essayer sur une femme (je ne dis bien pas « avec une femme » mais « sur une femme »).



Dans la vraie vie, j’ai une copine dont l’amoureux a tenté d’un coup et sans prévenir de lui enfoncer son poing dans le vagin ; l’étranglement et le deep throat semblent être devenus la norme, on nous crache sur le sexe pour nous lubrifier… C’est hallucinant de violence, le monde dans lequel on vit !!! Un monde de violence érotisée à l’extrême. Imaginez des jeunes filles du primaire qui auront fait une fellation avant même d’avoir échangé un premier baiser… J’ai tellement de peine pour les jeunes d’aujourd’hui qui grandissent dans la culture porno généralisée et sont exposés à ça bien avant d’avoir un moi développé. Pire, leurs pulsions sexuelles se développent avec le porno. Chez nos jeunes, l’exposition au porno arrive souvent avant même que la libido se soit développée (dès 8 ans), et se manifeste comme un malaise obsédant entremêlé d’excitement et de honte, à consommer en cachette. Mais qu’est-ce qu’on est en train de faire au développement de nos jeunes là ?

FS : Et au niveau relationnel avec les hommes, comment le passage par la prostitution a-t-il affecté tes rapports avec eux ?

VT : J’ai eu plusieurs années ou j’arrivais sans trop de problème à être en couple avec des hommes. Maintenant, et plus le temps avance, plus mon analyse féministe radicale se peaufine et moins je suis capable et désireuse de laisser un homme m’approcher. De nos jours, tout va trop vite et j’ai plus peur du désordre qu’apportent les ruptures que j’ai envie d’essayer une relation. Souvent le matin, je me réveille en diagonale dans mon lit, momifiée par mes quatre chats, et je pense que c’est si doux et merveilleux de ne pas être en état de rupture. Quand j’ai adopté mon quatrième et dernier enfants-chat (lol), c’était comme un genre de fuck it généralisé, une manière de vivre pour moi et de faire en sorte qu’il n’y ait même plus de place pour quelqu’un d’autre. Moi, Valérie, je veux vivre entourée de quatre chats, point final. Je veux meubler ma vie de tout ce que moi JE veux dedans. Juste ça, c’est assez pour me donner envie de protéger mon énergie créatrice.

Je vais avoir 40 ans l’an prochain et j’ai plein de projets, d’objectifs de vie, de rêves ! Je lance une entreprise d’économie sociale de réinsertion pour les femmes qui sortent de la prostitution (la boutique Legal Tender), je souhaite marcher de Montréal à Baie-Comeau à la fin de l’été prochain et je veux continuer à me développer au chant. C’est ça que moi je veux pour moi.

J’ai le sentiment d’avoir perdu tellement de temps à souffrir et à combattre la dépression; j’ai l’urgence de vivre et de ne pas rater ma vie. Je ne mérite pas de vivre une autre rupture. Tout comme j’en suis venue à conclure que je n’aurai pas d’enfants et que c’est correct. J’aurais ardemment voulu être mère à 30 ans, mais pas à 40. Mais ça ne se fait pas seule (bah oui mais pas dans mon livre à moi). Et puis je suis authentiquement habitée par un revirement, d’avoir tant désiré vivre la maternité et l’allaitement dans mon corps pour maintenant n’en voir que les risques, les désagréments et le fardeau. Sans compter que je sais qu’aucun homme ne mérite que je lui offre ça.

Un moment donné, j’ai fait face à un choix qui m’est très personnel ; celui de continuer à vouloir avoir un enfant ou celui d’essayer de changer le monde. Bravo à celles qui se sentent capable de faire les deux. Moi j’ai mal partout, j’ai des migraines chroniques, je suis toujours pauvre et à une paie de la catastrophe, j’ai besoin de dormir 8-9 heures par jours, parfois 10 heures, je sens que j’ai passé une majeure partie de ma vie en état d’hypervigilance et que je commence JUSTE ENFIN à être bien, ce n’est pas pour redevenir hypervigilante pour un enfant, à devoir orienter toute mon énergie vers ses besoins et essayer de le protéger de ce monde. Avec le monde extérieur qui défait tout ce que tu fais. Je flippe quand je vois combien mes amies mères monoparentales doivent lutter.

Mais en fait, je vis aussi de la colère. Celle d’avoir travaillé si fort pour me guérir, c’est-à-dire pour me reconnecter à mon moi intègre et à mes sensations, à mon désir d’avoir une sexualité joyeuse et affective, et me réveiller ensuite, après tout ce travail, dans un monde ou à peu près tous les hommes sont accros au porno, imposent des pratiques violentes et humiliantes à leur conjointe (les expériences actuelles de mes amies dans la « dating scene » me traumatisent rien que de les entendre…) et se masturbent compulsivement en cachette avec du porno pour gérer une anxiété profonde qu’il ne savent même pas reconnaître. J’ai pitié des hommes. Beaucoup de garçonnets qui flottent et ne se comprennent pas. Ils n’ont pas besoin d’évoluer : on porte le poids de la charge mentale pour eux, on les materne… Geez, thanx but no thanx.

Aussi, et ce n’est pas le moins important, les deux fois dans les dernières années où j’ai tenté de développer une relation avec un homme en prenant bien le temps d’apprendre à se connaitre, en faisant des sorties culturelles et des longues marches, en voyant de quoi avait l’air sa vie à lui et qu’il comprenne de quoi est faite la mienne avant de coucher ensemble, à CHAQUE FOIS ça a fini en dysfonction érectile insurmontable. Avec l’un d’entre eux, je lui ai même donné à cinq reprises la chance d’avoir des relations sexuelles et à chaque fois il bloquait, oubliait de respirer comme un gamin. Et je voyais bien, par ses comportement au lit et ce qui lui procurait une érection (les positions pornifiées, me mater au lieu d’être ensemble et dans le ressenti) que le porno était derrière tout ça . 

Je pense que je saurais reconnaître quelqu’un de sain et de bon pour moi si je le rencontrais mais c’est presque une délivrance d’arrêter de chercher, d’arrêter de vouloir quelque chose. C’est comme si je ne gardais plus de porte entr’ouverte avec des courant d’air qui font voler les feuilles avec mes idées partout; mes objectifs sont priorisés et mes pensées restent bien classées et en ordre. Je me sens bien, calme, contenue et aussi capable que possible, sans porte entr’ouverte. Le weed me ralentit encore mais il m’aide aussi… C’est compliqué. Le fait est que je préfère la certitude de ce que j’ai et que je peux accomplir pour et par moi-même. Je veux une vie de projets et de militance. J’ai un beau réseau d’amitié et de camarades féministes; ma vie me plait. Je n’ai plus les moyens d’être triste, insécure et déprimée.

Les certitudes et les constances sont douces à mes yeux. Pour tout le reste, il y a l’amour des chats, les risques calculés que je prends sur scène et dans mes projets d’entreprise, et la chaise de massage du gym que je surnomme affectueusement en blague  »mon mari » pour m’aider à me détendre et m’ancrer.

FS : Un dernier mot ?

VT : Bah encore et toujours qu’on n’aura jamais un monde égal entre les hommes et les femmes tant que la prostitution permettra aux hommes de rester des mauvais hommes et de ne pas évoluer vers une connexion d’égal à égale.

Il y a un type de femme qui est plus facilement prostituable; celles qui sont vulnérabilisées par des violences ou des négligences préalables, pauvres et souvent racisées. Elles ont toutes en commun que des hommes peuvent les pénétrer en payant. L’effet cumulatif de ces pénétrations non désirées, de cette abnégation de soi en se déconnectant de ses sensations et alarmes naturelles a objectivement un coût important sur la santé globale. Et aussi sur l’organisation sociale ! De faire cette pédagogie partout où je le peux est une des choses les plus importante de ma vie.

La vision déshumanisée que les clients ont des femmes prostituées qu’ils achètent est un fait avéré et prend racine dans un désir de contrôler et de se déresponsabiliser (j’aurais utilisé « to not be accountable » en anglais). De désirer sexuellement une femme parce qu’elle est jeune, le plus jeune possible, inexpérimentée et vulnérable, c’est d’emblée se positionner hiérarchiquement par rapport à l’autre et vouloir dominer l’interaction. J’ai un grave problème avec toute forme de hiérarchie.

La prostitution vient de la demande ; aucune jeune femme ne s’offre spontanément. C’est d’ailleurs ce qui permet de dépister des abus sexuels chez les enfants : des comportements de promiscuité, une tendance à s’offrir…

Le sacro-saint « droit » d’une personne de se prostituer soi-même est protégé par la loi ! Toute autre conversation nous ramène à trouver des arguments pour légitimer les clients et les proxénètes et structurer la prostitution d’autrui en un secteur d’industrie, chose qu’elle ne devrait pas être. Certaines choses comme les dons de sang, de cellules sexuelles et d’organes sont déjà protégés de l’emprise du marché ; pourquoi se fout-on à ce point de la sexualité libre de contrainte des femmes ? Pourquoi est-ce qu’on se fout des femmes à ce point ?

Je dis souvent que selon moi, historiquement la prostitution sera la troisième abolition. Après celle de l’esclavage et celle du travail des enfants, la sexualité libre de contrainte des femmes doit suivre. Je suis aussi d’avis que l’abolition de l’esclavage des animaux sera la quatrième et finale abolition. Après ça on devrait être plus évolués (lol). À moins qu’on ne régresse. C’est toujours un risque et les droits des plus vulnérables (femmes, enfants, animaux, environnement) sont toujours les premiers à reculer.

La prostitution existe à la croisée entre les privilèges masculins issus du patriarcat comme organisation sociale et du capitalisme comme système. Plus précisément sa croyance en l’argent et en son pouvoir contractuel.

Et pourquoi les hommes devraient-il avoir accès à ça ?

https://revolutionfeministe.wordpress.com/2019/10/26/prostitution-pourquoi-on-se-fout-de-la-sexualite-libre-de-contrainte-des-femmes/


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