L’extension de la rébellion londonienne. Ou les chemins de traverses d’un gilet jaune

« And so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream ».

Martin Luther King

La prise du palais des singes.

Dans mon sommeil britannique, je me suis laissé surprendre par un rêve étrange. La scène se passe quelque part au Pôle nord. Sur la banquise glacée, le Palais de Westminster est posé là par on ne sait quel destin. Poussée par de mauvais vents sur cette île des mers hyperboréennes, une Sainte femme, qui n’est autre que l’ambassadrice des négociations sur les pôles arctiques et antarctique, patine autour du Palais. Aux députés de la chambre des communes et à son éminent PM, Sir Boris Johnson, la courtisane sirène les vertus de l’écologie tout en louant les qualités du néolibéralisme pour empêcher la fonte des glaces. Quand… soudain une bande de pingouins, de manchots et autres Empereurs un peu canards, venue des profonds restes polaires, surgit dans ce paysage d’ordre, de beauté et de volupté. Depuis le petit matin, les pingouins rebelles prennent d’assaut les principales artères des grandes villes mondiales.

En souvenir de la prise du Palais d’hiver, ils encerclent le « Parlement des singes », si bien dépeint par l’artiste Banksy, et tout le petit monde de la démocratie représentative, armés de « jabotages », de clappements de becs, de glapissements, et autres armes par destination. L’harmonie de ces vastes étendues blanches que le glaciologue, Claude Lorius, décrivait autrefois comme les « premiers jours du monde, intact et sacré », est rompue par la cacophonie d’une armada de petites pattes palmées marchant maladroitement sur la glace. Ici les petits alcidés très agités avancent en désordre suivie de l’armée flegme mais disciplinée des empereurs. Au cliquetis des becs s’ajoutent les cris et bagarres de jeunes mères se volant des cailloux, moins pour protéger leurs progénitures que pour reconstituer de petits monticules à partir desquels elles effectueront leur rite habituel : se mettre au sommet pour plonger sur leurs proies. Ségolène est cernée !! Le peuple des Pingouins exige de Ségolène qu’elle renonce à son titre d’ambassadrice de la fonte des glace qu’elle a tant honoré par son inaction. En lieu et place une Assemblée citoyenne de pingouins, tirés au sort, se propose d’agir dans la prise de décision publique pour le climat et la justice écologique.

Tout ceci n’était qu’une scène hautement improbable sortie de l’esprit d’être délirant et fiévreux… jusqu’à ce que le lancement du mouvement international « Tell the Truth » (Lundi 7/10.2019) ne métamorphose d’abord les artères commerciales de Paris, puis le centre politique de Londres. La Pompadour de l’écologie s’est alors soudainement remémoré qu’E. Macron l’avait adoubée du titre d’« ambassadrice des négociations sur les pôles arctiques et antarctique ». L’occasion était si belle de pouvoir enfin incarner une fonction qu’elle se lança en quête d’un fromage aussi fait que la logorrhée d’un Boris Johnson. Dans son style politique, tout droit sorti de l’âge des glaces, l’ambassadrice en appelait à la « répression rapide » d’Extinction Rebellion, décrit comme étant à la solde de « groupes violents », de formes de militantisme illégitime et décrédibilisant ses initiatives.

Photo Z. Plummer

Toujours très informée, notre experte du climat assimilait des dizaines de chercheurs, parmi lesquels Vandana Shiva, Naomi Klein, Noam Chomsky, A.C. Grayling, Philip Pullman, Rowan Williams, etc…,seraient de ces groupes « illégitime et violents », parce qu’ils ont eu l’audace de soutenir la Déclaration de Rebellion et que, dans une lettre ouverte parue dans The Guardian, ils soutiennent le principe d’une désobéissance civile et pacifique face à l’inaction des politiques alors qu’il y a une urgence à prendre des décisions politiques. D’autres personnalités, comme les actrices Ruby Wax, Juliet Stevenson ou encore le modèle Daisy Lowe étaient quant à elles présentes lors du sit-in de blocage du pont de Westminster au matin du 7 octobre 2019. Mais à force de voyager sur les vastes étendues blanches dans un placard taillé sur mesure, et de fréquenter le parlement des singes de zones glacières inhabitées, l’ambassadrice en a oublié qu’il y a encore des humains sur terre.

Benoit Hazard

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.