Introduction au livre de Bruno Deporcq : Clic-P. L’intersyndicale qui fait trembler les enseignes

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

« C’est une vaste critique de toutes les pseudo-évidences sur lesquelles se fondent nos politiques publiques qu’il nous faut engager », Dominique Méda, Le Monde, 2019.

« Faire parler les plus faibles autant qu’ils écoutent et obliger les puissants à écouter autant qu’ils parlent est une méthode simple et efficace pour susciter le changement », Gloria Steinem, Ma vie sur la route, 2019.

En 2010 se crée le Comité de liaison intersyndical du commerce parisien, le Clic-P, une intersyndicale qui réunit six syndicats du commerce parisien, déterminés à faire face à l’offensive des grandes enseignes de la distribution qui se sont donné pour objectif de généraliser l’ouverture des magasins le dimanche et en horaires de nuit.

Le Clic-P est une sorte de réponse au Comité Champs-Élysées, collectif créé par les grandes enseignes du commerce pour promouvoir la notoriété de l’avenue et son développement… au moyen notamment des ouvertures des magasins le dimanche et la nuit.

Cette intersyndicale entend s’inscrire dans la durée. Pour la première fois de notre histoire syndicale, elle réalise ainsi, à l’échelle d’un territoire et depuis déjà neuf ans, le souhait d’union syndicale plusieurs fois exprimé par les salariés français à l’occasion d’enquêtes d’opinion.

Le Clic-P se consacre à la défense des acquis sociaux relatifs au temps de travail – plus précisément, à la défense des temps de repos en commun, qui est une question fondamentale depuis les origines du mouvement syndical.

Son modèle d’organisation est informel, horizontal et non hiérarchisé ; sa stratégie d’action s’appuie simultanément sur la proximité avec les salariés du commerce, sur leur mobilisation et sur des actions en justice systématiques et médiatisées.

Ce fonctionnement transgressif à bien des égards lui attire l’animosité de nombreux interlocuteurs :

  • des grandes enseignes, qui voient remise en question leur politique de lobbying ;

  • des décideurs politiques, qui se sont empressés d’emboîter le pas aux mêmes grandes enseignes ;

  • des médias, qui pour beaucoup d’entre eux s’emploient à la fois à diffuser les idées reçues quant aux bienfaits supposés de l’ouverture des commerces la nuit et le dimanche, sans se préoccuper de leurs conséquences sur la vie des salariés, et dans le même temps, à diaboliser les actions du Clic-P ;

  • mais aussi de certains appareils syndicaux du niveau national, qui perçoivent les initiatives du Clic-P, prises en dehors de leur contrôle, comme des actes d’insubordination.

Derrière le discours dominant, qui prétend faire de l’ouverture des commerces le dimanche et la nuit un outil de croissance économique et de création d’emplois, des stratégies beaucoup moins assumées sont à l’œuvre, qui ont pour finalité la prise de parts de marchés.

Dans une période de creux de la vague du syndicalisme français, où les droits acquis de longue date par les salariés sont méthodiquement mis à mal, le Clic-P ouvre des perspectives de renouvellement de l’action syndicale.

Bruno Deporcq : Clic-P

L’intersyndicale qui fait trembler les enseignes

Editions Syllepse, Paris 2019, 152 pages, 8 euros

https://www.syllepse.net/clic-p-_r_25_i_799.html

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