Déclaration de la Conférence Internationale sur la « Souveraineté Alimentaire : Colonie et Frontières »

Ramallah, Palestine, 14-15 Octobre 2019

La conférence internationale « souveraineté alimentaire : colonies et frontières » ici à Ramallah, aux côtés de nos collègues de la bande de Gaza, est maintenant terminée. Notre conférence a été organisée par l’UAWC (Union of Africultural Work Committees), le Marsad (Suivi des politiques économiques et sociales), et La Via Campesina (LVC)

La présence de différents participants reconnus, représentant les mouvements paysans pour la justice sociale venus de 14 pays a été fort appréciée. Nous remercions aussi les différents acteurs pour leur patience et leur coopération, indispensable au succès de cette conférence. Nous avons réussi à accueillir des mouvements pour la souveraineté alimentaire venus d’Amérique Latine, d’Europe, d’Afrique, des Etats-Unis et de Palestine, réunis en un même lieu. Ce groupe dynamique soutient fermement les droits humains et la dignité. Nous remercions aussi nos collègues et amis, universitaires et représentants de mouvements agraires/paysans des pays arabes pour leurs interventions. Grâce à cela, cette conférence a été une expérience féconde en terme d’apprentissages à travers l’échange d’expériences présentées et débattues au cours de ces deux journées. Environ 800 personnes de catégories et de classes sociales différentes – particulièrement des paysans – ont participé aux discussions et récolté les fruits de leurs interactions. 

Tout au long de cette conférence nous nous sommes employés à offrir un environnement couvrant une grande variété d’expériences, Palestiniennes et internationales. Ces mécanismes et méthodes contribuent à faire de la souveraineté alimentaire une réalité. Nous avons aussi abordé le rôle délétère du colonialisme et de l’impérialisme, dont une partie essaye d’abolir la souveraineté alimentaire des peuples. Pour débattre de la question, nous avons réuni un grand nombre d’organisations actives sur les fronts sociaux et agricoles et avons débattu de la nature des défis nationaux et internationaux que nous devons relever. Nous savons qu’il est urgent d’améliorer notre réseau, notre coordination, et de renforcer le partage de connaissances entre les mouvements paysans Palestiniens et internationaux. Ces échanges nous semblent indispensables au développement de nos stratégies pour une justice sociale aujourd’hui et dans l’avenir. Cela nous permettra également de renforcer les mouvements pour la justice sociale en partageant nos luttes émancipatrices pour la liberté, tout en protégeant les droits des plus démunis à travers la souveraineté alimentaire. 

Les participants sont tombés d’accord sur un certain nombre de recommandations importantes afin d’améliorer l’agriculture à l’échelon international, régional et local. Les recommandations qui nous ont semblé les plus importantes sont les suivantes :

1. Solidarité internationale avec la lutte Palestinienne pour la souveraineté concernant leurs territoires et leurs ressources naturelles ;

2. Faire pression sur nos gouvernements pour que soit adoptée la déclaration des Nations Unies sur les droits des Paysans et des autres Peuples travaillant dans des Zones Rurales (UNDROP) en défendant les droits des paysans et des pêcheurs.

3. Les gouvernements doivent assurer la collecte et la répartition équitable des ressources financières, et aussi assurer un investissement suffisant pour la production alimentaire, garantissant ainsi aux paysans un moyen de subsistance pérenne. Cela est rendu possible par l’unité des mouvements sociaux défendant la justice socio-économique, et incluent les mouvements paysans du monde entier. Notre but est de travailler ensemble pour mettre fin à la tyrannie impérialiste internationale et au capitalisme qui vole les ressources des paysans de par le monde. Nous agissons aussi pour mettre fin au monopole des corporations multinationales qui contrôlent les facteurs de production et militent pour des politiques au bénéfice des plus riches. 

4. L’échange des connaissances est particulièrement important. Le partage réciproque des connaissances devrait être une activité continue, et les réseaux de communication entre mouvements paysans ne devraient jamais s’arrêter. 

5. Les organisations internationales doivent assumer leurs responsabilités en matière de développement des infrastructures dans les zones rurales. Et ce, afin de protéger les producteurs et les consommateurs dans un monde où les ressources- particulièrement en eau- diminuent. Cela est particulièrement vrai en Palestine, où l’eau de pluie est gaspillée dans les zones rurales à cause du manque d’infrastructure ;

6. Un retour aux pratiques ancestrales, comme l’agriculture environnementale et l’utilisation de semences indigènes est essentiel dans notre quête de souveraineté alimentaire ;

7. Sensibiliser au contrôle des ressources naturelles, en mettant l’accent sur des mécanismes qui nous permettront d’atteindre la souveraineté alimentaire. Pour cela, nous devons inclure ce concept efficace dans tous les plans et programmes des différents acteurs du développement ;

8. Remplacer dans les discours le concept de sécurité alimentaire par celui de souveraineté alimentaire, particulièrement au vu de son importance dans le cas Palestinien. Dans ce contexte, nous parlons d’une question politique, et l’occupation Israélienne coupe les palestiniens de leurs ressources. La sécurité alimentaire, d’autre part, est un concept social qui ne peut traiter la cause profonde de la question alimentaire en Palestine, car il ne se centre que sur la disponibilité de provisions pour alimenter les locaux ;

9. Les responsables politiques- particulièrement le gouvernement Palestinien, s’il souhaite sérieusement se libérer du carcan économique israélien- doit prendre des mesures pratiques immédiates pour une refonte des lois et politiques concernées, notamment concernant les concepts de souveraineté sur la nourriture et les ressources naturelles. Pour cela, ils doivent démontrer le sérieux de leur engagement et agir pour les besoins des Palestiniens à travers des politiques nationales promouvant la pérennité des paysans Palestiniens et des personnes de ces territoires, particulièrement dans la zone C ;

10. Nous avons besoin d’une politique nationale qui soit à l’image des problèmes que nous cherchons à résoudre. Elle ne devrait pas être une copie d’un autre état ou d’une expérience ne prenant pas en compte les spécificités Palestiniennes. Nous souhaitons une politique basée sur la résilience et l’initiative, et qui devrait être présentée comme une partie du projet Palestinien- pour résister et lutter contre le projet d’annexion qui vient ;

11. Activer le suivi légal, le lobbying et les mécanismes de plaidoyer – Essentiellement afin de protéger les paysans, pêcheurs et travailleurs agricoles, et tout particulièrement les femmes. Ces populations sont la cible d’infractions et d’agressions horribles et continues et voient leurs terres et leurs machines constamment détruites et confisquées ;

12. Réaliser un suivi de l’occupation au niveau international afin de lui demander des comptes, de la dévoiler et de révéler sa véritable identité. Cela contribuera à protéger les ressources Palestiniennes et à imposer les droits humains- tous deux menacés par l’occupation ;

13. La conférence « Souveraineté Alimentaire: Colonies et Frontières » a jeté les bases permettant aux acteurs et activistes Palestiniens d’entrer dans une nouvelle phase de lutte. Elle se fonde sur l’importance de prioriser les ressources alimentaires dans la lutte contre le monopole, la cupidité et le contrôle des capitaux sur les moyens de subsistance des habitants. Cela se matérialise par un soutien aux Palestiniens pour qu’ils puissent travailler leurs terres. Il est aussi important de soutenir les efforts Palestiniens face aux gros investisseurs qui monopolisent les ressources aux dépends des rêves et des projets de petits paysans.

14. La présence notoire d’un nombre élevé d’organisations et de mouvements de luttes pour la souveraineté alimentaire et la justice pour les paysans, pêcheurs et travailleurs agricoles du monde entier, menée par La Via Campesina, prouve que la lutte des paysans Palestiniens est juste. Cela nous offre l’opportunité de lancer la campagne de lobbying et de plaidoyer la plus importante au monde, et de nous faire l’écho des luttes des paysans Palestiniens aux quatre coins du globe. La promotion des produits Palestiniens face à ceux vendus par des entreprises Israéliennes, des colonies et des entreprises multinationales, est une partie importante de cette campagne, et ;

15. Choisir une journée internationale de solidarité avec les pêcheurs Palestiniens. 

Vivent les luttes paysannes… Vivent les luttes des travailleurs agricoles… Nous serons à vos côtés jusqu’à ce que la justice socio-économique devienne une réalité pour les paysans, les pêcheurs et les travailleurs agricoles. 

Que nos luttes pour protéger les droits des paysans, des travailleurs ruraux- dans le monde, dans notre monde arabe, et dans notre Palestine bien-aimée soient couronnées de succès.

Mardi 15 Octobre 2019

https://viacampesina.org/fr/declaration-de-la-conference-internationale-sur-la-souverainete-alimentaire-colonie-et-frontieres/

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