Une promesse à réaliser

L’Internationale. Un air et des paroles dans le passé ou le présent. Des paragraphes omis dans les lectures staliniennes ou nationalistes – l’antimilitarisme ne faisait pas bon ménage avec la défense d’une « patrie ». Le rouge pour certain·es, le noir pour d’autres, le rouge et noir pour beaucoup. Un souffle d’émancipation « Il n’est pas de sauveur suprême / Ni dieu, ni césar, ni tribun », mais pensé au masculin, malgré la référence au genre humain…

L’Internationale magnifiquement illustrée/commentée par Baudouin. Des dessins lucides et pluriels, la colère et la danse, l’un·e et le multiple, la ronde des poings levés et des corps dansant, les sourires du possible…

Elise Thiebaut mène l’enquête, fait surgir des fantômes et des luttes, mais aussi la marchandise réifiée sous le « droit d’auteur ». Des mots et des sons, les tempêtes et les soulèvements, les espoirs et les répressions. L’autrice évoque chaleureusement certain·e, cite d’autres plus criminels, n’oublie pas ces femmes injustement omises par ce chant.

Le premier chapitre s’intitule « Ils ont volé ma chanson ». Une justification ou un prétexte pour réanimer le passé et effacer par l’émancipation une inscription dans la marchandise et ses droits. Nous retrouvons Eugène Pottier et ses sept vies de poètes, la Commune et les bases de toutes les révolutions à venir, « démocratie directe, autogestion, émancipation féminine, libération sexuelle, partage des richesse, lutte contre la spéculation et remise en cause de la propriété, éducation populaire… », la victoire qui ne fut pas au rendez-vous, la répression et l’exil…

La Semaine sanglante et ceux qui « ont vomi leur eau-forte », la chanson vivante et mobile expression de l’opinion, « Le monde va changer de peau / Misère, il fuit ton bagne / Entrez vite en campagne /Chansons ! / Entrez vite en campagne », le peuple souverain, les appels à l’autogestion ouvrière…

« Le bal des fantômes ne fait que commencer »

Une chanson et de la musique. Gustave Delory, la Lyre des travailleurs, Adolphe et Pierre Degeyter, la liberté d’expression permettant alors d’appeler à la mutinerie – avant les « lois scélérates » du gouvernement Casimir-Perier, « Les rois nous saoulaient de fumée, / Paix entre nous, guerre aux tyrans / Appliquons la grève aux armées, / Crosse en l’air et rompons les rangs ! / S’ils s’obstinent ces cannibales / A faire de nous des héros, / Ils sauront bientôt que nos balles / Sont pour nos propres généraux », le carrefour des mondes et les gauches, Rosa Luxembourg et son mémorable discours contre la peine de mort, « Les représentants du prolétariat, organisés politiquement et syndicalement, réunis à Copenhague, clouent au pilori tous les partisans actifs et passifs du meurtre légal sanglant sous toutes ses formes, ils appellent tous les représentants au parlement de la classe ouvrière dans tous les pays à exiger l’abolition de la peine de mort », le suffrage féminin adopté en 1913 en Norvège… en France au lendemain de la seconde guerre mondiale et en Suisse en… 1971, la situation scandaleuse faite aux femmes et le combat pour « l’émancipation féminine est loin de représenter une priorité », l’histoire de l’Internationale d’une légende à une autre, ses réécritures et ses réinterprétations, ses variantes parfois surprenantes…

L’autrice poursuit l’enquête, « autant en emporte le chant », le temps se creuse et le droit d’auteur se dissous dans le domaine public, « il est donc temps pour moi de dire adieux aux fantômes… »

Des fantômes, des mots, de la musique, de l’humour et les visages tournés vers l’espérance… sans oublier les remarquables illustrations de Baudoin.

Un poing levé aussi comme un sourire à de multiples visages anonymes.

Baudouin / Elise Thiebaut : Les fantômes de L’Internationale

Editions la ville brule, Montreuil 2019, 128 pages, 19 euros

Didier Epsztajn


De l’autrice :

Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les fontartemis-ourses-extraordinaire-capacite-a-inventer-des-histoires-regles-et-souffrances/

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