Sont-ils morts pour la France ?

Moi, je vois ces hommes jeunes. Je vois ces visages plus que ces uniformes. On me dit avec la force de l’évidence qu’ils sont morts pour la France. Silence.

Moi, je vois ces hommes. Je vois leur mort et j’éprouve de la peine devant ces morts, devant la mort, surtout lorsqu’elle est violente, autre chose que le bout d’une longue vie. Je vois ces hommes et je pense à ces autres hommes, invisibles parce que du mauvais pays, parce que de la mauvaise couleur de peau, parce que du mauvais camp. Ceux là n’existent pas, n’ont pas de souffrance, n’ont pas de famille en pleurs. Ceux là n’ont guère plus d’existence que les cailloux où ricochent nos balles, où déflagrent nos bombes. 

Moi, je vois la mort, la banalité du consentement à la mort.

Nous allons avoir des minutes de silence répercutées en écho sur les fenêtres de nos JT. Nous allons avoir des discours compassés de Président, de Ministres, de Journalistes. Banalité du discours. Petite larme de circonstance pour le mort, torse bombé pour la fierté du soldat. Banalité du mal de la guerre. 

Silence dans les rangs. Ils parlent. Ils endorment la peine. Ils enseignent le consentement au barbare. Le sang va pouvoir couler encore longtemps, grossir, salir les pages d’histoire. Banalité, nul ne sait, nul ne comprend. Banalité du pantin exécutant des ordres et des devoirs. Au suivant.

Mort au Mali. Qui va dire l’histoire des tonnes d’armes et des guerriers déversés en répercussion de nos bombes en Libye ? Qui va dire ces Etats étranglés de misère qui ne peuvent plus oeuvrer à une cohésion des peuples ? 

Qui va dire que ces morts, ce banquet de 13 morts, ne sont qu’un pointillé sur le chemin d’un consentement à la guerre ? Des années maintenant de guerre et de combats, des années de morts et devant nous consentement à d’autres années du même sang. Ce sang qui se répand, qui gicle sous les balles, qui brule sous les bombes, qui tente de se sauver par le désert, par la mer. Banalité du mal.

Qui va me dire comment on va arrêter ça ! Qui va me dire comment on va arrêter ces nouveaux trains de la mort ? Qui va déchirer son uniforme de petit fonctionnaire zélé de cette oeuvre barbare ?

Lorsque je regarde le Président de la France et ses prédécesseurs, lorsque je regarde leurs Ministres, lorsque je regarde leurs chers journalistes présentateurs de JT, je vois qu’ils ont les mains propres et sur leur sale gueule le reflet de tout ce sang.

On croit mourir pour la France, avec noblesse et ces pauvres vies ne sont que cadeaux à l’enfer.

Serge Grossvak

le 27 novembre 2019

Une réponse à “Sont-ils morts pour la France ?

  1. Je ne peux qu’approuver, sans commentaire. Je n’ajouterais rien !!! Sauf qu’il y a des responsables, un système responsable, plutôt même coupables. Dissimulés derrière des « chiens de garde ». J’ai bientôt 90 ans, j’ai connu la guerre, la déportation de mes parents morts à Auschwitz. On fait jouer à nos pioupious le rôle des assassins de mes parents et ils meurent pour ce système…

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