Au-delà de l’hommage rendu par Etienne Balibar à Véronique De Rudder

J’ai lu ce texte, particulièrement éclairant. Etienne Balibar, intellectuel brillant et, depuis longtemps, proche du « marxisme alternatif » et de la stratégie autogestionnaire dont certains.E.s d’entre nous sommes porteurs, donne du sens au remarquable travail effectué par Véronique De Rudder depuis une quarantaine d’années. Notons que cette dernière, après avoir animé des séances de formation du MRAP, a pris ses distances quand ce dernier s’est limité à des prises de position morales contre les idéologies racistes sans mettre l’accent sur le caractère structurel du racisme, porté aussi bien par les institutions d’Etat qu’inscrit dans les discriminations issues de la « société civile », de certains groupes sociaux et de « fractions » de classe, notamment populaires. Cela, même si l’émergence récente de groupes de dominés racisés, interroge de plus en plus le sens commun. Et étant entendu que, vis à vis de ce sens, interroger c’est affaiblir.

Au-delà de l’hommage rendu par E. Balibar à Véronique De Rudder pour ses choix épistémologiques, choix qui ne sont pas neutres au regard du pouvoir d’émancipation variable des sciences sociales et en particulier de la sociologie, le philosophe trace les limites de l’universalisme abstrait – peut-être en légère perte de vitesse – qui tue l’anti-racisme et renforce les classes dominantes en ce qu’elles parviennent à l’utiliser pour instaurer une sorte d’apartheid entre classes dominées plutôt blanches et classes dominées non blanches issues de la colonisation en mobilisant la question de l’identité et en gommant ainsi les fractures de classe, comme Véronique de Rudder, l’a pointé depuis près de 20 ans.

Pour autant, Balibar, reprenant les interrogations critiques de Véronique de Rudder, ne donne pas quitus aux groupes d’Indigènes qui, en France, s’appuient sur la nécessaire déconstruction de la domination coloniale, néo-coloniale et post-coloniale sur laquelle repose parfois le communautarisme des classes dominantes blanches pour construire une identité homogène des dominé.e.s non blancs tout aussi factice que l’imaginaire identité commune aux « français de souche ».

Et même si l’exercice que constitue l’avant-propos d’un travail académique suppose une certaine modération, Balibar, implicitement, interroge les réticences de Véronique De Rudder à l’auto-organisation des groupes issus de l’immigration post-coloniale. Si, pour lui, leur activité a le pouvoir de peser sur le rapport des forces entre dominants et dominés et d’ébranler le pouvoir des représentations sociales issues des rapports sociaux de classes, il laisse ouverte la question des raisons de cette dimension émancipatrice.

C’est que, comme le montre Axel Honnet, continuateur de l’Ecole de Francfort, les luttes pour la reconnaissance s’inscrivent dans un cadre émancipateur – celui de l’égalité des droits – qui a partie liée avec l’universalisme. Ce qu’en d’autres termes bien trop peu repris aussi bien dans les milieux académiques critiques que par les intellectuel.le.s de la transformation, on pourrait nommer, à la suite d’Edouard Glissant et de Patrick Chamoiseau, comme une perspective diversaliste.

Guy G.


Avant-propos au recueil de textes de Véronique De Rudder : Sociologie du racismePortrait par Étienne Balibar

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