Résister plus que jamais

On approche de la semaine internationale contre les violences faites aux femmes et force est de constater que l’Histoire des dominations continue son chemin. Entre le plan migration du gouvernement du 6 novembre 2019, la sortie du film « J’accuse » le 13, la fin des travaux du Grenelle des violences conjugales le 25,… les débats s’animent, se croisent, parfois insidieusement. Des clans se forment pour défendre les uns, dénoncer les autres. Le ton monte. Une guerre semble être déclarée entre dominants et dominés. Mais quelle est-elle exactement ? Quel est le réel point d’achoppement ? Qui attaque et qui subit ? Qui est l’agresseur et qui est réduit à l’état d’objet sans voix, passé à la trappe, ignoré et stigmatisé ? Qui joue la victime et qui se débat avec un espace de parole bien encadré ? Qui déverse son flot de mots obscènes ou rétrogrades dans la sphère publique et qui se tait ou est réduit au silence ? Qui cache ses crimes ou ne concrétise pas ses déclarations dans la sphère privée et qui se retrouve acculé à s’y réfugier ? Qui est trompé ? Bafoué ? Sont-ce les dominants – responsables de gouvernement, se plaignant d’être sans cesse critiqués bien que de bonne foi, les pédophiles du cinéma et d’ailleurs, réfutant les plaintes sans fondement qui discréditeraient leur travail, voire leur être –, ou bien les dominés  – les femmes dans leur ensemble, pour leur très grand nombre objets d’agressions sexuelles, et les migrants, laissés au fond de la mer, persécutés ou juste objets de chasse au faciès ?

Dans cette guerre, la hiérarchisation des causes et des luttes telles que celles contre l’antisémitisme ou le sexisme sert de stratégie. Les dominants veulent brouiller les cartes, légitimer les délits les plus sordides, tordre le cou à l’Histoire. Rendre le mal banal, dirait Hannah Arendt. C’est grave. Ça sent « la honte […], le crime social », écrirait Zola. Ça pue le fascisme. Deux armes (au moins) sont utilisées : l’antiféminisme et la légitimation/dénonciation biaisée des actes de stigmatisation raciste – les deux se rejoignent. L’indécence est à l’orchestre. Le mépris voire l’élimination de ceux qui n’ont pas la parole – femmes en lutte ou objets de violences sexuelles et migrants ou racisés ignorés, discriminés, essentialisés comme barbares – est à l’avant-scène. La dialectique opportuniste, électoraliste, libérale, vénale entend dicter une pensée : le retour sur investissement économique reste la priorité (« les immigrés qui viennent apprendre en France et repartent dans leur pays » représenteraient une perte sèche pour le pays et les films moins historiques que profitables doivent faire du bruit), au mépris de l’humanisme. De son côté, la vulgate masculiniste organise une montée de boucliers antiféministe, en orientant la pseudo-sortie de conflit vers l’attention à apporter à de fausses victimes : des hommes, blancs, en position de pouvoir et en occultant l’histoire de femmes qui ont lutté contre toutes les formes de domination de classe, de race, de sexe sans jamais, elles, anéantir ou tuer personne (le film de Polanski en est un bon exemple).

Cette dialectique est militaire. Elle floute les responsabilités et inverse les rôles. Les assaillants seraient les protecteurs et les attaqués les fauteurs de trouble, seuls responsables d’une situation pauvre en sécurité. Logique, affirmerait Andrée Michel qui a si bien analysé le lien entre système militaro-industriel, rapports de force et inégalités, notamment entre les femmes et les hommes. Aussi est-il temps d’entrer en résistance. Non ?

Joelle Palmieri, 20 novembre 2019

https://joellepalmieri.org/2019/11/20/resister-plus-que-jamais/

 

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