Ce qu’on ne dit pas quand on ne parle pas de genre

De ce riche recueil de textes féministes, je ne souligne que certains éléments.

« notre statut de femmes nous rendait poliment inaudibles, sauf qu’à vrai dire nous n’avons jamais cessé de l’être, inaudibles ». Rebecca Solnit aborde avec plein d’humour, « ces hommes qui m’expliquent la vie », les dissertations masculines « les yeux fixés sur l’horizon flou et lointain de leur propre autorité », le genre de la confiance « aussi absolue qu’agressive des ignares », l’arrogance et le doute, « douter raisonnablement est un bon moyen de se corriger, de comprendre, d’écouter et de progresser, mais le doute à trop haute dose paralyse … l’excès de confiance produit des crétins présomptueux », les tons catégoriques, la violence pour faire taire, « La plupart des femmes luttent sur deux fronts, d’un coté pour une cause donnée, et de l’autre pour avoir le droit de s’exprimer, d’avoir des idées, pour qu’on admette qu’elles sont porteuses de faits et de vérités, qu’on reconnaisse leur valeur, leur statut d’être humain », l’espace de la parole des uns et de la fermeture pour les autres, « Le but était d’aborder ces divisions qui ouvrent un espace aux hommes d’un coté en le fermant aux femmes de l’autre, un espace où parler, être entendu, avoir des droits, participer, être respecté, libre et humain à part entière »…

L’autrice parle du continuum « qui va de la petite misère sociale à la mort violente en passant par le silence forcé », du traitement des viols et des meurtres « comme un incident exceptionnel », des violences faites aux femmes jamais présentées politiquement du coté « de droits civiques ou de droits humains », de ceux qui considèrent qu’ils ont le droit de tuer, des assassins jamais désignés comme hommes, de contrôle, « le barrage érigé par certains hommes dans leur désir de contrôler les femmes », des droits des violeurs et des procès des victimes…

Je souligne les réflexions sur le FMI, « Elle s’appelait Afrique. Lui France », « Elle s’appelait Asie. Lui Europe », la conception fondamentaliste du libéralisme économique, « Elle s’appelait Afrique. Lui FMI », « Elle s’appelait Sud. Il s’appelait Consensus de Washington », le refus de traiter l’autre comme un être humain, le déni des droits les plus basiques, le droit à l’intégrité physique et à l’autodétermination… Un texte complété par la « compensation financière » versée par DSK à Nafissatou Diallo (En complément possible, Christine Delphy : Pourquoi la recherche d’un « accord » avec Nafissatou Diallo est un aveu de culpabilité de DSKpourquoi-la-recherche-dun-accord-avec-nafissatou-diallo-est-un-aveu-de-culpabilite-de-dsk/)

Rebecca Solnit analyse aussi le mariage pour tous, la « grand-mère araignée », la représentation picturale, « Il la couvre comme un drap, comme un linceul, comme un écran. Elle n’existe pas séparément », l’architecture mobile de l’enfermement, le dire et la révolte, « La capacité à raconter sa propre histoire, par des mots et des images, est déjà une victoire, déjà une révolte », des écrits de Virginia Woolf, « Woolf libère le texte, l’imagination, le personnage fictif, puis exige cette liberté pour nous-mêmes, et surtout pour les femmes », (en complément possible, Virginia Woolf : Une chambre à soion-ne-peut-persister-a-dire-mais/), l’avenir sombre et « la meilleure chose pour un avenir », les rues arpentées, la tyrannie du quantifiable, une boussole pour se perdre, Cassandre « condamnée à prédire l’avenir précisément et à ne pas être entendue », les cercles concentriques du silence, l’insuffisance du non pour les hommes, l’écriture de l’histoire par des femmes, le viol conjugal et le sexe dû aux hommes, le pouvoir du langage, « On peut utiliser des mots pour enterrer le sens ou l’amener au jour », Pandore et ce qui est resté dans la jarre : « l’espoir », ces révolutions qui n’ont jamais été ce que nous croyons qu’elles étaient…

Rebecca Solnit : Ces hommes qui m’expliquent la vie

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy

Editions de l’Olivier, 2018, 176 pages, 16 euros

Didier Epsztajn


De l’autrice :

En patriarchie, personne ne vous entend crieren-patriarchie-personne-ne-vous-entend-crier/

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