Octavia E. Butler remise à l’honneur avec Liens de sang de Damian Duffy et John Jennings

Octavia Estelle Butler, féministe noire américaine, autrice de science-fiction, est morte tragiquement il y a quelques années dans un tout bête accident de la vie quotidienne. La plupart de ses romans ont été traduits, et on doit son renouveau en France suite à la publication de son roman Liens de sang par les éditions du Musée Dapper, en 2000.

On est littéralement saisi par cette fiction où une femme noire, Dana, vivant à l’époque contemporaine au nord de Los Angeles, se retrouve par intermittence comme téléportée à la période de l’esclavage, dans le sud des Etats-Unis.

Avec toute l’omniprésence de la violence raciale et sexuelle – fouet, traque, viols, … – va-t-elle survivre ? Qu’est-ce qui la lie à Rufus, ce jeune blanc fils de propriétaire d’esclaves du XIXème siècle, qui vit dans une plantation ? Peut-elle simplement endosser « le rôle de » l’esclave ? Ses aller-retours dans le passé vont-ils conditionner son présent ? Avec quelles conséquences dans sa relation avec son mari blanc ? Et comment évoluera-t-il quand lui aussi atterrira dans les années 1830 ? Comment leurs rapports évolueront-ils ?

Aujourd’hui Liens de sang vient d’être à nouveau publié, cette fois-ci en bande dessinée, avec une magnifique adaptation réalisée par Damian Duffy et John Jennings ; et une traduction d’Ariane Bataille pour l’édition française. Tous les ingrédients qui font la particularité et la force de l’œuvre de Butler se retrouvent ici mis en image : stratégies de survie, résistances à l’oppression et complexité inter-individuelle des rapports systémiques de domination.

C’est un réel plaisir d’imaginer qu’un nouveau public va avoir accès à ce récit éminemment politique, en particulier sur les répercussions et les séquelles d’une atrocité continue sur plusieurs siècles. Comme l’écrit la préfacière de ce roman graphique Nnedi Okorafor : « C’est un récit absolument génial sur l’esclavage, non moins pertinent et « réaliste » que Incidents dans la vie d’une jeune esclave [de Harriet Jacobs], Beloved [de Toni Morrison], ou Douze ans d’esclavage [de Solomon Northup] »

Et on ne peut que saluer le travail des éditions Presque Lune qui, comme à l’accoutumé, publient leurs ouvrages avec passion et détermination.

Damian Duffy et John Jennings : Liens de sang

Traduction : Ariane Bataille

Editions Presque Lune, 240 pages, 24 €

Yeun Lagadeuc-Ygouf

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