Autogestion. L’encyclopédie internationale. Interview de Patrick Silberstein

La deuxième version de l’Encyclopédie pour l’autogestion a été publiée en e-pub en 2018. Quelles sont les raisons qui ont amené aujourd’hui les éditions Syllepse à mettre en ligne une version PDF téléchargeable gratuitement ?

Patrick Silberstein : La constitution d’une telle encyclopédie est un travail de longue haleine. Le projet s’est construit en avançant. Nous avions publié en 2010 un premier ouvrage, Autogestion, hier, aujourd’hui, demain, qui n’était pas encore conçu comme une encyclopédie et qui faisait déjà 700 pages. Il s’agissait d’un premier pavé lancé dans la mare de ceux qui avaient enterré l’autogestion à la faveur de la traversée du désert néolibéral. C’est d’ailleurs dans ce même désert que l’autogestion a retrouvé des couleurs comme pratique de résistance.

La réception de ce livre a été très bonne et les retours critiques nous ont permis d’en voir les manques et les absences criantes. Nous avons remis notre ouvrage sur le métier. Et, immanquablement, nous avons été confrontés à un problème. La nouvelle édition de ce qui était devenu L’Encyclopédie internationale de l’autogestion atteignait… 2368 pages. Pas très maniable et surtout très cher à fabriquer et donc impossible à vendre à un prix « raisonnable ». La révolution scientifique et technique – qui, je le dis au passage, sous-tend le projet autogestionnaire contemporain – est venue à notre secours. Nous avons alors décidé d’en faire un livre électronique (epub).

Avez-vous, depuis cette mise en ligne, perçu des effets sur la diffusion de l’Encyclopédie ?

PS : Malgré son prix attractif, 15 euros pour l’équivalent de 2368 pages, la version epub a buté sur la très faible utilisation de cette nouvelle forme de livre parmi notre lectorat. Nous avons alors décidé de changer de braquet et d’offrir le téléchargement gratuit de la version PDF – qui permet une certaine interactivité et des liens vers des sites, des textes et des vidéos en ligne, des entretiens, etc. – et une version papier « classique » découpée en six tomes de 400 pages environ. Et là, modestement mais sûrement, ça a commencé à décoller pour les deux versions.

Il faut tout de même avoir conscience que derrière cette gratuité, il y a des centaines d’heures de travail et des engagements financiers. Et comme il n’y a ni mécène ni investisseur privé ou institutionnel, nous espérons donc que grâce à nos lecteurs et à nos lectrices cette gratuité soit financée. Par exemple, en cotisant à l’Association ou en achetant des exemplaires papier de l’Encyclopédie qui est en vente en librairie.

La deuxième édition était bien plus volumineuse que la première édition imprimée. Des mises à jour sont-elles prévues ?

PS : Oui bien sûr. Nous allons continuer à exhumer les vieux grimoires et les expériences oubliées. Il y a aussi, bien entendu, ce qui se manifeste aujourd’hui dans les pores du monde capitaliste ou qui explose au grand jour, comme les Gilets jaunes, pour ne prendre que cet exemple. D’évidence, ils et elles ont renouvelé la préoccupation autogestionnaire en réclamant une autre démocratie, en s’attaquant directement à l’État. Le volume 7, qui paraîtra au dernier trimestre de cette année s’en fera l’écho. Le cent cinquantenaire de la Commune de Paris en 2021 sera aussi l’occasion de rappeler sa dimension de démocratie directe et autogestionnaire. À la fin de l’année 2019, il y aura donc eu sept volumes parus et nous avons en magasin suffisamment de matière pour continuer l’aventure.

Est-ce que cela signifie que les articles seront régulièrement actualisés ou bien qu’il y aura de nouvelles contributions ? 

PS : Oui et non. Ce qui a été publié a été écrit, même s’il peut y avoir des corrections à la marge de tel ou tel article. Mais il nous a semblé plus intéressant et utile de compléter telle ou telle appréciation sur une expérience que de corriger les articles qui en parlaient à l’instant T. Si l’autogestion est à la fois une stratégie et un objectif, c’est aussi un processus – pratique et théorique – qui subit des avancées, des ajustements et des reculs. L’Encyclopédie doit être le reflet de cet ensemble.

Est-il possible de faire davantage appel à des contributeurs et contributrices, tant en France qu’à l’échelle internationale ?

PS : Cela a été le cas dès le début. Et cela va continuer. Il y a évidemment des difficultés de traduction. Voilà pourquoi on trouve dans l’Encyclopédie des articles publiés dans leur langue d’origine.

Il va sans dire que l’Encyclopédie est largement ouverte à toutes les collaborations, à toutes les contributions. Nous le disons aussi aux esprits chagrins qui nous reprochent de ne pas avoir parlé de ci ou de ça : ils sont les bienvenus et il est plus constructif de nous dire « vous avez oublié tel ou tel texte de tel ou tel courant » et de nous fournir articles et documents. L’Encyclopédie est un bien commun pluriel et pluraliste.

Comment l’Association pour l’autogestion et son site pourraient intervenir dans le contenu et la diffusion de l’Encyclopédie ?

PS : Il y a toujours eu des allers-et-retours entre l’Association et L’Encyclopédie. N’oublions pas que l’Association est née à la suite de la parution de Autogestion, hier, aujourd’hui, demain, il y a aura bientôt dix ans. Le site de l’Association et l’Encyclopédie sont des boîtes à outils qui s’enrichissent mutuellement en dialoguant avec d’autres ressources, fondamentales parce qu’ancrées dans une pratique sociale de masse, et qui ont elles aussi l’autogestion au cœur de leur problématique, comme la revue publiée par l’Union syndicale Solidaires, Les Utopiques, qui a consacré son numéro 10 à l’autogestion.

De manière paradoxale, on peut dire avec une certaine assurance que malgré une conjoncture mondiale assez noire, on perçoit que la demande et la fabrique d’autogestion sont au cœur de l’activité d’une incroyable palette de mouvements sociaux, dans le monde entier. À condition de ne pas brancher son GPS sur les seuls partis politiques, notamment institutionnels, qui sont de manière générale assez en retard sur ce qu’expriment les mouvements sociaux, on constate que le « passage à vide » programmatique et stratégique de la gauche dite de transformation pourrait se ressourcer en prenant un tant soit peu en compte l’activité pratique et la production intellectuelle des forces émancipatrices, éparses et diverses. Celles-ci puisent des éléments de réflexion dans l’autogestion et renvoient d’autres éléments d’autogestion, renouvelés et reconstruits. C’est un mouvement perpétuel. L’Encyclopédie remplit là son rôle de mémoire dynamique.

Encyclopédie internationale de l’autogestion

Editions Syllepse

www.syllepse.net

www.syllepse.net/index.phtml?srub=36&lng=FR&SKEYWORD=ency

 

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