Du coté du jazz (novembre 2019)

Un coffret Cristal Records, « Incomparable ! » pour se souvenir de Nat « King » Cole

Nat « King » Cole, 100e

Nathaniel Adams Coles – le nom d’état civil de Nat King Cole – est né le 17 mars 1919 à Montgomery, dans l’Alabama. La vie est dure dans ces contrées par un enfant noir, fils de pasteur baptiste. Le racisme est au plus haut surtout contre ces vétérans qui reviennent de la Première-Guerre Mondiale. Ils se sont illustrés, les soldats noirs, cités, décorés par l’armée française sans être reconnus par l’américaine. Les lynchages sont nombreux. Le Ku-Klux-Klan renaît de ses cendres en 1915 et fait la chasse aux Noirs, aux Juifs et aux papistes.

Fréquentation de l’Église, difficile de faire autrement. Premières leçons de chant et aussi bientôt de piano et d’orgue par sa mère. Très vite la famille déménage à Bronzeville, ghetto de Chicago. Dans la ville, en ces années 1920, Earl Hines, pianiste aventureux, marque de son empreinte tous les jeunes pianistes comme Lil Hardin – future Madame Armstrong.

Nat accompagnera la revue « Shuffle Along », première comédie musicale écrite par des Noirs et jouée par des Noirs au début des années 1920. En compagnie de sa première épouse, Nadine Robinson, danseuse, il participe à l’ensemble musical de cette revue, en 1936, pour se retrouver en Californie où il va s’installer.

L’année d’après, il rencontre Oscar Moore, guitariste et Wesley Prince, contrebassiste pour former le « King Cole Trio ». Pour répondre aux volontés des patrons de boîtes dans lesquelles se produit le trio, King Cole chantera. Avec difficulté. Il est bègue et toutes les photos montrent sa grande bouche. Il arrivera à maîtriser son handicap à la manière, suivant la légende, de Démosthène en mettant des cailloux dans sa bouche. Le trio marque son temps. Les premiers enregistrements, en 1940, seront pour le label Decca. On y trouve déjà « Honeysuckle Rose » – composition de Fats Waller – et « Sweet Lorraine ». En 1943, année décisive, il grave pour le label indépendant en ces temps, Capitol, des thèmes qui resteront pour l’éternité. Il fait la démonstration d’abord de son art pianistique singulier qui s’inspire de Earl Hines pour lui faire franchir des limites essentielles qui ouvriront la voie aux pianistes be-bop tel Bud Powell. Le trio lui-même fait des émules. Art Tatum, le « Dieu du piano », en construit un avec Slam Stewart à la contrebasse et Tiny Grimes à la guitare, à quatre cordes pour ce musicien qui engagera Charlie Parker en 1944.

Plus tard, seule sa voix comptera. Elle lui permettra de vendre des millions de disques, de devenir riche. Il restera attaché par toutes les fibres de son corps au jazz et au piano. En 1956, il fera un retour avec « Route 66 » et aura une émission de télé, « The Nat King Cole Show ». La chaîne de télé l’obligera à se blanchir le visage… Sans parler des agressions, de son engagement dans la campagne de Kennedy…

La vogue du rock obère sa popularité. Comme pour tous les « crooners ».

Le 15 février 1965 la fumée – de cigarettes – l’enveloppera pour une disparition à laquelle personne ne pouvait croire.

Pour son 100e anniversaire, Claude Carrière et Cristal Records proposent un coffret de trois CD répartis en « The Voice » – le crooner pour l’essentiel -, « The Trio », surtout les faces Capitol au détriment des autres et « The Piano » pour se rendre compte de l’inestimable improvisateur qu’il fut et oublié trop souvent. Tel que ce coffret donne d’abord l’envie d’en écouter plus pour faire resurgir Nat « King » Cole, le sortir de ce brouillard tabagique.

N’hésitez pas. Ce centenaire saura vous émouvoir et vous époustoufler.

« Nat King Cole Incomparable ! », une sélection et présentation de Claude Carrière, Coffret de trois CD, Cristal Records distribué par Sony Music


Céline Bonacina propose de voler

S’envoler en dansant

L’album est signé : « Fly Fly » – vole vole » – « to the Sky » surligne une composition du contrebassiste Chris Jennings, vers les cieux pour rejoindre, pourquoi pas ?, Charlie Parker, « Bird ». A considérer les titres des compositions – de la plume de Céline Bonacina comme de celle de Chris – il est question de murmure d’anges et d’ange gardien en se situant du « Haut de là » résultat à ne pas douter d’une « Ivre sagesse » ou d’un « Vide fertile » et un peu « Bordeline ». La référence, du coup, s’imposait à Ornette Coleman et à son album « Friends and Neighbours » (1970). Le tout sur fond de musiques de La réunion pour faire danser toutes ces influences, toutes ces références. Le saxophone baryton ne s’en laisse pas compter qui s’échappe, s’écharpe avec les thèmes pour faire surgir des mélanges subtils et grossiers qui permettent d’aller voir ailleurs. Le soprano, manié aussi par Céline, veut aussi sa place sans pouvoir concurrencer le baryton qui tient la timbale.

Une musique joyeuse quoi n’empêche la lucidité sur ce monde tel qu’il ne va pas. Pour agrémenter le trio, complété par Jean-Luc Di Fraya aux percussions, Céline a fait appel au guitariste Pierre Durand qui sait épaissir le brouillard pour faire hésiter entre rire et colère ou, peut-être, faire pénétrer dans les méandres du rire de la colère.

Ces quatre là savent faire grossir le désir de danser, de s’envoler loin d’une réalité grise, pour retrouver les couleurs merveilleuses d’un ara de fête.

Céline Bonacina : Fly Fly, Cristal Records distribué par Sony Music.


Chloé Perrier et son cœur français

Du neuf dans du vieux.

Chloé Perrier, chanteuse et actrice, livre un album qui devrait faire jaser. Reprendre des chansons françaises devenues des standards américains – eh oui ça existe – pour se les approprier ressemble à un tour de force tout en souplesse.. Elle donne l’impression que « Petite fleur » – une sorte de bonus à la fin de l’album – « Ménilmontant », « La vie en rose », « Que reste-t-il de nos amours ? », « J’ai deux amours » et quelques traductions de thèmes connus qui permettent de leur donner une nouvelle jeunesse ont été écrits pour elle. Des arrangements intelligents et subtils dus au guitariste de l’ensemble, Aki Ishiguro renforcent cette impression. « French Heart », cœur français, déclare Chloé Perrier et il ne faut pas la laisser sans réponse.

Les sensations se mélangent pour procurer un plaisir curieux fait de mémoires, de souvenirs et de connaissances. Jim Robertson, bassiste, Rodrigo Recarbarren, batteur, Caroline Bugala, violon et John Hunt, clarinette portent leur part de responsabilité dans la réussite de ces rencontres.

Aucune nostalgie, même si chacun-e laisse percevoir ses influences, seulement la joie de se retrouver comme au coin du feu pour improviser un conte adapté à notre temps.

Chloé Perrier : French Heart jazz band, Jazzheads

Nicolas Béniès

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.