Chili : Cinq textes

Chili : rébellions populaires au royaume du néolibéralisme

Après Haïti et l’Équateur, voilà que c’est au tour du Chili de s’embraser et de connaître des manifestations populaires massives dénonçant les hausses des prix des transports ou du coût de la vie, décrétées par des gouvernements de droite. Et voilà que, comme ailleurs, le gouvernement néolibéral du président Piñera y répond par la répression. Mais à quel prix ?

Tout a commencé à Santiago, avec cette étincelle qui a enflammé le tout : une augmentation de 30 pesos du prix du passage du métro (de 800 à 830 pesos), mais annoncée avec une telle suffisance, et dans un contexte d’exaspération sociale diffus, qu’il n’en fallut pas plus aux jeunes du secondaire pour collectivement occuper le métro et refuser de le payer en sautant allégrement par-dessus ses tourniquets. Et, il faut le noter, avec la sympathie bienveillante de larges secteurs de la population : écho des difficultés grandissantes des classes moyenne et populaire, exaspérées d’un côté par la hausse généralisée du coût de la vie ajoutée à des coupes dans l’éducation et la santé, et de l’autre par la croissance sans frein des inégalités. D’après les chiffres de la CEPAL, en 2017 les 50% des ménages les plus pauvres ont accédé à 2,1% de la richesse nette du Chili, tandis que le 1% le plus riche détenait 26,5% de la richesse.

La spirale de la répression

Puis, il y a la spirale de la répression policière qui s’enclenche d’abord dans le métro, violente et sans discernement, contre de jeunes élèves aux abois, poussant la population à descendre spontanément dans la rue et à se lancer dans les premiers concerts de casseroles résonnant à l’échelle du pays entier.

Devant ces réactions populaires massives et inattendues, le président Piñera – montant en épingle des actes de vandalisme perpétrés dans le métro de Santiago et des supermarchés de la capitale – va jouer la carte du défenseur de « la loi et l’ordre », exacerbant toutes les tensions existantes. Il déclare pour 15 jours l’État d’urgence dans la région métropolitaine de Santiago et plusieurs grandes villes du Chili. Il décrète aussi, puis reconduit, le couvre-feu à Santiago et d’autres villes du pays. Et surtout, il va faire descendre, en soutien à la police, l’armée dans la rue, responsable désormais du maintien de l’ordre, le tout sous la gouverne du général Iturriaga del Campo, un homme réputé pour sa fermeté et sa fidélité à l’époque au régime du général Pinochet. Le bilan est lourd : avec plus de 20 000 militaires et policiers dans les rues, on comptait déjà le 23 octobre, selon l’Institut national des droits de la personne, 18 morts (dont sept dans des incendies allumés dans des supermarchés, et plusieurs tués par les forces de l’ordre), 269 blessés et 1 900 personnes arrêtées.

Un véritable bras de fer

Rien d’étonnant alors si la situation semble dangereusement se tendre, d’autant que le président Piñera, ayant tardé à prendre conscience de l’ampleur d’une contestation sociale se répandant d’un bout à l’autre du pays (il affirmait début octobre que le Chili était « un oasis » en Amérique latine), souffle depuis le chaud et le froid. Après avoir justifié sans vergogne ses politiques répressives (« le pays est en guerre contre un ennemi puissant et implacable »), le voilà maintenant qui appelle à la négociation avec les forces politiques du pays et même « demande pardon » au peuple chilien, mettant en avant, outre l’abandon de la hausse des prix du métro, l’augmentation du salaire minimum et de la retraite ainsi que le gel des tarifs de l’électricité et la réduction du salaire des parlementaires.

Mais sans que cesse pour autant une répression dure et systématique (rappel officiel des réservistes, nombreux cas d’abus et d’arrestations arbitraires, utilisation documentée d’agents provocateurs participant aux incendies et pillages, etc.). Et surtout sans que cela ait empêché les grands mouvements sociaux et les principales organisations syndicales du Chili de paralyser le pays le 21 octobre, puis d’appeler avec succès et pacifiquement à une grève générale très suivie les 23 et 24 octobre, notamment dans les grands ports du pays. Et cela, malgré l’état d’urgence, les couvre-feux et la présence de l’armée dans les rues.

Il se joue donc au Chili un véritable bras de fer dont, à l’heure actuelle, il est bien difficile de prédire le résultat exact. Sauf que, cette fois-ci, ce bras de fer prend des dimensions insoupçonnées et redoutables. Comme si, dans la mémoire du peuple chilien, se réfractaient soudain 46 ans de vie sociale et politique et qu’on se retrouvait d’un seul coup en 1973 face aux formidables aspirations de justice sociale de l’Unité populaire de Salvador Allende, pourtant étouffées dans le sang par le régime militaire du général Pinochet. Laissant voir se rouvrir toutes les blessures du passé, toutes les pesanteurs, mais aussi les indéracinables espoirs d’une histoire qui n’en finit pas de se rappeler à la mémoire des vivants d’aujourd’hui.

Pierre Mouterde, Le Devoir, 25 octobre 2019

http://alter.quebec/chili-rebellions-populaires-au-royaume-du-neoliberalisme/

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« Ce ne sont pas 30 pesos, ce sont 30 ans »

L’augmentation des tarifs du métro – principal moyen de transport public dans la capitale chilienne – et les déclarations insultantes des ministres sur les besoins sociaux ont été la goutte qui a fait déborder le vase dans la société chilienne. Avec elles, ont commencé les manifestations il y a plus d’une semaine dans les rues de plusieurs villes du pays.

« Ce ne sont pas 30 pesos [l’augmentation du billet de métro a été fixée à 830 pesos aux heures de pointe, soit plus d’un euro], ce sont 30 ans ». C’est ce que dit l’un des multiples messages, devenu viral sur les réseaux sociaux, en référence à l’augmentation de 30 pesos du prix du métro et aux 30 ans de « transition vers la démocratie ». Une transition convenue entre les partis politiques (tous, sauf le Parti communiste, qui à l’époque était encore illégal) et le régime militaire et qui fut approuvée lors du plébiscite sur la réforme de la Constitution de 1989. C’est précisément cette démocratie convenue, ce pacte d’une démocratie sous tutelle et menottée aux piliers dictatoriaux inscrits dans la Constitution de Pinochet, encore en vigueur dans le pays, qui est à l’origine de l’énorme malaise contenu, qui explose maintenant avec une force inhabituelle.

La surexploitation de la main-d’œuvre, avec des salaires bas contenus par le déni de toute négociation collective sectorielle et des entraves au droit de grève ; la privatisation des ressources naturelles et ce cas unique dans le monde où l’eau est un bien privé ; l’absence d’un système de sécurité sociale qui s’exprime dans la gestion privée et lucrative de l’épargne individuelle des retraites par les administrateurs des fonds de pension fonctionnant par capitalisation individuelle (AFP) ; le démantèlement de l’enseignement public et l’énorme endettement pour éducation qui limite l’accès à l’enseignement supérieur sont quelques-uns des piliers d’un système issu de la dictature et qui sont maintenus et consolidés par les gouvernements du duopole [duopolio] [1] avec, comme résultat, un Chili affichant des indices macroéconomiques qui le placent dans le club des pays à revenu élevé, mais avec des inégalités énormes, insoutenables.

Cette inégalité n’est pas seulement économique, elle est aussi d’ordre juridique. La consolidation progressive d’une justice pour les pauvres et d’une autre pour les riches s’exprime très souvent dans les amnisties fiscales récurrentes [perdonazos tributarios] et les pénalités dérisoires pour l’élite économique et politique. Aucune des personnes récemment reconnues coupables de financement illégal de partis ou de collusion d’entreprises avec des partis n’a été condamnée à une peine d’emprisonnement, mais seulement à des amendes beaucoup moins élevées que les gains issus du crime. La figure du président de la république (Sebastián Piñera) reflète cette réalité : un homme d’affaires qui a fait fortune grâce à l’évasion fiscale et qui n’a jamais payé pour cela.

Une lueur d’espoir ?

Et puis ont commencé les « évasions du métro » [prendre le métro sans payer le ticket, en sautant par-dessus les portillons] par les lycéens, les mêmes acteurs de la révolution des pingouins de 2006 [référence à la couleur des uniformes, manifestations convoquées par les étudiants du secondaire contre la privatisation de l’éducation] et du mouvement étudiant de 2011 ont été les protagonistes des premières manifestations, des manifestations qui se sont ensuite étendues à de larges secteurs de la population et à toutes les régions du pays.

L’explosion sociale de ces jours d’octobre exprime la rage accumulée depuis si longtemps, et pour bien des raisons. C’est une rage contre les abus, contre l’injustice quotidienne et contre la frustration du bien-être que la consommation est censée nous apporter mais qui n’existe pas; car la vérité est que « le modèle » prend appui sur la base d’une pression énorme et constante sur les travailleurs et les familles qui s’endettent pour satisfaire les besoins les plus fondamentaux. Comme l’ont déclaré de nombreux universitaires et spécialistes ces jours-ci, la pression était déjà excessive et ne pouvait qu’exploser : « Les élites ont trop serré l’étau. »

L’absence de légitimité de l’autorité de l’Etat se manifeste aujourd’hui par le mépris du couvre-feu [l’état d’urgence a été déclaré le vendredi 18 octobre] : les quartiers ont continué à manifester leur rejet de la militarisation et de la criminalisation de la contestation sociale. Et cela semble être une lueur d’espoir, on peut sortir de cette crise en faisant un pas vers une plus grande justice sociale.

Mais le contraire peut aussi se produire. La protestation populaire est désorganisée, tout comme l’explosion de rage. Elle n’a pas de direction claire, pas de programme de revendications et aucun acteur politique, pas même les partis traditionnels de gauche [Parti communiste] ou les nouveaux [Frente Amplio, Front élargi] n’ont de légitimité pour s’ériger en représentants de ce malaise.

Le plus inquiétant est que la gestion de la crise faite par les élites, que ce soit par incapacité ou de manière délibérée, cherche à créer un scénario de chaos et à construire un ennemi interne, un fantôme qui permettrait de justifier un « état de guerre », de rétablir l’ordre public comme objectif supérieur auquel pouvoir subordonner toute autre exigence populaire légitime. Les déclarations initiales de Piñera, qui proclame « nous sommes en guerre », ne peuvent être plus éloquentes sur cette volonté de mettre fin à la protestation populaire par la force [2].

Dans cette même optique, les médias apportent une fois de plus une contribution inestimable au gouvernement en mettant exclusivement l’accent sur le pillage, propageant ainsi un sentiment d’insécurité dans les mêmes quartiers qui se soulèvent, alimentant ainsi la version officielle du conflit. Le résultat prévisible d’une telle insistance est une situation politique nationale dans laquelle l’ultra-droite est renforcée et la crise structurelle est désactivée, ne serait-ce que temporairement, avec un nombre élevé de morts [3].

Au cinquième jour des manifestations de masse, la protestation ne semble pas encore avoir une direction claire. Tout reste à définir. Les convocations des étudiantes et de la coordonnatrice féministe 8M [8 mars, Journée internationale pour les droits des femmes] à se mobiliser, les grèves des travailleuses portuaires et du secteur minier déjà en cours, les appels à des grèves sectorielles et générales dans les jours à venir seront décisifs pour la suite des événements [autrement dit, les mobilisations appelées par diverses forces pour la fin de la semaine].

Les acteurs déjà constitués et qui ont joué un rôle de premier plan dans les revendications structurelles de la population ces dernières années, comme le mouvement pour les retraites, l’éducation publique, la santé, la réappropriation de l’eau, entre autres, ont la possibilité de devenir les représentants socialement légitimes pour présenter un programme minimum et une feuille de route, avec les forces politiques anti-néolibérales, en permettant une sortie vers plus de justice sociale ou, autrement dit, mettre fin à l’héritage dictatorial. Il reste à savoir si nous serons en mesure d’aller de l’avant, d’aller plus loin.

Karol Morales

Karol Morales, sociologue chilienne travaillant à l’Institut de recherche universitaire pour le développement social durable de l’Université de Cadix et membre de la Coordinadora No Más Afp [association qui milite contre les retraites gérées par des fonds de pension et pour un système de retraites par répartition, géré par l’État].

Article publié dans l’hebdomadaire Brecha, le 24 octobre 2019 ; traduction par Ruben Navarro pour A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/chili/chili-ce-ne-sont-pas-30-pesos-ce-sont-30-ans.html

En castillan : https://vientosur.info/spip.php?


[1] Il est fait référence aux deux coalitions de partis politiques [la droite, Alianza por Chile, et l’ancienne Concertación de centre-gauche] qui ont participé aux pactes de transition et garanti l’administration du modèle hérité de la dictature par le système électoral binominal. (Réd.)

[2] Le mardi 22 octobre au soir – au terme d’une cinquième journée de manifestations massives dans les grandes villes du pays –, Sebastian Piñera s’est adressé pour la seconde fois à la population au cours d’une déclaration télévisée. Il a rétropédalé, tout en maintenant l’état d’urgence : « Nous avons entendu la voix de ceux qui ont exprimé leur douleur et leurs espoirs… Nous n’avons pas été capables de reconnaître l’ampleur de cette situation d’inégalités et d’abus. Je vous demande pardon pour ce manque de vision ». Implorer le pardon n’a pas mis fin aux mobilisations qui exigent, entre autres, le départ des militaires qui occupent les rues, les places et les stations de métro. (Réd.)

[3] Selon l’institut chilien des droits de l’homme, un organisme public indépendant, en date du 25 octobre, plus de 2 500 personnes ont été arrêtées en une semaine, des centaines de manifestants blessés, et cinq personnes auraient été tuées par les forces de l’ordre. Le principal syndicat chilien de médecins, dont fait partie Enrique Morales, s’alarme de la gravité des blessures constatées dans les hôpitaux : « Les chiffres que nous avons compilés sont terribles : 43 personnes au moins ont été blessées aux yeux, avec perte de vision, et des séquelles à vie. » 

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« Le président Piñera en guerre contre son propre peuple »

Le Chili est considéré depuis des décennies comme l’exemple le plus clair de la stabilité possible en Amérique du Sud lorsque les politiques néolibérales sont adoptées et mises en œuvre comme s’il s’agissait de principes religieux. Le pays est maintenant dans une situation de rébellion ouverte. Cette révolte a explosé au Chili précisément à la suite des conséquences de ces mêmes politiques.

Le président Sebastián Piñera et la répression brutalement violente du gouvernement chilien ont fait au moins 18 morts. Plus de 5 000 personnes ont été détenues ou arrêtées. Il y a littéralement des centaines de vidéos d’actions militaires et policières effroyablement vicieuses contre la population chilienne qui circulent sur les médias sociaux. Les tactiques de plus en plus désespérées de couvre-feu, d’état d’urgence, de répression, de dénigrement public des manifestants qualifiés de criminels ainsi que la violence sans réserve font descendre chaque jour plus de gens dans les rues. Chaque intensification de la répression fait que les rues se remplissent d’encore plus d’énergie le lendemain. Et cette énergie est déjà incroyable.

Jeudi 24 octobre, plus de 20 ports ont été bloqués par les dockers. Aujourd’hui et demain, les syndicats de tout le pays ont réclamé et organisent activement une grève générale.

Comment tout cela pourrait-il être une réponse à une augmentation de 30 pesos des tarifs des transports publics [1] ? Bien sûr que non. Mais le transport coûte cher. Un travailleur au salaire minimum à Santiago paie jusqu’à 15% de son salaire dans les transports publics s’il prend le bus ou le métro deux fois par jour. Dans un pays où plus de la moitié de la population gagne moins que le salaire minimum officiel. Mais bien sûr, toute rébellion d’une telle ampleur et d’une telle profondeur nécessite beaucoup plus de carburant.

La guerre des classes vue d’en haut

Depuis la dictature militaire des années 1970, le Chili a été le plus fidèle adhérent à la politique néolibérale de l’école de Chicago, dite « guerre de classes d’en haut ». Il existe une variété d’héritages réels et substantiels de cette époque qui alimentent directement la rébellion actuelle. Les « miracles de la privatisation»  de Thatcher et Reagan ont été modelés sur les expériences chiliennes qui ont débuté à l’époque de Pinochet.

Presque tout ce qui était public a été privatisé en tout ou en partie. Comme aux Etats-Unis et dans de nombreux pays d’Amérique latine, il existe au Chili un système de santé publique activement miné, faible et fragmenté. Mais ceux qui peuvent se le permettre paient une part importante de leurs revenus pour des plans de santé privés afin de ne pas faire partie des milliers de Chiliens qui meurent chaque année en attendant un traitement médical. Comme au Canada, les étudiants doivent payer des frais de scolarité élevés pour étudier à l’université et ils obtiennent leur diplôme avec une dette qui prend régulièrement plus d’une décennie pour que les diplômés et leur famille puissent rembourser.

Le système de retraite est complètement privatisé [système par capitalisation individuelle]. Dans le cadre d’efforts politiques mal dissimulés visant à reproduire le modèle, les économistes présentent le modèle chilien des « administrateurs de fonds de pension » (AFP), capitalisés individuellement, comme un grand succès dans toute la région. Ce système a été mis en place sous la dictature. Elle est gérée par des entreprises privées qui « se prêtent » l’argent de la caisse de retraite des travailleurs ! Ces entreprises peuvent s’approprier tous les gains pour elles-mêmes et répercuter les pertes sur les travailleurs. Le système laisse les retraités dans la misère. Les syndicats et d’autres groupes mènent depuis des années des campagnes pour changer ce système. Piñera a des propositions actuellement en cours d’examen par le Sénat pour donner encore plus de ressources à ces entreprises.

Les habitants de Santiago paient des factures d’eau parmi les plus élevées du continent et font face à des pénuries chroniques. Le réseau d’eau a été complètement privatisé sous Pinochet. Exactement le modèle promu par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Aujourd’hui, les trois quarts des Chiliens soutiennent le retour de la propriété publique de l’eau.

La Constitution nationale et le régime des droits des travailleurs au Chili ont également été créés sous la dictature militaire. De nombreux syndicats sont faibles et fragmentés par la loi. Avec un faible pouvoir de négociation, les heures de travail sont longues, les vacances sont rares et l’exploitation intense. Le seul pays de la région où les inégalités sont les plus marquées est le Brésil (le Chili est en concurrence avec la Colombie pour le titre de deuxième place). Exactement le pays où le président actuel essaie de reproduire les politiques chiliennes.

Même si les Mapuches (le principal groupe de peuples indigènes du Chili) n’ont jamais formellement cédé à l’Etat colonial, la violence systématique dirigée contre ces peuples est implacable depuis des siècles et ses effets ont été exactement ceux prévus. La violence publique et privée contre les peuples indigènes se poursuit aujourd’hui dans un contexte semblable à celui du Canada, où de nombreux peuples indigènes sont considérés comme des obstacles gênants à de très rentables « ressources naturelles ».

Guerre de classes d’en bas

Ainsi, la réaction immédiate de certains organisateurs intelligents, jeunes et stratégiques à la hausse des tarifs du transport en commun a été d’organiser une campagne « Sautez par-dessus le tourniquet» . La campagne a démarré immédiatement. La réaction du gouvernement a été de militariser les stations de métro et de réprimer violemment le mouvement. Lorsque cela n’a pas fonctionné, la police a fermé les stations aux heures de pointe. Les travailleurs qui rentraient chez eux et qui se voyaient interdire l’accès aux gares se sont joints aux manifestations de plus en plus nombreuses.

La police de Santiago a complètement perdu le contrôle à la fin de la semaine dernière lorsque 16 stations de métro et le quartier général de la multinationale énergétique italienne Enel ont été incendiés. Plusieurs autres bâtiments publics et privés et de nombreux véhicules ont été incendiés, dont Walmart. L’armée a été mobilisée et l’état d’urgence a été déclaré. Un couvre-feu a été décrété. Cela a été considéré comme particulièrement scandaleux parce que cet héritage de la dictature militaire n’a jamais été remis en question au Chili.

Alors que Piñera donnait l’ordre d’intensifier la répression dans les rues, l’Institut national des droits de l’homme du Chili a signalé une série d’abus et de violations graves par les forces de sécurité dans tout le pays. « Des rapports font état d’un usage excessif de la force au moment de la détention, de harcèlement injuste des adolescents, de mauvais traitements, de coups au visage et aux jambes, de torture, de dépouillement des femmes et des hommes, de violations sexuelles et d’autres violations. » La réponse du président a été de déclarer ouvertement que le Chili « est en guerre », enflammant une fois de plus la population. Presque immédiatement, un haut général [2] a déclaré publiquement qu’il n’était en guerre avec personne.

Les couvre-feux ont été ouvertement défiés alors que des milliers de manifestations décentralisées se déroulaient dans les quartiers populaires et de classe moyenne de toutes les grandes villes du pays. Des manifestations de cette colère s’expriment maintenant dans toutes les régions du pays, tant dans les grandes villes que dans les zones rurales. Les partis politiques traditionnels et la vieille gauche socialiste au Chili ont été totalement incapables de donner des directives aux mouvements ou de les diriger.

Piñera a promis des concessions de plus en plus nombreuses [environ 20] depuis lundi [3]. Il a d’abord annoncé la révocation de l’augmentation des tarifs, puis, après avoir finalement accepté qu’il ne s’agissait pas de tous les tarifs de transport en commun, il a rapidement proposé une augmentation de 20% pour les retraites les plus basses et l’inclusion de certains traitements médicaux coûteux dans le système public. Le tout sans aucun effet. Les manifestations et maintenant les grèves générales continuent à se développer en force.

La seule réponse de l’Etat a été la répression avec près de 10 000 soldats dans les rues des villes du nord au sud du pays. L’Institut national des droits de l’homme enquête actuellement sur un centre de torture temporaire que les militaires ont construit dans une station de métro fermée. Il semble que la dictature au Chili n’ait jamais vraiment disparu. Mais il est vrai aussi que la résistance n’a jamais disparu non plus. La rage populaire se consolide dans ce courage et cette confiance qui mènent à l’affirmation que l’action collective fonctionne, même dans les moments politiques les plus répressifs. Le mythe selon lequel des politiques néolibérales bien mises en œuvre assureront la stabilité et la croissance économique est mort. Adelante !

Euan Gibb

Euan Gibb travaille pour le syndicat Public Services International (PSI). Il est basé à São Paulo.

Article publié sur le site canadien The Bullet, en date du 25 octobre 2019; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/chili/chili-le-president-pinera-en-guerre-contre-son-propre-peuple.html


[1] Réaction face à l’augmentation du prix des billets de métro, le fixant à 830 pesos, soit plus d’un euro aux heures de pointe, ce qui représente une somme très importante par rapport aux revenus de la majorité de la population qui est contrainte à de longs déplacements liés aux restructurations socio-urbaines des dernières décennies, dans une métropole concentrant 7,6 millions d’habitants ; des études indiquent qu’un sixième des revenus d’une famille moyenne est dédié aux transports. (Réd. A l’Encontre)

[2] Il s’agit du général Javier Iturriaga del Campo, considéré comme inflexible. C’est le neveu de Pablo Iturriaga Marchese, un haut militaire de la dictature qui a été jugé comme responsable de la disparition de nombreux militants, entre autres d’Omar Venturelli, dirigeant du MIR. (Réd. A l’Encontre)

[3] Le mardi 22 octobre au soir – au terme d’une cinquième journée de manifestations massives dans les grandes villes du pays –, Sebastian Piñera s’est adressé pour la seconde fois à la population au cours d’une déclaration télévisée. Il a rétropédalé, tout en maintenant l’état d’urgence : «Nous avons entendu la voix de ceux qui ont exprimé leur douleur et leurs espoirs… Nous n’avons pas été capables de reconnaître l’ampleur de cette situation d’inégalités et d’abus. Je vous demande pardon pour ce manque de vision ». Implorer le pardon n’a pas mis fin aux mobilisations qui exigent, entre autres, le départ des militaires qui occupent les rues, les places et les stations de métro. Piñera a ajouté: « Aujourd’hui, nous nous sommes réunis avec les présidents de partis politiques qui ont accepté notre invitation au palais présidentiel [le PC et d’autres forces de gauche ont refusé cette réunion] pour chercher ensemble à contribuer à un grand accord national qui nous permette de mettre en place et avec grande urgence un important agenda social ». Dans cet agenda ressortent: une hausse de 20% des pensions de retraite les plus basses, une revalorisation du salaire minimum, le gel des tarifs d’électricité, la baisse des salaires des parlementaires, une augmentation des impôts pour les plus fortunés. En relation avec la revendication de retrait de l’armée déployée dans les grandes villes, Piñera a affirmé : « En tant que président du Chili, je me dois de ne lever l’état d’urgence que lorsque je serai certain que l’ordre public, la tranquillité, la sécurité des Chiliens, et la protection des biens publics et privés, sera respectée ».

Il faut rappeler que, durant les six derniers jours de mobilisation, les revendications de démission du chef de l’Etat et de changement de la Constitution ont occupé une place significative. Ce qui suscite l’interrogation suivante : comment ces « concessions » seront accueillies, dans la période à venir, par un secteur important de la population. (Réd. A l’Encontre)

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Chili : dix huit millions de « vandales »

La caste politique du Chili s’accroche au pouvoir et fait appel à un strip-tease scandaleux et pleurant qui expose les privilèges qui, il y a une semaine, se définissaient comme des « droits » intouchables. Les larmes de crocodile coulent en abondance dans le but de convaincre que « nous avons entendu la voix du peuple ».

La générosité touchante – mais tardive – de l’élite tente de calmer la rébellion. Cependant, la manifestation ne cède ni à la louange ni à la répression brutale qui fait déjà 20 morts, plus de 300 blessés, 2 000 détenus et un nombre indéterminé de personnes disparues.

Les administrateurs de l’Etat n’admettent pas qu’ils manquent de légitimité pour établir un dialogue avec la rébellion populaire. Leurs mesures coercitives, quant à elles, sont fondées sur des violations des droits de l’homme et provoquent une plus grande répudiation du gouvernement, de la police et des forces armées.

L’insurrection ne reconnaît pas l’autorité du gouvernement ou du Congrès, car ils ne représentent pas la souveraineté du peuple. Ils sont le produit du modèle que la rue répudie. La « classe politique » représente seulement 40% des citoyens. L’abstention électorale – message muet de cette crise que les partis n’ont pas pu entendre – constitue la majorité dans la rue. À cela s’ajoutent de vastes secteurs secoués par la tutelle des partis et des chapelles idéologiques.

En décembre 2017, Piñera a été élu avec 3 millions 800 000 voix … sur une liste électorale de plus de 14 millions. Il a assumé la présidence en représentant une fraction minoritaire de citoyens et, en moins de deux ans, son soutien est devenu du sel et de l’eau.

La représentativité du Parlement est encore moindre. Le cas paradigmatique est une sénatrice – Carmen Gloria Aravena Avendaño – élue par 4 200 voix, soit 1,2% de sa circonscription. Le président du Sénat, Jaime Quintana – deuxième autorité de l’État, ne représente que 10,2% des électeurs de sa région. Le président de la Chambre des députés, Iván Flores, a quant à lui été élu avec seulement 9,5% des voix.

Au niveau municipal, la situation est encore pire. Lors de l’élection des maires et des conseillers municipaux de 2016, l’abstention a atteint 65%. Il y a des maires qui « représentent » moins de 10% de l’électorat.

Cette « démocratie » vide de contenu explique pourquoi la rébellion n’accepte pas l’autorité d’institutions moralement inexistantes, ni ne reconnaît comme interlocuteurs les administrateurs de ces vestiges fantomatiques de l’institutionnalité. Les menaces des secteurs politiques de détourner le torrent populaire vers les moulins à partis n’ont donné aucun résultat.

La criminalisation de la crise par le gouvernement et les médias n’a pas réussi à entamer la force morale du mouvement qui continue à s’exprimer massivement et pacifiquement. Cette véritable insurrection non armée témoigne d’une créativité artistique et culturelle vigoureuse. Il possède même des expressions ingénieuses d’humour dans les réseaux sociaux. Les actes de vandalisme qui lui sont attribués – d’origine aussi suspecte que les incendies du métro et des supermarchés – sont totalement étrangers à l’esprit qui encourage les marches de masse et les caceroleos auxquels participent des familles complètes de secteurs sociaux très divers, jumelés dans une vaste rejet frontal des abus du néolibéralisme. Les actes de vandalisme qui ont eu lieu rappellent l’explosion sociale des 2 et 3 avril 1957. La police a libéré des centaines de criminels et détruit des biens publics et des entreprises privées à Santiago et à Valparaíso. Les attaques incendiaires de cette semaine affectent davantage la ville que les propriétaires des entreprises pillées et incendiées. La chaîne nord-américaine Walmart des supermarchés Líder et le groupe Solari Falabella de Sodimac ne perdront pas un sou. Ils ont une assurance pour tous les événements qui les protègent contre le vol, le pillage, les incendies, les attaques terroristes, les catastrophes naturelles, etc. Les coûts élevés de ces assurances ne sont pas payés par ces entreprises, car ils sont transférés aux prix et aux tarifs appliqués aux consommateurs et aux utilisateurs. Les attaques incendiaires de cette semaine affectent davantage la ville que les propriétaires des entreprises pillées et incendiées.

Des millions de « vandales » ont fait du Chili un pôle dans la lutte contre l’injustice, les inégalités et les inégalités. Les « vandales » rejettent la violence criminelle contre les petits et moyens marchands. Les « vandales », en revanche, sont mobilisés pour un changement radical du modèle économique et social sur lequel reposent les institutions de l’État. Un changement culturel du comportement social est en cours, dont la victoire permettrait de briser les barrières de l’inégalité et de la discrimination. La nécessité urgente de convoquer une assemblée constituante se dessine avec force.

Manuel Cabieses Donoso, Punto Final, 15 octobre 2019

https://www.puntofinalblog.cl/blog/18-millones-de-v%C3%A1ndalos-exigen-asa Assembly-constituyente

http://alter.quebec/chili-huit-millions-de-vandales/

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Appel d’universitaires francophones pour le Chili

Chères toutes et tous,

Nous avons rédigé ce texte depuis Santiago, où se déploie une mobilisation considérable dans laquelle nos collègues universitaires sont impliqués. Nous proposons de manifester notre soutien en tant que membres de la communauté universitaire transnationale dont nous faisons tou.te.s partie. Vous pouvez signer au nom de collectifs scientifiques et culturels de toutes sorte : établissements, UFR, ED,  labos, revues, associations, collectifs.

Une signature de ce texte est possible à cette adresse : https://bimestriel.framapad.org/p/chili-soutien-universitaire-2019

Une version en espagnol de l’appel est disponible à cette adresse/La versión en español de la convocatoria está disponible en la siguiente dirección :

http://indiscipline.fr/academicos-para-chile/

Merci de faire circuler cet appel dans vos réseaux.

Bien amicalement

Joëlle Le Marec et Antoine Faure

 

Universitaires pour le Chili

Depuis le 18 octobre 2019, le Chili connait un soulèvement populaire dans tout le pays. C’est une mesure d’augmentation du prix des tickets de métro qui a catalysé une immense colère dirigée contre un modèle économique, mondialement vanté comme montrant le succès des doctrines ultralibérales, mais qui se traduit par des inégalités continuellement aggravées et des services publics entièrement passés au privé : « no es por treinta pesos, es por treinta anos » (ce n’est pas pour les trente pesos d’augmentation du tarifs des transports, c’est pour les trente années de politiques ultralibérales). Le président Pinera a décrété l’état d’urgence, le couvre-feu, et a demandé à l’armée d’assurer le maintien de l’ordre. Les militaires sont donc dans la rue jusqu’au samedi 26 octobre, jour où couvre-feu et état d’urgence ont été levés, avant qu’une commission de l’ONU ne vienne visiter la capitale et faire un état des lieux.

Le Chili déplore déjà au moins 18 morts dont au moins 4 par balles, et l’Institut chilien des droits de l’Homme a déjà dénoncé de nombreuses violations des droits. La quasi-totalité des stations de métro a été incendiée, dans des circonstances qui ne sont toujours pas éclaircies. Le mouvement va très au-delà de cette vague d’incendies, et du nord au Sud du pays, des manifestations énormes ont rassemblé un très grand nombre de chiliens indifférents à la peur.

Le 21 octobre, à l’Université de Santiago de Chile, au cours de l’assemblée tristamentale (enseignants, administratifs et étudiant.e.s), la communauté universitaire a consacré une partie de la journée à réfléchir à sa place et son rôle dans le mouvement actuel. Des prises de paroles se sont succédées, très fortes.

Elles mettent l’accent sur la manière dont l’université est à la fois un lieu d’élaboration d’analyses pour la société chilienne (avec par exemple la réflexion pour une nouvelle constitution) et un lieu où s’éprouvent directement les inégalités et les fermetures qui ont abouti à l’explosion de colère dans tout le Chili.

Elles ont fait apparaître le large spectre des analyses historiques de l’évolution de la société chilienne et des mémoires vivantes de ceux qui ont fait vivre l’université dans les années 70, des témoignages relatifs aux situations individuelles des précaires de l’université et des étudiants qui craignent pour leur vie ou celle de leurs ami.e.s dans les zones très exposées, des propositions concernant la réappropriation pleine et entière par la communauté dans son ensemble de l’espace universitaire contre l’existence d’une « université de nuit » qui la rattache à un management extérieur opaque et asservi à des logiques productivistes. La création d’un réseau d’urgence a été décidé pour signaler les disparitions et violations des droits de l’homme qui frappent notamment les étudiant.e.s et porter secours à ceux qui sont en danger.

Tou.te.s ont demandé la fin des cours tant que les militaires seront dans la rue. Le retrait de ceux-ci ne signifie d’ailleurs pas automatiquement le retour à la normale de celles-ci. En général, il a été proposé la récupération et l’entretien de l’université comme lieu de travail, de réflexion, par les étudiants enseignants et administratifs, mais aussi les gardiens et autres personnels.

De telles assemblées se tiennent dans toutes les universités, publiques et privées.

Cette situation et ces réflexions font écho à la situation et la place des universités dans de nombreux pays, et en France. Celles-ci peuvent aider, et peuvent s’inspirer de l’action de la communauté des universités chiliennes. C’est pourquoi nous nous associons à cette communauté universitaire élargie à tous ceux qui travaillent pour elle et comptent sur elle, pour demander avec elle le départ immédiat des militaires armés qui n’ont rien à faire dans l’espace public. Nous soutenons les étudiants, enseignants et administratifs de la communauté dans leur action, nous saluons leur dignité et le travail qu’ils accomplissent. Nous demandons à toutes les instances universitaires et scientifiques de dénoncer officiellement le recours aux militaires pour le maintien de l’ordre, et de soutenir la communauté universitaire chilienne.

Premiers signataires :

  1. ALVIR, Spomenka, chargée d’enseignement, Haute école pédagogique BEJUNE, Bienne

  2. ANCELOVICI, Marcos, Professeur agrégé, Université du Québec à Montréal (UQAM) 

  3. ANGAUT, Jean-Christophe, Maître de Conférences de philosophie, École Normale Supérieure de Lyon (UMR 5206)

  4. ARNAUD-FASSETTA, Gilles. Professeur des Universités. Université de Paris, Laboratoire PRODIG (UMR 8586)

  5. ARVANITIS, Rigas, Directeur de Recherche (DR1), IRD, Directeur du Ceped.

  6. AUZANNEAU, Michelle, Professeure des universités, Université de Paris , Ceped.

  7. BABOU, Igor. Professeur des universités. Université Paris Diderot, Laboratoire Ladyss (UMR 7533)

  8. BALIBAR, Etienne, Ancien professeur des universités, philosophie, Paris-Nanterre

  9. BANDINI, Caterina, doctorante, EHESS

  10. BANTIGNY, Ludivine, historienne, université de Rouen-Normandie

  11. BARBE, Noël. Anthropologue, IIAC

  12. BARATS, Christine. Professeure des Universités, Université Paris Descartes, Cerlis

  13. BENNANI-CHRAIBI, Mounia, Professeure ordinaire, Université de Lausanne

  14. BERNARD, Léa, étudiante du Master anthropologie-ethnologie de l’EHESS (Paris)

  15. BESSIERES, Dominique. Maitre de Conférences, Université de Rennes 2 

  16. BOITTIAUX, Johan, Doctorant, GRIPIC, Celsa, Sorbonne Université — SAENES, Académie de Paris

  17. BONTEMPS, Véronique, anthropologue, CNRS

  18. BORDEAUX, Marie-Christine, professeure des universités, Université Grenoble Alpes

  19. BOUCHARD, Julie, Maîtresse de conférences, Université Paris 13, LabSic

  20. BOUFFARTIGUE, Paul, Sociologue, CNRS-Aix Marseille-Université

  21. BOULLIER, Dominique, Professeur des Universités, SciencesPo Paris.

  22. BOUSQUET, François, chercheur, CIRAD  

  23. BRAVO, Valentina, Magister en Historia, U.Chile — investigadora PUC. 

  24. BRENEZ, Nicole, Professeur des Universités, Sorbonne nouvelle / Fémis

  25. BRET, Patrice, chercheur honoraire, Centre Alexandre Koyré/EHESS-CNRS-MNHN et Comité Lavoisier/Académie des sciences.

  26. BROITMAN, Claudio, MAGISTER CIENCIAS DE LA COMUNICACIÓN, 

  27. UNIVERSIDAD DE SANTIAGO DE CHILE
  28. BROUARD, Pauline, Doctorante Gripic, Celsa, Sorbonne Université

  29. BRUNO-GEORGES, David, enseignant à l’UPEC Paris XII et au CELSA Paris 4, membre du CA de Communication Sans Frontières

  30. BUCH, Esteban, enseignant-chercheur, EHESS

  31. BUÉ, Pascal, Doctorant — Gripic, Celsa, Sorbonne Université

  32. BURGOS BLONDELLE, Valérie, CNRS 

  33. BÜTTGEN, Philippe, Professeur de philosophie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

  34. CALAME, Claude, Directeur d’études, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris

  35. CALDERARO, Charlène, doctorante, Université de Lausanne

  36. CAMPOS, Cassio, doctorant, Sorbonne Université, Gripic

  37. CANDEL, Etienne, Professeur des universités, Jean Moulin Lyon 3, ELICO

  38. CAPPI, Johanna, Doctorante Gripic, Celsa, Sorbonne Université. 

  39. CAROTENUTO-GAROT, Aurélien, Doctorant-chercheur, Paris 8 Vincennes Saint-Denis, CRESPPA-GTM

  40. CHARDEL, Pierre-Antoine, Enseignant-chercheur à IMT-BS et à l’EHESS (IIAC, UMR CNRS / EHESS).

  41. CHARTIER, Roger, Professeur émérite, Collège de France, et Directeur d’études, Ehess.

  42. CHEVALLIER, Martin, doctorant en sociologie, EHESS

  43. CHLOUS, Frédérique, PR MNHN, UMR PALOC

  44. CHRÉTIEN, Philippe, Enseignant en Arts plastiques, Caen.

  45. CLÉMENT, Eugénie, doctorante en anthropologie, EHESS

  46. COHEN, Yves, directeur  d’études,  École  des Hautes Études  en Sciences sociales 

  47. COQUIO, Catherine. Professeure des universités. Université Paris Diderot, Laboratoire Cerilac.

  48. CORBILLE, Sophie, MCF, Sorbonne Université, GRIPIC

  49. CORDONNIER, Sarah, Professeure des Universités, Université Lumière Lyon 2, Laboratoire ELICO

  50. CRISTOFOLI, Pascal, EHESS

  51. DA LAGE, Emilie, Maîtresse de conférences MCF , Université de Lille, Laboratoire GERIICO.

  52. D’ALMEIDA Nicole, Professeure des universités, Sorbonne Université

  53. DEHAIL, Judith, Maîtresse de conférences, Aix-Marseille Université, LESA

  54. DELAMOUR, Carole, Chercheure postdoctorale, CIERA, UQAM, Montréal

  55. DELAPORTE Chloé, Maîtresse de conférences, Université Paul Valéry Montpellier 3

  56. DELARGE, Amaury, Etudiant / Interne de médecine, Université Paris Est Créteil UPEC

  57. DIANOUX, Robin, doctorant, EHESS

  58. DUMOULIN, David, MCF, Université Sorbonne Nouvelle, IHEAL

  59. EGIDI, Marina, doctorante, Université Paris Nanterre

  60. EMPERAIRE, Laure, Directrice de Recherche IRD, UMR PALOC

  61. FABIANI, Jean-Louis, directeur d’études retraité, EHESS.

  62. FAURE, Antoine, Universidad Finis Terrae, Santiago du Chili, Centro de Investigación y Documentación 

  63. FAURY, Mélodie, PRAG, Universite de Strasbourg 

  64. FEIGELSON, Kristian,Professeur Université Sorbonne Nouvelle

  65. FERLONI, Mikaël, Professeur associé, Celsa, Sorbonne-Université 

  66. FLEURY, Béatrice, PR, Université de Lorraine

  67. FRAGA, Enrique, MCF Université Jean Jaurès, Toulouse 2,

  68. FOURNEL, Jean-Louis, PR Université Paris 8

  69. FROUILLOU, Leïla, MCF, Université Paris Nanterre

  70. GADREAU Maryse, professeur emerite, Universite de bourgogne

  71. GALANGAU QUERAT, Fabienne, Maitre de Conférences, MNHN — Paris

  72. GARATTINI, Ludovic, Doctorant, Université Paris Diderot

  73. GARCIA Jr, Afrânio-Raul, maître de conférences EHESS

  74. GARCIA, Yvette Marcela, Docteure sans poste, enseignante, Université de Strasbourg

  75. GARCIN-MARROU, Isabelle, Professeure des Universités, Sciences Po Lyon, ELICO (EA 4147)

  76. GAUDICHAUD, Franck,  professeur, Université Toulouse Jean Jaurès

  77. GAUTERO, Jean-Luc, MCF HDR, Université de Nice

  78. GOASTELLEC, Gaële, Sociologue, Maître d’Enseignement et de Recherche, Université de Lausanne

  79. GOMEZ-MEJIA, Gustavo, MCF, Université de Tours

  80. GONZALEZ, Philippe, Maître d’enseignement et de recherche, Université de Lausanne.  

  81. GOURGUES, Guillaume, maître de conférences en science politique, université Lyon 2 

  82. GOUTTE, Martin, maître de conférences en cinéma, Université Sorbonne nouvelle Paris 3 

  83. GIRAULT, Yves, Professeur, Museum national d’Histoire naturelle, Paris

  84. GKOUSKOU, Pergia, MCF, Université Clermont Auvergne, Laboratoires ComSos/GRIPIC

  85. GRIGNON,Thomas, doctorant, Sorbonne Université, Gripic

  86. GUEZ, Sabine, anthropologue, EHESS

  87. GUYOT, Jacques, Professeur émérite, Université Paris 8 Vincennes

  88. HACHEZ-LEROY, Florence, Maîtresse de conférences HDR, Université d’Artois

  89. HADJ-MOUSSA, Ratiba, Professeure titulaire, Université York, Toronto

  90. HAURAY, Maxime, MCF Mathématiques, I2M, Université d’Aix-Marseille

  91. HEINEN, Jacqueline, Professeure émérite des Universités, UVSQ

  92. HEUGUET, Guillaume, post-doctorant, Sorbonne Université

  93. HEYMANN, Catherine, Professeure émérite, Université Paris Nanterre

  94. HILAIRE-PEREZ, Liliane, Professeure des Universités, Université de Paris (ICT) / Directrice d’Etudes, EHESS (CAK)

  95. INGHILTERRA, Xavier, ATER, Université Paul Valéry Montpellier 3

  96. JACQMIN, Christophe, maître de conférence associé, Université Paris-Est Créteil

  97. JAMMET-ARIAS, Nathalie, maître de conférences, Université Paris Nanterre

  98. JANKOWSKI, Frédérique, Chercheure, CIRAD, UPR Green

  99. JEANTET, Aurélie, Maître de conférences, Université Sorbonne Nouvelle, Laboratoire Cresppa (GTM)

  100. JENSEN, Pablo, chercheur CNRS, ENS de Lyon

  101. JURDANT, Baudouin, Professeur émérite (Paris 7), chercheur associé au CFCUL (Université de Lisbonne).

  102. JUTANT, Camille, maître de conférences, laboratoire ELICO, Université Lumière Lyon 2 

  103. KALAORA, Bernard. Professeur émérite  des Universités , chercheur au IIAC (EHESS, Paris)  

  104. KALAMPALIKIS, Nikos, Professeur des universités, Université Lumière Lyon 2, Laboratoire GRePS (EA 4163)

  105. KLEICHE-DRAY, Mina. Chargée de Recherche IRD, Ceped (IRD-Université Descartes Paris V) 

  106. KAUFMANN, Alain, Directeur de recherche, Université de Lausanne

  107. KOKOREFF, Michel, Professeur des universités, Paris 8 Vincennes-Saint-denis, CRESPPA-GTM

  108. KRZYWKOWSKI, Isabelle, Professeure des universités, Université Grenoble Alpes

  109. LABELLE, Sarah, Maîtresse de conférences, Paris 13, LabSIC

  110. LACROIX-RIZ, Annie, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 7 Denis-Diderot

  111. LAGRAVE, Rose-Marie, Directrice d’études, EHESS

  112. LAMBERT, Xavier, Professeur des Universités, Toulouse Jean Jaurès

  113. LANDIVAR, Diego, Enseignant chercheur, Origens Media Lab

  114. LANG, Dany, Maître de conférences HDR, Université Paris 13

  115. LALANDE, Antoine, doctorant au GRIPIC, CELSA-Sorbonne Université

  116. LARRERE, Mathilde, MCF, UPEM 

  117. LAULAN, Anne-Marie, prof honoraire, Université de Bordeaux-Montaigne

  118. LAURENT, Nicolas, Maître de conférences, ENS de Lyon

  119. LEGEAY, Vincent, agrégé de philosophie, Centre d’Histoire des Philosophies Modernes de la Sorbonne (EA 1451)

  120. LECLERC-OLIVE, Michèle, Chargée de recherche (HDR) CNRS en retraite, ARTeSS-IRIS-CNRS-EHESS Paris. 

  121. LELLOUCHE, Corinne, chargée de cours CELSA, Sorbonne Université

  122. LE MAREC, Joëlle, Professeure des Universités, Directrice du GRIPIC, CELSA, Sorbonne Université

  123. LEREDDE, Yann, maître de conférences, Université de Montpellier.

  124. LEVY-LEBLOND, Jean-Marc, Professeur émérite, Université de Nice.

  125. LHUILLIER, Vincent, Maitre de conférences, Université de lorraine

  126. LIZÉ, Wenceslas, Maître de conférences, Université de Poitiers

  127. LONG, Olivier, Maître de conférence, faculté des arts, université Paris 1.

  128. LOSCH, Flora, doctorante, Ecole des hautes études en sciences sociales

  129. LOSEGO, Philippe, professeur ordinaire, Haute École Pédagogique de Lausanne.

  130. LOUHICHI, Ferdaous, docteur en SIC, Aix-Marseille Université.

  131. LUNA, Pablo F., historien, MCF, Sorbonne Université

  132. MALIFAUD, Jean, MCF mathématiques, retraité

  133. MARCANDELLA, Élise, MCF, Université de Lorraine

  134. MATTELART, Tristan, professeur, Institut français de presse, Université Paris 2

  135. MATTELART, Armand, Professeur émérite, Université Paris VIII

  136. MEYER, Jean-Baptiste, directeur recherche, CEPED, Institut de Recherche pour le Développement, Univ. de Paris

  137. MICHALON, Jérôme, Chargé de recherche CNRS — UMR Triangle (Université de Lyon)

  138. MICK, Carola, maître de conférences, CEPED, Université de Paris (René Descartes)

  139. MITREVITCH, Nicolas, Doctorant CURAPP, Université Picardie Jules Verne

  140. MONCHAUD, Serge. Chairman UNESCO Honoraire 

  141. MONJARET, Anne, Directrice de recherche, CNRS, IIAC (Ehess-Cnrs) 

  142. NABONNAND, Philippe, enseignant, Université de Lorraine

  143. NABUCO, Ana Luiza. Doctorante. École des Hautes Études en Sciences Sociales

  144. NEVEUX, Olivier, Professeur, Ens de Lyon

  145. NOCERA, Raffaele, professor de Historia de América Latina, Università di Napoli “L’Orientale”

  146. NOBLET, Guillaume, doctorant, économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

  147. PALIERAKI, Eugenia, MCF, Université de Cergy-Pontoise

  148. PANESE, Francesco, Professeur ordinaire, Université de Lausanne 

  149. PEQUIGNOT, Bruno, professeur émérite des université, Sorbonne Nouvelle Paris 3

  150. PEQUIGNOT, Julien, Maître de conférences, Université de Franche-Comté

  151. PEREZ LOPEZ, Carlos, Investigador Postdoctoral, Instituto de Investigaciones Gino Germani, UBA.

  152. PIEDRAS, Pablo, Profesor/Investigador, Universidad de Buenos Aires / CONICET.

  153. PFEFFERKORN, Roland, Professeur émérite de sociologie, Université de Strasbourg.

  154. PIRON, Florence, professeure titulaire, Université Laval, Québec, Canada 

  155. POLLMANN, Christopher, professeur de droit public, Université de Lorraine, Metz

  156. PRADO ACOSTA, Laura, Profesora e investigadora, Universidad Nacional de Quilmes, UNAJ, Conicet

  157. PREAU, Marie, Professeure des Universités, Directrice du laboratoire GRePS, Université Lumière Lyon 2

  158. PRYEN, Stéphanie, sociologue, MCF, Université de Lille, Clersé

  159. QUET, Mathieu, Chargé de recherche, IRD, UMR CEPED Paris.

  160. RABBE, Etienne, doctorant, Ceped.

  161. RAOUL, Bruno, Professeur, Université de Lille

  162. REBOLLEDO-DHUIN, Viera, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC) 

  163. RIAUTE, Isabelle, Gestionnaire administrative, IRD, UMR PALOC Paris

  164. RIBAC, Francois. Compositeur et maître de conférences, Université de Bourgogne, Laboratoire Cimeos

  165. RIKAP, Cécilia, Postodoctorante, IFRIS, UMR CEPED, Pairs.

  166. RIOT-SARCEY, Michèle, historienne, Paris.

  167. RIVERA, Carla, Profesora/investigadora/Editora, Universidad de Santiago de Chile

  168. ROMERO, Vicente, MCF, ALHIM, Université de Paris 8 Vincennes — Saint-Denis

  169. RONSIN, Gaëlle, sociologue, EHESS

  170. ROSSI, Luca, mathématicien, chercheur CNRS

  171. ROUSSEL Hélène, Maître de conférences honoraire, Études germaniques, Université Paris 8

  172. SAEMMER, Alexandra. Professeure des universités. Co-directrice du laboratoire CEMTI, Université Paris 8. 

  173. SAINTY, Jessica,  MCF science politique, Université d’Avignon 

  174. SALVATOR, Laurence, Post doctorante, Sorbonne Université, GRIPIC.

  175. SANTANA DE ANDRADE, Glenda, Doctorante en Sociologie, CRESPPA-GTM (Université Paris 8) / IC Migrations  

  176. SCHAUB, Jean-Frédéric, Directeur d’études, Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris 

  177. SCHNEIDER, Dominique, Professeur des universités, Laboratoire TIMC-IMAG, Université Grenoble Alpes 

  178. SCOPSI, Claire, Maitre de conférences, Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris

  179. SEFRIOUI, Kenza, docteure en littérature comparée de l’Université Paris IV, chercheuse indépendante et éditrice 

  180. SEURRAT, Aude, MCF, Universite Paris 13.

  181. SOUCHIER, Emmanuël, Professeur des Universités, Lettres Sorbonne Université, Celsa, Gripic

  182. SPICQ, Delphine, maitre de conférences, Collège de France, CCJ-EHESS/CNRS

  183. TASSEL, Julien, MCF, Sorbonne université , GRIPIC 

  184. THUAULT, Stéphane, bibliothécaire-documentaliste, Université Sorbonne Nouvelle — Paris 3

  185. TORNATORE, Jean-Louis, Professeur, Université de Bourgogne, Centre Georges Chevrier

  186. TORTTI, MARÍA CRISTINA, profesora, Facultad de Humanidades, Universidad Nacional de La Plata

  187. TULLON, Touriya, MCF, université De Lyon

  188. VALENTIN, Elodie, sociologue ergonome, TVES Aract, Lille.

  189. VIANNA, Pedro, économiste, enseignant au mastère “Migrations internationales” de l’Université de Valencia (Espagne)

  190. VINCK, Dominique, Professeur ordinaire, Université de Lausanne 

  191. WAHNICH, Sophie, IIAC, Directrice de recherche science politique, CNRS/EHESS, Paris.

  192. ZACKLAD, Manuel, Professeur du CNAM, Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris

  193. ZEHENNE, Camille, chercheure associée, GRIPIC, Sorbonne université

  194. ZUCKER Elisabeth, Demographe, retraitée

http://indiscipline.fr/appel-duniversitaires-francophones-pour-le-chili/

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