Du coté du jazz (octobre 2019)

La conversation et ses merveilles.

Marc Copland (piano) et Daniel Schläppi (basse) se sont décidé à visiter le pays des merveilles en compagnie d’Alice, forcément. « Alice’s Wonderland » fait partie des disques qui ne savent délivrer leurs secrets à la première écoute. Il en faut plusieurs. S’asseoir à leur côté pour assister à leur conversation, à leurs échanges, pour entendre des « standards » se découvrir et diffuser une curieuse ambiguïté en retrouvant leur naïveté. Comme s’ils avaient perdu leur titre qui les différenciait dés leur entrée. Comme pour Alice le genre éloigne.

Piano et basse, piano contre basse, piano sans basse, basse sans piano les combinaisons de la conversation sont multiples sans gagnant sinon l’auditeur transporté dans ce monde où tout devient possible.

Le pays des merveilles n’est pas un pays de cocagne mais une terre d’échanges essentiels. La musique sait parler et transcender la parole pour offrir des secrets qu’il ne faudrait pas oublier. Écoutez ces deux là et partez à la recherche de merveilles.

Daniel Schläppi, Marc Copland : Alice’s Wonderland, Catwalk


Un coffret pour découvrir ou redécouvrir Vijay Iyer

Pianiste de notre temps et de tous les autres.

Vijay Iyer a défrayé la chronique. Reconnu, dés 2009 avec la parution de « Historicity », il a cumulé les récompenses. A priori, il semble suspect de ce fait. A tort. L’écoute de cet album réalisé en trio – Stephen Crump à la basse et  Marcus Gilmore à la batterie – démontre qu’il a su synthétiser les apports de Bill Evans, Keith Jarrett, Paul Bley pour ne citer que les principales influences qui sautent aux oreilles. Dans le même mouvement il a su aussi digérer l’air du temps – le Zeitgeist – pour offrir une musique en phase avec nos émotions qu’il transcende allègrement. Les compositeurs qu’il réunit vont de Stevie Wonder à Leonard Bernstein – « Somewhere » qui fut repris par Bill Dixon et Archie Shepp en 1964 – en passant par Julius Hemphill et Andrew Hill sans oublier Vijay Iyer lui-même. Ce pourrait être un pachwork sans l’art profond du pianiste qui sait admirablement construire son univers.

« Accelerando » (2012) est une affirmation de l’art de ce trio qui sait non seulement accélérer le temps sinon le tempo mais renouer avec la danse tout en faisant la part belle aux influences du free jazz via l’art ensemble, Wadada Leo Smith et Henry Threadgill dont une composition est reprise ici. Il n’oublie ni Miles Davis – « Human Nature » – ni Herbie Nichols, pianiste et compositeur trop souvent laissé de côté qui a construit une œuvre originale, ni… Duke Ellington. Atmosphère lourde comme les menaces qui pèsent sur notre monde et légères comme les danses corps à corps pour se libérer de toutes les pesanteurs, de tout les prêt à porter musicaux. Toutes les mémoires du jazz se donnent rendez-vous dans cette musique du présent.

« Solo » (2010) comme son nom l’indique permet de faire une nouvelle expérience en visitant les références qui agitent les créations de Vijay Iyer. Il reprend « Human Nature », manière de se situer dans la lignée de Miles Davis dernière période pour élargir la sphère des standards. Duke Ellington sollicité deux fois, Monkbien évidemment – pour parfaire la sphère de ses influences – pour aller vers une composition de Steve Coleman en passant par un standard éternel, « Darn That Dream » et des thèmes du pianiste lui-même.

Pourquoi parler de ces trois albums ? ACT – le label qui les a publiés en leur temps – vient de faire paraître un coffret « Essentials » – on ne saurait mieux dire pour une fois – les reprenant pour découvrir ou redécouvrir ce pianiste essentiel.

Vijay Iyer : Essentials, coffret de trois CD, ACT


Le vrai retour de Michele Hendricks

Il faut fêter ce retour comme il se doit. Champagne ! Michele Hendricks est de présente sur les scènes pour célébrer ce nouvel album, « Another Side ». Parolière, elle sait faire danser les mots, les onomatopées pour donner à la musique de nouvelles dimensions. Elle évoque pêle-mêle, Cannonball Adderley, Moby Dick, le reggae pour indiquer que le jazz ne connaît pas de frontière, qu’il sait survoler toutes les modes habitées de ses mémoires que la vocaliste connaît bien. Une sorte d’hommage aussi à son père, Jon un des grands poètes du 20e siècle.

Un album plein de vie, de force, de joie aussi. Une pilule contre la morosité ambiante, pour sortir du gris et de se vêtir de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Pilule pleine de virtuosité vocale remplie de la force de conviction de Olivier Témine au saxophone ténor, de Bruno Rousselet à la contrebasse, de Philippe Soiratà la batterie et de Arnaud Mattei au piano qui donne l’impression d’avoir groové toute sa vie.

Un jour où la dépression guette, mettez le dernier thème, « Il y a des cons partout », qu’il faut chanter avec Michèle et tout ira mieux.

Michele Hendricks : Another Side, Cristal records distribution Sony Music.


Du piano, encore du piano pour des voyages vers le bizarre.

« Objectif lune » est un album de Tintin resté dans les annales surtout pour sa fusée rouge et blanche qui ornait la couverture. Depuis, les hommes ont marché sur la lune qui reste un endroit, malgré ce fait, où chacun-e peut s’abriter de la réalité de notre planète. Yvan Robillard, pianiste et claviériste sait jouer de ce double entendre qui suppose de « toujours viser la lune », manière, suivant Oscar Wilde, de se tourner vers la création artistique. Prendre de la distance pour voir notre monde étrange, pour se servir de nos mémoires, de celle du jazz comme les autres. Ne rien oublier pour se situer dans le passé et prendre d’assaut le présent pour essayer de se projeter dans l’avenir.

Un programme que « YR3 », le nom de ce trio, Laurent David à la basse électrique et Eric Echampard à la batterie, propose sous le nom de « Big Rock », une manière aussi de ne pas oublier la danse. Être dans la lune prend ici une nouvelle consistance.

Carsten Dahl dessine des croquis qui peuvent devenir de véritables tableaux – comme sur « Autumn leaves » qui termine l’album – mélangeant les références des standards au folklore danois en passant par des compositions personnelles. « Painting Music » est le titre approprié. Le trio communique pour permettre d’apercevoir les contours d’un travail en train de se faire, un « work in progress ». Nils Bo Davidsen à la basse et Stefan Pasborg savent alimenter la palette du pianiste pour susciter des images qui titille notre mémoire en ouvrant des portes cachées.

Le seul reproche : ils font un peu trop penser au trio de Keith Jarrett

YR3 : Big Rock, Klarthe Records ;

Carsten Dahl Trinity : Painting Music, Carsten Dahl Trinity, ACT


Retour aux sources

« Afrotrane » dit cet album du saxophoniste (ténor et soprano comme il se doit) JB Moundele et il tient ses promesses. Un mélange actuel. Coltrane et son trio historique – McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones – sont la référence de tous les saxophonistes comme de la plupart des musicien-ne-s d’aujourd’hui. John Coltrane exerce une sorte de magistère. Les musiques africaines, de leur côté, représentent les soubassements des dites « musiques du monde » devenues à la mode.

JB Moundele et son trio, Olivier Hutman, piano, Marc Peillon, contrebassiste et Tony Rabeson batteur, évoquent, quand il le faut le trio de Coltrane et, surtout, savent répondre aux ambiances voulues par le leader. Trois compositions de John Coltrane, « Africa », « Impressions » et le très prenant « Lonnie’s Lament » permettent au quartet de s’aventurer sur des terres connues pour embarquer sans prévenir vers un ailleurs situé du côté des cultures africaines. Toutes les autres compositions – 9 au total – sont de la plume du saxophoniste.

Collage quelque fois, la fusion se réalise à certains moments qui laissent penser que de nouvelles voies pourraient exister.

JB Moundele : Afrotrane, Fatto in Casa

Nicolas Béniès

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