La Turquie de Erdogan nous raconterait-elle notre avenir ?

La Turquie de Erdogan nous raconterait-elle notre avenir ? Le vide idéologique actuel est comblé par la référence à la religion et au nationalisme le plus éculé pour permettre la mise en place d’un programme qui n’a pas changé et qu’il faut nommer néolibéralisme. Paradoxalement, il s’agit toujours de s’insérer dans le processus de mondialisation actuelle qui fait la part belle à la richesse financière. L’arbitraire policier est une nécessité pour imposer ces politiques.

Particulièrement, depuis le coup d’Etat avorté de juillet 2016. Le pouvoir a multiplié les arrestations dans tous les milieux, des fonctionnaires aux cadres de l’armée en passant par les journalistes accusés d’être des putschistes. Il fallait faire taire toute opposition. Ahmet Atlan, romancier, essayiste et directeur de journal, a fait partie de ceux-là. « Je ne reverrai plus le monde », des « Textes de prison », raconte son arrestation un matin, 45 ans après celle de son père, sans raison officielle. La prison, pour cet homme de 69 ans, a dû être un calvaire. Il conserve son humour et constate les tentatives dérisoires des gardiens.

Poète, il s’évade dans d’autres sphères faisant de l’imagination une des clés de sa liberté. Une grande leçon d’humanité. Il conte aussi sa rencontre avec le juge qui l’accuse, sans preuve, de tentative de putsch. Il est accompagné de ses avocats. La réalité fait bon ménage avec la fiction pour provoquer à la fois le rire et la peur.

Dans la description qu’il propose, avec le souci du détail qui caractérise un journaliste, des formes démocratiques sont sauvegardées. La dictature n’est pas totale. La farce est en train de se retourner contre son auteur. L’AKP, le parti du président, a perdu les élections à Istanbul et les populations se révoltent. Une des raisons qui a permis la libération, en plein mois d’août, de Ahmet Atlan qui a pu revoir le monde.

Le lire, c’est découvrir une des grandes tendances des pouvoirs : la répression, la négation des libertés démocratiques pour imposer encore et toujours le néolibéralisme.

Ahmet Atlan : Je ne reverrai plus le monde, traduit par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud.

Babel réédite « Le silence même n’est plus à toi », Asli Erdogan traduit par le même.

Nicolas Béniès

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