Le sens des mots et le poids des inégalités

« Notre dossier du mois sur les inégalités à l’école illustre bien ce fossé entre ce qui est affiché dans un mot et ce qui se cache derrière : bagage culturel, maîtrise de la langue, des codes, des normes sociales ». Dans son éditorial, « Les mots ont un sens », Sabine Panet aborde, entre autres, ce monde « de subtilités pour certain·es, autant de gouffres pour d’autres », le pouvoir concret des mots, le « mode de vie européen » de Ursula von der Leyen, le film Sans frapper d’Alexe Poukine consacré au viol, « Lorsqu’on utilise le mot « monstres » pour qualifier les hommes violeurs, on contribue à les déshumaniser… A force de leur donner une apparence mythologique, on ne perçoit pas sous les traits de l’aimable voisin ou du gendre propres sur lui », la solidarité de la revue avec les travailleuses et les travailleurs de l’imprimerie Corelio en « faillite »…

L’autrice termine sur le « congé » de maternité, « qui a eu l’idée de nommer « congé » une période aussi exténuante que celle qui suit la naissance d’un minuscule être fermement persuadé que le jour, c’est la nuit, et inversement ».

Dossier : Notre école, un terreau d’inégalités ?

« Face à la précarité de nombreuses familles, l’école échoue dans sa mission de favoriser l’émancipation de chaque élève et crée une véritable ségrégation sociale et ethnique ». La ségrégation scolaire, l’enseignement considéré comme un coût, la gratuité de l’éducation toujours une espérance, la coexistence de plusieurs réseaux scolaires en concurrence, la pratique du redoublement, le marché scolaire et les subventions, l’orientation vers l’enseignement spécialisé, les freins à l’apprentissage, les « pédagogies » inappropriées, la formation des enseignant·es, les outils d’analyse…

Je souligne l’article « #MeToo n’est pas encore entré dans l’enseignement », l’oubli du genre, « Concrètement, le traitement différentiel des filles et des garçons dans la société doit être pris en compte et expliqué aux futurs enseignants », la nécessité de l’inclusion de la dimension de genre « de manière structurelle et transversale », la cour de récréation à transformer en espace plus démocratique et plus égalitaire, les traitements différenciés des enfants en fonction du genre…

L’école devrait être « un champ ouvert vers l’autonomie et l’émancipation de chaque enfant, sans exception ».

En complément possible, les travaux du GRDS :

L’école commune. Propositions pour une refonte du système éducatif : Tous les enfants disposent des ressources nécessaires à une entrée réussie dans la culture écrite

GRDS : Les voies de la démocratisation scolaire les-voies-de-la-democratisation-scolaire/

ou les ouvrages de Jean Pierre Terrail :

Entrer dans l’écrit. Tous capables ? ne-pas-accepter-de-ne-pas-comprendre-ne-pas-accepter-de-ne-pas-se-faire-comprendre-suite/

L’expérimentation collective d’une nouvelle approche de la lecture au CP l’experimentation-collective-d’une-nouvelle-approche-de-la-lecture-au-cp/

De l’oralité. Essai sur l’égalité des intelligences Ne pas accepter de ne pas comprendre, ne pas accepter de ne pas se faire comprendre 

Pour une école de l’exigence intellectuelle. Changer de paradigme pédagogiqueun-enseignement-ambitieux-pour-toutes-et-tous/

Parmi les autres textes publiés, je signale notamment :

  • Dans l’oeil d’Axelle : En France, unies contre les féminicides. Le décompte macabre des femmes tuées par leurs (ex)conjoints. Des demandes claires des associations « plus de moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes, des hébergements supplémentaires pour les victimes, une réforme du fonctionnement de la Justice ou encore une meilleure formation de la police et de la gendarmerie ». Sans oublier un politique de prévention et d’éducation aux violences sexistes dès l’école…

  • La journaliste Hajar Raissouni arrêtée – et depuis condamnée (en complément possible, Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors-la-loinous-citoyennes-et-citoyens-marocains-declarons-que-nous-sommes-hors-la-loi/).

  • Stop à la marchandisation et à l’infantilisation autour du cancer du sein. La surmédicalisation du corps des femmes. La campagne « Octobre rose » et les revendications mises en avant…

  • Transports en commun : femmes au volant, sexisme au tournant. Des conductrices de transport en commun, le sexisme ordinaire, l’accusation d’hystérie pour celles qui ne se laissent pas faire, le harcèlement sexiste, l’accès aux toilettes, le sentiment d’insécurité des conductrices, le sexisme des passagers…

  • Au Kosovo, les victimes de viols de guerre contre la honte et l’oubli. Le viol comme arme de destruction de masse, les survivantes, « Les victimes portent le plus souvent la responsabilité de la violence qu’elles ont subies. Les filles et les femmes violées ont parfois été mariées très jeunes, dans une tentative de « cacher » le traumatisme ; celles qui étaient mariées ont souvent été quittées », la puissante stigmatisation, l’injonction au silence, le Conseil national pour les victimes de violences sexuelles, une femme prend publiquement la parole et raconte devant les caméras les violences qu’elle a subie, le pourvoir guérisseur de mettre des mots sur le traumatisme…

  • Premières de corvée, les invisibles, celles qui nettoient les maisons des autres ou prennent soin des enfants et des personnes âgées, l’exploitation domestique, « c’est parce que les hommes se déchargent sur elles non seulement de ces tâches qu’ils ne partagent pas, mais aussi de la responsabilité de les déléguer »… Dommage que ne soit jamais évoquées le travail des nourrices et de celles qui gardaient les enfants des salarié es au long du XXe siècle.

  • Abolir les prisons. Comme l’indique Irène Kaufer, « il ne s’agit pas d’« améliorer » la prison, mais de remettre en question la système pénal dans son ensemble », la reconnaissance des victimes. Reste que l’argument d’une justice « raciste, classiste, misogyne » tend à relativiser les combats portés devant les tribunaux pour la reconnaissance juridique et politique des faits. En complément possible, Véronique Le Goaziou : Viol. Que fait la justice ?, le-temps-judiciaire-est-un-temps-contraint-qui-nest-pas-celui-des-victimes/.

  • Futurs climatique ? Pas sans les femmes ! Trois fictions scientifiques plausibles, celles et ceux qui ont et auront le moins de « capacités de réagir à la crise climatique », l’inégalité des êtres humains face aux conséquences des changements climatiques, l’arrimage de la lutte des droit de toutes les femmes et de la justice climatique…

  • La fondation Samila et la lutte contre toutes les formes de traite des êtres humains.

  • L’histoire avec un grand Elles : Valentina Terechkova, solitaire parmi les étoiles.

  • et toujours de riches rubriques : culture et informations internationales

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

Axelle 222, octobre 2019, http://www.axellemag.be

Didier Epsztajn

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