Nous sommes en face d’une mémoire exigée

Le déshumain grandiose est composé de :

Tome I : L’esclave vieil homme et le molossela-pierre-est-des-peuples-des-peuples-dont-il-ne-reste-quelle/

Tome II : Un dimanche au cachotraconter-cest-aimer-raconter-cest-donner/

et d’une postface : De la memoire obscure à la mémoire consciente

« LE VIEUX SILENCE – Mes parents et arrière-grands-parents se sont tus sur la Traite et l’esclavage. Au sortir de ce crime, le silence a régné. Rien de ce que j’en sais ne m’a été transmis de manière directe et volontaire ».

Comme le souligne, Patrick Chamoiseau, le silence ne saurait être l’oubli. L’auteur parle, entre autres, de formulation de ce qui a été vécu, de souffrance, d’indicible, de tragique informulable, « C’est paradoxalement ces silences d’après-crime qui fonde notre devoir de mémoire, mais aussi, on l’oublie trop souvent, notre droit indéfectible à la memoire »…

La mémoire obscure, « Cette mémoire obscure de l’esclavage et de la traite rôde encore dans nos paroles les plus anodines. Elle s’est installée dans nos orgueils et nos susceptibilités », le crime, la mémoire insoupçonnée, « Nous sommes silencieusement violentés par elle », la dissimulation de l’esclavage à nous-mêmes, le passé et le futur, « La mémoire obscure de l’esclavage immobilise dans le passé, hypothèque les concrétions de l’avenir »…

Patrick Chamoiseau analyse l’esclavage comme acte fondateur, « Les peuples créoles américains n’existaient pas avant l’attentat colonial et esclavagiste. C’est l’attentat colonial-exclavagiste qui a plongé en conjonction active, et terrible, les Amérindiens génocidés, les Européens dominateurs, les Africains foudroyés et, par la suite, les immigrants hindous, chinois ou syro-libanais », l’élaboration d’inédites renaissances….

Le crime victorieux. « Le crime victorieux secrète une mémoire totalitaire, sûre d’elle-même, qui génère ses propres justifications et réinvente la réalité en dehors, bien entendu, de la parole des vaincus ou de la mémoire des victimes », l’auteur évoque Victor Schoelcher, les Nègres marrons, les anonymes résistant·es, l’étendard auto-glorifiant des bourreaux…

Le crime qui déstructure. « C’est le crime qui défait, détruit, disperse une communauté sans la génocider entièrement ». D’autres groupes ont connu cela, les Arméniens, les Juifs, les Palestiniens, les Tutsi… L’auteur souligne aussi une memoire de la revanche, « C’est une mémoire de la douleur, du cri, de la violence et de la haine », la transformation des mémoires en absolus des histoires, la foudre fondatrice…

L’identité relationnelle. Patrick Chamoiseau pose une question : « comment transmettre la mémoire d’un crime qui n’est ni victorieux ni déstructurant, ou qui est victorieux pour les uns, déstructurant pour les autres, mais qui de toute manière se trouve à l’origine de ce que l’on est ? ». Il indique « Il y a nécessité de se souvenir mais uniquement afin de renforcer les dynamiques d’alliances et de relations » et détaille, la complexité antagoniste interne, le « même magma qui nous lie, nous relie, nous relate à des degrés divers », le bond d’imaginaire pour que toute communauté se forge une connaissance d’elle-même. Contre les identités figées ou naturalisées, l’auteur parle d’identité relationnelle, « une dynamique de soi qui se nourrit de l’évènement qu’est l’Autre », de tissage d’une humanisation-monde, d’articulation, de mémoire partagée, « Il y aurait comme une abdication face à l’esprit esclavagiste ou face à la démence nazie de se cantonner dans un corps souffrant, une mémoire nègre, juive, palestinienne, esclave, génocidée, alors que le monde nous offre désormais toutes ces mémoires comme autant d’appartenances vivaces pour nos individuations »…

L’expérience. « La mémoire consciente combat l’oubli, mais elle commerce aussi avec l’oubli, elle reconnaît et admet l’inoubliable », l’auteur discute de mémoire des mémoires, d’arbre mémoriel, d’« alchimie ouverte avec le libre rêve et l’oxygène des sapiences poétiques », de trajectoires individuées, d’alliance et d’humanisation du monde, d’incandescence d’une beauté imprévisible…

« En écrivant ces deux ouvrages, L’esclave vieil homme et le molosse et Un dimanche au cachot, j’ai tenté de transformer, au plus profond de moi, le crime en expérience »

Un texte magnifique.

Le titre est emprunté à l’auteur.

Patrick Chamoiseau : De la memoire obscure à la mémoire consciente

Livret hors commerce.

Postface à Le déshumain grandiose

Editions Gallimard – Folio, Paris 2010, 20 pages

Didier Epsztajn


De et sur l’auteur :

L’esclave vieil homme et le molosse. Avec un entre-dire d’Edouard Glissant,la-pierre-est-des-peuples-des-peuples-dont-il-ne-reste-quelle/

Vers le diamantvers-le-diamant/

« L’imaginaire de l’Europe est celui de l’Empire » (Entretien)limaginaire-de-leurope-est-celui-de-lempire-entretien-avec-patrick-chamoiseau/

Nulle mort ne peutnulle-mort-ne-peut/

POUR LA JUSTE DÉMESUREpour-la-juste-demesure/

Les neuf consciences de Malfinijavais-appris-quelque-chose/

Aucune excuse, aucune sanction, soutien total à M. Letchimyaucune-excuse-aucune-sanction-soutien-total-a-m-letchimy/

Fanon, côté cœur, côté sèvefanon-cote-coeur-cote-seve/

Un dimanche au cachotraconter-cest-aimer-raconter-cest-donner/

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