Du tour de France au G7, un été dans la vie des femmes

Dans une économie mondiale qui devait permettre à chaque habitant.e de la terre d’atteindre le niveau de vie et de confort des Européen.nes et des Nord-Américain.es, le G8 puis G7 a été créé en réaction à la crise de 1973, année de la reprise de pouvoir des pays de l’OPEP sur leurs ressources naturelles jusque là spoliées par les puissances industrielles. Les pays gros consommateurs de pétrole, inquiets pour l’avenir de leur modèle de développement industriel et de consommation, se sont organisés pour remodeler le monde dans leur intérêt.

Parallèlement les Nations Unies ont organisé quatre conférences mondiales sur les femmes. Celles-ci se sont déroulées au Mexique en 1975, à Copenhague en 1980, à Nairobi en 1985 et la dernière à Beijing en 1995.

Les conférences mondiales sur les femmes ont cessé de se réunir tous les 10 ans, le G8 puis G7 lui, se réunit tous les ans depuis 1973. Depuis 1991 les réunions du G7 se sont toujours accompagnées d’un mouvement contestataire dessinant les contours d’un autre monde possible, sobre en ressources, en énergie, donnant au vivant la première place avant les intérêts des plus riches et la dictature des capitaux.

En 2014, une étude de l’Unicef a montré que les femmes représentent 51% de la population, accomplissent 66% du travail, encaissent 10% des revenus mondiaux et possèdent 1% de la propriété. C’est sur cette constatation que s’était ouverte la conférence sur les femmes de 1985. Rien n’a donc changé ? Qu’en est-il, en 2019 des promesses du progrès, du futur souhaitable, de l’avenir prospère et égalitaire ?

Les succès économiques des pays du G7 sont basés sur une prédation des ressources de la planète que les mouvements altermondialistes ont clairement mis en lumière : les pays dont le sous-sol recèle les matières nécessaires à l’industrie sont dans un rapport de force défavorable par rapport aux investisseurs qui négocient de les exploiter au mépris des milieux naturels et des populations environnantes. Cet extractivisme a déjà détruit beaucoup d’éco-systèmes et continue de le faire. L’agriculture industrielle épuise les sols et les réserves en eau, les transports et les activités industrielles polluent l‘air et dérèglent le climat. Tout ceci fonctionne pour satisfaire un appétit de consommation entretenu par la publicité et le marketing qui colonisent les cerveaux et paralysent l’esprit critique. Les services nécessaires à la vie humaine eux aussi sont devenus un champ d’action des investisseurs. Ils marchandisent les services, se servant du travail gratuit ou sous-payé des femmes comme d’une ressource indispensable au fonctionnement de ce monde.

Mais les femmes ne se rebellent pas : elles sont belles !

Beaucoup d’entre elles constituent les masses de travailleuses sous-payées du bas de l’échelle de création de valeur, mais certaines ont une autre fonction, très prisée, celle d’être décoratives : les femmes qui accueillent les coureurs du Tour de France à chaque étape, leur tendent des fleurs et les embrassent devant toutes les caméras puis posent avec eux ont manifesté lors du Tour de 2019 leur lassitude de ne servir que de potiches décoratives hypersexualisées. Rappelons que le Tour est une compétition sportive exclusivement masculine, le Tour de France féminin ayant été supprimé dans les années 1980. L‘arrivée de chaque étape est l’occasion d’une mise en scène paroxystique de sexualisation des rôles : les hommes accomplissent des exploits sportifs, les femmes sont maquillées et habillées de façon ridiculement inadaptées au sport, avec minijupes et talons hauts, elles correspondent aux standards de beauté dictés par le patriarcat, sexy, réceptives et leur seule mission est d’accueillir les coureurs avec un enthousiasme démonstratif démesuré.

Dans divers domaines des femmes sont ainsi utilisées comme objets de décoration : les salons professionnels, les foires et salons grand public, les courses et manifestations sportives. Les critères de sélection sont clairs : minces, jeunes et belles. Les attributions ou tâches à accomplir ? Secondaires, voire inexistantes. Certaines hôtesses ont témoigné sous le hashtag #pastapotiche de l’inexistence de cahiers des charges de leur mission : elles ne sont là que pour décorer.

Le travail des femmes : 80% des femmes actives le sont dans 20% des métiers.

Parmi ces métiers, ceux relatifs à l’éducation, aux soins à la personne et à l’entretien constituent la plus grande part.

Une autre partie des activités professionnelles féminines tourne autour du paraître : les hôtesses, les mannequins, beaucoup de métiers du show business.

L’activité professionnelle de la plupart des femmes n’est donc qu’un prolongement rémunéré de ce que toute la société patriarcale attend d’elles et qu’elles réalisent à titre gratuit toute leur vie : soigner, nettoyer, nourrir d’une part et paraître, être attirante, sexy, disposée à être jaugée et jugée par les regards masculins d’autre part.

Percevoir un revenu, par un travail extérieur à son propre foyer est présenté aux femmes comme une voie d’émancipation, alors que ce revenu n’est en fait que la contrepartie d’une soumission, inconsciente pour la plupart des femmes, à un ordre patriarcal immuable qui répartit les rôles sexués et assigne les femmes à ces deux fonctions, toujours les mêmes depuis un temps immémorial, toujours au service des hommes.

Être mannequin : la consécration

Le mannequinat est un métier inventé par et pour une industrie de la mode très globalisée et concurrentielle qui ne s’oriente pas vers les besoins de ses client.es, mais promeut une excentricité purement commerciale pour faire de la mode le prétexte à une série de spectacles de mauvais goût mais d’excellente rentabilité, les défilés. Dans ce milieu, l’hypersexualisation des femmes est poussée à l’extrême, et les critères de sélection favorisent une maigreur tellement maladive qu’à plusieurs reprises différents états ont tenté de légiférer sur le sujet. Être mannequin est une sorte de consécration pour beaucoup de jeunes filles conditionnées par la dictature des apparences qui gouverne la vie de beaucoup de femmes : elles ont appris à juger de leur propre valeur à travers le regard masculin sur leur corps. Être mannequin est donc le summum dans une échelle de valeur où les corps formatés par les canons de beauté sont les conditions du succès. Très jeunes, beaucoup de filles y aspirent, encore adolescentes, avant même la formation d’un caractère et d’une personnalité potentiellement critiques sur ce formatage, encouragées par des recruteurs qui savent fort bien que leurs carrières seront de courte durée. Elles veulent y entrer le plus tôt possible et en sortir le plus riches possible.

L’extrême jeunesse des candidates mannequins et la façon dont elles sont recrutées en font des proies faciles pour les prédateurs sexuels. La séduction fait partie, pour ainsi dire, du processus de recrutement. On est en plein échange prostitutionnel : les places sont rares, les candidates sont vulnérables, les recruteurs en profitent pour échanger des actes sexuels contre des castings. Les échanges fonctionnent. Les filles font une carrière courte et sombrent avant leurs 30 ans dans la dépression et/ou la drogue, et disparaissent des radars, personne ne cherche à savoir pourquoi.

Nombre d‘entre elles ont été violées alors qu’elles étaient mineures et tentaient leur chance comme mannequins.

On peut l’affirmer sans crainte, au vu des quelques affaires qui ont fait surface à l’occasion de l’affaire Epstein et de son complice francais. Le mannequinat et donc la mode est un milieu qui favorise la pédocriminalité. Les prédateurs y ont les mains libres et les victimes sont condamnées au silence, liées par leur ambition de faire carrière dans ce métier.

Les deux facettes de la mode

Toute cette industrie du paraître a pour but de faire vendre de plus en plus de vêtements d’une durée de vie de plus en plus courte aux femmes des pays les plus riches de la planète tandis que dans les pays les plus pauvres des femmes les fabriquent en risquant leur vie. De la récolte du coton où elles s’exposent aux pesticides dont les champs sont aspergés à la teinture des fibres avec des produits chimiques dont elles ne peuvent se protéger faute d‘équipements adéquats, les femmes n’y sont pas majoritaires mais bien présentes. En revanche, dans la confection, très gourmande en main d‘oeuvre, elles sont surreprésentées : les investisseurs ont couvert les zones franches des pays d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine, crées par des gouvernements prêts à renoncer aux rentrées fiscales pour favoriser l’emploi d’usines de confection. Ces emplois sont d’extrêmement mauvaise qualité, dangereux, précaires et insalubres. Les travailleuses y travaillent à la tâche dans une atmosphère surchargée de débris de fibres textiles qu’elles sont obligées d’inhaler, dans le vacarme assourdissant des machines à coudre, sans sorties de secours, avec des horaires extensibles à l’infini, des salaires insuffisants. Les maquiladores sont devenues le symbole de l’exploitation des femmes en dehors de l’espace domestique.

Du haut en bas de l’échelle, du Sud où les travailleuses meurent au travail au Nord où les mannequins sont violées par les hommes puissants dans le milieu de la mode, la dictature de l’apparence continue de dévorer des vies de femmes à qui le patriarcat a vendu l’illusion de l’émancipation par les revenus de leur travail.

La globalisation sur le dos des femmes

Cette économie globalisée attisée par une surconsommation qui épuise les ressources de la planète épuise aussi les forces des femmes, obligées à une double journée, l’une au service de leurs employeurs, l’autre pour dispenser gratuitement les services à la personne que les états ne veulent (et ne peuvent) pas financer, faute de ressources fiscales suffisantes. Les cadeaux faits aux investisseurs, essentiellement masculins qui emploient la population de main d’oeuvre sous-payée des usines et des services, essentiellement féminine, sont autant de recettes fiscales manquantes pour financer des services à cette même population féminine.

A chaque sommet du G7 où cet ordre du monde est cautionné et crédité d’un avenir prometteur de prospérité, un contre sommet altermondialiste tente de le critiquer. Cette année à Irun au Pays Basque, l’adjectif « féministe » a été ajouté à la liste des caractéristiques du monde meilleur que les activistes altermondialistes appellent de leurs voeux. Ont-ils vraiment saisi la dimension du problème ? La façon de parler de la souveraineté alimentaire sans mentionner que les femmes produisent la majeure partie de l’alimentation mondiale, d’éluder les violences faites aux femmes, de confiner le féminisme à des conférences dédiées estampillées « journée des femmes » permettent d’en douter.

Florence-Lina Humbert


De l’autrice :

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