Les langues autochtones mises en valeur

Le Conseil National des Droits du Peuple Autochtone de Kanaky Nouvelle-Calédonie (CNDPA-KNC) a relayé la proclamation faite par les Nations Unies concernant l’année 2019 comme l’« Année internationale des langues autochtones ». A cette occasion, le 9 août de chaque année, la journée est célébrée dans le monde entier par les différents peuples autochtones. Ici au pays, le vendredi 9 août, la cour intérieure du Sénat coutumier fut le temps d’une journée entière, un espace pour accueillir les visiteurs sur la thématique « Peuples autochtones, héritiers d’une grande diversité linguistique et culturelle ». Les partenaires habituels du CNDPA-KNC tels que le Sénat coutumier de la Nouvelle-Calédonie, l’Agence de Développement de la Culture Kanak (ADCK), l’Académie des Langues Kanak et Radio Djiido ont valorisé à leur manière les langues autochtones, par le biais de conférences, de discussions et d’ateliers vivants. 

Rencontre avec Marie-Gabriella Mapou (à gauche), chargée d’études pour l’antenne de l’aire Drubea-Kapumë à l’Académie des Langues Kanak (ALK). Avec ses collègues, elle a tenu un stand concernant quelques éléments de documentation écrite sur les langues parlées du pays, que ce soit sur la Grande-Terre ou aux Iles Loyauté qui ont fait l’objet de diverses études linguistiques ou d’autres recherches liées aux langues autochtones.

Marie-Gabriella Mapou est originaire de la tribu d’Unia à Yaté. Elle parle et maîtrise ces deux langues du Grand Sud le « Drubea », le « Numèè ». Même le sénateur de l’aire Drubea Kapomë, Victor Akapo (à droite) l’a interpelé sur la prononciation d’un mot en langue « Numèè ». Le « Kwényii » qui est parlé sur l’Ile-des-Pins, elle ne le parle pas, tout comme le « Tayo » parlé à la tribu de Saint-Louis. Mais elle avoue avec le sourire comprendre quelques notions.

Depuis quelques années diverses productions ou supports ont été édités par l’Académie des Langues Kanak (ALK). concernant ces quelques langues telles que le « Drehu », le « Nengone », le « Paicî », le « Xârâcùù », le « Haeke »…  Des petits livrets, des lexiques, des grammaires n’ont pas manqué sur l’étale. Ils ont été mis à dispositions pour les visiteurs, des étudiants inscrits dans la filière « Langue et Culture Régionale » à l’Université de la Nouvelle-Calédonie.

Concrètement qu’est-ce vous faites dans votre stand pour expliquer la diversité linguistique et culturelle du pays ? 

Marie-Gabriella Mapou : « Au stand de l’ALK, on a à disposition du public des livrets en langues, pour la plupart en bilingue, en français et langue kanak ou en trilingue parfois. Car on a des chargés d’études, comme moi par exemple, qui parlent plusieurs langues de notre aire. On a des livrets trilingues qui peuvent être en deux langues du pays et en français, en anglais avec une langue kanak. Des livrets avec des notions, des lexiques, des expressions. On a aussi apporté des publications qui ont été réalisées et éditées par l’ALK. Il y a de la littérature, des grammaires. Il y a le nouvel ouvrage que l’on vient de finaliser, le « Sîshëë » qui est une langue du pays « A’jië ». Le plus important dans ce stand, ce sont les propositions d’écriture de langues pour les huit langues kanak. Donc, il y a huit langues kanak du pays dont les propositions d’écriture permettront de pouvoir écrire nos langues. »

Il y a huit aires coutumières avec des langues parlées dans ces régions. Quelles sont les principales missions de l’ALK ? 

Marie-Gabriella Mapou : « ALK est une académie. Sa première mission, c’est de standardiser les écritures c’est-à-dire de proposer une norme d’écritures. De proposer un alphabet avec des propositions de règles simples d’écritures pour permettre aux gens d’écrire leur langue maternelle, et de pouvoir s’exprimer en langue, donc aussi bien à l’oral et qu’à l’écrit. C’est le but de l’académie. Sa seconde mission, qui est importante pour nous aujourd’hui, c’est de promouvoir nos langues à travers les écrits, les médias, et autres moyens de diffusion. Aussi, au travers de nos productions, c’est ce que l’on fait. On propose un atelier vivant : l’écriture. C’est une des façons les plus simples de donner un regard aux gens de passages sur nos écrits. Par exemple en langue « Drubea », je leur présente les normes d’écriture en « Drubea », tel son s’écrit de telle façon. Aussi, je leur propose un petit jeu de dictée de mots par exemple. »

Depuis la mise en place de l’ALK, avez-vous remarqué une évolution de la pratique de la langue autochtone peu importe l’aire coutumière du pays ? 

Marie-Gabriella Mapou : « Il y a un réel regain des gens à vouloir se réapproprier leur langue, et à la partager aussi bien à l’écrit qu’à l’oral. Aujourd’hui, on est à un moment où les gens reviennent vers leurs langues maternelles même si c’est difficile. Ils ne cherchent plus à se cacher où à passer outre, en fait. Vraiment, il y a un regain réel qui est palpable pour leur langue kanak. »

Est-ce le fait que certaines langues du pays sont enseignées à l’école ? 

Marie-Gabriella Mapou : « Je pense que cela va bien au-delà de ça. Il y a certaines choses qui ont été faites, notamment les expérimentations faites par l’Université de la Nouvelle-Calédonie, il y a quelques années. Les gens commencent à comprendre que les langues maternelles sont aussi importantes que le français. Pour pouvoir maîtriser cette langue, il faut déjà maîtriser notre propre langue maternelle, c’est-à-dire savoir connaître toute notre culture afin de la maîtriser à travers la langue notamment. Pouvoir s’ouvrir à une autre culture qui est la culture française finalement. Il faut pouvoir maîtriser l’une ou pour comprendre, s’adapter et en quelque sorte adopter l’autre. »

« Les peuples autochtones comptent environ 370 millions de personnes et vivent dans 90 pays. Bien qu’ils ne représentent que 5% de la population mondiale, ils constituent aujourd’hui 15% des individus les plus marginalisés de la planète. 

Les peuples autochtones sont les héritiers d’une grande diversité linguistique et culturelle, ainsi que de coutumes et de traditions ancestrales. Ils ne comptent pas moins de 5 000 cultures différentes et parlent la vaste majorité des quelques 7 000 langues de la planète. Malgré leur diversité, la plupart des peuples autochtones partagent d’importants points communs, notamment les liens qu’ils entretiennent avec leurs terres ancestrales et leur environnement, de même que la volonté de préserver leur mode d’organisation, leur valeurs culturelles, sociales, économiques, qui varient souvent des normes dominant dans les sociétés dans lesquelles ils vivent. Bien que pluriels, les peuples autochtones partagent donc les défis liés à la reconnaissance et à la protection de leurs droits les plus fondamentaux. 

Depuis des décennies, les peuples autochtones demandent la reconnaissance de leur identité, de leur mode de vie, de leurs terres, territoires et ressources naturelles mais, malgré leurs efforts, ils continuent d’être victimes de discriminations et d’injustices. 

Afin de sensibiliser le public aux besoins de cette partie de la population, nous célébrons, le 9 août de chaque année, la Journée internationale des peuples autochtones. La date a été choisie pour rappeler la première réunion du Groupe de travail des Nations Unies sur les populations autochtones, tenu à Genève en 1982, ont rappelé les organisateurs lors de cette célébration. 

http://ustke.org/actualites/actualite-politique/Les-langues-autochtones-mises-en-valeur-at_1070.html

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