La Pierre est des peuples. Des peuples dont il ne reste qu’elle

« Du temps de l’esclavage dans les isles-à-sucre, il y eut un vieux-nègre sans histoires ni gros-saut, ni manières à spectacle. Il était amateur de silence, goûteur de solitude. C’était un minéral de patiences immobiles. Un inépuisable bambou ».

Chacun e par la fenêtre ouverte ainsi sur le passé, pourrait composer une histoire à partir de ces quelques mots. Les phrases du conteur ravivent la mémoire du poids des « terres amères des sucres ». Patrick Chamoiseau prévient « Au démarrage de cette histoire, chacun sait que cet esclave vieil homme va bientôt mourir ». Pourtant en l’écrivant si sobrement, il instille un doute sur cette mort probable, il souffle le possible chant de la révolte.

Mais laissons cela pour l’instant et faisons connaissance avec le Maître-béké dont « le patrimoine vibre d’une particule », sa propriété l’Habitation et ses esclaves, le molosse « destiné à traquer les fourbins qui fuient les servitudes », l’histoire de cette terre, « Les Amérindiens des premiers temps se sont transformés en liane de douleurs qui étranglent les arbres et ruissellent sur les falaises, tel le sang inapaisé de leur propre génocide », les bateaux négriers, les « lentes processions de chairs défaites, maquillées d’huile et de vinaigre », le « déshumain grandiose », la confusion d’« existants dévastés, indistincts dans l’informe »…

Le molosse hurle à la mort, ce hurlement « défolmante la matière » du monde du Maître-béké, l’esclave vieil homme a maronné…

Je n’en dirait pas plus du vivant, des eaux, du lunaire, du solaire, de la Pierre, des os… et de l’auteur, « La parole du Papa-conteur l’emporte vers des confins étranges ».

En touchant aux os, l’écrivain fait « l’immense détour qui va jusqu’aux extrêmes pour revenir aux combat de mon âge, chargé des tables insues d’une poésie nouvelle ». La prolifération des mémoires, des lieux, des mots et des couleurs… de la révolte même dans le sommeil apparent…

Patrick Chamoiseau : L’esclave vieil homme et le molosse

Avec un entre-dire d’Edouard Glissant

Editions Gallimard, Paris 1997, réédition Folio, 154 pages

Didier Epsztajn


De et sur l’auteur :

Vers le diamantvers-le-diamant/

« L’imaginaire de l’Europe est celui de l’Empire » (Entretien)limaginaire-de-leurope-est-celui-de-lempire-entretien-avec-patrick-chamoiseau/

Nulle mort ne peutnulle-mort-ne-peut/

POUR LA JUSTE DÉMESUREpour-la-juste-demesure/

Les neuf consciences de Malfinijavais-appris-quelque-chose/

Aucune excuse, aucune sanction, soutien total à M. Letchimyaucune-excuse-aucune-sanction-soutien-total-a-m-letchimy/

Fanon, côté cœur, côté sèvefanon-cote-coeur-cote-seve/

Un dimanche au cachotraconter-cest-aimer-raconter-cest-donner/

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.