« Des femmes et des ânes » : Le harcèlement de rue au Maroc

Interview de Yasmina Flaiou par Francine Sporenda

Après un baccalauréat en sciences économiques et sociales au lycée français laïque de Rabat (Descartes), Yasmina Flaiou a étudié le droit à l’Université Mohamed V de Rabat (droit privé) puis a fait une année de master en droit des affaires. Elle a étudié pendant quatre ans les différentes matières liées à la criminologie à l’IHECRIM (Institut des Hautes Etudes en Criminologie) à Paris, une école expertale qui suit la méthodologie du FBI. Cette école lui a permis de développer des compétences en analyse comportementale, victimologie, profiling et psycho-criminologie. A cela, elle a ajouté différentes certifications : co-active coach training and leadership development ainsi que le Neuro Linguistic (master coach et master hypnotherapist) et a créé son entreprise de consulting qui lui a permis d’asseoir son expérience dans ces différents domaines.  

Des femmes et des ânes est une BD satirique dénonçant le harcèlement de rue et la prédation sexuelle au Maroc. L’équipe projet est composée de Yasmina Flaiou, Abla Alami (co-scénaristes) et Francis Faillenet (illustrateur)

https://www.facebook.com/desfemmesetdesanes/

FS : Vous avez contribué à une BD intitulée « Des femmes et des ânes » sur le harcèlement sexuel au Maroc. Pouvez-vous nous parler de ce problème et de la raison pour laquelle vous avez décidé d’en parler ? Et pourquoi à travers un animal, l’âne ?

YF : La BD n’est pas encore publiée. Nous avons voulu tester en amont les réactions des internautes marocains en postant quelques planches sur nos pages Facebook et instagram ainsi que sur notre chaîne Youtube. Nous entretenons le teasing en publiant régulièrement des illustrations avec les réactions ou commentaires  puisés dans nos pages donc authentiques) de femmes et d’hommes féministes ainsi que d’« ânes » (parfois agressifs ou de mauvaise foi) en attendant de faire un choix d’éditeur parmi les différentes offres reçues. Nous avons décidé d’en parler parce qu’au fil des ans, c’est un phénomène qui a pris de l’ampleur et a revêtu, avec la montée des islamistes, une nouvelle forme. C’est le harcèlement d’avant plus un harcèlement inquisiteur pour celles qui sont vues comme des tentatrices et ne portent pas de vêtements assez pudiques à leurs yeux. Nous avons choisi « des femmes » pour redonner son titre à la femme qui est perçue par ces hommes comme un objet d’usage et « des ânes » parce qu’au Maroc, cela constitue l’insulte suprême. Une manière de faire réagir la société sur ce comportement inadmissible.

FS : Dans un article sur le féminisme au Maroc, j’ai lu cette phrase : « l’homme au Maroc se sent menacé par la seule présence de la femme dans l’espace public ». Qu’en pensez-vous ?

YF : Oui effectivement l’homme marocain vit la présence de la femme dans l’espace public presque comme une agression : l’endoctrinement patriarcal est tellement fort que l’homme a du mal à accepter les femmes libres. Pour beaucoup, la femme est là pour se marier, avoir des enfants et s’occuper de son mari et de sa progéniture… Dans leur esprit, c’est la seule femme « honorable ». Les autres sont considérées souvent comme des catins, des filles faciles ou des femmes qui sortent pour aguicher et provoquer les hommes. La femme libre est une menace pour lui car elle vient se mesurer à lui dans l’espace public qu’il pense lui être exclusif. C’est une violation de sa propriété privée : il pense de droit et normal d’agresser en retour les « intruses » !

FS : En France, les femmes se déplacent dans l’espace public avec des écouteurs, elles évitent certaines rues ou quartiers pour essayer d’échapper au harcèlement de rue. Quelles sont les stratégies utilisées par les femmes au Maroc ?

YF : Le harcèlement est tel au Maroc (pour parler de nos expériences personnelles), que nous baissons souvent la tête en rasant les murs en hâtant le pas et en les ignorant. C’est parfois très effrayant dans la mesure où l’on ne sait pas à quel type d’homme nous avons affaire. Ils peuvent nous toucher ou réagir violemment si nous répondons. Nous évitons les rues vides ou de sortir seule. Nous nous habillons en fonction des quartiers visités pour éviter d’attirer l’attention, ce que nous ressentons comme inadmissible.

FS : Il y a de plus en plus en plus de femmes voilées au Maroc. Le port du voile permet-il d’échapper au harcèlement sexuel ?

YF : Absolument pas. S’il est vrai que les hommes vont s’octroyer quasiment un droit de posséder les filles ou femmes non voilées (car pour beaucoup, une femme qui montre sa chair ou s’habille serré, ils peuvent aimer ça mais ils la voient comme une fille de joie) ; les femmes voilées ne sont pas épargnées. Nous mettons cela sur le compte du manque de civisme de certains ainsi que sur le fait que beaucoup ont cette obsession des femmes et de la sexualité qui ne les quitte pas … N’oublions pas qu’aucune éducation sexuelle n’est proposée dans les écoles et que les relations sexuelles hors mariage sont interdites. Pour nourrir ce besoin fondamental qu’est la sexualité, ils découvrent le sexe par la pornographie et la confondent avec une sexualité normale.

FS : Y a-t-il eu un impact du mouvement #metoo au Maroc ?

YF : Oui l’impact a été essentiellement la libération de la parole des femmes qui ont commencé à s’exprimer ! Il y a eu également des féministes qui ont contribué à libérer la parole des femmes. Il faut savoir que depuis toujours, sur le phénomène du harcèlement, on nous demande juste de ne pas répondre. Un supplice donc, que les femmes ont appris à supporter en silence. Une loi sur le harcèlement a finalement vu le jour en 2018 … Malheureusement elle arrive très tard dans la mesure où c’est un comportement qui fait partie de la norme sociale. Seulement 6% des femmes portent plainte, un chiffre très bas qui s’explique par la honte, la peur ou simplement parce qu’elles ne réalisent pas que ce sont des violences.

FS : Quand les femmes travaillent à l’extérieur de chez elles (ce qui est encore assez rare au Maroc), disent-elles être victimes de harcèlement sexuel au travail aussi ?

YF : Oui… il nous a souvent été reporté que pour obtenir un travail, il pouvait y avoir un chantage pendant ou après l’entretien. Les hommes qui font passer l’entretien d’embauche laissent entendre plus ou moins explicitement que, pour obtenir cet emploi, la candidate devra accepter d’avoir des relations sexuelles avec l’homme qui examine sa candidature.

FS : Que pensez-vous du féminisme d’Etat style Asma Lamrabet basé sur une interprétation féministe du Coran (« ishtihad ») ?

YF : Je ne veux pas juger ces femmes mais selon moi, à partir du moment où l’on accepte la soumission au système patriarcal donc la reconnaissance de la suprématie des hommes, dont les religions sont une expression en tant qu’institutions, on ne peut se définir féministe. Le voile est un vêtement qui cache le corps des femmes quand elles doivent sortir dans la rue. C’est une soumission aux hommes : les femmes cachent leur beauté pour ne pas les attirer ou les exciter. Je veux bien porter un foulard pendant mes prières dans une relation verticale mais en aucun cas pour le regard des hommes. De plus, le féminisme islamiste ne mènera jamais à l’émancipation des femmes, il n’y a que la laïcité et donc l’abrogation du code du statut personnel dont nous dépendons qui mènera à la libération des femmes. Dans le droit musulman, la femme ne sera jamais l’égale de l’homme.

FS : Le nouveau code du statut personnel (« moudawana ») passé en 2004 et amendé en 2018 comporte quelques mesures de protection des femmes contre les violences. Pouvez-vous nous en parler, et ces lois sont-elles vraiment appliquées ?

YF : La nouvelle loi considère comme des crimes certaines formes de violences familiales, instaure des mesures de prévention et fournit des protections nouvelles aux victimes. Mais elle oblige les victimes à engager des poursuites pénales pour obtenir une protection, ce que peu d’entre elles sont en mesure de faire. La loi n’assigne pas de devoirs à la police, aux procureurs et aux juges d’instruction dans les affaires de violence familiale, et elle ne prévoit pas non plus de financement pour les refuges où sont accueillies les femmes victimes de violences.

Il reste beaucoup à faire en matière de prévention, de suivi et d’encadrement de ces femmes. La nouvelle loi contient des dispositions positives, telles que la définition des violences faites aux femmes comme étant « tout acte basé sur la discrimination fondée sur le genre, qui soit de nature à causer un dommage physique, psychologique, sexuel ou économique à une femme ». Toutefois, elle ne fournit pas de définition de la violence conjugale et ne considère pas explicitement comme un crime le viol d’une femme par son mari par exemple. De plus, il faudrait également sensibiliser ces femmes – qui ne sont pas dans la culture de se révolter mais plutôt dans la soumission – et de ce fait trouvent normales les violences qu’elles subissent.

FS : Une évolution dans le sens de l’intérêt des femmes est-elle possible quand des lois (remises en question par certain-es) sont d’origine religieuse, comme les lois sur le divorce, l’avortement (interdit par l’article 454 du code pénal), l’héritage, etc ?

YF : Une évolution oui, puisque le code du statut personnel a été plusieurs fois modifié. Malheureusement l’évolution des mentalités dans le sens rétrograde est beaucoup plus rapide que les changements positifs pour les femmes dans ce code ! Il est en effet de plus en plus difficile de faire accepter des changements aux citoyens. La société a de plus en plus de mal à accepter les libertés pour les femmes. Toutefois je maintiens que la laïcité pourra réellement redonner à la femme un statut juste et permettra aussi une évolution des mentalités. Les relations hommes – femmes ainsi que le statut de la femme dans notre société sont tels qu’ils sont aujourd’hui à cause de la position de suprématie donnée aux hommes. Ils pensent avoir tous les droits y compris celui de nous abuser.

FS : Concernant les viols qui ont eu lieu au Maroc dans l’espace public (dans un bus par exemple), quelles sont les réactions qu’ils ont suscitées dans la population marocaine?  Selon vous, ces comportements peuvent-ils être vus comme une façon de punir les femmes de se déplacer librement dans l’espace public ? Ce qu’on appelle des viols correctifs ?

YF : Afin de répondre à cette question, il est essentiel d’expliquer le mode de pensée de ces hommes. Dans cette culture patriarcale, c’est l’homme qui doit être respecté et obéi. Une femme se doit d’être discrète, obéissante, respectueuse et surtout ne jamais provoquer ou défier les hommes. Dans cette culture, on entend souvent qu’une femme qui s’habille à l’occidentale ou qui montre sa chair, c’est pour la vendre ou pour avoir des relations sexuelles. Dans leur structuration psychologique, ils ne comprennent pas qu’il puisse en être autrement. Il nous a souvent été répété que les seules femmes respectables étaient les femmes voilées qui restent à à la maison. On leur a seulement appris dans l’éducation à l’école que la femme doit être « pénétrée » sans autre support d’apprentissage par eux-mêmes que la pornographie. Nous parlons de personnes qui ignorent le sens du mot femme.

Le chef du parti à la tête du gouvernement actuel a par exemple osé comparer les femmes à un objet : pour lui, elles sont comme un lustre qui illumine la maison ! Et en effet, pour beaucoup de ces hommes, une femme dans la rue est une proie facile puisque qu’ils ont l’illusion qu’elle s’offre à eux. Beaucoup de Marocains ignorent la définition et le sens du mot viol. N’oublions pas que c’est en 2014 et seulement après un fait divers où la victime d’un viol s’est suicidée, que l’article 475 du code pénal a été amendé. Avant cette date, le violeur avait en guise de « punition » le droit d’épouser sa victime.

Concernant les réactions qu’ont suscité ces viols dans l’espace public, certes la population marocaine a été scandalisée. Il y a eu des manifestations de femmes essentiellement et aussi de quelques hommes. Ce qui a eu pour effet l’accélération de l’adoption de cette loi contre le harcèlement qui est tout de même restée longtemps dans les « tiroirs » du parti au pouvoir (PJD), ce qui est scandaleux pour un parti qui se revendique musulman. Ceci étant dit, cette loi ne changera en aucun cas la structuration, le psychisme, le comportement de ces hommes dans cette société car ils ont été construits ainsi dans leur éducation (à la maison, à l’école). Inconsciemment sans doute, ces comportements peuvent être vus comme une façon de punir les femmes et cela va même au-delà d’un viol correctif, avec le droit de systématiquement corriger, de juger, de manquer de respect à toute femme qui ne rentre pas dans le « moule » qu’on leur a enseigné. En outre, parler de viol correctif ou d’agression corrective est justifié, dans la mesure où Yasmina Flaiou (une autre des autrices de « Des femmes et des ânes ») dit souvent avoir observé des prêcheurs  qui, au lieu de prêcher l’humanité et la morale, focalisent de façon obsessionnelle sur les femmes et leurs tenues vestimentaires ainsi que leur comportement dans les rues. Pour un véritable changement de la place de la femme dans la société, il faudrait de vraies campagnes de sensibilisation (émissions radio, tv…), éduquer les gens sur le sens du mot viol, du respect de la femme, afin « d’humaniser » la femme. La loi est là pour punir un acte après qu’il ait eu lieu, donc quand il est trop tard.

https://revolutionfeministe.wordpress.com/2019/07/07/des-femmes-et-des-anes-le-harcelement-de-rue-au-maroc/


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