Female Erasure met à la fois en lumière la misogynie contemporaine et l’importance des espaces non mixtes femmes.

À une époque où le battage fait autour du transgenrisme a amené des activistes queer à remettre en question le concept de femme biologique et à le condamner, les féministes doivent être attentives à ce dossier. Et c’est exactement ce que font les femmes qui ont prêté leur plume collaboratrices à Female Erasure, une anthologie récemment publiée sous la direction de Ruth Barrett.

Dans Female Erasure : What You Need To Know About Gender Politics’ War on Women, the Female Sex and Human Rights, des autrices [plus d’une quarantaine] d’horizons et de tendances idéologiques diverses examinent l’impact de la politique du genre sur le mouvement de libération des femmes. La montée du transactivisme a entraîné plusieurs changements idéologiques au sein de la société, y compris l’apparition de l’idée que le genre est une identité personnelle plutôt qu’une invention sociale, imposée aux gens en fonction de leur sexe. Aux termes de ce courant de pensée, les réalités biologiques (comme l’utérus, les seins et les vagins d’une femme) deviennent sans rapport avec sa condition féminine – le simple fait de s’affirmer femme concrétise ce fait.

Female Erasure met en lumière les nombreux problèmes soulevés à cette supposée approche progressiste du genre, l’un d’eux concernant son impact sur les espaces réservés aux femmes. Dans « Queer Theory’s Suppression Of Feminist Consciousness », Carol Downer traite de la décision du gouvernement Obama d’ouvrir l’accès des toilettes et vestiaires pour femmes aux hommes qui prétendent appartenir à la catégorie « femme ». Downer soutient que le fait de priver les femmes de leurs propres espaces altèrera l’image que les femmes ont d’elles-mêmes et leur solidarité collective. Étendant la question au-delà de la sphère de la salle de bains, elle explique que l’incapacité des femmes de conserver des espaces à elles où s’organiser contre l’oppression aura pour effet d’altérer la conscience féministe. En effet, explique-t-elle, cette conscience n’existe qu’à partir du moment où des commencent à s’identifier à d’autres femmes et à centrer leurs priorités politiques sur celles des femmes, au lieu de celles des hommes – ce qui est compromis lorsque les femmes ne peuvent se réunir entre elles pour discuter de leur oppression dans le patriarcat ou des particularités distinctes du corps féminin.

Comme Downer, Ava Park assimile l’attaque menée contre les espaces réservés aux femmes comme une tendance qui va entraver la libération des femmes. Dans son article « Female Erasure : A Sampler », elle écrit que nous devons conserver des espaces réservés aux femmes parce que, « dans une société fondée sur le modèle d’un dominateur, les femmes ont besoin d’un endroit où parler librement afin de se rétablir de l’oppression et de l’effacement ». Pour veiller à ce que le patriarcat continue de fonctionner efficacement, les hommes qui souhaitent dominer les femmes doivent détruire leurs enclaves de résistance. Park montre comment ce processus est encouragé à travers les contes de fées qui enseignent aux filles et aux garçons à craindre des figures de « reines maléfiques » et qui diabolisent les femmes qui font respecter des limites. Cette leçon est plus tard liée à une crispation sociale au sujet des femmes qui insistent pour avoir leurs propres espaces. Résultat : des femmes qui, ayant été socialisées à ne pas imposer de limites (parce que cela ferait d’elles des personnes cruelles), se sentent obligées d’accepter des hommes qui s’identifient comme « non binaires » ou « transfemmes » dans les espaces auparavant réservés aux femmes. La conséquence de cette acceptation risque d’être un malaise ou une crispation à l’idée de discuter dans ces espaces d’expériences propres à leur corps féminin.

Dans son essai intitulé « Why Women’s Spaces Are Critical To Feminist Autonomy », Patricia McFadden propose une analyse historique de la façon dont les hommes ont utilisé l’espace pour maintenir le patriarcat. Elle dit que permettre aux hommes d’entrer dans les espaces des femmes sous couvert d’« inclusivité » est hétéro sexiste et « favorise une vieille revendication nationaliste selon laquelle les femmes doivent prendre soin des hommes, où qu’elles se trouvent et quoi qu’elles fassent ». Parce que les femmes qui ne sont pas attachées ou associées à un homme sont considérées comme dangereuses dans le patriarcat, McFadden conclut que les tentatives pour priver les femmes de leur propre espace constituent un « backlash contre les efforts des femmes pour devenir autonomes des hommes dans leurs relations et interactions personnelles et politiques ».

Si une grande partie de Female Erasure met l’accent sur le rôle que jouent les attaques contemporaines pour priver les femmes de leurs propres espaces dans le maintien du patriarcat, l’anthologie aborde également ce qui se cache derrière les tentatives visant à gommer la réalité matérielle de l’oppression fondée sur le sexe. Dans « The Girls and the Grasses », Lierre Keith offre une définition claire et concise d’un terme devenu central dans le discours féministe : le genre. Bien que certaines personnes prétendent que le sexe est binaire, Keith lui reconnaît plutôt le statut d’une hiérarchie qui détermine « qui a statut d’humain et qui, de victime ». Elle explique que le genre est en définitive un système de violence masculine – un système qui est rendu possible non seulement par les individus hommes, mais également par les institutions. Elle écrit :

« Derrière le sadique, il y a les institutions, les condensés de pouvoir qui nous donnent à lui. Chaque fois qu’un juge décide que les femmes n’ont pas droit à l’intégrité physique – que les photos prises sous les jupes sont légales, que les fausses couches sont des meurtres, que les femmes doivent s’attendre à être battues – cet homme gagne. »

Il est impératif de disposer d’exemples concrets sur le fonctionnement violent du système de genre pour comprendre ses conséquences réelles dans la vie des femmes et des filles. Keith cite l’exemple des mutilations génitales féminines (MGF), qui constituent pour les hommes à la fois un acte de violence et un moyen de transgresser des limites :

« Dans les formes les plus extrêmes de mutilation génitale féminine (MGF), les lèvres sont coupées et le vagin est cousu. Le soir de sa nuit de noces, la fille sera pénétrée par le mari avec un couteau avant son pénis. »

L’idée que les femmes existent « pour les hommes » est nocive de moult manières, mais, souligne Keith, l’une d’elles l’illustre parfaitement : « Il y a des villages entiers en Inde où toutes les femmes n’ont qu’un rein… parce que leurs maris ont vendu l’autre. »

La seule solution est d’abolir complètement le système de genre, conclut-elle.

Female Erasure démontre comment la guerre permanente menée contre les femmes et l’offensive « progressiste » menée contre les espaces qui leur étaient réservés sont devenues une partie intégrante du projet patriarcal ; un phénomène que nous devons comprendre afin de contrer la misogynie particulière à l’œuvre dans notre paysage contemporain.

Jocelyn Crawley

Jocelyn Crawley est une écrivaine féministe radicale de 32 ans, qui vit à Atlanta, en Géorgie. Féministe radicale depuis la fin de la vingtaine, elle a publié plusieurs titres sur une vaste gamme d’enjeux féministes, dont le viol.

Version originale de ce texte : 

http://www.feministcurrent.com/2017/04/06/female-erasure-sheds-light-contemporary-misogyny-value-women-space/

Traduction : TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2019/06/08/female-erasure-met-a-la-fois-en-lumiere-la-misogynie-contemporaine-et-limportance-des-espaces-non-mixtes-femmes/

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