Le sexe de la communication

Les technologies de l’information, les moyens de communication, « Intégrer une perspective de genre qui analyse et questionne les représentations et les rapports de pouvoir véhiculés dans la multitude des messages et canaux de communication apparaît comme essentiel pour impacter l’imaginaire collectif »

Dans une première partie, les autrices reviennent sur certains concepts et notions, le genre, la dichotomie féminin/masculin, les catégorisations et leur hiérarchisation, les rapports de pouvoir, les inégalités et les discriminations, les stéréotypes sexistes (je préfère pour ma part le terme cliché ; lire les analyses deGeneviève Fraisse : Post-scriptum : la « multiple vérité » in Les excès du genrepost-scriptum-la-multiple-verite-genevieve-fraisse-les-exces-du-genre/), les positions culturellement définies par la société selon les sexe des individus, la notion de système (organisation sociale de la société), l’intersectionnalité (l’imbrication des rapports sociaux et des dominations, les codes et les imprégnations, « la construction de nos valeurs à travers l’intériorisation des normes véhiculées », les processus de socialisation…

Il conviendrait, me semble-t-il, de préciser que les rapports sociaux, les processus de socialisation, ne sont jamais des « cages de fer », mais présentent et engendrent des contradictions ouvrant la porte aux compréhensions, aux résistances, aux luttes d’émancipation.

La seconde partie de la publication est consacrée à la communication vers le grand public et le sexisme dans les médias, la surreprésentation des hommes dans toutes les catégories d’information (et notamment dans les directions et les postes les plus prestigieux), l’assignation de rôle passif aux femmes, le poids du rester jeune, la sémantique, « Le champ sémantique associé aux femmes est extrêmement réduit par rapport à celui attribué aux hommes », l’invisibilisation des inégalités femmes/hommes…

Les autrices soulignent aussi que les femmes sont nombreuses dans « les rôles de témoins » ou dans les reportages « d’histoires personnelle », les limitations à « leur statut familial et leur rôle reproductif » et rarement dans le domaine du travail salarié, la « figure d’expertise et d’autorité » reste masculine, que ces éléments participent à insensibilisation des femmes dans les médias…

Comme le signalent les autrices, « la visibilité des femmes augmente incontestablement lorsqu’elles sont citées en tant que victime ». Reste que le traitement médiatique des violences faites aux femmes est dépolitisé, « rangés dans la catégorie des faits divers, traités de manière anecdotique et abordés sous un prisme sexiste, les articles évoquant des violences et/ou des féminicides participent à une victimisation et à une stigmatisation symbolique des femmes ». Les hommes sont présentés comme étants actifs, les femmes demeurant passives, dans la minimisation de la violence vécue. Par ailleurs un meurtre devient un décès ou un drame familial, « Les violences conjugales sont alors perçues comme un vulgaire fait divers et non pas comme un phénomène structurel et politique » (en complément possible Aline Chitelman : Les violences faites aux femmes relèvent-elles des faits divers ?les-violences-faites-aux-femmes-relevent-elles-des-faits-divers/), sans oublier l’occultation de la parole des femmes au profit de celle des hommes.

« La quête d’une image juste et égalitaire des femmes dans les médias ne devrait pas être interprétée comme « une guerre des sexes » mais bien comme un but en soi, une stratégie citoyenne afin d’atteindre l’égalité et de combattre les discriminations »

Un chapitre concerne la publicité, « La publicité est très souvent un vecteur violent de sexisme », les femmes comme « objet de désir masculin » ou comme consommatrices, La Meute (réseau international, féministe et mixte, engagé contre la publicité sexiste), les femmes prioritairement présentées dans le domaine privé, les corps érotisés, « les femmes sont principalement définies selon leurs attributs physiques », les femmes chosifiées. La publicité participe à la socialisation des individus, « elle crée des modèles, des habitudes de consommation, des comportements »…

Les autrices soulignent aussi l’alliance des médias et de l’hypersexualisation, un « phénomène qui consiste à donner un caractère sexuel à un comportement ou à un produit qui n’en a pas en soi », la banalisation médiatique des corps érotisés et sexualisés, la fabrication d’image de sexe et leurs conséquences en termes d’éducation sexuelle et affective, les échanges scénarisés et théâtralisés, la sexualisation précoce, le registre de la séduction, les images de performance, les corps fragmentés, l’étalage de la vie privée sur les réseaux sociaux, le revenge porn et le harcèlement anonyme…

En complément possible sur l’hypersexualisation :

Linda Bérubé : L’hypersexualisation et les agressions sexuelles ; une culture pornographique qui fabrique le consentementlhypersexualisation-et-les-agressions-sexuelles-une-culture-pornographique-qui-fabrique-le-consentement/

Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard et Isabelle Boily : La sexualisation précoce des fillesincorporation-de-caractere-sexuel-a-un-comportement-ou-a-un-produit/

Richard Poulin et Amélie Laprade : Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeuneshypersexualisation-erotisation-et-pornographie-chez-les-jeunes/

Dans la quatrième partie, les autrices abordent « La communication qui favorise la prise de parole citoyenne », le Girl Power numérique, les technologies libératrices, le cyberféminisme, la sous-représentation des femmes dans les connections et plus généralement la fracture numérique, la dénonciation de la censure et la vigilance aux formes de violences, des campagnes dans certains pays, le partage des opinions, #MeeToo, #ToutesEnsembles, « Ces hashtags permettent un partage d’opinions car les NTIC ont offert un espace de parole et d’existence des mouvements sociaux », #NiUnaMenos, le rôle des réseaux sociaux et des féministes dans les « printemps arabes », les outils qui ne répondent pas aux besoins spécifiques des femmes, les développeuses et les créatrices, Radio Alternativa de la Casa de la Mujer

Les femmes sont des créatrices et des résistantes, la campagne pour de « vrais corps », l’absl Amazone, les films de femmes…

Décodage, dénonciation, expression innovante, éducation permanente, production de messages alternatifs…

La langage n’est pas neutre, le choix des mots, l’écriture inclusive (je souligne l’argumentaire face aux résistances à cette écriture), « Ce que l’on ne nomme pas, n’existe pas », les changements de langue et des utilisations de celle-ci…

Les corps, l’image des femmes, les clichés de la propagande coloniale, les femmes comme objets érotiques, « L’histoire coloniale a eu un impact considérable dans la conception de l’Autre comme individu externe à l’endogroupe », le racisme « institutionnel, banalisé, normalisé ». Les autrices parlent du livre Noire n’est pas mon métier (les-refus-de-la-boite-a-cliches/)…

La brochure se termine par des recommandations pour repérer le sexisme et éliminer l’asymétrie dans la communication.

« Intégrer une analyse de genre, c’est-à-dire proposer une analyse sexo-spécifique de la réalité exige une volonté politique et des outils qui permettent de rendre visibles les droits des femmes et des hommes »

Alicia Novis, Bérivan Güzel, Lola Goffin – Le Monde selon les femmes : Les essentiels du genre : Genre et communication

Décrypter les médias

http://www.mondefemmes.be/pdf/mf-les-essentiels08-web.pdf

Bruxelles 2018, 74 pages

Didier Epsztajn

2 réponses à “Le sexe de la communication

  1. I. Arnauld des Lions

    Bonjour,

    Avez-vous aussi remarqué que les micros sont réglés sur des voix d’hommes ? Lorsqu’une femme est enregistrée, sa voix est toujours plus dérangeante que celles des hommes dont les fréquences désagréables à l’oreille ont été coupées déjà par l’appareil…

    Bonne continuation et merci pour votre travail !

    Bien à vous

    Ilse Arnauld des Lions

    GeoPolyGlob

    Traductions professionnelles dans les domaines des techniques de l’environnement, des biosciences et des géosciences

    Lange Gasse 11

    93183 Kallmünz

    ALLEMAGNE

    Tél.: +49 (0) 9473 95 000 70

    Portable: +49(0)151-44 50 36 92

    arnauld@geopolyglob.de

    Membre IG gesunder Boden e.V.

  2. Dans le monde réel, sur France-Culture un monsieur qui avait écrit un bouquin n’a cessé de parler des « basses classes » dont je fais partie. N’est-ce pas une agression ?

Répondre à Moulié Gisèle Annuler la réponse.

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