Refus des droits et de l’autonomie des femmes, réaffirmation du pouvoir des hommes

En introduction, « A contre-vagues », Christine Bard discute, entre autres, de l’opposition des hommes à l’émancipation des femmes, d’Un siècle d’antiféminisme (1999), du colloque interdisciplinaire de mars 2017 dont est issu ce livre, de l’histoire des antiféminismes français, des redéploiements contemporains face à la mixité ou à la « démocratie sexuelle », du versant masculiniste, des associations de pères divorcés…

L’antiféminisme est un contre-mouvement de pensée et d’action s’opposant au féminisme, à l’aspiration à l’émancipation des femmes, à l’action des femmes pour abolir le système d’oppression et d’exploitation.

Le masculinisme, les défenseurs du système de domination, « Nous identifions dans cet ouvrage le masculinisme comme un mouvement social qui se constitue en Occident à partir des années 1980 pour défendre les « droits des hommes » dans une société qu’ils estiment désormais dominée par les femmes, la symétrisation des situations et des luttes…

L’autrice souligne les nécessaires pluriels, les féminismes et les masculinismes sont multiples. Il importe de distinguer les « registres d’opposition » et d’historiciser les antiféminismes.

Christine Bard aborde, entre autres, le « prêt-à-penser » de la domination patriarcale, la plasticité de l’antiféminisme, les thèmes et leurs histoires, les mythes et leurs expressions, les insultes comme « féminazie » ou « gaystapo », les détournements des discours féministes, la banalisation de la violence verbale la plus extrême, l’« intersectionnalité » des haines, « Cette haine antiféministe est justifiée par la conviction de vivre une guerre de légitime défense », l’idée centrale de décadence ou de déclin de l’« Occident », le déni des oppressions et l’accusation de victimisation des femmes, les organisations mixtes ou non de ces antiféminismes militants et leurs histoires, la vague de création de mouvements de la « condition paternelle », le harcèlement « via des trolls injurieux, généralement à caractère sexuel », le cyber-antiféminisme, les réseaux de « célibataires involontaires », les femmes dans l’opposition au féminisme et leur histoire (l’autrice rappelle les analyses d’Andrea Dworkin, ce-qui-parait-le-plus-noir-cest-ce-qui-est-eclaire-par-lespoir-le-plus-vif-texte-integral/ et en indique des limites)…

Elle propose aussi des interprétations de ce contre-mouvement, les préoccupations identitaires, la volonté d’appropriation de l’espace et des êtres, la peur de l’indifférenciation, la reprise du contrôle sur la sexualité des femmes, « l’antiféminisme agit tel un « ressac ». Il témoigne à sa manière des avancées de l’égalité, en s’y opposant », la contestation du « dévoilement même de la domination ». L’autrice utilise les termes de « guerre curative » et de « guerre préventive ». « Pourtant, l’attention à la chronologie de masculinisme nous montre qu’il est aussi une guerre préventive et qu’il agit par anticipation, sur la base d’une prévisibilité assez grande des positions adverses qui s’inscrivent dans une logique politique, dans une vision du monde déjà connue ».

La révolution conservatrice, les droites extrêmes, les croisades des religions contre les « droits reproductifs » des femmes et les droits des minorités sexuelles, les nationalismes sexuels, la racialisation de l’antiféminisme et la volonté de relativiser la domination masculine en Occident, « La montée de la xénophobie et des thématiques anti-islam et anti-réfugiés joue sur la peur de perdre des acquis sociaux, de voir se dénaturer le mode de vie « occidental ». Et là l’antiféminisme fait une pirouette. Il ne s’agit plus de s’alarmer d’un féminisme qui serait allé trop loin ou de décréter le féminisme inutile, l’égalité étant déjà plus que réalisée, mais d’utiliser la cause des femmes contre l’ennemi »…

Christine Bard termine sur le champ de recherche, les études, l’impact de la tuerie de 1989 à l’Ecole polytechnique de Montréal, des ouvrages (certains chroniqués, voir à la fin de cette note), « Nous vous invitons à découvrir différents visages de l’antiféminisme d’hier arrimés à un socle d’extrême-droite anti-républicain, ou au contraire en contradiction avec un idéal d’émancipation sociale (Proudhon) », les effets que produisent l’antiféminisme sur le féminisme…

 

Sans volonté d’exhaustivité, quelques éléments et articles.

La cartographie des diverses manifestations de l’antiféminisme. « C’est un peu ce que je compte faire ici, en le distinguant de la misogynie et du sexisme. Je montrerais ensuite comment il s’enracine dans une pensée conservatrice ». Diane Lamoureux, aborde, entre autres, la tuerie de l’Ecole polytechnique, un certain nombre d’ouvrages (voir en fin de note), le contre-mouvement à l’avancée du féminisme, deux grandes peurs : « celle de l’égalité entre les femmes et les hommes, et celle de la liberté et de l’autonomie des femmes », les privilèges menacés et la volonté d’en découdre avec les féministes, le système global et les rapports sociaux de sexe, l’altérisation, « L’altérisation consiste à définir un groupe social par rapport à un autre groupe social qui fait figure de référence ou d’étalon de mesure », la naturalisation, le « hors de l’ordre social » des différenciations de genre, l’asymétrie du rapport femme/homme, l’antiféminisme et son centrage contre les féministes…

Le conservatisme et son existence à « droite comme à gauche du spectre politique », ce qui apparaît comme inchangeable, les discours sur l’exagération du féminisme, les passés idéalisés, l’idée pernicieuse du « postféminisme »…

L’autrice détaille certaines formes de l’antiféminisme conservateur en Amérique du nord, les objectivations des femmes en fonction des fantasmes masculins, la complémentarité et la hiérarchie des sexes, les valeurs familiales, la remise en cause de l’autonomie matérielle et de la liberté reproductive des femmes, les effets sur les femmes du rétrécissement de la fonction publique sous la pression du néolibéralisme, la droite religieuse et les groupes de femmes antiféministes, l’agenda antiféministe et homophobe, la minimisation des violences envers les femmes, une certaine symétrisation des situations et des comportements des femmes et des hommes, la négation que le sexisme est en soi « une guerre des sexes », l’importance croissante des nationalismes conservateurs, la marginalisation et le dénigrement des études féministes comme « un savoir assujetti qui n’atteint pas la dignité de science et reste confiné dans l’idéologie ou, au mieux, le savoir militant »…

« Or, préférer écarter et oublier des propos gênants d’une pensée politique sous prétexte qu’il y a incohérence mine notre capacité à l’interpréter l’histoire des idées politiques, tout autant que l’actualité politique ainsi que notre propre façon de penser et agir en politique ». Francis Dupuis-Déri aborde la misogynie et l’antiféminisme d’un anarchiste, de Pierre-Joseph Proudhon. Il fournit de nombreux éléments de réflexion sur les lectures anarchistes ou non. Il rappelle aussi que « les cercles socialistes comptent déjà des théoriciennes et théoriciens célèbrent qui prônaient l’égalité entre les hommes et les femmes ». L’auteur utilise le terme de « promesse », évoque « le régime conjugal », le « contrat sexuel (lire Carole Pateman : Le contrat sexuelle-contrat-sexuel-est-une-dimension-refoulee-de-la-theorie-du-contrat/).

Je vais élargir le propos à partir de la notion de promesse tout en refusant le terme incohérence contournant, à mes yeux, une des contradictions des courants d’émancipation radicale, et ce dès l’énonciation justement des promesses.

Je remonte à la Révolution française. Je prends le cas de l’émancipation des « Juifs ». Ce que disent l’abbé Grégoire ou Stanislas de Clermont Tonnerre est significatif, il faut l’émancipation des « Juifs » en tant que citoyens mais pas en tant que « Juifs ». Je renvoie sur ce sujet à Zalkind Hourwitz : Apologie des Juifsmes-crimes-sont-les-votres-vous-men-punissez/

Qu’en est-il de l’égalité homme/femme ? Première révolution française, l’extrême-gauche révolutionnaire se bat contre l’égalité, lire Sylvain Maréchal (Projet de loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes). Au XIXème siècle, c’est Pierre-Joseph Proudhon, au début du XXème siècle ce sont des courants syndicalistes révolutionnaires d’action directe. Il y a donc plus qu’un problème, plus qu’une incohérence. Il faudrait aussi revenir aux Lumières, Jean-Jacques Rousseau et la théorisation des deux gouvernements, l’exclusion du domicile et de la chambre à coucher de l’espace de la démocratie.

La gauche révolutionnaire, dans sa capacité à exprimer les promesses, n’exprime que des promesses particulièresexcluantes. Un autre exemple : le corps électoral. Celui-ci est pensé au départ comme excluant dans la formulation même de ce qu’est le corps électoral. Et lorsqu’il y aura élargissement de celui-ci, c’est bien le corps électoral dans sa définition initiale masculine, qui est étiré. La définition même du corps électoral n’est pas reformulée.

Deuxième point. L’égalité homme/femme doit être comprise dans sa dimension de totalité politique avec ces dimensions d’antagonisme social entre deux groupes. Il faudra que les femmes imposent aux hommes, dans les différentes sociétés, l’égalité. Mais pas seulement l’égalité telle que la comprennent les hommes, mais bien l’égalité des êtres humains.

De manière plus générale, celleux qui s’opposent aux dominations doivent opposer une autre conception de l’égalité que celle énoncée dans une conception étriquée de l’égalité, une autre conception de l’émancipation contre une émancipation exclusive. Ces questions restent toujours d’actualité. La gauche radicale a bien du mal avec ses propres promesses…

Camille Cleret traite de l’antiféminisme de l’Action française, du discours sur la « crise de la masculinité », du sentiment de « déliquescence de la virilité » dans l’oeuvre de Charles Maurras, du cadre de pensée contre-révolutionnaire et des théories nationalistes, de natalisme, de discours anti-démocratique, de loi salique, d’idéalisation du rôle des femmes sous l’ancien régime, de réaffirmation des différences et de la hiérarchie des sexes, de l’influence de ce courant…

Familialisme, natalisme, le corps des femmes ne leur appartienne pas. Par l’intermédiaire des politiques publiques et de l’institution du mariage, le corps féminin est controlé, dans des modalités historiques, par le groupe social des hommes et par des hommes particuliers – ce qui ne va pas pas sans contradiction. Fiona Casey analyse l’antiféminisme familialiste-nataliste dans l’entre-deux-guerre en France. La baisse de la natalité mettait soi-disant en péril la sécurité du pays. Le traitement de la « crise des naissance » relèvait d’une sorte de « panique de genre ». Refus du travail des femmes, défense d’un suffrage familial, obéissance à un « instinct biologique », opposition à tout changement du code civil, peur de la sexualité féminine…

L’autrice analyse les politiques préconisées par les différents courants et la mise en avant du problème que serait « le comportement de la femmes « moderne » refusant son rôle traditionnel de mère au foyer ». Elle insiste sur les discours « déclinistes et scientifiques » les positions de féministes (Nelly Roussel, Madeleine Pelletier). Elle termine sur la politique familiale sous le régime de Vichy et les mouvements d’opposition au mariage pour toustes…

L’antiféminisme d’extrême-droite est aussi abordé par Christine Bard. Une étude sur Minute ou « l’intersectionnalité des haines ». Quelques thèmes chers à cette extrême-droite, la dénonciation de « la vaste entreprise de dévirilisation en cours », les discours prônant ouvertement « la discrimination, l’exclusion, le mépris », la réduction des femmes à leur physique (hyper-sexualisation ou écart à la norme), la puissance conjugale et l’émasculation des hommes, la fascination/répulsion pour « la puissance sexuelle féminine », la lesbophobie, la caractérisation comme « anti-France », la nostalgie coloniale, les femmes victimes des féministes (ce thème est repris aujourd’hui dans des discours sur la prostitution ou par des trans-activistes) et aussi victimes « des immigrés et de l’islam », l’impuissance masculine, « La puissance féminine, déjà évoquée, dévirilise. C’est l’inversion des rôles », la référence à l’ordre de « la nature », les homosexuels et la féminisation, la galanterie comme « valeur typiquement française » (thème largement partagée par une partie de la « gauche ») et l’humour franchouillard, la théorie du « gender », la communauté à défendre, « La communauté ainsi créée garantit un entre-soi masculin, chrétien, hétérosexuel, blanc ». Une culture de haine qui s’oppose « à tout ce qui dé-hiérarchise et dé-différencie, de l’égalité femmes-hommes au mariage homosexuel en passant par l’ouverture des frontières »…

« Nous aborderons dans un premier temps la question de la définition du féminisme et des stéréotypes qui y sont associés, puis nous questionnerons l’idéologie postféministe qui semble expliquer la posture des femmes aujourd’hui. Enfin nous présenterons les données issues du tumblr et leur classification en thèmes pour en proposer une interprétation ». Héloïse Michaud propose une étude sur les controverses sur les réseaux sociaux aux USA. Dans l’imaginaire social médiatique « le féminisme aurait réussi, tellement bien réussi, qu’il serait devenu inutile aux yeux des femmes, l’égalité désormais perçue comme acquise ». Elle fait ressortir quelques éléments de l’enquête : la responsabilité individuelle (qui nie la réalité des rapports sociaux de domination, « l’accent sur l’individu au détriment du système »), les éléments révélateurs de l’idéologie néolibérale, les inégalités « privatisées », la méritocratie, la compétition entre individu et la désolidarisation, le déni du collectif et des nécessaires politisations des discriminations, la symétrie entre les situations (négation des asymétries), l’hétérosexualité et la complémentarité des sexes… « Pour les féministes, la tâche est double : il faut lutter à la fois contre le patriarcat et réfuter les représentations négatives du féminisme, produites par l’hétéronormativité et retransmises par les médias et la culture populaire »…

Le « gender », les campagnes « anti-genre », une contre révolution straight, Sara Garbagnoli indique que « Du point de vue des arguments mobilisés, la rhétorique « anti-genre » réactive et recombine des tropes récurrents du discours sexiste, antiféministe, homophobe et transphobe traditionnel, mais elle se caractérise par une dimension nouvelle – l’opposition à l’usage du concept de genre – et par le type de réplique mis en œuvre via la déformation et la diabolisation des positions et des théories adverses ». L’autrice aborde, entre autres, les oppositions – contre-mouvements – « non seulement aux revendications juridiques et politiques » des mouvements féministes et LGBTQI mais aussi « aux théories et aux concepts développés », les croyances naturalistes, la déhistoricisation et la naturalisation des rapports sociaux, « l’ordre sexué et sexuel trouverait son fondement dans une « loi naturelle » énoncée par la théologie et démontrée par la science ». L’autrice parle de « croisade anti-genre » (voir son livre indiqué en fin de cette note), d’ambition de restauration, de références apocalyptiques, de panique morale (voir sur un autre thème, Introduction et sommaire : Paniques identitaires. Identité(s) et idéologie(s) au prisme des sciences socialesintroduction-et-sommaire-paniques-identitaires-identitees-et-ideologies-au-prisme-des-sciences-sociales/ et Laurence De Cock, Régis Meyran : Paniques identitaires. Identité(s) et idéologie(s) au prisme des sciences socialesidentites-fantasmees-ou-figees-le-refus-de-legalite-et-de-la-liberte/), de réformulation, d’euphémisation et de diabolisation, de nouvel essentialisme, d’ordre et de places immuables, « non équivalentes et non échangeables », d’audibilité nouvelle « d’une vision du monde sexiste, antiféministe, homophobe et transphobe », de nouvelle synergie entre « représentant.e.s du Vatican et militant.e.s anti-avortement », de l’Italie comme « laboratoire national particulièrement productif des mobilisations « anti-genre » », d’islamophobie, de mobilisations réactionnaires, de dogme et de force d’évidence, « Ce mélange inédit de sexisme, d’antiféminisme, d’homophobie, de xénophobie, d’islamophobie et de fémonationalisme dresse les contours d’un nationalisme sexuel qui excommunie du corps national, à la fois, les personnes homosexuelles et les personne musulmanes »…

Josselin Tricou aborde « le catholicisme d’identité », la Manif pour tous, les rhétoriques masculinistes, la « multiplication de propositions en non-mixité à destination d’hommes adultes ayant pour thème la masculinité », les courants Sens commun et Poissons roses, les expressions collectives néo-traditionnelles, les symboliques de genre spécifiques, l’« émasculation symbolique », le postulat de l’égalité-déjà-là, la dépolitisation par psychologisation et individualisation de la domination masculine, le « vivent les stéréotypes », l’attractivité d’activités « codées comme masculines », les réaffirmations patriarcales…

Antiféminisme et religion, un dialogue entre Hanane Karimi, Anne Soipa, Liliane Vane, Marina Zuccon et Florence Rochefort, deux questions : les obstacles et les actions menées par des femmes engagées dans leurs communautés religieuses, la déconstruction du féminin « défini en termes de rôles, de maternité, de sacrifices ou d’abnégation », les savoirs féminins invisibilisés, les efforts de compréhension des textes, les re-contextualisations historiques, l’égalité des droits, le refus du « prédifini », la loi religieuse et la pratique, la question des conversions, le statut des femmes, le get et la répudiation (ce qui n’est pas un divorce), le corps confisqué, la condamnation du « péché » et non du « pécheur », la cartographie des pratiques discriminantes, « Il y a des lois sur la non-discrimination entre hommes et femmes dans la société civile et nous devons oser dire que l’Etat de droit ne s’arrête pas à la porte des églises, des mosquées et des synagogues », l’exclusion de toute participation à la liturgie… Une table-ronde pour éclairer certains débats…

« Les associations pour le « droit des pères », et le notions de « coparentalité » et d’« aliénation parentale » sont des éléments centraux de l’étude du masculinisme en France et au Québec ». Edouard Leport insiste sur « l’utilisation faite par les militants de la figure de l’enfant et de son supposé « intérêt », donc sur la construction d’une position de défense d’intérêts des « plus faibles » ». Les dominants ont du mal à travailler de manière critique sur leurs positions et pratiques d’oppression (lire Léo Thiers-Vidal : De « L’Ennemi principal » aux principaux ennemis. Position vécue, subjectivité et conscience masculines de dominationindispensable/), ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas une conscience politique de leur domination. L’auteur parlent des groupes de pères séparés et divorcés, de leurs actions publiques et des raisons de celles-ci, « Ces mouvements ont ainsi discrédité les femmes et les enfants victimes de violence en répondant le mythe que les femmes feraient massivement de fausses accusations de violences intrafamiliales dans le but de retirer la garde des enfants à leur conjoint », l’accent sur l’obtention de droits et d’autorité parentale « plutôt que sur la parentalité en générale », la volonté de reproduire « leur lignée », les procédés rhétoriques, la mobilisation de la « voix des enfants », le retournement de la responsabilité de la conflictualité, la réalité des demandes en termes de garde d’enfants, les visions sexistes des rapports de genre, l’importance d’apparaitre comme « le conjoint magnanime », les arguments opportunistes, la stratégie et la défiance « envers les institutions jugées « misandres » », le droit de garde et le silence sur les questions d’éducation… L’auteur souligne que « la défense de privilèges d’individus dominants dans les rapport de genre doit être vêtue des habits de l’égalité et des droits humains pour pouvoir être aujourd’hui soutenue »…

Isabelle Côté et Simon Lapierre reviennent sur le concept d’« aliénation parentale » (concept sans valeur scientifique), son histoire et sa mobilisation, les accusations contre les femmes victimes de violence conjugale, la promotion des droits des pères, le mythe de l’ampleur des fausses accusations, la confusion entre la violence conjugale et les conflits de couple, la place de la « thèse de la coresponsabilité » dans les violences, le bâillonnement des victimes, le maintien de l’emprise sur les ex-conjointes par l’entremise des enfants, « En réduisant au silence les femmes victimes et leurs enfants, le concept d’aliénation parentale – lorsqu’il est mobilisé dans des situations de violence conjugale occulte et minimise la violence masculine »…

En complément possible, GARDE ALTERNEE : dans l’intérêt des enfants ou des parents ? Interview de Jacqueline Phelip par Francine Sporendagarde-alternee-dans-linteret-des-enfants-ou-des-parents/ ; Laurence Beneux : Droits des femmes et droits des enfants. L’intolérable indifférencerenverser-la-honte-et-la-culpabilite/

 

Hanitra Andriamandroso analyse une cible privilégiée des discours masculinistes en France et en Espagne, la violence conjugale, la Loi « violencia de género », l’idée de symétrie, les terminologies « guerre conjugale » ou « couple violent », les focus sur « les hommes battus », les dénigrements du féminisme. L’autrice procède à des analyses comparatives et revient sur les apports de Colette Guillaumin, l’appropriation matérielle des femmes par la classe des hommes (Colette Guillaumin : sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de naturetous-les-etres-humains-sont-naturels-mais-certains-sont-plus-naturels-que-les-autres/), les violences économiques, le confinement dans l’espace, « L’agresseur souhaite être l’unique centre de l’attention de la femmes qu’il violente », l’impunité à l’abri du regard social, les éléments de droit, le partage de l’autorité parentale et une forme d’indissolubilité du couple, les enfants comme outil de chantage, « C’est leur possession que revendiquent les hommes, et non leur charge matérielle, qu’ils s’empressent de confier à une autre femme (mère, domestique, épouse ou compagne »…

« des lois et des pratiques judiciaires inadaptés, voire une complicité des institution avec l’agresseur ». Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur analysent les stratégies discursives et juridiques des groupes de pères séparés en France, les actions de grue, la représentation des « papa », les dramatisations, les thèmes de l’égalité et de la victimisation, « Il faut rappeler que dans la majorité des cas, les deux parents décident d’un commun accord de la résidence des enfants sera fixée chez la mère ».

L’auteur et l’autrice abordent, entre autres, les discours antiféministes et misogynes, l’héroïsation de certains pères, le filicide de Cestas, le lobbying juridique, la résidence alternée, la coparentalité comme entrave à la protection, les violences, l’usage de fausse théorie (dont le syndrome d’aliénation parentale), les pères incestueux, « Leurs stratégies renforcent la méconnaissance des mécanismes de la violence et du contrôle coercitif par le système sociojudiciaire, notamment après le séparation, et la complicité institutionnelle avec l’agresseur »…

Mélissa Blais présente les « Effets des tactiques antiféministes auprès des institutions oeuvrant contre les violences faites aux femmes » (Québec). Elle aborde, entre autres, le vaste répertoire tactique des masculinistes, des moyens rhétoriques, la rhétorique de « retournement » ou de « renversement », les discours masculinistes jugés rationnel versus le féminisme jugé passionnel, les tactiques de surveillance, l’ignorance ou la déqualification des expertises féministes, les tactiques juridiques dont les dépôts de plaintes, le contexte néolibéral et ses effets en termes de ressources, la violence présentée comme entre les personnes qui dissous la violence envers les femmes, les services dédiés aux hommes, le détournement des fonds alloués à des organismes féministes, la psychologisation de la violence, « l’antiféminisme favorise la psychologisation de la violence et vice versa », les interactions entre mouvement et contre-mouvement…

En conclusion, « Lutter contre les masculinismes » Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri reviennent sur la pluralité des contre-mouvements, les milieux conservateurs, la rhétorique de la « crise de la masculinité », les échos de l’antiféminisme chez les progressistes et les révolutionnaires, les justifications de la suprématie mâle et de l’ordre hétérosexuel, les tactiques de perturbation et d’intimidation à l’endroit des féministes, les maisons d’hébergement, la déconstruction et les revendications, « Il faut certes pourvoir déconstruire les discours antiféministes et rétablir les faits, mais il est aussi impératif d’affirmer nos revendications et de mettre en avant les causes pour lesquelles nous luttons avec tant de conviction » (Marie-Eve Surprenant), des mobilisations ponctuelles de féministes (Canadian association For Equality, Coalition anti-masculiniste, collectifs Cyprine et les Sorcières, Vigilance anti-masculiniste, etc.) et les mobilisations de longue durée (dont Stop masculinisme, voir livre en fin de note). Iels soulignent la nécessité de contrer l’antiféminisme dans le cyberespace…

Comme le fait cet ouvrage, il est nécessaire de situer les mouvements masculinistes et anti-féministes dans l’histoire et leurs contextes particuliers ; rappeler sans cesse que l’égalité n’est gagnée, que les hommes comme groupe social ne renonceront pas simplement à leurs privilèges. Les lectures des réalités sociales ne peuvent se dispenser du prisme des rapports sociaux et de leur imbrication (intersectionnalité), il n’y a pas d’individu·e hors des procès de socialisation et hors des systèmes de domination.

Contre les discours sur la nature ou sur l’essence, les inventions renouvelées de traditions, c’est bien l’égalité de toustes qui reste à construire, cette égalité refusée au nom de la complémentarité, de la méritocratie, des dons, de dieu, de la nature ou d’autres mythes…

 

Sommaire :

Christine Bard : À contre vagues : introduction

1. Diane Lamoureux :L’antiféminisme comme conservatisme

2. Francis Dupuis-Déri : Proudhon, un anarchiste misogyne et antiféministe ou comment interpréter l’incohérence d’un auteur célèbre ? 

3. Camille Cléret : L’antiféminisme d’Action Française (1898-1940)

4. Fiona Casey : L’antiféminisme familialiste-nataliste de l’entre-deux-guerres en France

5. Christine Bard : L’antiféminisme dans l’hebdomadaire d’extrême droite Minute ou l’intersectionnalité des haines

6. Héloïse Michaud : « Parce que mon copain me traite bien ». Étude du tumblr « Women against feminism »

7. Sara Garbagnoli : De quoi « le gender » des campagnes « anti-genre » est-il le nom ? Sur une contre-révolution straight et ses succès

8. Josselin Tricou : Le catholicisme d’identité contre la mixité

9. Table ronde avec Hanane Karimi, Anne Soupa, Liliane Vana et Marina Zuccon Animée par Florence Rochefort : Antiféminisme et religion

10. Édouard Leport : Usages des figures des enfants et des femmes par les associations pour le « droit des pères » Par Édouard Leport

11. Isabelle Côté et Simon Lapierre : L’aliénation parentale : un concept antiféministe ? 

12. Hanitra Andriamandroso : La violence conjugale, cible privilégiée des discours masculinistes en France et en Espagne

13. Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur : Stratégies discursives et juridiques des groupes de pères séparés. L’expérience française

14. Mélissa Blais : Effets des tactiques antiféministes auprès des institutions œuvrant contre les violences faites aux femmes. Le cas du Québec

15. Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri : Conclusion : Lutter contre le masculinisme 

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Sous la direction de Christine Bard, Mélissa Blais, Francis Dupuis-Déri : Antiféminisme et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui

PUF,  2018, 508 pages, 24 euros

Didier Epsztajn



En complément possible :

Irene Zeilinger avec la participation de : Abigail, Aïchatou, Alexandra, Amandine, Anne-Virginie, Cécile, Constance, Duar, Eva, Karima, Johanna, Lison, Lucie, Marta, Nastasia, Natalia, Nicola,Valérie et Véronique Clouez le bec à l’anti-féminisme ! Guide de défense verbale pour féministespourquoi-le-choix-detudes-ou-dune-profession-devrait-elle-dependre-des-parties-genitales-dune-personne/

Francis Dupuis-Déri : Quand l’antiféminisme cible les féministes. Actions, attaques et violences contre le mouvement des femmeslantifeminisme-une-des-nombreuses-entraves-a-lavancee-des-femmes-vers-la-liberte-et-legalite/

Sara Garbagnoli et Massimo Prearo : La croisade « anti-genre » du Vatican aux manifs pour tousune-nouvelle-croisade-et-la-reaffirmation-dun-soi-disant-ordre-naturel/

Cahiers du genre N°52 : Les ANTI féminismes, des-reactions-masculines-a-lerosion-de-certains-de-leurs-privileges/

Marie-Eve Surprenant : Manuel de résistance féministedemeurons-convaincues-que-nous-avons-le-pouvoir-de-changer-le-monde/

Collectif Stop Masculinisme : Contre le masculinisme. guide d’autodéfense intellectuellepirouettes-rhetoriques-concepts-farfelus-inversion-des-roles-travestissement-des-realites-et-toujours-le-refus-de-legalite/

John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la viriliténous-sommes-toutes-et-tous-des-etres-humains/

Jules Falquet : préface au livre de Pinar Selek, Devenir homme en rampantjules-falquet-2013-preface-au-livre-de-pinar-selek-devenir-homme-en-rampant-paris-lharmattan/

Pierre-Guillaume Prigent : Les mécanismes de la violence masculine contre les mères séparées et leurs enfantscest-des-yeux-quil-faut-enlever-le-sable/


Sur de récentes revendications masculinistes, voir par exemple :

Les « paternités imposées », l’invention d’un faux problèmeles-paternites-imposees-linvention-dun-faux-probleme/

Contre le masculinisme et pour l’égalité entre femmes et hommescontre-le-masculinisme-et-pour-legalite-entre-femmes-et-hommes/

Geneviève Roy : des-hommes-qui-resistent/

Zéromacho : des-hommes-sur-des-grues-et-alors/

Patric Jean : lamendement-sur-la-garde-des-enfants-donne-raison-aux-peres-perches/

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