Du côté des polars (mai 2019)

Du Noir polonais.

Quel rapport entre la Colombie et la Pologne ? Entre une arnaque vieille comme le capitalisme : faire croire à un procédé nouveau qui va rapporter des millions et une série d’assassinats ? Le trafic de drogue bien sur – le titre l’indique explicitement « La Colombienne » – mais pas seulement. L’inspecteur Mortka est chargé de l’enquête.

Il tâtonne, trouve des faits, relie certains points sans trouver qui déroule le fil. Le fin mot arrivera par un retournement surprenant mais logique, dialectique serait le terme juste. Découverte d’un auteur, Wojciech Chmielarz, ironique et humain, drolatique et sérieux jouant sur tous les stéréotypes culturels à commencer par le sexisme et les divisions sociales. En plus il tient le lecteur, accroc à l’intrigue, accroc au puzzle pour trouver qui est ce mystérieux «Polaco », un pseudo qui sent déjà la poudre. Une plongée dans la Pologne d’aujourd’hui, ses start up, son capitalisme, sa corruption.

Wojciech Chmielarz : La Colombienne, traduit par Erik Veaux, Agullo Noir


Du Noir en jaune

Premier polar sur le mouvement des gilets jaunes, « Les écœurés » mêle la description documentaire de cette mobilisation inédite dans une petite ville de Bretagne avec toutes ses ambiguïtés par le biais d’une galerie de portraits et une enquête policière. Le détective privé prend la forme d’un jeune lieutenant que le commissaire transforme en agent double pour espionner les gilets jaunes. Comme il se doit, il tombe amoureux et développe une empathie avec la mobilisation qui refuse tout chef, toutes structures tout en faisant trop confiance aux réseaux sociaux. Par petites touches, Gérard Delteil permet de comprendre les prises de conscience comme les trajectoires politiques diverses lié à cette révolte étrange. En conséquence l’enquête policière n’est pas assez développée même si les réactions des représentant-e-s de l’État sont assez bien cernées.

Gérard Delteil : Les écœurés, Seuil/Roman noir


La réalité plus noire que la fiction

Un scandale de la volonté de profit contre la santé des populations. Purdue Pharma, la famille Sackler, a commercialisé des opiacés – des antidouleurs – par le biais des médecins plus ou moins convaincus sur une grande échelle aux Etats-Unis provoquant une crise sanitaire majeur. Des reportages sur ce groupe ont été diffusés. Ce livre, « Addiction sur ordonnance », sous titré « La crise des antidouleurs » démontre la responsabilité de Sackler qui a planifié cette addiction. Un polar vrai sur un trafic de drogue légal qui rapporte plus que le trafic illégal. Patrick Radden Keefe est l’auteur du premier article dans le New Yorker en novembre 2018, complété par la situation française et une réflexion de Hervé Le Crosnier. Ce thriller appelle à des prises de conscience de la réalité de la loi du profit maximum et à des mobilisations.

Patrick Radden Keefe : Addiction sur ordonnance, traduit par Claire Richard, C&F éditions

Autre note sur ce livre : laddiction-une-garantie-pour-les-profits/

Nicolas Béniès

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