Du coté du jazz (avril 2019 – B)

Exubérant, dansant et donc nécessaire

Un groupe qui a pris comme devise, et comme nom – ainsi que le titre de leur album – « Soul Jazz Rebels » ne peut pas décevoir. La participation du batteur Ton Ton Salut, figure du jazz montpelliérain, est un gage du désir de jazz qui animentJean Vernheres, saxophone, Cyril Amourette, guitare et Hervé Saint-Guirons,orgue Hammond. Ils ont décidé de casser la baraque, de fuir la mélancolie pour suivre la voie de ce jazz dur proche du gospel, de la transe, de la danse pour percuter tous les a priori et aller chercher les racines de la rébellion. En ce début du 21e siècle, il fallait oser.

Leur musique, composée à tour de rôle par les quatre lascars, tisse et emmêle tous les fils d’une musique qui ne peut pas disparaître, celles du label Blue Note, celles de Jimmy Smith mais aussi de Larry Young – un organiste qu’il faudrait redécouvrir – sans compter Hank Mobley et les autres saxophonistes puissants de ces années ou celles antérieures. Une manière aussi d’entrer dans un jeu de mémoires pour enfin, ne pas hésiter à sourire à la vie. Se rebeller contre l’air du temps est une nécessité, regarder vers un passé non dépassé peut permettre d’affirmer sa différence, son originalité.

Mettez le disque, invitez les voisin-e-s, montez le son et… dansez.

« Soul Jazz Rebels », Black Stamp Music


Où sont les moutons ? Qui les compte ?

Titré un album, « Moutons » ne manque pas d’air ni d’ironie à considérer la musique que propose Laurent Dehors, clarinettes et saxophones – avec aussi un peu de guimbarde. Le thème d’ouverture, « Les Oiseaux », évoque un Olivier Messiaen qui aurait abusé de substances bizarres, piraté par un batteur issu du rock, Franck Vaillant, utilisant aussi l’électronique. Gabriel Gosse, guitare 7 cordes, un instrument étrange recherché par le leader, Laurent Dehors, accentue le dépaysement. Le trio ne se laisse pas aller dans ni sur les routes goudronnées, ni sur les allées des grandes villas mais recherche les détours, les places suspectes, les endroits non fréquentés où tout semble possible y compris la rencontre avec un thème de Duke Ellington, « Solitude » en l’occurrence, accompagné d’un banjo qui s’essaie à indiquer des repères vite disparus.

Un album qui dérange à chaque nouveau thème, qui dévoile une partie de la sonorité de Laurent Dehors et de sa détermination à éviter la routine. Une leçon pour nous aussi.

Laurent Dehors : Moutons, Tous Dehors/L’autre distribution


Retour vers le futur antérieur

Shauli Einav, saxophoniste israélien installé à Paris, ne veut pas perdre la mémoire d’un temps où l’avant-garde était saluée comme une nécessité vitale et participait de l’utopie de la construction d’un monde différent, libre, égal et fraternel. Je vous parle d’un temps… que le jeune trentenaire a connu via le saxophoniste un peu oublié – quel dommage – Arnie Lawrence qui lui a servi de maître en Israël.

Shauli Einav a constitué un quintet qui s’inspire de l’esthétique de ceux réunit par Andrew Hill pour Blue Note dans ce milieu et fin des années 1960 ou de Tony Williams ou encore de Bobby Hutcherson. Ces références ne viennent pas écraser les compositions du saxophoniste mais les éclairer. Aucune copie servile, simplement à la fois un travail de mémoire bousculé par la force vivante de musiciens qui veulent trouver dans le monde d’aujourd’hui qu’ils contestent dans ses fondements. Le compositeur n’oublie pas non plus d’où il vient : la Palestine, terre divine et terre de cultures. Le oud de Fayçal Salhi sur « One step up » – un pas vers le ciel ? – trace les parcours.

Tim Collins, vibraphone, remet au goût d’un jour étrange la sonorité d’un instrument trop peu sollicité dans ses développements possibles, Andy Hunter au trombone réussit une sorte de quintessence de tous ses prédécesseurs qui ont voulu se dégager autant que faire se peux de Jay Jay Johnson à commencer par Grachan Moncur III, Yoni Zelnik confirme sa capacité à asseoir rythme et tempo pour permettre aux quatre autres de s’élancer vers d’autres cieux et Guilhem Flouzat sait réaliser une curieuse synthèse entre tous les batteurs modernes à la manière d’un Joe Chambers.

Le tout donne envie de vivre encore et encore pour provoquer d’autres émotions. « Animi » – un pluriel nécessaire – dit le titre de cet album pour affirmer le primat de la fougue de l’esprit et du corps.

Shauli Einav : Animi, Berthold Records, distribution Differ-Ant


Rêves de jazz, brumes de musique

Hugo Corbin, guitariste et compositeur, a décidé, dans « Inner Roads », d’explorer ces voies sans entrées que sont les routes internes, celles fréquentées les jours et nuits où dominent le sentiment d’un voyage dans un espace temps indéterminé, un voyage souvent périlleux dont les bornes n’existent pas.

Il est en bonne compagnie. Marc Buronfosse, bassiste, tresse l’assise rythmique pour permettre aux trois autres de contempler les images d’un temple dévasté tout en se faisant entendre, en solo, un son plein et rond. Adrien Sanchez, saxophone ténor, évoque à la fois Coltrane – bien sur – tout autant que Jan Garbarek pour donner la réplique à la guitare et lui permettre de restituer des images venant d’autres lieus. Enfin Srdjan Ivanovic, percussionniste plus que batteur, apporte le complément qui fait la différence pour inviter l’auditeur aux rêves, à imaginer des images issues de l’esthétique ECM – revendiquée par le compositeur – tout autant que des musiques qui agitent le cinéma pour faire vivre, dans une autre dimension, les vues sur l’écran.

Le quartet sait que l’équation à réaliser se traduit par 4=1=2=3, et il est proche de la réaliser. Juste une remarque. En construisant l’album, il faudrait prévoir des surprises. Un thème qui rompt brutalement avec le précédent par exemple, pour éviter la sensation d’atmosphères apparemment trop semblables.

A découvrir.

Hugo Corbin : Inner Roads, Absilone/Cool Label,

rens : www.lecoolectif.org

Nicolas Béniès

Une réponse à “Du coté du jazz (avril 2019 – B)

  1. Ça fait envie… merci d’avoir rappelé qu’un jour Larry Young a existé.
    Aucun rapport, mais pour ceux qui aiment que le jazz, même sophistiqué, peut aussi être mélodieux, peut aussi inciter à la danse ou à la rêverie vaguement alcoolisée, sans démagogie, sachez que les Caribbean Stories de Samy Thiébault font du bien !

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